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🔊 “Degas en noir et blanc” Dessins, estampes, photographies, à la BnF I Richelieu, Paris, du 31 mai au 3 septembre 2023

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“Degas en noir et blanc”
Dessins, estampes, photographies

Ă  la BnF I Richelieu, Paris

du 31 mai au 3 septembre 2023

BnF


Interview de Flora Triebel, conservatrice responsable de la photographie du XIXe siècle, département des Estampes et de la photographie, BnF et co-commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 30 mai 2023, durée 23’17, © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Flora Triebel, conservatrice responsable de la photographie du XIXe siècle, dĂ©partement des Estampes et de la photographie, BnF et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 30 mai 2023, durée 23’17,
© FranceFineArt.


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Degas en noir et blanc
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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 30 mai 2023.

Extrait du communiqué de presse :

Edgar Degas, Autoportrait avec sa gouvernante, Zoé Closier (23, rue Ballu) BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Autoportrait avec sa gouvernante, Zoé Closier (23, rue Ballu) BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Femme debout dans une baignoire, vers 1880-1885. Monotype à l’encre noire. © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Thierry Le Mage.
Edgar Degas, Femme debout dans une baignoire, vers 1880-1885. Monotype à l’encre noire. © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Thierry Le Mage.
Edgar Degas, Après le bain , vers 1891-1892. Lithographie,1er état sur 2. BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Après le bain , vers 1891-1892. Lithographie,1er état sur 2. BnF, Estampes et photographie. © BnF.

Commissariat :

Henri Loyrette, président-directeur honoraire du musée du Louvre, commissaire généralN

Sylvie Aubenas, directrice du département des Estampes et de la photographie, BnF

Valérie Sueur-Hermel, conservatrice responsable des estampes du XIXe siècle, département des Estampes et de la photographie, BnF

Flora Triebel, conservatrice responsable de la photographie du XIXe siècle, département des Estampes et de la photographie, BnF




Cette exposition propose une approche inédite de l’oeuvre d’Edgar Degas à travers son intérêt constant pour le noir et blanc, qu’il exprime par l’estampe et la photographie mais aussi par le dessin et la peinture. Animé par une insatiable curiosité technique, l’artiste a construit un oeuvre en noir et blanc qui n’a pas d’équivalent en son temps et lui assure une place singulière parmi les artistes impressionnistes. Grâce à la réunion de cent soixante pièces, issues de la riche collection de la BnF et de prêts prestigieux, le visiteur suit l’évolution d’une passion qui fit affirmer à Degas : « Si j’avais à refaire ma vie, je ne ferais que du noir et blanc.»

Un parcours à la fois chronologique et thématique dévoile les expérimentations de Degas, de son apprentissage du noir et blanc aux années de passion dévorante pour l’estampe, à travers les motifs récurrents qui nourrissent ses recherches. Ses premiers essais d’aquafortiste remontent aux années 1850 mais c’est vingt ans plus tard que naissent, à la faveur de recherches techniques d’une rare inventivité, les planches qui comptent parmi les chefs-d’oeuvre de l’estampe impressionniste : du instantanés de la vie moderne saisis à l’Opéra ou dans les cafés-concerts, dans l’intimité des intérieurs bourgeois ou des maisons closes. Le goût de l’épreuve unique conduit Degas au monotype, qu’il considère comme un « dessin imprimé » et dont il devient un maître inégalé. Les femmes à leur toilette constituent le conservatrice responsable des sujet récurrent des lithographies tardives tandis que l’expérimentation photographique du XIXème siècle, dernière passion à laquelle il s’adonne en 1895, lui permet de retrouver « l’atmosphère de lampes » et le clair-obscur abordé dans l’estampe.

Cent soixante oeuvres (estampes, dessins, photographies ainsi qu’une peinture et une sculpture), issues des collections de la BnF et de prêts français (musée d’Orsay, musée national Picasso, Institut national d’histoire de l’art…) et étrangers (Metropolitan Museum of Art), restituent la richesse de cet oeuvre aux supports et aux techniques variés. Ces pièces exceptionnelles sont mises en relation avec les travaux de ses amis Mary Cassatt et Camille Pissarro.

 

#Catalogue de l’exposition – DEGAS EN NOIR ET BLANC par Henri Loyrette Sylvie Aubenas, ValĂ©rie Sueur-Hermel et Flora Triebel – BnF I Éditions.

Edgar Degas, Mlle Bécat aux Ambassadeurs, Vers 1877-1878. Estampe. BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Mlle Bécat aux Ambassadeurs, Vers 1877-1878. Estampe. BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Au pied d’un arbre, vers 1877-1880. Monotype à l’encre noire avec léger rehaut de pastel bleu. BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Au pied d’un arbre, vers 1877-1880. Monotype à l’encre noire avec léger rehaut de pastel bleu. BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Carnet n°1, dessin,1859-1864. BnF, Estampes et photographie. © BnF.
Edgar Degas, Carnet n°1, dessin,1859-1864. BnF, Estampes et photographie. © BnF.

