đ âPaz ErrĂĄzurizâ Histoires inachevĂ©es, Ă la Maison de lâAmĂ©rique latine, Paris, du 8 septembre au 20 dĂ©cembre 2023 (prolongĂ©e jusqu’au 24 janvier 2024)
âPaz ErrĂĄzurizâ
Histoires inachevées (Historias inconclusas)
Ă la Maison de l’AmĂ©rique Latine, Paris
du 8 septembre au 20 dĂ©cembre 2023 (prolongĂ©e jusqu’au 24 janvier 2024)
PODCAST – Interview de BĂ©atrice Andrieux, commissaire de l’exposition,
par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 7 septembre 2023, durĂ©e 16â19,
© FranceFineArt.
Extrait du communiqué de presse :
Paz ErrĂĄzuriz, La Carlina, Vivaceta – Santiago. SĂ©rie Manzana de AdĂĄn 1987; Tirage gĂ©latino-argentique sur papier barytĂ© de 1989, 36,2 x 24,1 cm. Collection privĂ©e, Paris.
Paz ErrĂĄzuriz, Boxeador VII. SĂ©rie Boxeadores. Tirage argentique, 1987, 40 x 30 cm. Courtesy mor charpentier.
Paz ErrĂĄzuriz, Mago Capriario. SĂ©rie El Circo 1982. Tirage argentique de 1990, 30 x 40 cm. FundaciĂłn LariviĂšre, Buenos Aires.
Paz ErrĂĄzuriz, Evelyn – La Palmera, Santiago. SĂ©rie Manzana de AdĂĄn, 1982-1987. Tirage cibachrome de 2015, 26 x 39.3 cm. Collection privĂ©e, Paris.
Paz ErrĂĄzuriz, Sans titre. SĂ©rie Ăuble, 2019. Tirage numĂ©rique, 2023, 29 x 20,5 cm. Studio Paz ErrĂĄzuriz, Santiago, courtesy mor charpentier.
Paz Erråzuriz, VII. Série Muñecas 2014. Tirage numérique, 40 x 60 cm. Courtesy mor charpentier.
Commissariat : BĂ©atrice Andrieux
« JâĂ©tais trĂšs intĂ©ressĂ©e par lâhistoire de la prostitution au Chili.
Je voulais en savoir plus sur les femmes,
je voulais en savoir plus sur moi-mĂȘme,
je voulais savoir beaucoup de choses. »
Pour sa premiĂšre exposition personnelle dans une institution parisienne, la grande photographe chilienne Paz ErrĂĄzuriz, relativement peu montrĂ©e en France, prĂ©sente non moins de 120 tirages issus de 15 sĂ©ries dont trois inĂ©dites : PrĂłceres (1983), Sepur Zarco (2016) et Ăuble (2019) ainsi que la sĂ©rie emblĂ©matique La Manzana de AdĂĄn rĂ©alisĂ©e entre 1982 et 1987. Paz ErrĂĄzuriz regarde les invisibles et ceux qui vivent dans des mondes sĂ©parĂ©s, voire parallĂšles : circassiens, lutteurs, travestis et prostituĂ©es, vagabonds ou encore malades mentaux sont souvent photographiĂ©s dans des espaces confinĂ©s.
Son travail au long cours lui permet de nouer des relations fortes avec ses modĂšles, femmes et hommes posent fiĂšrement, parfois sâabandonnent, donnent accĂšs Ă une part de leur intimitĂ©. Dâune grande fidĂ©litĂ© aux personnes photographiĂ©es, Paz ErrĂĄzuriz dit souvent quâelle a toujours du mal Ă clore une sĂ©rie. Les histoires, les vies photographiĂ©es restent pour elle « inachevĂ©es », comme si elle ne souhaitait pas voir les personnes rencontrĂ©es disparaĂźtre.
Lâoeuvre de Paz ErrĂĄzuriz est marquĂ©e au fer par les annĂ©es sombres du rĂ©gime de Pinochet (11 septembre 1973 – 11 mars 1990). NĂ©e en 1944 Ă Santiago du Chili, elle est institutrice avant de commencer sa carriĂšre artistique en autodidacte dans les annĂ©es 1970 : « Mes dĂ©buts de photographe professionnelle correspondent Ă ceux de la dictature. La photographie mâa permis de mâexprimer Ă ma façon et de participer Ă la rĂ©sistance. Câest Ă©trange de constater Ă quel point les pĂ©riodes hostiles et dangereuses peuvent stimuler les artistes. Toute cette Ă©nergie crĂ©atrice sâexprime alors par la mĂ©taphore. CâĂ©tait le cas au Chili, dans les annĂ©es 1980.»
Paz ErrĂĄzuriz prend donc ses premiĂšres photographies dans les annĂ©es 1970. Ses portraits en noir et blanc, dâune grande beautĂ© formelle, parlent des diktats sociaux, de lâinvisibilitĂ© de certains groupes, de la condition humaine, et dĂ©rangent les conventions de reprĂ©sentations visuelles.
