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“Giorgio Vasari, le livre des dessins“ 
Destinées D’une Collection Mythique

au Louvre – Rotonde Sully, Paris

du 31 mars au 18 juillet 2022

Louvre



Interview de Louis Frank, conservateur général au département des Arts graphiques, musée du Louvre, et co-commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 31 mai 2022, durée 27’40. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Louis Frank, conservateur général au département des Arts graphiques, musée du Louvre, et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 31 mai 2022, durée 27’40.
© FranceFineArt.

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Giorgio Vasari, le livre des dessins
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©Anne-Fréderique Fer, visite de l’exposition avec Louis Frank, le 31 mai 2022.

Giulio DEL MORO (Vérone, 1555 – Venise, 1616) Attribution moderne : Marco del Moro (Vérone [?], vers 1537 – après 1586), Diane et Endymion ou Vénus et Adonis. Plume et encre brune, lavis bleu, rehauts de blanc, sur papier brun. Collé en plein sur une feuille de montage Gaddi, reprise par Jabach : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun ; bande dorée Jabach H. 37 ; L. 26,1 cm H. 60 ; L. 46 cm (montage) Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques © 2007 Musée du Louvre-High Museum-Peter Harholdt.
Giulio DEL MORO (Vérone, 1555 – Venise, 1616) Attribution moderne : Marco del Moro (Vérone [?], vers 1537 – après 1586), Diane et Endymion ou Vénus et Adonis. Plume et encre brune, lavis bleu, rehauts de blanc, sur papier brun. Collé en plein sur une feuille de montage Gaddi, reprise par Jabach : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun ; bande dorée Jabach H. 37 ; L. 26,1 cm H. 60 ; L. 46 cm (montage) Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques © 2007 Musée du Louvre-High Museum-Peter Harholdt.
Felice PINARICCIO (actif à Bologne, 1577), Le Mariage mystique de sainte Catherine d’Alexandrie. Plume et encre grise, lavis gris, traces de pierre noire (?). Collé en plein sur une feuille de montage Gaddi, reprise par Jabach : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun ; bande dorée Jabach, H. 33 ; L. 24,5 cm H. 59,9 ; L. 46 cm (montage). Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.
Felice PINARICCIO (actif à Bologne, 1577), Le Mariage mystique de sainte Catherine d’Alexandrie. Plume et encre grise, lavis gris, traces de pierre noire (?). Collé en plein sur une feuille de montage Gaddi, reprise par Jabach : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun ; bande dorée Jabach, H. 33 ; L. 24,5 cm H. 59,9 ; L. 46 cm (montage). Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN – Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.

Extrait du communiqué de presse :



Francesco DE’ ROSSI, dit SALVIATI (Florence, 1510 – Rome, 1563), Nu féminin voilé. Sanguine, traces de pierre noire, tracé de stylet en partie supérieure. Collé en plein sur une feuille de montage Gaddi, reprise par Jabach : encadrement architecturé à la plume, à l’encre brune et au lavis brun ; bande dorée Jabach, H. 41,5 ; L. 25,5 cm, H. 59,9 ; L. 45,8 cm (montage) Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.
Francesco DE’ ROSSI, dit SALVIATI (Florence, 1510 – Rome, 1563), Nu féminin voilé. Sanguine, traces de pierre noire, tracé de stylet en partie supérieure. Collé en plein sur une feuille de montage Gaddi, reprise par Jabach : encadrement architecturé à la plume, à l’encre brune et au lavis brun ; bande dorée Jabach, H. 41,5 ; L. 25,5 cm, H. 59,9 ; L. 45,8 cm (montage) Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN – Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.
Andrea DEL SARTO (Florence, 1486 – 1530), Dragon dévorant un serpent. Portrait d’Andrea del Sarto gravé sur bois par Cristoforo Coriolano (?), en partie Sanguine. Recoupé et complété afin d’être inscrit dans un cercle et collé en plein sur une feuille de montage Gaddi : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun. Diamètre 27,5 cm H. 55,7 ; L. 41,2 cm (montage) Paris, musée du Louvre, département des Arts Graphiques © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.
Andrea DEL SARTO (Florence, 1486 – 1530), Dragon dévorant un serpent. Portrait d’Andrea del Sarto gravé sur bois par Cristoforo Coriolano (?), en partie Sanguine. Recoupé et complété afin d’être inscrit dans un cercle et collé en plein sur une feuille de montage Gaddi : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun. Diamètre 27,5 cm H. 55,7 ; L. 41,2 cm (montage) Paris, musée du Louvre, département des Arts Graphiques © RMN – Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.

