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🔊 “Frank Horvat” au Jeu de Paume, Paris, du 16 juin au 17 septembre 2023

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“Frank Horvat” Paris, le monde, la mode

au Jeu de Paume, Paris

du 16 juin au 17 septembre 2023

Jeu de Paume


Interview de Fiammetta Horvat, fille de Frank Horvat, directrice des Archives Frank Horvat, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 15 juin 2023, durée 18’24. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Fiammetta Horvat, fille de Frank Horvat, directrice des Archives Frank Horvat,


par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 15 juin 2023, durĂ©e 18’24,
© FranceFineArt.


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Frank Horvat
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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 15 juin 2023.

Extrait du communiqué de presse :

Frank Horvat, Séance de macumba, Rio de Janeiro, Brésil, 1963. Tirage argentique d’époque.
Frank Horvat, Séance de macumba, Rio de Janeiro, Brésil, 1963. Tirage argentique d’époque.
Frank Horvat, Grand magasin, Tokyo, Japon, 1963. Tirage argentique d’époque.
Frank Horvat, Grand magasin, Tokyo, Japon, 1963. Tirage argentique d’époque.
Frank Horvat, Nuit de Noël, hôtesse dans un bar de marins, Calcutta, Inde, 1962. Tirage argentique d’époque.
Frank Horvat, Nuit de Noël, hôtesse dans un bar de marins, Calcutta, Inde, 1962. Tirage argentique d’époque.
Frank Horvat, Iris Bianchi et Agnès Varda, Paris, haute couture française, pour Harper’s Bazaar, 1962. Tirage jet d’encre moderne.
Frank Horvat, Iris Bianchi et Agnès Varda, Paris, haute couture française, pour Harper’s Bazaar, 1962. Tirage jet d’encre moderne.
Frank Horvat, Chapeau Givenchy, Paris, pour Jardin des Modes, 1958. Tirage jet d’encre moderne.
Frank Horvat, Chapeau Givenchy, Paris, pour Jardin des Modes, 1958. Tirage jet d’encre moderne.
Frank Horvat, Paris au téléobjectif, bus, 1956. Tirage argentique moderne.
Frank Horvat, Paris au téléobjectif, bus, 1956. Tirage argentique moderne.
Frank Horvat, Combat de boxe entre enfants, Lambeth, Londres, Angleterre, 1955. Tirage argentique moderne.
Frank Horvat, Combat de boxe entre enfants, Lambeth, Londres, Angleterre, 1955. Tirage argentique moderne.

Commissariat : Virginie Chardin, commissaire d’exposition indĂ©pendante

Le Jeu de Paume présente la plus grande exposition consacrée au photographe Frank Horvat depuis son décès le 21 octobre 2020. À travers 170 tirages et 70 documents d’archive, « Frank Horvat. Paris, le monde, la mode » se concentre sur les quinze premières années d’une carrière exceptionnelle. Entre 1950 et 1965, Horvat affirme une personnalité hors norme d’auteur-reporter et de photographe de mode. L’exposition apporte une vision renouvelée sur l’oeuvre de cet acteur majeur de la photographie française et européenne.

Né à Abbazia en Italie en 1928, de parents juifs originaires d’Europe Centrale, Francesco Horvat est contraint de se réfugier en 1939 en Suisse, près de Lugano, avec sa mère et sa soeur. Parti pour Milan après la guerre, il s’essaie au métier de publicitaire puis de photographe. Ses premières images sont publiées au début des années 1950 par les journaux italiens et suisses Epoca, Die Woche et Sie und Er. Admirateur d’Henri Cartier-Bresson auquel il rend visite à Paris en 1951 dans l’espoir d’intégrer l’agence Magnum, il acquiert un Leica et effectue un premier voyage initiatique au Pakistan et en Inde de 1952 à 1954. Parvenant à capter en gros plans des scènes d’une grande intensité et parfois des lieux interdits, il se révèle comme un photographe du corps et de l’intime.

À la suite de Die Woche, les grands magazines internationaux Paris-Match, Picture Post, Le Ore ou Life le publient sous le nom de Franco, puis de Frank Horvat, et Edward Steichen sélectionne une de ses images du Pakistan pour la célèbre exposition The Family of Man au Musée d’art moderne de New York (MoMA). Sa carrière de photo-reporter se poursuit à Londres et à Paris où il s’installe fin 1955. Dans ses reportages sur les nuits parisiennes, strip-tease, cabarets, music-halls voire lieux de prostitution, il capte autant l’attitude des spectateurs-voyeurs que le spectacle lui-même.

