Partage


“François Auguste Biard, peintre voyageur”

Ă  la Maison Victor Hugo, Paris

jusqu’au 11 avril 2021

Maison Victor Hugo

PODCAST - Interview de Gérard Audinet, conservateur général du patrimoine, directeur des Maisons de Victor Hugo, Paris / Guernesey, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 22 février 2021, durée 22’49. © FranceFineArt.
PODCAST - Interview de Vincent Gille, conservateur à la Maison de Victor Hugo, et co-commissaire de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 22 février 2021, durée 22’49. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de GĂ©rard Audinet, conservateur gĂ©nĂ©ral du patrimoine, directeur des Maisons de Victor Hugo, Paris / Guernesey,
et Ă  11’25 interview de Vincent Gille, conservateur Ă  la Maison de Victor Hugo, et co-commissaire de l’exposition,

par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 22 février 2021, durée 22’49, © FranceFineArt.


previous arrow
next arrow
previous arrownext arrow
Slider

© Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, visite de l’exposition, le 22 fĂ©vrier 2021.

François Auguste Biard, Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des Tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale, 1841. Huile sur toile, 130 x 163 cm. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec.
François Auguste Biard, Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des Tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale, 1841. Huile sur toile, 130 x 163 cm. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec.
François Auguste Biard, Deux Indiens en pirogue, vers 1860-1861. Huile sur toile, 50,2 x 61 cm. Paris © Musée du quai Branly-Jacques Chirac, dist. RMN-Grand Palais / Enguerran Ouvray.
François Auguste Biard, Deux Indiens en pirogue, vers 1860-1861. Huile sur toile, 50,2 x 61 cm. Paris © Musée du quai Branly-Jacques Chirac, dist. RMN-Grand Palais / Enguerran Ouvray.
François Auguste Biard, Le Duc d’Orléans descendant la grande cascade de l’Eijanpaikka sur le Fleuve Muonio (Laponie), septembre 1795, 1841. Huile sur toile, 131 x 163 cm. Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © Château de Versailles, dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin.
François Auguste Biard, Le Duc d’Orléans descendant la grande cascade de l’Eijanpaikka sur le Fleuve Muonio (Laponie), septembre 1795, 1841. Huile sur toile, 131 x 163 cm. Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © Château de Versailles, dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin.
François Auguste Biard, Intérieur d’un ménage de diseuse de bonne aventure´; épisode de L’Officier de fortune de Walter Scott, 1823. Huile sur toile, 101 x 131 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts © Lyon MBA / Photo Martial Couderette.
François Auguste Biard, Intérieur d’un ménage de diseuse de bonne aventure ; épisode de L’Officier de fortune de Walter Scott, 1823. Huile sur toile, 101 x 131 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts © Lyon MBA / Photo Martial Couderette.

Extrait du communiquĂ© de presse :



Commissaires : 

Vincent Gille, conservateur Ă  la Maison de Victor Hugo

Baptiste Henriot, historien de l’art spécialiste de l’oeuvre de Biard





Ă€ l’occasion de sa rĂ©ouverture, la Maison de Victor Hugo prĂ©sente la première exposition rĂ©trospective consacrĂ©e Ă  l’oeuvre de François Auguste Biard. Elle rĂ©unit plus d’une centaine d’oeuvres : peintures, dessins et gravures dont la presque totalitĂ© des grands formats des paysages du Grand Nord grâce aux gĂ©nĂ©reux prĂŞts de collections publiques et privĂ©es françaises et Ă©trangères. Contemporain de Victor Hugo, Biard (1799-1882) Ă©chappe aux dĂ©finitions et aux genres : artiste « fantaisiste Â», peintre explorateur, tĂ©moin de son temps.




Biard est le mari de Léonie d’Aunet avec laquelle Victor Hugo partagea une grande passion de 1844 à 1851. Les deux amants furent surpris en flagrant délit d’adultère. Le roi Louis-Philippe dont le peintre et l’écrivain étaient proches étouffa le scandale. Léonie d’Aunet mènera dans les années 1850 et 1860 une carrière d’écrivain.