Parcourant exhaustivement son pays depuis Santiago, du nord au sud jusquâen Patagonie, elle dresse un Ă©tat des lieux puissant de ceux que la sociĂ©tĂ© regarde diffĂ©remment, Ă travers leurs histoires individuelles ou collectives. RĂ©cemment, elle a rĂ©alisĂ© une impressionnante sĂ©rie de portraits des femmes de Sepur Zarco, localitĂ© du Guatemala, toutes victimes (survivantes) en 1982 de la rĂ©pression sanglante du pouvoir militaire et des violences exercĂ©es sur elles.
Extrait du Catalogue
Extrait du catalogue â aux Ă©ditions chez Atelier EXB [Avec les textes : Introduction gĂ©nĂ©rale de BĂ©atrice Andrieux, commissaire de lâexposition. Entretien Paz ErrĂĄzuriz – BĂ©atrice Andrieux. Texte de Marie PerennĂšs, commissaire dâexposition. Avec le soutien de Kering | Women In Motion.]
Lâoeuvre de la photographe chilienne sâinscrit avant tout dans le contexte brutal de la dictature du gĂ©nĂ©ral Pinochet (de 1973 Ă 1990). Rien ne prĂ©destinait Paz ErrĂĄzuriz Ă la photographie, si ce nâest une soif de connaĂźtre les autres, de voir de ses propres yeux la rĂ©alitĂ© de son pays. Sa pratique autodidacte dĂ©rive de sa rĂ©flexion sur la vie qui passe et de sa recherche de la comprĂ©hension dâun pays fracturĂ© par la politique rĂ©pressive mise en place par le rĂ©gime. Le gouvernement militaire avait en effet installĂ© des mesures Ă©conomiques de type nĂ©olibĂ©ral, qui ont eu pour consĂ©quence nĂ©faste lâaccroissement de la pauvretĂ© dans les couches sociales les plus fragiles…
…Le sort a voulu que Paz ErrĂĄzuriz vive sous un long rĂ©gime militaire dans une ville entourĂ©e de murs et divisĂ©s en secteurs antagonistes composĂ©s de quartiers, de classe et dâidĂ©ologies diffĂ©rents : une ville dont les systĂšmes rigides de catĂ©gories et dâappartenances sociales formaient des blocs que lâautoritarisme dĂ©clarait inamovibles (1) ». En 1981, elle cofonde lâassociation des photographes indĂ©pendants avec dâautres photographes (AFI). Jusquâen 1993, annĂ©e oĂč elle sâinscrit Ă LâInternational Center of Photography de New York, elle ne suit aucune formation dans ce domaine. Tout au long de sa carriĂšre, Paz ErrĂĄzuriz aura comme moteur une conscience sociale face aux injustices dans son pays. Elle sâattache Ă lâĂ©thique dans sa relation empreinte de respect et dâempathie pour les personnes photographiĂ©es qui nâont gĂ©nĂ©ralement pas accĂšs au pouvoir ou qui ne peuvent exprimer leur malaise. Les thĂšmes qui lâont obsĂ©dĂ©s tout au long de sa carriĂšre, depuis les annĂ©es 1970 jusquâĂ aujourdâhui, demeurent dâune troublante actualitĂ©…
…Les histoires, les vies photographiĂ©es restent pour Paz ErrĂĄzuriz « inachevĂ©es » dans le sens du temps qui sâĂ©grĂšne comme si elle ne souhaitait pas voir les personnes rencontrĂ©es disparaĂźtre. Elle qui a vu tant de proches emprisonnĂ©s, assassinĂ©s ou partis Ă lâĂ©tranger pour Ă©chapper Ă la violence du rĂ©gime pinochetiste, a su trouver sa propre forme de rĂ©sistance. Par la mĂ©taphore, Paz ErrĂĄzuriz a construit une oeuvre dense et unique Ă©clairant la force de la condition humaine dans un monde rĂ©pressif. La longue et riche pratique de Paz ErrĂĄzuriz trouve une rĂ©sonnance dans lâextrait de Susan Sontag sur la photographie : « En nous enseignant un nouveau code visuel, les photographies modifient et Ă©largissent notre idĂ©e de ce qui mĂ©rite dâĂȘtre regardĂ© et de ce que nous avons le droit dâobserver. Elles constituent une grammaire et, ce qui est encore le plus important, une Ă©thique du regard (2) ».
BĂ©atrice Andrieux, commissaire de lâexposition
1- Nelly Richard, Paz ErrĂĄzuriz. FotografĂa – Photography – 1983 – 2002 /Trabajos realizados en Vicente Vargas Estudio. Textos: Nelly Richard, Claudia Donoso
2- Susan Sontag, « La caverne de Platon », Sur la Photographie, ed Christian Bourgeois