C’est à cette période qu’il acquiert un téléobjectif Novoflex et s’essaie à un grand nombre de points de vue inédits sur Paris, exacerbant par un effet de grain, de contraste et d’écrasement des plans, la saturation de l’espace public et l’anonymat de la foule. Romeo Martinez, éditeur et rédacteur-en-chef de la revue Camera, consacre vingt pages à ce travail dans le numéro de janvier 1957 et l’expose à la Première Biennale de Photographie de Venise la même année.

Ce sont ces images de rue, reprises dans plusieurs revues photographiques européennes, qui paradoxalement, le conduisent vers l’univers de la mode. Par l’intermédiaire de William Klein, qui a remarqué ses images dans Camera, il entre en relation avec Jacques Moutin, le directeur artistique de Jardin des Modes.

Ce dernier lui propose de transposer son style de photographie urbaine, granuleuse, en lumière naturelle et en petit format, dans la mise en scène des collections de mode et particulièrement du prêt-à-porter, alors en pleine explosion. C’est grâce à lui qu’il réalise ses images les plus célèbres, comme Tan Arnold au Chien qui fume ou celle de la femme au chapeau Givenchy observant aux jumelles une course imaginaire. Cette irruption d’un « esprit reportage » vivant, humoristique et décalé dans la photographie de mode séduit les autres magazines et Frank Horvat devient un photographe à succès. Monique Dutto à la sortie du métro, Nico au Bois de Boulogne, Ana Karina aux Halles paraissent dans Jours de France. Son travail et son approche sont considérés comme novateurs dans les milieux de la mode. Ses mises en situation naturelles se transforment en compositions sophistiquées dans les images qu’il réalise pour Vogue britannique et Harper’s Bazaar de 1960 à 1962. Simone d’Aillencourt, China Machado ou Vera Valdez, femmes aux parcours peu communs, y posent devant son objectif.

Frank Horvat éprouve cependant, dès cette époque, le désir de s’échapper des codes stéréotypés du photojournalisme et de la photographie de mode. Appuyé par le directeur-en-chef du magazine de reportage allemand Revue, il entreprend pendant huit mois un vaste essai photographique autour du monde, qui le mènera au Caire, Tel Aviv, Calcutta, Sydney, Bangkok, Hongkong, Tokyo, Los Angeles, New York, Caracas, Rio de Janeiro et Dakar entre 1962 et 1963. Dans ce dernier grand reportage en noir et blanc, il laisse libre cours à l’expression de ses fascinations et à une inspiration personnelle aux vibrations parfois hallucinées. Jeux de regard, scènes de nuit, fragilité entrevue derrière les masques, mélancolie des corps, troubles physiques et amoureux, dessinent une cartographie intime de ce photographe mû tout au long de sa vie par une recherche introspective et par une inépuisable quête de l’expérience nouvelle.

Réalisée à partir des archives laissées par le photographe dans sa maison-atelier de Boulogne-Billancourt, l’exposition comporte 170 tirages et 70 documents d’époque (publications, écrits, ouvrages, planches contacts). Elle présente, aux côtés d’images emblématiques, des ensembles de photographies moins connues ou complètement inédites. C’est toute la richesse et la singularité d’une oeuvre complexe et multiforme qui est ici dévoilée, replacée dans le contexte de l’histoire de l’image photographique et de la presse illustrée d’après-guerre.

Après le succès de l’exposition Frank Horvat présentée au Château de Tours au printemps 2022, le Jeu de Paume a souhaité proposer à Paris une version enrichie de l’exposition. Seront ainsi présentés un ensemble inédit de photographies ainsi que de nombreuses revues de mode, apportant un éclairage particulier sur le contexte de création de ces images, à une époque où l’essor du prêt-à-porter et l’évolution du statut des femmes dans la société modifient profondément les canons du genre.