« Le nom de M. Biard n’éveille aucun nom de grand maĂ®tre, prĂ©vient en 1861 le critique Jules Castagnary. Son oeuvre ne soulève aucune question d’esthĂ©tique. M. Biard se pose dans la peinture contemporaine, seul, sans aĂŻeux, et vraisemblablement sans postĂ©ritĂ©. Il n’est ni le premier ni le dernier artiste de son temps. Grâce Ă  un caractère Ă  part, il s’est fait une place Ă  part. Â» Un artiste « fantaisiste Â». Une carrière « aussi capricieuse que le rĂŞve Â». « Du pittoresque, de la soudainetĂ© Â». Tels sont les qualificatifs qu’emploie Louis Boivin pour introduire sa Notice sur M. Biard Ă©crite en 1842.




Très tôt, Biard excelle dans les scènes de genre, avec un sens aigu de l’observation et un goût de la mise en scène. Ce peintre de genre se voit avant tout en peintre voyageur. Il part en expédition dans le grand Nord en 1839 dont il restitue avec force et poésie les paysages grandioses. Entre 1859 et 1860 il est au Brésil. En ethnographe et naturaliste, il collecte la faune et la flore et peint les tribus indiennes qu’il approche.




L’exposition sera présentée au Nordnorsk Kunstmuseum de Tromsø (Norvège) d’avril à août 2021.


Le parcours de l’exposition 



Les débuts

Après une formation « sur le tas » dans une fabrique de papier peint, à Lyon, et deux brefs passages à l’École des beaux-arts de la ville, Biard voyage durant deux années d’abord en Méditerranée, puis en Angleterre et en Écosse, avant de s’installer à Paris en 1835. Dans son atelier de la place Vendôme, encombré d’objets et d’accessoires rapportés de ses voyages, se côtoient explorateurs, marins, peintres, écrivains et botanistes. Fort de ses succès au Salon, où il expose depuis 1824, Biard est alors un peintre en vue. Âgée d’à peine 20 ans, Léonie Thévenot d’Aunet entre dans sa vie en 1838. Elle l’accompagne au Spitzberg et en Laponie en 1839, l’épouse en 1840 et lui donne deux enfants avant que le couple ne se disloque. Courtisée par Victor Hugo dès 1843, ils seront surpris en flagrant délit d’adultère le 2 juillet 1845 – leur liaison ne sera interrompue que par le départ du poète en exil en décembre 1851. Léonie entamera alors une carrière de journaliste et d’écrivain jusqu’à sa mort en 1879. En proie aux réticences d’une partie de la critique, mais adulé par le public, Biard poursuit une brillante carrière jusque dans les années 1850 – il bénéficie du soutien du roi Louis Philippe et de commandes officielles, y compris sous la IIe République.



Voyage dans le Nord

Plus mystérieux que l’orientalisme mais partageant certains de ses codes – les paysages grandioses, les animaux sauvages –, le goût du Nord, que le romantisme avait mis à la mode avec l’Écosse de Walter Scott et l’intérêt pour les mythologies scandinaves, pénètre peu à peu la peinture. Peder Balke, Thomas Cole, Johan Christian Dahl, Caspard David Friedrich, William Turner participent de cette fascination pour les lumières boréales et la froide désolation des paysages nordiques. C’est dans ce contexte que Biard, invité à participer durant l’été 1839 à une mission scientifique au Spitzberg et en Laponie, va se plonger corps et âme dans les terres glacées de l’archipel du Svalbard et de la Laponie. Il en rapportera des centaines d’études de paysages et de portraits de Samis qui lui serviront, une fois de retour à Paris, à composer des paysages inquiétants que des scènes exotiques viendront animer. L’ambition du peintre était de parvenir à une certaine vérité « scientifique » – humaine, topographique, météorologique –, permettant d’instruire le public, tout en le divertissant et l’effrayant avec des ours menaçants et des naufrages tragiques. Les échos de ses aventures publiés dans la presse, et dont Léonie fera le récit quinze ans plus tard, contribueront à faire de ce voyage une épopée héroïque.



L’expédition de la corvette La Recherche

Le 9 mai 1839, François Auguste Biard et sa compagne, Léonie d’Aunet, partent pour le cercle polaire. Deux mois plus tard, ils sont à Hammerfest, non loin du Cap Nord. Là, ils embarquent sur la corvette La Recherche et rejoignent l’expédition scientifique qui a pour but d’étudier les terres disséminées dans l’océan Arctique. Ils mettent le cap vers l’archipel septentrional du Svalbard. Après un bref arrêt à l’île aux Ours, la mission atteint l’île du Spitzberg et jette l’ancre dans la baie de la Madeleine, par 79° de latitude Nord. Durant deux semaines, météorologues, géographes, botanistes, géologues et artistes s’affairent à cartographier, effectuer des relevés, collecter et échantillonner le plus de matériaux possible. Durant ce voyage, Biard ne dort presque pas, travaillant sans relâche sous un soleil polaire omniprésent à cette période de l’année. Léonie brave tous les dangers et toutes les péripéties afin d’acquérir le titre – aujourd’hui oublié – de première femme à poser le pied au Spitzberg.



