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🔊 “Julia Margaret Cameron” au Jeu de Paume, du 10 octobre 2023 au 28 janvier 2024

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“Julia Margaret Cameron” Capturer la beauté

au Jeu de Paume, Paris

du 10 octobre 2023 au 28 janvier 2024

Jeu de Paume


Interview de Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume, et co-commissaire de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 23 octobre 2023, durée 19’39. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume, et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 23 octobre 2023, durée 19’39,
© FranceFineArt.


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Julia Margaret Cameron
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©Anne-FrĂ©derique Fer,  visite de l’exposition avec Quentin Bajac, le 23 octobre 2023.

Extrait du communiqué de presse :

Julia Margaret Cameron, My Grandchild aged 2 years and 3 months 1865. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Julia Margaret Cameron, My Grandchild aged 2 years and 3 months 1865. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Julia Margaret Cameron, La Madonna Aspettante / Yet a little while [La Madonne qui attend / Encore un peu], 1865 Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Julia Margaret Cameron, La Madonna Aspettante / Yet a little while [La Madonne qui attend / Encore un peu], 1865 Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Julia Margaret Cameron, The Mountain Nymph Sweet Liberty [La nymphe des montagnes, la douce liberté], 1866. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Julia Margaret Cameron, The Mountain Nymph Sweet Liberty [La nymphe des montagnes, la douce liberté], 1866. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Julia Margaret Cameron, Call, I Follow, I Follow, Let Me Die! [Appelle et je viens, je viens ! Laissez-moi mourir], 1867. Tirage au charbon. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Julia Margaret Cameron, Call, I Follow, I Follow, Let Me Die! [Appelle et je viens, je viens ! Laissez-moi mourir], 1867. Tirage au charbon. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.

Commissaires :

Lisa Springer et Quentin Bajac, commissaire associé pour l’étape parisienne.


Le Jeu de Paume rend hommage à Julia Margaret Cameron (1815-1879), pionnière du portrait photographique, à travers une exposition présentée du 10 octobre 2023 au 28 janvier 2024.

Première rétrospective de cette ampleur qui lui est consacrée en France depuis 40 ans, « Julia Margaret Cameron. Capturer la beauté » dévoile une centaine de photographies, de ses premières expérimentations aux compositions historiques, littéraires ou allégoriques figuratives, en passant par une impressionnante galerie de portraits de ses contemporains. Son approche, très personnelle et si décriée en son temps, de la technique photographique, du flou aux erreurs diverses, s’est affirmée comme la marque d’un style précurseur, intégrant de manière novatrice l’imperfection et l’accident. Originale et hors du temps, l’oeuvre, réalisée en à peine une décennie, entre 1864 et 1875, représente une des plus belles illustrations du souffle épique des débuts de la photographie.

L’exposition, produite par le Victoria and Albert Museum, est majoritairement constituée d’oeuvres de l’artiste issues des collections du musée britannique. Pour l’étape parisienne de cette exposition, la seule en Europe, elle bénéficie de prêts exceptionnels de la Bibliothèque nationale de France (BnF), du musée d’Orsay et de la Maison Victor Hugo.

#ExpoJuliaMargaretCameron

Julia Margaret Pattle naît à Calcutta en Inde d’une mère française et d’un père employé de la Compagnie britannique des Indes orientales. En 1838, elle épouse Charles Hay Cameron, juriste de vingt ans son aîné. Le couple s’établit à Ceylan (aujourd’hui Sri Lanka) où son mari fait l’acquisition de plantations de café. En 1848, toute la famille s’établit en Angleterre lorsque Charles prend sa retraite et Julia Margaret Cameron, déjà mère de quatre enfants, donne naissance à deux autres garçons.

Grâce à l’une de ses soeurs, Cameron rencontre poètes, peintres et écrivains qui participent à l’histoire culturelle et artistique de l’Angleterre victorienne. En 1859, les Cameron achètent deux cottages sur l’île de Wight ayant pour voisin et ami proche le poète victorien lord Alfred Tennyson. Si Cameron montre un intérêt pour la photographie au fil de sa vie, elle se lance avec passion le jour de ses 48 ans, lorsque sa fille aînée lui offre son premier appareil photo : une véritable carrière de photographe s’ouvre alors. Entre 1864 et 1875, elle produit plus de mille photographies, expose au niveau international, publie un livre et écrit une autobiographie qu’elle laisse inachevée, publiée à titre posthume.