#Publication – Catalogue Frank Horvat 50-65

Textes de Virginie Chardin et Susanna Brown, avant-propos de Quentin Bajac et Ă©pilogue de Fiammetta Horvat – CoĂ©dition Jeu de Paume / Éditions de La Martinière, Paris

Frank Horvat, Jeune marié découvrant le visage de sa femme dans un miroir, Lahore, Pakistan, 1952. Tirage argentique moderne.
Frank Horvat, Jeune marié découvrant le visage de sa femme dans un miroir, Lahore, Pakistan, 1952. Tirage argentique moderne.
Helmut Newton, Frank Horvat par Helmut Newton, années 1970. © Helmut Newton Foundation.
Helmut Newton, Frank Horvat par Helmut Newton, années 1970. © Helmut Newton Foundation.
Frank Horvat, Amoureux, Sydney, Australie, 1963. Tirage argentique d’époque.
Frank Horvat, Amoureux, Sydney, Australie, 1963. Tirage argentique d’époque.

L’exposition

Réalisée à partir des archives conservées par l’auteur dans sa maison-studio de Boulogne-Billancourt, l’exposition prend appui sur des documents d’époque : vintages, publications, écrits, afin de suivre et expliciter la démarche du photographe, dans le contexte de l’évolution de la presse illustrée et de la photographie de mode d’alors. Elle s’attache à discerner les moteurs profonds de l’oeuvre et à en faire ressortir la force et les points de tension. Elle souligne les points communs entre son oeuvre de photoreporter et son travail pour la mode. La fascination pour la beauté, le motif du regardeur-voyeur, l’attention au trouble physique ou amoureux, sont quelques-uns des thèmes récurrents de Frank Horvat, qui apparaît avant tout comme un photographe du corps et de l’intime. S’y révèle aussi la facette mélancolique d’un auteur indépendant et parfois solitaire, se vivant comme un outsider malgré son succès comme photographe de mode.

Les débuts d’un photoreporter 1928-1954
Cette première section retrace l’origine et le parcours du jeune photographe et prĂ©sente des documents personnels. Francesco Horvat naĂ®t le 28 avril 1928 Ă  Abbazia, une station balnĂ©aire de l’Adriatique alors en territoire italien (actuel Opatija, en Croatie). Ses parents, mĂ©decins juifs originaires d’Europe centrale, se sĂ©parent alors qu’il n’a que cinq ans. Suite Ă  une sĂ©rie de dĂ©crets antisĂ©mites et racistes promulgĂ©s par Benito Mussolini en 1938, le père de Francesco fuit alors en Yougoslavie puis en Hongrie, oĂą il survivra pendant la guerre grâce Ă  de faux papiers. Sa mère se rĂ©fugie avec ses deux enfants en Suisse, oĂą elle se remariera pendant la guerre. La famille s’installe Ă  Lugano puis Ă  Intragna, un petit village situĂ© en Suisse italienne Ă  quelques kilomètres de Locarno. C’est lĂ  que Francesco, appelĂ© alors Franco par ses proches, passera son adolescence. En 1944 il Ă©change sa collection de timbres contre un appareil photo Retinamat, avec lequel il commence Ă  photographier son entourage. Après-guerre, suite Ă  une visite Ă  son père qui, entre-temps, a Ă©migrĂ© en IsraĂ«l, le jeune homme dĂ©cide d’être photojournaliste. Ă€ cette pĂ©riode, la demande d’images est importante et les photographes ne manquent pas de travail. En 1947, Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, George Rodger, William Vandivert et David Seymour crĂ©ent l’agence Magnum Ă  New York. Depuis 1936, le magazine amĂ©ricain Life a rĂ©volutionnĂ© le photojournalisme en mettant la photographie au centre de l’information, et devient source d’inspiration pour de nombreuses publications Ă  travers le monde. C’est le cas par exemple de l’hebdomadaire italien Epoca lancĂ© par Alberto Mondadori en 1950. Franco Horvat y publie ses premiers sujets en 1951. La mĂŞme annĂ©e, le graphiste Jacques Plancherel lance la revue Die Woche Ă  Zurich. Ce magazine, qui apporte un soin particulier Ă  la mise en page et Ă  l’impression, et qui publiera de nombreux grands photographes parmi lesquels Werner Bischof, Henri Cartier-Bresson ou Robert Doisneau, se veut un magazine d’information responsable, d’inspiration humaniste. Il sera le principal client de Frank Horvat jusqu’en 1956. Cette section prĂ©sente un ensemble de tirages argentiques modernes rĂ©alisĂ©s spĂ©cialement pour l’exposition, des images d’Italie en 1950-1951 et du Pakistan en 1952. Ă€ Lahore, alors que Frank Horvat recherche une « picture story » Ă  envoyer Ă  Die Woche, son intuition le conduit dans le « quartier rouge » de Hira Mandi (« MarchĂ© aux diamants » en ourdou), lieu de prostitution mais aussi d’une importante fĂŞte annuelle. Ă€ cette occasion, des jeunes filles, exceptionnellement dĂ©voilĂ©es et parĂ©es, dansent et sont exposĂ©es au regard des hommes, ceux-ci obtenant le droit de s’entretenir avec les familles en vue d’une rencontre ou d’un mariage. Il photographie Ă©galement des fumeurs d’opium et de haschich, une cĂ©rĂ©monie religieuse musulmane particulièrement frappante et un mariage au cours duquel le fiancĂ© dĂ©couvre dans un miroir le visage de sa fiancĂ©e. Cette section dĂ©voile aussi des planches contacts et tirages d’époque d’un sujet poignant tel que la misère rĂ©gnant sur le pont Howrah Ă  Calcutta autour de 1953, ainsi qu’un reportage sur la cruautĂ© de la capture des Ă©lĂ©phants sauvages, sujet qui le passionne au point d’y consacrer un livre quelques annĂ©es plus tard. RĂ©unis pour cette exposition, des publications d’époque permettent de recontextualiser ces tirages (Epoca, Die Woche, Picture Post, Point de Vue, Le Ore…), prĂ©sentĂ©s aux cĂ´tĂ©s du catalogue original de The Family of Man de 1955 et de l’ouvrage La capture des Ă©lĂ©phants sauvages.