Commissariat : 

Louis Frank, conservateur général au département des Arts graphiques, musée du Louvre 

Carina Fryklund, senior curator, département des collections, Nationalmuseum de Stockholm




Giorgio Vasari a réuni ce qui fut probablement la première collection de dessins fondée sur une logique historisante : le légendaire Libro de’ disegni, qui fait son apparition dans la seconde édition des Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes, parue à Florence, en 1568, chez les Giunti. Le 29 juin 1574, deux jours après la mort de Vasari, le Libro fut remis par ses héritiers au grand-duc de Toscane, Francesco I, qui l’avait envoyé chercher. Ensuite, il disparaît.

Les grands collectionneurs et connaisseurs des XVIIe et XVIIIe siècles ont tous rêvé d’acquérir et cru qu’ils possédaient des dessins du Libro. Le plus célèbre de tous, Pierre-Jean Mariette, fut à la source d’une tradition historiographique qui voyait dans un certain type de montage, ornemental et architecturé, le signe de l’appartenance passée d’une feuille au mythique recueil vasarien.

Mais on sait, depuis qu’en 1950, deux grands savants, Arthur Popham et Philip Pouncey, ont remarqué sur un « montage Vasari » la présence d’un mystérieux emblème, que les choses ne sont pas aussi simples. C’est aux conséquences inattendues de cette découverte, vieille de plus d’un demi-siècle, qu’est consacrée l’exposition organisée par le Louvre et le Nationalmuseum de Stockholm.





#ExpoVasari
catalogue de l’exposition, sous la direction de Louis Frank et de Carina Fryklund. Coédition musée du Louvre éditions / Lienart.

Parcours de l’exposition



 