Parcours de l’exposition

L’exposition réunit tous les médiums utilisés par Degas au cours de sa carrière : dessins, estampes (gravures, lithographies et monotypes), photographies, mais aussi une peinture et une sculpture. Sur les 160 pièces exposées, la plus grande partie est issue des collections de la BnF. Deux monotypes inédits, récemment acquis par la BnF, sont révélés au public de même qu’une sélection de carnets de dessins rarement présentés. Des prêts prestigieux d’institutions françaises et étrangères complètent cet ensemble. Une part importante de la collection d’estampes et de monotypes soigneusement choisis par Jacques Doucet est représentée grâce à la générosité de la bibliothèque de l’INHA. De nombreux dessins, monotypes, photographies mais aussi la peinture en grisaille, Répétition de ballet sur la scène, présentée par Degas à la première exposition impressionniste (1874), et une sculpture sont prêtés par le musée d’Orsay. Le musée national Picasso a accepté le prêt de quelques-uns des monotypes représentant des scènes de maisons closes collectionnées par Picasso lui-même. Issus des collections du musée des Arts décoratifs, deux dessins de grand format évoquent l’oeuvre tardif de Degas. Deux pièces respectivement empruntées au musée du Havre et à la bibliothèque littéraire Jacques Doucet enrichissent ponctuellement le parcours. Avec sept oeuvres majeures, le Metropolitan Museum of Art de New York apporte un concours essentiel, notamment grâce à des monotypes dont les sujets sont peu représentés dans les collections nationales.

Introduction
« Si j’avais à refaire ma vie, je ne ferais que du noir et blanc », aurait avoué Edgar Degas à la fin de sa vie. Déclaration souvent jugée paradoxale, un « mot » de plus d’un artiste qui devait principalement sa gloire aux féeries colorées de ses pastels. Mais quand Claude Monet et Auguste Renoir sont avant tout peintres, Degas, comme le reconnaît Camille Pissarro, « va de l’avant sans cesse », porté par une insatiable curiosité technique et poussé par la « haute idée, non pas de ce qu’on fait mais de ce qu’on pourra faire un jour ». Dès ses tout débuts, il s’essaie à la gravure ; au milieu des années 1870, réinvente le monotype ; en 1891, pratique la lithographie ; en 1895, devient photographe ; au tournant du siècle, multiplie les dessins au fusain sur papier-calque. En s’attachant à cette passion pour le noir et blanc, si singulière dans le milieu impressionniste, cette exposition considère, pour la première fois, l’ensemble des moyens que Degas va éprouver : dessin à la mine graphite, au crayon, au fusain, eau-forte, lithographie (et toutes les ressources de l’estampe), monotype, mais aussi peinture et photographie. L’activité du photographe, précisément circonscrite à quelques mois de 1895, prolonge des recherches entreprises par la peinture, le dessin et la gravure. Les « femmes au bain », les « chevelures », lithographiées, dessinées au fusain, qui hantent les années 1880 et 1890, sont de nouveaux avatars des figures esquissées pour les peintures d’histoire de sa jeunesse. Cette continuité de la ligne mélodique tient autant à l’inlassable revisitation des mêmes thèmes qu’à leur résonance d’une technique à l’autre. Entre le jeune artiste qui se grave à l’eau-forte en 1857 et le vieil homme qui se photographie quarante ans plus tard, se lisent certes dans le regard la même attente, la même perplexité, la même distance, mais aussi semblable exacerbation des blancs et des noirs, révélatrice d’un moi ténébreux : Degas en noir et blanc. Le visiteur est accueilli par une série d’autoportraits : un dessin, une eau-forte gravée en quatre états successifs au début de sa carrière, en 1857, et une photographie prise à la fin de sa vie, en 1895.

L’apprentissage du noir et blanc (1856-1868)
En 1853, à 19 ans, le jeune Degas obtient l’autorisation de copier au musée du Louvre et est inscrit comme lecteur au cabinet des Estampes de la Bibliothèque impériale. Son intérêt pour l’estampe, qu’il découvre en 1856, se nourrit alors de son étude des portefeuilles des maîtres anciens. Dans le sillage de Rembrandt, Delacroix et des maîtres anciens, dont il copie les gravures, et dans le contexte du renouveau de l’eau-forte originale, il s’attache à explorer cette technique. Il s’initie à l’eau-forte auprès du prince roumain Grégoire Soutzo, artiste amateur, ami de son père, et auprès du graveur de reproduction Joseph Tourny, qu’il fréquente à Paris puis à Rome. Il s’approprie cette technique récemment remise à l’honneur, en explorant les possibilités offertes par la succession des états issus d’une même matrice et les variations d’encrages d’un tirage à l’autre, pour peu que le graveur imprime lui-même ses épreuves ainsi que le faisait Rembrandt. Les différents tirages du portrait de Tourny, présentés dans l’exposition, témoignent en ce sens tant de l’influence de son ami Tourny que de Rembrandt dont il copie le Jeune Homme assis au béret de velours. Sous l’influence du maître ancien, Degas se livre, à Rome, à l’exercice de l’autoportrait alors qu’il est âgé de vingt-trois ans. Les quatre états successifs des monotypes de 1857 dévoilent des accidents de morsure dont le graveur a habilement tiré parti pour accentuer l’effet de contre-jour. Cette filiation rembranesque est également lisible dans le portrait gravé de sa soeur Marguerite. L’intérêt pour la peinture espagnole et pour l’eau-forte a été le terreau fertile d’une amitié teintée de rivalité entre Degas et Edouard Manet. Nouée à la fin des années 1860, cette amitié se concrétise par une série de portraits qui vient clore la première période de l’activité de graveur de Degas.