Reportages à Londres et pour Réalités 1954-1959
De retour en Europe, Frank Horvat s’installe quelques mois à Londres où il poursuit sa carrière de photo-reporter, en travaillant pour l’agence Black Star de New York. Les Anglais lui inspirent des images humoristiques, voire ironiques, où le guindé côtoie l’excentrique. Amorçant une nouvelle recherche formelle, il recadre ses images pour des effets de gros plan, durcit ses tirages en accentuant le grain et réalise des montages en vue de proposer ses propres mises en page. Cette section présente un ensemble de vintages consacrés au marché aux chiens et à l’exposition annuelle des fleurs de Chelsea, véritable institution londonienne, qui témoignent d’un soin particulier apporté à ses recadrages en gros plan. Elle rassemble également des tirages modernes sur le Boxing Club, le métro ou le quartier cockney de Lambeth dans la banlieue de Londres. Fin 1955 le photographe s’installe à Paris où il se rapproche du mensuel français Réalités, dont est salarié Edouard Boubat qui deviendra un grand ami. Le magazine lui commande en 1956 un sujet sur le proxénétisme à Paris, une thématique qui le passionne et lui ouvre de nouvelles pistes de recherche. À distance ou dissimulé au volant de sa voiture, il explore de nuit ou de jour les rues et cafés de Pigalle, la rue Saint-Denis, ainsi que les allées du bois de Boulogne, dans une sorte de long travelling qui n’est pas sans évoquer l’univers du cinéma ou du roman policier. Une fois le reportage terminé, les tirages sont réalisés par Georges Fèvre, l’un des tireurs les plus réputés du laboratoire Pictorial Service (surnommé Picto). Un ensemble de 10 tirages de cette série, dont 6 tirages d’époque de Georges Fèvre, sont montrés dans cette salle. Entre 1956 et 1959, il réalise d’autres importants sujets pour Réalités, notamment sur Alger, Londres, la banlieue parisienne et les mineurs du Borinage en Belgique.

