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🔊 “ Toucher le feu” Femmes céramistes au Japon, au Musée national des arts asiatiques – Guimet, Paris, du 1er juin au 3 octobre 2022

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“Toucher le feu“ 
Femmes céramistes au Japon

au Musée national des arts asiatiques – Guimet, Paris

du 1er juin au 3 octobre 2022

Musée Guimet



Interview de Claire Bettinelli, chargée de production des expositions et des collections d’art contemporain et co-commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 31 mai 2022, durée ??’??. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Claire Bettinelli, chargée de production des expositions et des collections d’art contemporain et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 31 mai 2022, durée 28’29.
© FranceFineArt.

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Toucher le feu; Femmes cŽramistes au Japon
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©Anne-Fréderique Fer, visite de l’exposition avec Claire Bettinelli, le 31 mai 2022.

Tanaka Yu (née en 1989), Sculpture jaune en forme de furoshiki noué autour d'un cube, 2020. Japon. Grès à glaçure mate. Achat, 2022. MA 13155. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Tanaka Yu (née en 1989), Sculpture jaune en forme de furoshiki noué autour d’un cube, 2020. Japon. Grès à glaçure mate. Achat, 2022. MA 13155. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Koike Shoko (née en 1943), White form, 2019. Japon. Grès de Shigaraki glaçuré, H. 48 x 45 x 43 cm. Projet d’achat. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Koike Shoko (née en 1943), White form, 2019. Japon. Grès de Shigaraki glaçuré, H. 48 x 45 x 43 cm. Projet d’achat. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.

Extrait du communiqué de presse :



Hattori Makiko (née en 1984), Sculpture blanche conique arrondie, 2019. Japon. Grès recouvert à l’extérieur et à l’intérieur de minuscules fagots d’argile rasé, 35,5 x 28,5 cm. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Hattori Makiko (née en 1984), Sculpture blanche conique arrondie, 2019. Japon. Grès recouvert à l’extérieur et à l’intérieur de minuscules fagots d’argile rasé, 35,5 x 28,5 cm. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Fujino Sachiko (née en 1950), Forme 20-7 (Form 20-7), 2020. Japon, Grès à glaçure mate blanche avec dégradés de gris, 36,8 x 42,5 x 33,6 cm. Achat de gré à gré 2021. MA 13124. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Fujino Sachiko (née en 1950), Forme 20-7 (Form 20-7), 2020. Japon, Grès à glaçure mate blanche avec dégradés de gris, 36,8 x 42,5 x 33,6 cm. Achat de gré à gré 2021. MA 13124. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Tokumaru Kyoko (née en 1963), L’île de Cythère (Cythera Island), 2017. Japon. Porcelaine, 47,9 x 25 x 29,8 cm. Achat de gré à gré 2021. MA 13123. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Tokumaru Kyoko (née en 1963), L’île de Cythère (Cythera Island), 2017. Japon. Porcelaine, 47,9 x 25 x 29,8 cm. Achat de gré à gré 2021. MA 13123. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Ogawa Machiko (née en 1946), Cristaux et souvenirs, 2017. Japon. Grès, glaçure de verre, H. 24.1 cm x L. 92 cm x P. 43.1 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12988. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Ogawa Machiko (née en 1946), Cristaux et souvenirs, 2017. Japon. Grès, glaçure de verre, H. 24.1 cm x L. 92 cm x P. 43.1 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12988. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.

Commissaires :

Sophie Makariou, présidente du MNAAG, 

Claire Bettinelli, chargée de production des expositions et des collections d’art contemporain




Depuis six ans, le MNAAG a fait de la création céramique contemporaine féminine au Japon un axe majeur de sa politique d’acquisition, inauguré par l’achat en 2016 d’une première pièce de porcelaine blanche, le vase Zenmai (« fougères ») réalisé par l’artiste Hosono Hitomi. La céramique japonaise est l’une des plus dynamiques au monde. Le MNAAG a depuis poursuivi l’enrichissement de ses collections dans ce domaine, où la place de l’artiste femme est à la fois singulière et éminente, avec l’acquisition, suivant un axe soutenu par le ministère de la Culture sur la création féminine, de quatorze oeuvres des 20e et 21e siècles. Elles sont présentées avec un ensemble d’autres oeuvres japonaises issues des collections du musée.