Sans attribution, puis attribution moderne, Domenico Bigordi, dit Domenico GHIRLANDAIO (Florence, 1449 – 1494), Tête de vieillard aux yeux fermés, Étude préparatoire au Portrait de vieil homme et d’enfant du musée du Louvre, Vers 1490. Pointe de plomb, pointe d’argent, rehauts de blanc, sur papier préparé rose. Collé en plein sur une feuille du Libro de’ disegni : encadrement à la plume et à l’encre métallo-gallique, lavis gris-brun, sur tracé préparatoire à la pierre noire, attribué à Giorgio Vasari ou à Jacopo Zucchi, H. 28,8 ; L. 21,4 cm (ovale) H. 29,5 ; L. 34 cm (montage recoupé). Stockholm, Nationalmuseum © Nationalmuseum / Cecilia Heisser.
Sans attribution, puis attribution moderne, Domenico Bigordi, dit Domenico GHIRLANDAIO (Florence, 1449 – 1494), Tête de vieillard aux yeux fermés, Étude préparatoire au Portrait de vieil homme et d’enfant du musée du Louvre, Vers 1490. Pointe de plomb, pointe d’argent, rehauts de blanc, sur papier préparé rose. Collé en plein sur une feuille du Libro de’ disegni : encadrement à la plume et à l’encre métallo-gallique, lavis gris-brun, sur tracé préparatoire à la pierre noire, attribué à Giorgio Vasari ou à Jacopo Zucchi, H. 28,8 ; L. 21,4 cm (ovale) H. 29,5 ; L. 34 cm (montage recoupé). Stockholm, Nationalmuseum © Nationalmuseum / Cecilia Heisser.
Girolamo Francesco Maria MAZZUOLA, dit PARMIGIANINO (Parme, 1503 – Casalmaggiore, 1540) Attributions modernes : Parmigianino ; Anonyme d’Italie du Nord, 
Portrait de Valerio Belli Vicentino (vers 1468-1586) Sanguine. Encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun, attribué à Giorgio Vasari ou à son atelier, H. 15,8 ; L. 12,7 cm (ovale) H. 27,3 ; L. 24,6 cm (montage). Rotterdam, Museum Boijmans van Beuningen. © Collection Museum Boijmans Van Beuningen, Studio Tromp.
Girolamo Francesco Maria MAZZUOLA, dit PARMIGIANINO (Parme, 1503 – Casalmaggiore, 1540) Attributions modernes : Parmigianino ; Anonyme d’Italie du Nord, Portrait de Valerio Belli Vicentino (vers 1468-1586) Sanguine. Encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun, attribué à Giorgio Vasari ou à son atelier, H. 15,8 ; L. 12,7 cm (ovale) H. 27,3 ; L. 24,6 cm (montage). Rotterdam, Museum Boijmans van Beuningen. © Collection Museum Boijmans Van Beuningen, Studio Tromp.
Girolamo SICIOLANTE DA SERMONETA (Sermoneta, 1521 – 1575), Pépin le Bref menant captif Astolphe, roi des Lombards, et remettant à l’Église l’exarchat de Ravenne, Étude pour la fresque de la Sala Regia au Palais du Vatican, Vers 1563-1565 Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc, tracé préparatoire à la pierre noire, sur papier lavé d’ocre jaune. Mise au carreau à la pierre noire. Collé en plein sur montage Jabach, H. 45,5 ; L. 42,8 cm. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Thierry Le Mage.
Girolamo SICIOLANTE DA SERMONETA (Sermoneta, 1521 – 1575), Pépin le Bref menant captif Astolphe, roi des Lombards, et remettant à l’Église l’exarchat de Ravenne, Étude pour la fresque de la Sala Regia au Palais du Vatican, Vers 1563-1565 Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc, tracé préparatoire à la pierre noire, sur papier lavé d’ocre jaune. Mise au carreau à la pierre noire. Collé en plein sur montage Jabach, H. 45,5 ; L. 42,8 cm. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN – Grand Palais (Musée du Louvre) / Thierry Le Mage.
Giulio CLOVIO (Grižane, Croatie, 1498 – Rome, 1578), Le Christ mort soutenu par saint Jean et pleuré par les Saintes Femmes, Vers 1551-1553. Pierre noire, H. 24,1 ; L. 19 cm, Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.
Giulio CLOVIO (Grižane, Croatie, 1498 – Rome, 1578), Le Christ mort soutenu par saint Jean et pleuré par les Saintes Femmes, Vers 1551-1553. Pierre noire, H. 24,1 ; L. 19 cm, Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. © RMN – Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado.
Sofonisba ANGUISSOLA (Crémone, 1531-1532 – Palerme, 1625), Jeune fille se riant d’un enfant mordu par une écrevisse, Vers 1554. Pierre noire, H. 33,3 ; L. 38,5 cm. Naples, Museo e Real Bosco di Capodimonte, Gabinetto Disegni e Stampe, GDS 1039. © Photo SCALA, Florence, Dist. RMN-Grand Palais, image Scala.
Sofonisba ANGUISSOLA (Crémone, 1531-1532 – Palerme, 1625), Jeune fille se riant d’un enfant mordu par une écrevisse, Vers 1554. Pierre noire, H. 33,3 ; L. 38,5 cm. Naples, Museo e Real Bosco di Capodimonte, Gabinetto Disegni e Stampe, GDS 1039. © Photo SCALA, Florence, Dist. RMN-Grand Palais, image Scala.
Leonardo DA VINCI (Vinci, 1452 – Amboise, 1519) (?) Attributions modernes : d’après Leonardo da Vinci (Études de têtes) ; Francesco Granacci (Saint Jean Baptiste), Saint Jean Baptiste enfant. Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, H. 14,3 ; L. 11,5 cm. Complété en partie supérieure Huit dessins collés en plein sur une feuille du Libro de’ disegni, reprise par Mariette : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun, attribué à Jacopo Zucchi ; agrandi et augmenté par Mariette d’un cartouche à la plume, à l’encre noire et au lavis gris H. 49,3 ; L. 37,3 cm. Vienne, Albertina, 14179. © The Albertina Museum, Vienna.
Leonardo DA VINCI (Vinci, 1452 – Amboise, 1519) (?) Attributions modernes : d’après Leonardo da Vinci (Études de têtes) ; Francesco Granacci (Saint Jean Baptiste), Saint Jean Baptiste enfant. Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, H. 14,3 ; L. 11,5 cm. Complété en partie supérieure Huit dessins collés en plein sur une feuille du Libro de’ disegni, reprise par Mariette : encadrement ornemental à la plume, à l’encre brune et au lavis brun, attribué à Jacopo Zucchi ; agrandi et augmenté par Mariette d’un cartouche à la plume, à l’encre noire et au lavis gris H. 49,3 ; L. 37,3 cm. Vienne, Albertina, 14179. © The Albertina Museum, Vienna.