Paris au téléobjectif 1956
Ses déambulations dans Paris conduisent Frank Horvat à acquérir un téléobjectif qu’il décide de tester sur le paysage urbain. Intrigué par les effets qu’il en obtient, il expérimente des vues en hauteur, surplombant monuments et carrefours où la foule et les véhicules s’entremêlent. Il s’intéresse aux jeux graphiques que dessinent les enseignes, le mobilier urbain, les toits et la typographie omniprésente dans la ville. Se postant au milieu de la foule, il capte des gros plans de visages ou se baisse à hauteur d’enfant. Les objectifs de longue focale mis sur le marché font alors l’objet d’un véritable engouement. Horvat montre une sélection de ses images à Romeo Martinez, le rédacteur en chef de la revue Camera qui, enthousiasmé, décide de leur consacrer un article important et de les exposer à la première Biennale de la photographie de Venise. Cette reconnaissance aura une importance cruciale pour la suite de sa carrière. Elle lui vaut des interviews et portfolios dans les revues internationales de photographie et d’être exposé aux côtés d’auteurs comme Peter Keetman ou William Klein. L’attention portée aux motifs typographiques, aux enseignes lumineuses, à la signalétique urbaine ont parfois conduit à rapprocher Frank Horvat de ce dernier, bien que la vision d’Horvat soit dénuée de critique sociale et apparaisse plus réservée et moins démonstrative. Une sélection de ces publications ainsi que des tirages d’époque et modernes inédits, est présentée dans cette section.

Paris by night, spectacles et spectateurs 1956-1962
Cette section met Ă  l’honneur la magistrale sĂ©rie que Frank Horvat rĂ©alise au cabaret de strip-tease Le Sphinx, place Pigalle, en 1956, avec un ensemble de quinze tirages modernes. Ă€ la demande d’un « men’s magazine » amĂ©ricain sur le Paris by night, le photographe parvient Ă  s’immiscer discrètement dans cette boĂ®te de strip-tease frĂ©quentĂ©e par des touristes ou provinciaux et Ă  s’assurer, en coulisse, la participation complice, amusĂ©e et Ă©mouvante des stripteaseuses. Par un renversement des rĂ´les qu’il maĂ®trise brillamment, il Ă©rige ces femmes en maĂ®tresses du spectacle, tout en renvoyant Ă  leur passive et pathĂ©tique solitude les spectateurs-voyeurs, eux-mĂŞmes devenant sujets de la scène. Un tirage moderne d’une cĂ©lèbre image de cette sĂ©rie, prĂŞtĂ© par le MusĂ©e National d’art Moderne – Centre Pompidou, montre les variations de recadrages effectuĂ©es par l’auteur sur ses images et l’attention portĂ©e aux spectateurs autant qu’aux stripteaseuses. Cette sĂ©rie lui vaut des commandes de Jours de France pour une rubrique « SoirĂ©es de Paris » avec des sujets sur Françoise Sagan et Bernard Buffet au théâtre des Champs-ÉlysĂ©es, un dĂ©filĂ© Chanel, les spectateurs du Lido et des Folies Bergère. Un livre, J’aime le strip-tease, paraĂ®t aux Ă©ditions Rencontre Ă  Lausanne, avec une Ă©tonnante mise en page du graphiste Jacques Plancherel, initiateur de la revue Die Woche. Une sĂ©lection de tirages d’époque et modernes ainsi que l’ouvrage J’aime le strip-tease illustrent cette section.

La mode dans la rue 1957-1961
Ayant vu ses images de Paris au téléobjectif dans Camera, William Klein le présente à Jacques Moutin, le directeur artistique de Jardin des Modes. Cette rencontre va complètement transformer la carrière de Frank Horvat car Jacques Moutin lui propose de transposer le style de ses vues parisiennes dans des images de mode. Le photographe accepte, à condition de pouvoir travailler au Leica et en lumière naturelle, ce qu’il maîtrise le mieux. Il prend, en 1957, une série de photographies au Chien qui fume, un café des Halles. Parmi elles, une photographie montrant le mannequin Tan Arnold dans une pose élégante mais naturelle, au comptoir d’un zinc parisien, sans lumière artificielle, va devenir une oeuvre emblématique de son style. À cette même époque, il réalise, d’après un croquis dessiné par Jacques Moutin, celle qui deviendra de loin sa photographie la plus célèbre et la plus diffusée : une femme dont on n’aperçoit que les yeux sous un impressionnant chapeau Givenchy, avec, derrière elle, un groupe d’hommes de dos observant aux jumelles une course de chevaux imaginaire. La fraîcheur de ses images fait sensation et d’autres magazines, comme la revue Elle, dont le directeur artistique est alors Peter Knapp, sont sensibles aux poses naturelles et libres de ses modèles. Les photographies de Nico (future chanteuse du groupe Velvet Underground) au bois de Boulogne, d’Anna Karina (future actrice pour Jean-Luc Godard) aux Halles, et de Monique Dutto au milieu des passants, publiées par Jours de France en 1959, s’inscrivent dans la même veine, tout comme la série de mariées dans la rue publiée par Vogue anglais en 1961. Frank Horvat devient le représentant d’un «style reportage » dans la mode. C’est pourquoi la revue Magnum le montre en couverture de 1951 photographiant un mannequin avec son Leica, outil par excellence du photoreporter. Un ensemble de tirages modernes et d’époque, de nombreuses publications et des planches contacts sont ici présentés.

