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“Oskar Kokoschka“ Un fauve à Vienne

au MusĂ©e d’Art moderne de Paris

du 23 septembre 2022 au 12 février 2023

MusĂ©e d’Art moderne de Paris


Interview de Fanny Schulmann, conservatrice au MusĂ©e d’Art moderne de Paris et co-commissaire de l'exposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 22 septembre 2022, durĂ©e 18’16. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Fanny Schulmann, conservatrice au MusĂ©e d’Art moderne de Paris et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 22 septembre 2022, durĂ©e 18’16.
© FranceFineArt.

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Oskar Kokoschka
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©Anne-Fréderique Fer, vernissage presse, le 22 septembre 2022.

Texte de Sylvain Silleran

 

Oskar Kokoschka le crĂąne rasĂ©, 1909. Tirage argentique montĂ© sur carton, 23,7 x 18 cm. © Oskar Kokoschka Zentrum, UniversitĂ€t für angewandte Kunst Vienne / photo Wenzel Weis.
Oskar Kokoschka le crĂąne rasĂ©, 1909. Tirage argentique montĂ© sur carton, 23,7 x 18 cm. © Oskar Kokoschka Zentrum, UniversitĂ€t für angewandte Kunst Vienne / photo Wenzel Weis.
Oskar Kokoschka, Paysage des Dolomites, Tre Croci / Dolomitenlandschaft, Tre Croci, 1913. Huile sur toile. 79,5 x 120,3 cm. Leopold Museum, Vienne. © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022.
Oskar Kokoschka, Paysage des Dolomites, Tre Croci / Dolomitenlandschaft, Tre Croci, 1913. Huile sur toile. 79,5 x 120,3 cm. Leopold Museum, Vienne. © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022.
Oskar Kokoschka, Le Peintre II (Le Peintre et son modÚle II) / Der Maler II (Maler und Modell II), 1923. Huile sur toile, 85,5 x 130,5 cm. Saint Louis Art Museum, Saint-Louis, Bequest of Morton D. May. © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022.
Oskar Kokoschka, Le Peintre II (Le Peintre et son modÚle II) / Der Maler II (Maler und Modell II), 1923. Huile sur toile, 85,5 x 130,5 cm. Saint Louis Art Museum, Saint-Louis, Bequest of Morton D. May. © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022.

DĂ©jĂ  dans sa reprĂ©sentation du Saint-Suaire de VĂ©ronique, une sĂ©cheresse aride se mĂ©lange Ă  une matiĂšre grasse, organique, culinaire. Un regard viennois rencontre quelque symbole mĂ©diterranĂ©en. Oskar Kokoschka affirme une libertĂ© totale, la vraie, celle de Van Gogh qui rend l’avant-garde dĂ©jĂ   has-been avant mĂȘme que l’huile n’ait sĂ©chĂ©e. Ainsi il peint un formidable portrait de Moritz Hirsch, un portrait grinçant et colĂ©rique au regard si intense qu’il consume tout atour de lui. Dans le portrait de mariage de Hans et Erika Tietze, les visages des jeunes mariĂ©s sont concurrencĂ©s par leurs mains aux postures religieuses baignant dans un halo de lumiĂšre. La peinture est grattĂ©e, superposant Ă  l’image un deuxiĂšme dessin, une autre vĂ©ritĂ© moderne, rĂ©vĂ©lĂ©e aux rayons X.

Deux enfants jouent. L’essence qui dilue la couleur est une couleur Ă  part entiĂšre, un mĂ©dium aussi peu noble que du carburant, mais qui emporte tout sur son passage, racontant les froncements d’une robe, un mollet effrontĂ©. La toile est salie, malmenĂ©e, on y sent plus un doigt qu’une brosse, la peinture est donc jeu d’enfant un peu cruel, une pulsion moche et inavouable qui passe soudain dans un oeil gris. Cette cruautĂ© que Kokoschka Ă©tudie de si prĂšs se retrouve dans le trait acĂ©rĂ© de ses lithographies pour le journal Der Sturm, des dessins gravĂ©s d’un couteau vengeur.

Un portrait de Carl Moll au drapĂ© dansant, au gris de perle noire irisĂ© de bleu oppose Ă  cette souplesse des mains de bois solidement nouĂ©es, trahissant une poigne volontaire, un caractĂšre courtois mais bien trempĂ©. Les couleurs d’un paysage des Dolomites Ă©voluent en verts tendre, moelleux, profonds, aussi vifs que nonchalants. Au dessus, des montagnes bleues, Ă©meraude, des teintes turquoises s’assombrissent vers l’indigo, culminant en sommets rocheux violets. La saturation laisse Ă©clater une nature puissante, odorante, gorgĂ©e de sĂšve, de vie. 

AprĂšs la premiĂšre guerre mondiale le trait change, se fragmente en gestes courts. Les personnalitĂ©s de viande et d’os se font fragiles, cicatrisĂ©es. La juxtaposition de couleurs est plus chaotique, plus tĂ©mĂ©raire. Kokoschka entre alors dans une phase encore diffĂ©rente, un univers fait d’aplats plus larges, refusant presque de trancher entre ombre et lumiĂšre. Tout est couleur, tache, pelage animal bleu, rouge, vert. Les anatomies se dĂ©forment un peu en gestes malhabiles, les corps perdus peinent Ă  trouver leur place dans ce nouveau monde. Il y a de l’abstraction dans ces formes qui Ă©chappent Ă  l’Ɠil, ces reflets mĂ©talliques des poissons, la mollesses des poulpes. Les animaux enchevĂȘtrĂ©s comme les soldats de 14 disparaissent et puis soudain une Ă©caille, une griffe ressort dans un relief sculptural.