Portraits de Samis

« Leurs cheveux noirs et droits, leur visage carré, leurs pommettes saillantes, leur nez aplati, leurs yeux petits et relevés des coins les font trop différer de toutes populations du Nord […]. » C’est ainsi que Léonie d’Aunet décrit les Samis dans son Voyage au Spitzberg. Biard, quant à lui, peindra de nombreux portraits de ce peuple méconnu et s’efforcera, avec une rigueur presque ethnographique, de représenter leurs coutumes, leurs habits et leurs traits sans tomber dans la caricature ou dans la discrimination, comme il était courant de traiter à cette époque les « lapons » (terme péjoratif issu du suédois lapp signifiant « porteurs de haillons »).



François Auguste Biard Voyageur

« M. Biard est, par goût, un des artistes les plus nomades des temps anciens et modernes », écrit Louis Boivin dans sa Notice sur M.´ Biard. Et en effet. Dès 1825, le peintre part en Italie en compagnie de Camille Corot. En 1827, il s’engage comme professeur de dessin sur la corvette d’instruction de la marine La Bayadère et parcourt pendant plus d’un an la Méditerranée : Malte, la Grèce, Rhodes, Chypre, la Syrie et l’Égypte. À peine est-il de retour à Lyon qu’il repart pour l’Angleterre et l’Écosse. Il visite ensuite l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne, « ramassant partout des inspirations et des sujets de travail », précise Louis Boivin. Il prend en effet l’habitude de couvrir ses carnets de paysages et de scènes, « reproduisant sur son album tous les accidents de cette nature grandiose qui frappaient ses regards ». Biard s’inscrit d’abord dans la vague triomphante de l’orientalisme. Parmi les oeuvres qu’il expose au Salon dans les années 1830, plusieurs font écho à son périple en Orient. Élargissant son horizon, les voyages de 1839 au Spitzberg et en Laponie, puis celui de 1859-1860 au Brésil et aux États-Unis, répondront mieux à son désir d’explorer des mondes nouveaux, lointains et inconnus.



L’abolition de l’esclavage

En 1835, Biard présente au Salon une Traite des Nègres, qui sera remarquée par Victor Schoelcher, journaliste et abolitionniste. Nommé sous-secrétaire d’État aux colonies par le gouvernement en février 1848, celui-ci contribuera à faire adopter en mars suivant le décret abolissant l’esclavage dans les colonies françaises. Attentif aux traités cherchant à réglementer le commerce négrier, aux pratiques et aux débats, Biard expose un Droit de visite en 1846. La IIe République lui achète une oeuvre célébrant L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises deux ans plus tard. Il reviendra une dernière fois à la question de l’esclavage à son retour du Brésil, en 1861, avec un triptyque détaillant les étapes du commerce : Emménagement d’esclaves à bord d’un négrier, Vente d’esclaves dans les États d’Amérique du Sud et Chasse aux esclaves fugitifs. Attaché à restituer les faits avec un certain naturalisme, le peintre se documente. Il consulte autant les récits d’abolitionnistes que d’anciens négriers, qui paraissent dans le Musée des familles ou la Revue des deux mondes. Il possède lui-même des instruments de supplice qui ont servi à illustrer de nombreux tableaux. Plus que la condition des esclaves dans les plantations ou les châtiments auxquels ils sont soumis, plus que la question morale et économique, c’est la réalité du commerce et de la traite que Biard détaille dans ses oeuvres. L’artiste ne milite pas officiellement pour la cause abolitionniste, mais « quelles magnifiques vignettes abolitionnistes on ferait avec [s]es toiles », souligne Théophile Gautier en 1861.