Photographe de mode à succès et égéries 1960-1964
Pour leur première collaboration, Vogue anglais publie en mars 1960 une très belle série pour laquelle Horvat abandonne les scènes d’extérieur pour le studio. Les mannequins y posent sur un fond uni, avec des instruments de musique, animaux empaillés, statues et autres accessoires. Judy Dent devient l’un de ses modèles préférés. Il prendra d’elle de touchants portraits, dont un nu évoquant une intimité certaine. Puis Frank Horvat est engagé par Marvin Israel à Harper’s Bazaar, l’une des plus prestigieuses revues de mode. Il y publie en 1962 quelques-unes de ses photographies emblématiques. En Italie, il fait poser Deborah Dixon au milieu de groupes d’hommes – un motif récurrent dans son oeuvre – ou avec des écrivains, artistes, intellectuels, dans des mises en scène laissant penser à des femmes de tête et non de simples modèles choisis pour mettre en valeur des vêtements. C’est une idée qu’il reprend dans le numéro d’automne 1962, cette fois-ci à Paris et avec des mondaines ou intellectuelles célèbres. Frank Horvat a souvent considéré ces séries pour Harper’s Bazaar comme représentant l’apogée de sa carrière dans la mode. Sont ici réunies certaines des plus belles images de mode de Frank Horvat pour ces deux revues, à l’aspect sophistiqué. Elle s’intéresse à ses mannequins, pour la plupart des femmes d’exception ayant connu un destin peu banal. Maggie Eckardt, Judy Dent, Simone d’Aillencourt, Benedetta Barzini, Deborah Dixon, Carol Lobravico, Vera Valdez, Iris Bianchi ou China Machado sont les héroïnes de cette section.

Le tour du monde d’un photographe 1962-1963
En 1962, le magazine de reportage Revue, basé à Munich, lui propose de faire un tour du monde pour un sujet sur des grandes villes non européennes. Frank Horvat accepte, à condition d’avoir carte blanche et de pouvoir montrer l’intégralité de son travail à son retour. Dans ce voyage, il laisse libre cours à une recherche personnelle instinctive et charnelle, où l’échange des regards devient de plus en plus récurrent. On ne peut en effet s’empêcher de penser à la photographie de la jeune fille dévoilée de Lahore, cachant son visage de sa main, appartenant à la belle et élégiaque série de Calcutta, prise un soir de Noël dans un bar à marins et où des hôtesses ou prostituées anglo-indiennes ivres et épuisées adressent au photographe un regard sans espoir. En témoignent également les scènes de bar à Pigalle avec des prostituées mélancoliques. Les corps enlacés des amoureux de Sydney, la grâce dans les gestes timides des hôtesses de Tokyo et des adolescents de quinze ans dans les discothèques de Shimbashi, la sensualité des corps dansants de Rio font écho aux corps endormis par l’hypnose de Los Angeles, à la femme défiant de son regard le policier de Caracas et à l’élégance altière des femmes de Dakar. À son retour, il fait faire de grands tirages par Jules Steinmetz, l’un des meilleurs tireurs de Paris, avec qui il travaillera pendant trente ans. Cependant, ces tirages sommeilleront dans des boîtes et Frank Horvat n’effectuera quasiment plus de reportages pour la presse, hormis quelques sujets en couleurs pour Réalités. Ce n’est que quarante ans plus tard qu’il rassemblera dans un livre autoédité les images et textes de ce tour du monde. Les tirages d’époque de Jules Steinmetz présentés dans cette salle, d’une grande puissance visuelle, sont donc pour une majorité inédits.