Pendant des siècles au Japon, la pratique de la céramique fut réservée aux hommes, interdite aux femmes. Il faut attendre l’après Seconde Guerre mondiale pour que de profondes mutations sociales desserrent peu à peu le carcan des traditions. L’université des arts de Kyoto s’ouvre pour la première fois aux femmes en 1946, puis celle de Tokyo en 1952. Les femmes ont dès lors accès à des formations qui leur permettent de « toucher le feu ». Depuis, les artistes japonaises occupent une place prépondérante dans le domaine de la céramique contemporaine, incontestablement l’une des plus créatives au monde.

La première génération des femmes japonaises qui se consacrent à la céramique combine souvent une formation artistique universitaire à un apprentissage plus traditionnel auprès d’un maître. C’est le cas d’Ono Hakuko (1915-1996), qui fut la seconde femme à recevoir le prix de la prestigieuse Société japonaise de céramique. Dans la collection du MNAAG, elle est la seule représentante de cette première génération.

Celle des années 1940-1960 renouvelle profondément le rapport à la matière ; la nature et ses formes sculpturales sont les traits dominants de cette génération qui fait le choix d’une matière rude, texturée, organique, délaissant le lisse et le doux. Les oeuvres d’Ogawa Machiko (née en 1946) ressemblent à des vestiges d’un champ archéologique – surtout celui de la mémoire – et illustrent sa réflexion sur le passage du temps et sur la ruine. Koike Shoko (née en 1943) emploie le grès sur un mode poétique, empruntant au vocabulaire des coquillages et madrépores, façonnant des pièces aux formes irrégulières, pincées, étirées, aux surfaces ondulées, parfois striées, couvertes de glaçures translucides passant du blanc à l’azur. Parmi les toutes premières femmes diplômées du département de céramique de l’université des arts de Tokyo, elle parvint à créer son propre atelier et à vivre de son art, grâce à une reconnaissance internationale et à sa présence dans de nombreuses collections hors du Japon. L’essentiel du travail de Katsumata Chieko (née en 1950) est végétal, avec des formes côtelées et entrouvertes, évoquant les potirons mais aussi les fonds marins dans ses dernières créations. D’abord formée à la mode, Fujino Sachiko (née en 1950), reproduit dans ses céramiques des effets de drapés d’étoffes aux replis souples, qui reflètent sa connaissance du textile. Hoshino Kayoko (née en 1949) forme des noeuds sans fin à partir d’un tronçon de pâte carrée, qu’elle referme sur lui-même et vrille. Sur la surface, les impressions faites à la paille ou avec un instrument métallique réhaussent les détails de la matière avec une régularité géométrique. Futamura Yoshimi (née en 1959) crée des volumes puissants, inspirés de racines et de rhizomes, opposant autant les textures que les couleurs ; l’oeuvre Rebirth (2017) évoque autant une souche d’arbre qu’un refuge. D’autres artistes se distinguent par un certain retour à la forme traditionnelle et un usage affirmé d’un corps plus lisse, souvent de la porcelaine. Kitamura Junko (née en 1956), fille d’un peintre abstrait, a gardé de son milieu familial le goût du traitement pictural de la surface. Elle travaille des formes pures et fabrique elle-même ses matrices de bambou, couvrant la surface d’estampages ornementaux. L’Île de Cythère de Tokumaru Kyoko (née en 1963), étrange nature vive qui se développe à partir d’une forme classique au risque de la détruire, est l’une des méditations sur la germination qui caractérisent le travail de l’artiste. Tanaka Yu (née en 1989) travaille l’illusion en formant dans la terre ce qui ressemble à des objets emballés dans du tissu à la manière japonaise du furoshiki, y apposant une couleur jaune profonde qui lui est très particulière.

La génération la plus jeune, née dans les années 1970-1980, opère sans hésiter un retour à la porcelaine. Chez Hosono Hitomi (née en 1979) comme chez Hattori Makiko (née en 1984), le temps est un ingrédient. Le processus d’application sur la surface est si long qu’il faut en général plusieurs mois de séchage. Les pièces restent à l’état de biscuit, c’est-à-dire sans glaçure, de manière à mettre mieux en relief la délicatesse du travail et la prouesse technique. Dans l’œuvre sculpturale de Fukumoto Fuku (née en 1973), les formes fonctionnent suivant des juxtapositions fragiles et des équilibres précaires, comme une réflexion sur l’impermanence.