Introduction
En 1554, le duc Cosimo de’ Medici prit à son service Giorgio Vasari, peintre, architecte et écrivain, qui venait de faire paraître à Florence un ouvrage destiné à fonder l’historiographie de l’art de la Renaissance italienne : les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes. Les Vies furent rééditées en 1568, amplifiées et désormais placées sous le signe de la primauté du dessin, conçu comme origine et principe de tous les arts. Vasari ne cesse d’y évoquer un Livre, le Libro de’ disegni, dans lequel il avait réuni les plus belles feuilles des maîtres dont il rapportait la biographie et l’oeuvre. Miroir des Vies littéraires, ce « Livre des dessins » en déployait le projet intellectuel et philosophique, celui d’un manifeste de la modernité, dans l’élément graphique. Vasari, né en 1511 à Arezzo, s’éteignit à Florence le 27 juin 1574. Deux jours plus tard, le Livre fut remis par ses héritiers au grand-duc Francesco I, qui l’avait expressément envoyé chercher. Ensuite, il disparaît. Les grands collectionneurs et connaisseurs des XVIIe et XVIIIe siècles ont tous rêvé d’acquérir et cru qu’ils possédaient des dessins du Livre. Le plus célèbre d’entre tous, Pierre-Jean Mariette, fut à la source d’une tradition qui voyait dans un certain type de montage, ornemental et architecturé, le signe de l’appartenance passée d’une feuille au mythique recueil vasarien.

Le montage Vasari
En 1730, Mariette donnait la préface d’un volume d’estampes gravées par le comte de Caylus : le Recueil de têtes de caractère et de charges dessinées par Léonard de Vinci florentin. La publication, révisée en 1767, comprenait des reproductions d’après des dessins de la collection du financier Pierre Crozat, attribués à Léonard, et dont Mariette considérait la provenance vasarienne comme certaine. Il s’agissait, entre autres, de la Feuille d’études de têtes avec saint Jean Baptiste et de la Tête de vieillard, aujourd’hui conservées à Vienne, à l’Albertina, ici présentées. C’est à cette occasion que Mariette décrivit le Livre des dessins et les montages qui, selon lui, en étaient la caractéristique : Pour les faire paraître avec plus d’élégance, ils étaient environnés d’ornements dessinés avec soin par le Vasari ou par ses élèves, et le nom de l’auteur était écrit au bas de chacun en beaux caractères. À ces archétypes érigés en critères de reconnaissance d’un dessin du Livre, les historiens ont ultérieurement rattaché une somptueuse série de montages à motifs d’architecture qui se rencontrent dans les grandes collections publiques et privées. C’est sur la base de ce qui fut ainsi longtemps appelé « montage Vasari » que fut jusqu’à ce jour restituée l’image du Livre perdu. Mais on verra, dans la suite de cette exposition, que les choses n’étaient pas aussi simples.

Le livre des dessins
Les deux montages archétypes de Mariette sont universellement reconnus comme de la main de Vasari ou de son collaborateur, Jacopo Zucchi. D’autres sont proches de ces modèles, comme celui de la Tête de vieillard aux yeux fermés du Nationalmuseum de Stockholm. Tous ont pour caractère la vivacité du trait et la prédominance des figures allégoriques. Ils ne peuvent que désigner des feuilles issues du Livre. On sait aujourd’hui, en revanche, comme le montrera la section qui suit, que les classiques montages architecturaux furent conçus non pas pour, ou par Vasari, mais pour un autre collectionneur. Seuls doivent donc être désormais réputés provenir du Livre :
– les rares dessins ornés, comme on vient de le voir, de montages attribuables à Vasari ou à son entourage ;
– les dessins répondant à une description précise de la seconde édition des Vies ;
– les dessins préparatoires aux portraits gravés des Vies.
Le Livre de Vasari se réduit ainsi à une trentaine de feuilles certaines. Le petit nombre ici présenté, libéré de la masse qui l’enserrait, suffit à en percevoir l’esprit. Vasari y avait réuni des dessins exprimant au degré le plus élevé les accomplissements de l’art moderne, et qui comptent encore parmi les feuilles les plus brillantes de la Renaissance italienne.

L’emblème des Gaddi
En 1950, deux grands savants, Arthur Popham et Philip Pouncey, remarquèrent sur le montage « Vasari » d’une Adoration de l’Enfant anonyme du British Museum, la présence d’un emblème qu’ils identifièrent comme celui qui figurait au revers de la médaille de Giovanni Gaddi, prieur de la République florentine en 1477 : un phénix perché sur une branche enflammée, sommé du mot, inscrit dans un phylactère, TANT QUE JE VIVRAI. Popham et Pouncey en déduisirent que le montage avait été réalisé pour Niccolò Gaddi, petit-neveu de Giovanni, et collectionneur fort célèbre en son temps. Ils reconnurent bientôt l’emblème, mais porté par un faucon, sur une Feuille d’études de Giulio Romano, provenant de la collection d’Everhard Jabach, acquise par Louis XIV en 1671, conservée au Louvre et qui comprend un ensemble spectaculaire de dessins à montages d’architecture. James Byam Shaw l’aperçut ensuite sur la double feuille d’Oxford, Christ Church, attribuée à Filippino Lippi. Les intuitions de Popham et Pouncey, développées par Andrew Morrogh, à qui l’on doit la reconnaissance de nouveaux exemplaires de l’emblème, nous conduisent à donner définitivement congé au vieux « montage Vasari », que nous nommerons désormais « montage Gaddi ». Ce montage ne signale plus l’appartenance d’une feuille au Livre des dessins, mais à un nouvel ensemble : la collection Gaddi. Il n’existe, à ce jour, plus qu’un seul dessin du Livre dont on puisse affirmer qu’il a ensuite appartenu à la collection Gaddi. 