Dans une scénographie jouant sur les effets de reflets imparfaits, écho lointain du flou cher à Julia Margaret Cameron, l’exposition du Jeu de Paume, conçue en trois parties, révèle l’ampleur et l’ambition d’une artiste qui a légué une oeuvre parmi les plus remarquables de l’histoire de la photographie.

La première section explore les débuts visionnaires de Cameron et s’ouvre sur son premier portrait, celui d’Annie Philpot, une jeune fille séjournant sur l’île de Wight. Utilisant le procédé du collodion humide, elle inscrit sur le support de la photo « Mon tout premier succès en photographie ». Les oeuvres de ses débuts annoncent le style Cameron : l’utilisation d’une technique particulière appelée « soft focus » qui consiste à donner un effet de douceur et de flou aux contours, une relative proximité au modèle, la prédilection pour les figures humaines.

La deuxième partie de l’exposition est consacrée aux portraits, constituant une très grande partie de sa production. La tendresse familiale imprègne ses oeuvres et s’exprime aussi dans les nombreux portraits de femmes – ses proches ou ses domestiques – parmi lesquelles Julia Jackson, la nièce de l’artiste et la mère de Virginia Woolf, l’un de ses modèles favoris. Elle photographie écrivains, scientifiques et artistes les plus éminents de son époque parmi lesquels l’astronome John Herschel, le scientifique Charles Darwin, le poète et ami Alfred Tennyson et l’artiste George Frederic Watts.

A ce sujet elle décrit l’expérience de photographier comme « presque l’incarnation d’une prière ». Ses références artistiques sont ici dévoilées, de l’iconographie religieuse de la Renaissance italienne à la poésie de ses contemporains victoriens tel le tondo circulaire qu’elle emprunte à Michel-Ange et Raphaël et qu’illustre avec virtuosité My grand Child (1865).

La troisième et dernière partie réunit des illustrations de scènes bibliques ou thématiques – ses « scènes d’imagination ». Cameron met en scène des personnages et des épisodes de la Bible, de la mythologie classique et d’oeuvres littéraires dont celles de Shakespeare, Milton et Tennyson. Sa série des Idylles du Roi d’après Tennyson est sans doute son entreprise la plus ambitieuse de mise en scène narrative, qui clôt son travail anglais.

Des feuillets originaux de l’oeuvre autobiographique de Cameron, Annals of My Glass House, sont présentés aux côtés d’objets personnels de l’artiste tels un objectif de son appareil acquis en 1866.

Critiquée en son temps pour s’être éloignée des préoccupations esthétiques et techniques de ses contemporains – animée par une recherche de la beauté et de l’esthétique, elle se sert de la photographie comme d’un moyen d’expression artistique davantage qu’un outil purement documentaire – elle est aujourd’hui célébrée comme une portraitiste au style novateur et une photographe parmi les plus influentes de tous les temps, en partie grâce à une monographie éditée par sa petite-nièce Virginia Woolf. C’est ce récit que Clémence Poésy propose de faire découvrir aux visiteurs dans l’exposition ainsi qu’aux auditeurs du nouveau podcast «Capturer la beauté», disponible sur toutes les plateformes de streaming.

#Catalogue – Julia Margaret Cameron Capturer la beautĂ©. Textes de Quentin Bajac, Lisa Springer et Marta Weiss. Édition française CoĂ©dition Jeu de Paume / Silvana Editoriale

Julia Margaret Cameron, I Wait [J’attends], 1872. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.
Julia Margaret Cameron, I Wait [J’attends], 1872. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.
Julia Margaret Cameron, The Whisper of the Muse [Le murmure de la muse], 1865. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.
Julia Margaret Cameron, The Whisper of the Muse [Le murmure de la muse], 1865. Tirage albuminé. © The Royal Photographic Society Collection at the V&A, acquired with the generous assistance of the National Lottery Heritage Fund and Art Fund.
Julia Margaret Cameron, The Echo [L’Écho]1868. Tirage albuminé. Maison de Victor Hugo – Hauteville House. © Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey.
Julia Margaret Cameron, The Echo [L’Écho]1868. Tirage albuminé. Maison de Victor Hugo – Hauteville House. © Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey.