Exposition présentée dans le cadre de la saison japonaise au Musée national des arts asiatiques – Guimet.



#Publication #ExpoToucherLeFeu
Toucher le feu. Femmes céramistes au Japon en coédition MNAAG / RMN-GP,

Fukumoto Fuku (née en 1973), Nuage, paire, 2017. Japon, Biscuit de porcelaine, 46 x 32 x 32 cm, 56,5 x 22 x 22 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12980. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Fukumoto Fuku (née en 1973), Nuage, paire, 2017. Japon, Biscuit de porcelaine, 46 x 32 x 32 cm, 56,5 x 22 x 22 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12980. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Futamura Yoshimi (née en 1959), Rebirth, 2017. Japon. Grès, engobe porcelaineux et feldspath, 66 x 52 x 54 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12979. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Futamura Yoshimi (née en 1959), Rebirth, 2017. Japon. Grès, engobe porcelaineux et feldspath, 66 x 52 x 54 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12979. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.

Présentation de l’exposition



 

Katsumata Chieko (née en 1950), Akoda [Potiron], 2017. Grès de Shigaraki à glaçures mates, 36 x 44 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12978. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Katsumata Chieko (née en 1950), Akoda [Potiron], 2017. Grès de Shigaraki à glaçures mates, 36 x 44 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12978. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Hoshino Kayoko (née en 1949), Cut out – Ring 18-2, 2018. Japon. Grès, glaçure et traces de cendre, 39 cm x 38 cm x 14,6 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12977. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Hoshino Kayoko (née en 1949), Cut out – Ring 18-2, 2018. Japon. Grès, glaçure et traces de cendre, 39 cm x 38 cm x 14,6 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12977. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Hoshino Kayoko (née en 1949), Cut out – Ring 18-2, 2018. Japon. Grès, glaçure et traces de cendre, 39 cm x 38 cm x 14,6 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12977. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Ono Hakuko (1915-1996), Vase, Vers 1980. Japon. Porcelaine, décor incisé, feuille d’or sous glaçure, colorée jaune, 29 cm x 36,8 cm. Achat de gré à gré 2018. MA 12976. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier.
Hitomi Hosono (née en 1979), « Zenmai » (« Fougères »), 2016. Japon. Biscuit de porcelaine et feuilles d’or, H. 28,5 ; D. 29,5 cm. Achat de gré à gré 2016. MA 12799. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Michel Urtado.
Hitomi Hosono (née en 1979), « Zenmai » (« Fougères »), 2016. Japon. Biscuit de porcelaine et feuilles d’or, H. 28,5 ; D. 29,5 cm. Achat de gré à gré 2016. MA 12799. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Michel Urtado.

De l’art des forgerons à la transmutation de la glaise par la cuisson, « toucher le feu » constitue dans toutes les traditions du monde une forme d’initiation sacrée. Il n’en fut pas autrement au Japon, où l’art du métal comme celui de la céramique atteignirent des sommets. Ces activités étaient interdites aux femmes. Elles n’avaient pas le droit de manier le tour de potier, pas le droit non plus de « toucher au feu » ; elles furent ainsi exclues des chaînes de transmissions si fondamentales dans l’art japonais, où l’initiation aux gestes et techniques s’opérait en suivant les lignages familiaux. Aussi, pendant des siècles, ces lignées de potiers furent-elles exclusivement masculines. Une exception demeure : Otagaki Rengetsu (1791-1875) qui ne tournait pas l’argile mais la modelait et y incisait ses poèmes.


Autorisées peu à peu à participer à la vie de l’atelier durant les ères Meiji (1868-1912) puis Taisho (1912-1926), les femmes accédèrent aux enseignements des universités des arts à partir de 1945 à Kyoto et de 1952 à Tokyo. Dès lors, une première génération de céramistes femmes se forma. Elle s’éloigna des courants traditionnels japonais en réalisant des pièces non fonctionnelles, se rapprochant alors du groupe Sodeisha, formé en 1948, qui revendiquait un éloignement de la céramique traditionnelle et du mouvement Mingei, une sorte de mouvement Arts & Crafts japonais.