Les années de passion dévorante pour l’estampe (1875-1880)
Après une interruption d’une dizaine d’années, Degas reprend la pointe en 1875, à l’occasion d’une séance amicale de portraits croisés avec Giuseppe De Nittis, Marcellin Desboutin et Alphonse Hirsch. Au même moment, les « eaux-fortes mobiles » de Ludovic-Napoléon Lepic, lui ouvrent la voie à la pratique du monotype, autrement dit à l’art de dessiner à l’encre sur une plaque pour en tirer une épreuve unique. Grâce à la presse dont il dispose, Degas se lance dans des recherches expérimentales qui l’amènent à combiner les procédés entre eux (eau-forte, pointe sèche, aquatinte, vernis mou). Il développe une véritable « cuisine » de graveur avec la complicité de ses amis Camille Pissarro et Mary Cassatt. Peu intéressé par le tirage en nombre d’épreuves identiques, il s’attache à singulariser chaque épreuve imprimée par ses soins. En 1879, cette passion pour l’estampe le conduit à envisager la création d’une revue composée de gravures originales, Le Jour et la Nuit.

Nus de femmes Ă  leur toilette
Degas a inlassablement décliné le motif des femmes au bain, en variant les supports, les techniques, les formats. En 1865, il participe pour la première fois au Salon de peinture et de sculpture, où il présente Scène de guerre au Moyen Âge. Les esquisses dessinées pour ce tableau annoncent les nus féminins à venir. En 1891, alors qu’il aborde la lithographie, Degas entreprend une série, selon ses mots, de « nus de femmes à leur toilette » qui forme un ensemble spectaculaire de variations. Il multiplie les représentations de scènes de toilette, sortie de bain, femme s’essuyant, se coiffant, s’habillant. Il explore diverses méthodes de transfert sur la pierre lithographique, qu’il retravaille ensuite, par ajout ou par abrasion. La difficulté technique et ses problèmes oculaires mettent un terme à ces essais, qui constituent son ultime contribution à l’estampe originale. L’année suivante, il écrit à sa soeur : « Il me faudrait une presse chez moi, un ouvrier retors pour préparer et même dé préparer les pierres, et pas mal d’argent devant moi pour ne pas être arraché de la suite des essais. Ça finira bien par arriver, mais il commence à se faire tard dans ma cervelle et dans mes yeux…»

1895, année photographique
Dans les années 1890, alors que ses huiles et pastels se font « orgies de couleurs » selon l’expression de Degas lui-même, le noir et blanc connaît un surprenant regain dans son oeuvre. Il se livre à la lithographie, au dessin, au fusain sur calque et, brièvement mais intensément, à la photographie. La photographie fut la « passion terrible » de Degas. En quelques mois pendant l’année 1895, il prend une soixantaine de photographies, qui constitue l’essentiel de sa production dans ce domaine. Par cette pratique éphémère, Degas cède surtout à son désir d’expérimentation, comme il le fait en sculpture, en gravure, en peinture. Degas explore les possibilités du médium dans un esprit totalement original. Réalisés pour l’essentiel le soir, à la lumière artificielle, chez lui ou dans les salons de ses amis, ses photographies forment des compositions énigmatiques, dans des atmosphères ténébreuses, où les figures, absorbées, sont empreintes de gravité et de mélancolie. Dans la continuité de ses motifs gravés, et son goût du clair-obscur, il tente de capter « l’atmosphère de lampes, ou lunaire ». Sa pratique de la photographie reste confidentielle de son vivant, et, de fait, le corpus qui en a subsisté est lacunaire. En décembre 1895, Degas organise néanmoins une brève exposition chez son marchand de couleurs et tireur, qui permet d’apprécier ses plus grands tirages et sa sensibilité à la belle épreuve photographique. L’exposition présente une sélection d’une vingtaine de tirages, évoquant les soirées amicales à l’occasion desquelles Degas réalise des portraits à la lumière électrique.