Parcours de l’exposition

Introduction
Peu de photographes du XIXe siècle ont suscité autant d’attention que Julia Margaret Cameron. Abondamment critiquée de son vivant pour la liberté dont elle faisait preuve à l’égard des conventions de la photographie de son époque, admirée dans le même temps pour le caractère inspiré de ses portraits, Cameron est aujourd’hui encensée pour sa contribution révolutionnaire au médium. Pionnière du gros plan, n’hésitant pas à recourir à une mise au point légèrement floue, puisant dans la religion, la littérature et l’histoire nombre de ses sujets, elle a laissé une oeuvre singulière, à nulle autre pareille. À propos de Julia Margaret Cameron, l’écrivaine Virginia Woolf, sa petite-nièce, évoquait une « vitalité indomptable ». Née Julia Margaret Pattle à Calcutta (actuel Kolkata), fille d’une aristocrate française installée à Pondichéry et d’un fonctionnaire anglais de l’administration du Bengale, élevée entre la France et l’Inde, elle a rejoint l’Angleterre en 1848 lorsque son mari a pris sa retraite de l’administration coloniale britannique. Ils s’installèrent alors sur l’île de Wight, où ils s’entourèrent d’écrivains et d’artistes tout en conservant des liens avec leurs amis et parents établis d’un bout à l’autre de l’Empire britannique. La carrière photographique de Cameron fut brève mais intense. Elle reçut son premier appareil photographique à l’âge de quarante-huit ans, en 1863, et se mit immédiatement à photographier ses proches, famille, employés de maison, voisins célèbres ou habitants de son village. Excentrique, généreuse et autoritaire, elle a marqué par son engagement artistique ceux qui l’approchaient et posaient pour elle. Son travail, qu’elle rangeait en trois catégories, « portraits », « madones » et « sujets d’imagination », fut exposé en Grande-Bretagne comme à l’étranger, diffusé commercialement et envoyé par elle-même à des proches, amis et mentors. Lorsqu’elle retourne vivre à Ceylan (actuel Sri Lanka), elle aura produit en douze ans des centaines d’images et écrit un court texte autobiographique, Annales de ma maison de verre, dont plusieurs des citations reproduites dans l’exposition sont tirées. L’exposition est organisée principalement à partir des collections du Victoria and Albert Museum de Londres, qui, sous son ancien nom de South Kensington Museum, fut un défenseur du travail de Julia Margaret Cameron, lui achetant des dizaines d’épreuves dès les années 1860. Cette collection historique a été depuis complétée par l’entrée du fonds de la Royal Photographic Society, faisant aujourd’hui du Victoria and Albert Museum le dépositaire de la plus importante collection d’oeuvres de Julia Margaret Cameron au monde.

1. « La beauté qui s’offrait à moi » 1864
En décembre 1863, à l’âge de quarante-huit ans, Cameron reçoit son premier appareil photographique en cadeau de la part de sa fille et de son gendre. Si ses premières images signées datent de cette période, il semble toutefois qu’elle se soit auparavant déjà familiarisée avec la technique photographique, notamment le tirage, auprès de quelques praticiens. À partir de cette date, elle consacre son énergie et son ambition à ce nouveau médium. Comme elle l’écrit elle-même dans ses mémoires : « J’ai converti mon abri à charbon en chambre noire, et le poulailler vitré que j’avais offert à mes enfants est devenu ma maison de verre ! […] la compagnie des poules et des poulets céda bientôt la place à celle des poètes, prophètes, peintres et ravissantes jeunes filles ». Son appareil photographique est une chambre sur pied, de grande dimension, et les négatifs utilisés sont en verre : leur sensibilisation doit être effectuée juste avant la prise de vue, à la main, en y étendant une solution liquide appelée collodion. Le procédé est complexe, avec une grande part de risque d’accidents qu’elle-même utilise avec une certaine liberté, ignorant les conventions techniques. Dès ses premières photographies, elle rejette la précision que s’efforcent d’atteindre ses pairs dans la mise au point et laisse souvent apparentes rayures, bavures et autres traces de son travail sur les négatifs et les épreuves. En 1864, en quelques mois à peine, elle élabore un style et un univers dont elle s’éloignera peu par la suite. La singularité de son travail réside en ce qu’il est exclusivement centré sur la figure humaine, à l’exception de tout autre genre (paysage, nature morte) : portraits de sa famille et de ses proches, images religieuses de madones, quelques mises en scène tirées de récits littéraires, la plupart réalisés dans son studio. Tant dans les sujets que dans les formats de ses images, les premières expérimentations de Cameron montrent qu’elle recherche des sources d’inspiration dans les peintures des maîtres anciens – de la Renaissance italienne en particulier –, et dans la sculpture classique qui font son admiration et celle son entourage, tels les marbres du Parthénon.