Voyage au Brésil

Afin de revivre l’aventure des lointains inexplorés, Biard décide brusquement de partir au Brésil en 1858. Arrivé à Rio de Janeiro en mai et rapidement introduit à la cour de l’empereur, il mène pendant quelques mois une activité de peintre de cour qui ne le satisfait pas. Il n’a de cesse en effet de vouloir découvrir les territoires vierges et inconnus de la forêt tropicale. Il y parvient en juin 1859. Après une première incursion en forêt dans la province d’Espirito Santo, il gagne l’Amazone, qu’il remonte jusqu’à Manaos. De là, il part explorer le Rio Negro sur un petit canot tout spécialement aménagé et termine son périple, malade et fatigué, sur les rives du Rio Madeira et dans le territoire des Mundurucus. Biard, qui voyage avec un guide indigène et deux gardes, ne se conduit pas très différemment des voyageurs et explorateurs européens dont il partage, pour l’essentiel, les curiosités et les préjugés. Il chasse, collecte animaux et plantes à tout-va et dessine, quand cela est possible, paysages et autochtones. Il produira à son retour moins d’oeuvres qu’il ne l’avait fait, dans les années 1840, après son voyage dans le Nord, mais écrira un long récit, abondamment illustré, où il fait montre, envers lui-même et ses aventures, d’une bonne dose d’humour et de dérision.



François Auguste Biard au Salon

Outre de nombreux Salons en province, Biard expose régulièrement au Salon parisien, grand rendez-vous annuel qui se tient entre mars et juin au Louvre, au Salon carré (d’où son nom) et dans la Grande Galerie. Il y est présent chaque année ou presque entre 1824 et 1882, avec deux oeuvres au minimum mais généralement beaucoup plus : huit en 1835, douze en 1841, onze en 1861. Mais surtout, chaque année, ses oeuvres touchent à tous les genres : le portrait, la peinture de genre et les marines – ces dernières s’approchant dans son cas du genre plus noble de la peinture d’histoire. Le public a ses préférences. Tout au long des années 1830 et 1840, il fait un triomphe à ses scènes comiques. « Dieu de Dieu, que ce mossieur Biard est farce, mais qu’il est donc farce ! », fait dire le caricaturiste Bertall à une famille hilare réunie devant un tableau de l’artiste. Ce succès populaire, indéniable, fait la renommée de Biard mais le cantonne dans un seul registre : ses portraits, ses oeuvres « officielles », ses paysages du Nord ou du Brésil, ses évocations de l’esclavage ou de la folie attirent moins les regards. Après les années 1860, ayant des difficultés à se renouveler, Biard est peu à peu oublié, bien que toujours présent sur les cimaises du Salon.



François Auguste Biard et la critique

La critique est, vis-à-vis de Biard, assez partagée. Il a des soutiens et des fidèles – au Musée des familles, au Journal des débats – qui le suivent d’oeuvre en oeuvre, louent son sens de l’observation et du détail, sa maîtrise des physionomies, son esprit, son humour et sa curiosité. Certains saluent également le fait qu’il sorte des sujets convenus et des grandes scènes historico-religieuses. Mais il a également des détracteurs qui, eu égard à son succès, se sentent contraints d’en parler. Pour la plupart, c’est le genre « burlesque », source de la popularité du peintre, qui fait débat : à leurs yeux, la caricature, légitime pour le dessin et la lithographie, n’a pas sa place en peinture car elle la tire vers le trivial et le « mauvais goût ». L’abondance de l’oeuvre et son éclectisme déroutent également et amènent une partie de la critique, que les peintures burlesques agacent, à ne pas prendre au sérieux les paysages nordiques, jugés par exemple peu vraisemblables, ou à ne les considérer que sous un angle documentaire et pédagogique. Ses tentatives vers la peinture d’histoire sont également moyennement jugées – Charles Baudelaire note avec ironie qu’il ne s’est pas encore essayé à la peinture religieuse, ce qui est faux. Quand on en parle dans les années 1870 et 1880, rarement, c’est généralement pour renvoyer au Biard burlesque des années 1830.



François Auguste Biard et la gravure

Les oeuvres de Biard ont été largement diffusées par la gravure ou, à partir des années 1860, par la photographie. Elles ont aussi été reproduites tout au long du siècle dans les journaux et revues, en France comme à l’étranger. Même si, selon les cas, la qualité et la fidélité à l’oeuvre originale sont variables, ces reproductions sont précieuses. Non seulement elles témoignent du succès de l’artiste et de sa renommée, mais elles nous permettent d’avoir connaissance de nombreuses oeuvres aujourd’hui non localisées, ou disparues.