Leurs oeuvres sculpturales se détachent des formes usuelles de la céramique ; esthétiquement différentes, relevant d’un tour de force et d’une maestria technique incontestable, ces sculptures renvoient à l’art minimal, aux couleurs et formes du monde végétal, révélant une vivacité artistique qui s’étale aujourd’hui sur trois générations.


Fidèle à la leçon d’Émile Guimet, le MNAAG a fait de la céramique contemporaine japonaise un axe important de sa politique d’acquisition. Que soit rendu hommage ici aux pionnières en la matière, Christine Shimizu, conservatrice au musée national de la céramique de Sèvres puis directrice du musée Cernuschi, et Joan Mirviss. Elles ont fait le pari de l’absolue modernité de ces artistes.






Femmes céramistes japonaises


Ono Hakuko (1915-1996) fut la seconde femme à recevoir le prix de la prestigieuse Société japonaise de céramique. Les œuvres d’Ogawa Machiko (née en 1946) ressemblent à des vestiges d’un champ archéologique – surtout celui de la mémoire – et illustrent sa réflexion sur le passage du temps et sur la ruine. Koike Shoko (née en 1943) emploie le grès sur un mode poétique, empruntant au vocabulaire des coquillages et madrépores, façonnant des pièces aux formes irrégulières, pincées, étirées, aux surfaces ondulées, parfois striées, couvertes de glaçures translucides passant du blanc à l’azur. Parmi les toutes premières femmes diplômées du département de céramique de l’université des arts de Tokyo, elle parvint à créer son propre atelier et à vivre de son art, grâce à une reconnaissance internationale et à sa présence dans de nombreuses collections hors du Japon. L’essentiel du travail de Katsumata Chieko (née en 1950) est végétal, avec des formes côtelées et entrouvertes, évoquant les potirons mais aussi les fonds marins dans ses dernières créations. D’abord formée à la mode, Fujino Sachiko (née en 1950), reproduit dans ses céramiques des effets de drapés d’étoffes aux replis souples, qui reflètent sa connaissance du textile. Hoshino Kayoko (née en 1949) forme des nœuds sans fin à partir d’un tronçon de pâte carrée, qu’elle referme sur lui-même et vrille. Sur la surface, les impressions faites à la paille ou avec un instrument métallique rehaussent les détails de la matière avec une régularité géométrique. Futamura Yoshimi (née en 1959) crée des volumes puissants, inspirés de racines et de rhizomes, opposant autant les textures que les couleurs.


D’autres artistes se distinguent par un certain retour à la forme traditionnelle et un usage affirmé d’un corps plus lisse, souvent de la porcelaine. Kitamura Junko (née en 1956), fille d’un peintre abstrait, a gardé de son milieu familial le goût du traitement pictural de la surface. Elle travaille des formes pures et fabrique elle-même ses matrices de bambou, couvrant la surface d’estampages ornementaux. L’Île de Cythère de Tokumaru Kyoko (née en 1963), étrange nature vive qui se développe à partir d’une forme classique au risque de la détruire, est l’une des méditations sur la germination qui caractérisent le travail de l’artiste. Tanaka Yu (née en 1989) travaille l’illusion en formant dans la terre ce qui ressemble à des objets emballés dans du tissu à la manière japonaise du furoshiki, y apposant une couleur jaune profonde qui lui est très particulière.


La génération la plus jeune, née dans les années 1970-1980, opère sans hésiter un retour à la porcelaine. Chez Hosono Hitomi (née en 1979) comme chez Hattori Makiko (née en 1984), le temps est un ingrédient. Le processus d’application sur la surface est si long qu’il faut en général plusieurs mois de séchage. Les pièces restent à l’état de biscuit, c’est-à-dire sans glaçure, de manière à mettre mieux en relief la délicatesse du travail et la prouesse technique. Dans l’œuvre sculpturale de Fukumoto Fuku (née en 1973), les formes fonctionnent suivant des juxtapositions fragiles et des équilibres précaires, comme une réflexion sur l’impermanence.