2. « Poètes, prophètes, peintres et ravissantes jeunes filles » Des portraits originaux
Dans son poulailler devenu studio, à Freshwater, sur l’île de Wight, Julia Margaret Cameron fait poser devant son objectif amis, domestiques et membres de sa famille. Il en résulte des images dont le registre va de la représentation héroïque d’hommes éminents tel le poète Alfred Tennyson, qui compte parmi ses amis les plus proches, aux scènes de famille intimes et aux portraits éthérés de ses femmes de chambre. Pratiquement dès ses débuts, Cameron opte pour la diffusion commerciale de ses portraits : lorsqu’elle choisit un modèle, la photographe agit souvent par désir d’en tirer des gains pour soulager les difficultés financières de la famille, causées en partie par le déclin des plantations de café dont elle est propriétaire à Ceylan (actuel Sri Lanka). Aussi les portraits de grands hommes de son entourage et de célébrités de passage sur l’île de Wight sont-ils davantage susceptibles de trouver un public que ceux d’inconnus. Cameron n’ouvrira pourtant jamais de studio ni n’acceptera de commandes, préférant rechercher elle-même, avec abnégation, ses propres sujets et modèles. Par le choix d’un grand format et de temps de pose longs, elle s’oppose en tout point aux usages de la photographie commerciale de son temps, marquée par une recherche de l’instantané et une réduction du format des images. La proximité avec son modèle, comme le recours fréquent à une forme de clair-obscur, la démarque également de ses contemporains. Son goût prononcé pour des vêtements intemporels rend enfin parfois difficile la distinction entre portraits purs et images narratives ou allégoriques. Pour Cameron, fervente chrétienne, chaque portrait exprime une idéalisation et est « l’incarnation d’une prière », une forme d’épiphanie.

3. « Voix, mémoire et vigueur créatrice » Les récits illustrés de Julia Margaret Cameron
« [D]ès le premier instant, je manipulai mon objectif avec une tendre ardeur, tant et si bien qu’il est devenu à mes yeux semblable à un être vivant doté d’une voix, d’une mémoire, et d’une vigueur créatrice. » Cameron se sert de son appareil photographique pour raconter des histoires : elle créera des images allégoriques et narratives tout au long de sa carrière photographique. Elle met en scène des personnages et des épisodes de la Bible, de la mythologie et de la littérature classiques – dont des oeuvres de William Shakespeare, de John Milton et d’Alfred Tennyson –, leur donnant vie sous des allures de songe. Elle inscrit sur un grand nombre de ces photographies des citations littéraires et publie des illustrations destinées à accompagner le cycle poétique arthurien de Tennyson, Idylls of the King [Les Idylles du roi]. Incluant une vaste panoplie de costumes et d’accessoires, ces images illustrent l’exploration du récit photographique entreprise par Cameron sous sa forme la plus ambitieuse et la plus assidue. En cela, Julia Margaret Cameron n’est pas totalement isolée. D’autres photographes, en Angleterre, à la même période, pratiquent également ce type de mises en scène. Pourtant, ces images, qu’elle a abondamment exposées et diffusées, resteront, de son vivant et longtemps après sa mort, la part mal aimée de son oeuvre. De même qu’elle rejette les conventions techniques auxquelles sont attachés la plupart des photographes de son temps, Cameron ignore l’opinion dominante qui s’interroge quant à l’opportunité d’employer un médium réputé fidèle à la réalité pour représenter des personnages de fiction. Ses « compositions d’imagination » sont ainsi souvent mal reçues par ses contemporains, qui lui reprochent la naïveté de celles-ci et d’engager la photographie dans une voie impossible. Si ces images ont continué à être largement négligées pendant toute une partie du XXe siècle, elles sont aujourd’hui reconnues comme des éléments essentiels de son legs artistique, témoignant de sa volonté d’embrasser le potentiel créatif de la photographie.