De son intĂ©rĂȘt pour la musique, sa frĂ©quentation des musiciens, ses livrets d’opĂ©ra Ă©merge une peinture rythmĂ©e comme une partition. Le va-et-vient du pinceau comme une baguette de chef d’orchestre, un archet de violon pourrait ressembler Ă  mille hĂ©sitations mais c’est au contraire pour mieux saisir les vibrations. Sur la toile, la couleur n’est plus fixĂ©e, elle est un mouvement ondulatoire. La lĂ©gĂšretĂ© d’une robe d’Ă©tĂ©, la reflet rouge d’un transat sur une joue, une moue d’ennui, une veste de chasse: voilĂ  mille impressions qui nous touchent comme autant de petites mĂ©lodies du quotidien.

Une vigueur toujours renouvelĂ©e, une explosion de couleurs oĂč tout se mĂ©lange, mauves, verts, roses, mĂȘme des fluorescences inattendues, Kokoschka n’en finit pas de surprendre, d’ĂȘtre lĂ  avant tout le monde, avant LĂŒpertz, avant Baselitz. Il a rejoint Van Gogh sur l’estrade du professeur. Sa peinture griffonnĂ©e, urgente, fulgurante est un chaos assumĂ© car tout est dit. C’est une Ă©nergie d’orage, Ă©lectrique et vive comme l’Ă©clair, grondante comme le tonnerre.

Sylvain Silleran

Extrait du communiqué de presse :

 

Commissariat :

Dieter Buchhart, Anna Karina Hofbauer et Fanny Schulmann
assistĂ©s d‘Anne Bergeaud et CĂ©dric Huss



Le MusĂ©e d’Art Moderne de Paris prĂ©sente la premiĂšre rĂ©trospective parisienne consacrĂ©e Ă  l’artiste autrichien Oskar Kokoschka (1886-1980). Retraçant sept dĂ©cennies de crĂ©ation picturale, l’exposition rend compte de l’originalitĂ© dont fait preuve l’artiste et nous permet de traverser Ă  ses cĂŽtĂ©s le XXe europĂ©en.

Peintre, mais aussi Ă©crivain, dramaturge et poĂšte, Oskar Kokoschka apparaĂźt comme un artiste engagĂ©, portĂ© par les bouleversements artistiques et intellectuels de la Vienne du dĂ©but du XXe siĂšcle. Par sa volontĂ© d’exprimer l’intensitĂ© des Ă©tats d’ñmes de son Ă©poque, et un talent certain pour la provocation, il devient pour la critique l’enfant terrible de Vienne Ă  partir de 1908 oĂč, soutenu par Gustav Klimt et Adolf Loos, il inspire une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’artistes, parmi lesquels Egon Schiele. Portraitiste de la sociĂ©tĂ© viennoise, Kokoschka parvient Ă  mettre en lumiĂšre l’intĂ©rioritĂ© de ses modĂšles avec une efficacitĂ© inĂ©galĂ©e.

ÉbranlĂ© par sa rupture avec la compositrice Alma Mahler avec qui il entretient une relation tumultueuse entre 1912 et 1914, Kokoschka s’engage dans l’armĂ©e au dĂ©clenchement de la PremiĂšre Guerre mondiale. Il sera gravement blessĂ© Ă  deux reprises. Il enseigne ensuite Ă  l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts de Dresde, oĂč il recherche de nouvelles formes d’expressions picturales, en contrepoint des mouvements contemporains tels que l’expressionnisme, la Nouvelle ObjectivitĂ© et l’abstraction.

Voyageur infatigable, il entreprend dans les annĂ©es 1920 d’incessants pĂ©riples en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen Orient. Sa fragilitĂ© financiĂšre l’oblige Ă  revenir Ă  Vienne, qui connaĂźt dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1930 d’importants troubles politiques, le contraignant Ă  partir pour Prague en 1934. QualifiĂ© par les nazis d’artiste « dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© », ses oeuvres sont retirĂ©es des musĂ©es allemands. Kokoschka s’engage alors pleinement pour la dĂ©fense de la libertĂ© face au fascisme. Contraint Ă  l’exil, il parvient Ă  fuir en Grande-Bretagne en 1938 oĂč il prend part Ă  la rĂ©sistance internationale.

AprĂšs la guerre, il devient une figure de rĂ©fĂ©rence de la scĂšne intellectuelle europĂ©enne et participe Ă  la reconstruction culturelle d’un continent dĂ©vastĂ© et divisĂ©. Il explore les tragĂ©dies grecques et les rĂ©cits mythologiques afin d’y trouver le ferment commun des sociĂ©tĂ©s. Prenant ses distances avec la culture et la langue germanique, il s’installe Ă  Villeneuve, en Suisse romande, en 1951. Les oeuvres des derniĂšres annĂ©es tĂ©moignent d’une radicalitĂ© picturale proche de ses premiĂšres oeuvres, dans leur absence de concessions. Sa croyance dans la puissance subversive de la peinture, vecteur d’émancipation et d’éducation, demeure inĂ©branlable jusqu’à sa mort.

Oskar Kokoschka. Un fauve Ă  Vienne rĂ©unit une sĂ©lection unique des 150 oeuvres les plus significatives de l’artiste grĂące au soutien d’importantes collections europĂ©ennes et amĂ©ricaines. L’exposition sera prĂ©sentĂ©e au Guggenheim Bilbao du 17 mars au 3 septembre 2023.

#expoKokoschka