La collection Gaddi
Niccolò di Sinibaldo Gaddi, né en 1537, appartenait à l’une des familles les plus fortunées de Florence. Familier du duc Francesco, homme d’une extraordinaire érudition, il avait une passion absolue pour les arts. Afin d’abriter ses prodigieuses collections d’antiques, d’archéologie, de médailles, de gemmes, de peintures, de dessins, de livres, d’instruments de musique, il fit construire par Giovannantonio Dosio, en face du palais familial de la piazza Madonna degli Aldobrandini, un second palais, la Casa dell’Orto, ainsi nommée parce qu’elle dominait un merveilleux jardin de simples, de végétaux rares et de plantes exotiques. La Casa dell’Orto est désormais bien connue, grâce aux inventaires qui en furent dressés en 1591 et en 1628. La collection Gaddi, bien qu’ordonnée sur les modèles des Vies et du Livre, fut essentiellement l’oeuvre de Niccolò, qui la constitua avec l’aide d’un puissant réseau d’artistes et d’antiquaires. Elle présente un accent particulier sur l’art de l’Émilie et de l’Italie du Nord. Les dessins étaient rangés dans des portefeuilles, montés sur le recto et le verso de grandes feuilles libres à fonction scénographique, ornées, sur chaque face, du fameux encadrement architectural à la plume et à l’encre rehaussé de lavis. L’espace imaginaire des montages Gaddi offre des traits paradoxaux et déploie avec virtuosité tout le vocabulaire de l’ornement contemporain. Ces montages portent une attribution, inscrite dans un cartouche, et arborent parfois le portrait de l’artiste tiré des gravures des Vies.

Dispersion
Le Livre des dessins fut, selon toute vraisemblance, démembré par le duc Francesco et ses successeurs immédiats. Les voies de leur dispersion ultérieure sont obscures. Certains sont probablement encore à découvrir, notamment dans la collection des Offices. Niccolò s’étant éteint sans descendance mâle le 14 juin 1591, ses biens échurent, en vertu de son testament et à charge de relever le nom des Gaddi, aux descendants de sa sœur Maddalena, épouse de Jacopo Pitti. Vers 1636-1637, les dessins furent pour l’essentiel vendus par l’héritier des Pitti Gaddi, Jacopo di Camillo, au plus illustre des collectionneurs anglais : Thomas Howard, comte d’Arundel. Leur dispersion s’accélère après la mort d’Arundel en 1646. L’ensemble le plus vaste, acquis par Everhard Jabach, se trouve aujourd’hui dans les collections du Louvre. Au XVIIIe siècle, à Paris, Pierre Crozat recueillit de nombreuses feuilles provenant, croyait-on, du Livre vasarien. Ces feuilles furent notamment achetées, en 1741, par Pierre-Jean Mariette et par le comte Carl Gustaf Tessin, ambassadeur de Suède à la cour de Louis XV. Les dessins de Tessin passèrent, en 1750, à Adolf Fredrik, prince héritier de Suède. Ils ont été transférés au Nationalmuseum en 1863. La plupart des feuilles du Livre de Giorgio Vasari et de la collection Gaddi ont perdu leur montage d’origine. Tel est le cas de celles qui sont présentées dans cette dernière salle, et que la tradition a associées au Livre des dessins. Elles sont, aujourd’hui, orphelines de leur plus ancienne provenance. Le prestige des dessins du Livre de Vasari, fréquemment exposés, ainsi que leur fragilité, souvent, rendent particulièrement difficile l’obtention de leur prêt. Ces difficultés ont été accrues par les conséquences organisationnelles de la pandémie de Covid-19. Enfin, les feuilles réunies en vue de cette exposition ont été en partie distribuées entre Paris et Stockholm. Telles sont les raisons du nombre réduit des œuvres provenant du Livre des dessins ici présentées. On trouvera l’ensemble reproduit au catalogue de l’exposition.