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“Paul Durand-Ruel et le post-impressionnisme”

à la Ferme Ornée – Propriété Caillebotte, Yerres

du 15 mai au 24 octobre 2021


Propriété Caillebotte


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© Sylvain Silleran, voyage et présentation presse, le 6 mai 2021.

Albert André, Femme aux paons, 1895. Huile sur toile, Collection particulière Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Albert André, Femme aux paons, 1895. Huile sur toile, Collection particulière Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Maxime Maufra, Bateaux de pêche à la Haute-Île, 1885. Huile sur toile. © Musée d’Art et d’Histoire de Cholet.
Maxime Maufra, Bateaux de pêche à la Haute-Île, 1885. Huile sur toile. © Musée d’Art et d’Histoire de Cholet.
Georges d’Espagnat, Après-midi d’automne, c. 1899. Huile sur toile, Collection particulière, Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Georges d’Espagnat, Après-midi d’automne, c. 1899. Huile sur toile, Collection particulière, Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Georges d’Espagnat, Crique au Lavandou, c. 1899. Huile sur toile, Collection particulière, Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Georges d’Espagnat, Crique au Lavandou, c. 1899. Huile sur toile, Collection particulière, Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Georges d’Espagnat, La Gare de banlieue, c. 1896 – 1897. Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay, don de Bernard d’Espagnat, 1979 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris.
Georges d’Espagnat, La Gare de banlieue, c. 1896 – 1897. Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay, don de Bernard d’Espagnat, 1979 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris.

Texte de Sylvain Silleran




Un portrait de Paul Durand-Ruel par Renoir nous accueille à la propriété Caillebotte, troublant équilibre sur toile entre légèreté et force. Le marchand loyal et protecteur, le galeriste audacieux pose une main large, puissante, sur sa poitrine, il est assis comme un père, un chêne enraciné et pourtant délicat comme une plume. A travers les tableaux des peintres qu’il a accompagnés se lit l’histoire d’une peinture libre et organique. 

Henry Moret peint une nature nourricière, généreuse. Sa jeune gardienne de vaches est assise dans un paysage accueillant comme un jardin. Les fleurs multicolores, les bruyères recouvrent les falaises, beaux tapis persans jetés sur ces roches qui plongent dans l’océan. Le bleu des flots rejoint  au loin un ciel vert et rose, turquoise, un merveilleux horizon de boîte à bonbons. Les pêcheurs de crevettes de Larmor-Plage moissonnent une mer grise verte. Les vagues successives la font ressembler à un champ balayé par le vent. Leur rythme les soulève comme une chaîne de montagnes, rivalisant de ses crêtes avec la côte de l’île de Groix.

Chez Maxime Maufra le paysage breton s’immobilise sous la neige, un noir et blanc où tout devient silhouette. Une barque se reflète sur des eaux calmes comme un miroir. Le calme d’une promenade hivernale au bord d’un fleuve offre une douce mélancolie, quelque chose d’un peu triste mais qui enveloppe comme un manteau confortable. Puis le temps se gâte, l’océan s’agite, blanchit, remué par la tempête. Le ciel recouvre les falaises d’un voile neigeux. Au pied des falaises écossaises l’obscurité indigo devient une mer qui s’étend, vert d’eau jusqu’à un horizon lointain, une fine bande orange, un ciel de feu. Un envol de mouettes vient poursuivre le mouvement circulaire des vagues. Dans Les Trois Falaises de Saint-Jean-du Doigt tout est mouvement : le dessin d’écumes hirsutes, la matière blanche rugissante, colérique, animale qui se jette sur une côte taillées par des coups de griffes. L’herbe verte et brûlante décoiffe les falaises, tignasse indomptable, fourrure.

Pour Gustave Loiseau le paysage est éthéré, il tient de la rêverie. Au pied des falaises d’Etretat, les bateaux semblent des fantômes pâles. Dieppe prend des allures de port exotique dans une lumière dorée. Le monde est un château de sable, un miracle si beau et fragile qu’il doit être savouré dans cet instant matinal, de peur qu’il disparaisse à midi. Au contraire, Albert André s’intéresse à la chair. De sa Femme aux paons si onirique au marchand de fruits remplissant un sac de ses bras puissants, le corps est pareillement présent, vivant. Le visage ou le fruit dans une corbeille sont pleins, irrigués de sang, de sève. Sur le Vieux-Port de Marseille, une élégante pressée retient son chapeau. Sous une tonnelle, une femme dans une chaise longue joue tranquillement avec un enfant. Ces profils mystérieux ne se livrent pas totalement, ils sont là tout en ignorant le peintre. Le corps à peine saisi par sa brosse s’échappe déjà.

La belle surprise de cette collection est Georges d’Espagnat. Sa tendresse infinie, si sensible et poétique est chose rare. Sur le quai d’une gare de banlieue, une mère avec son enfant attendent le train. Elle regarde le petit visage emmitouflé dans la capuche de son manteau rouge avec tout l’amour maternel d’une madone d’église. Sa fille un hésitante regarde le spectateur une dernière fois. La locomotive même semble s’effacer pour ne pas troubler cet instant, le laisser durer encore un peu. Sur un lit un enfant s’est endormi, abandonné, le visage sur sa main. Un autre regarde sa mère lisant le journal. Il a le visage flou, presque pas peint, quelques touches juste pour indiquer la présence d’un nez, des yeux. Et on y lit l’interrogation muette, la curiosité, l’ennui. Il y a une simplicité du trait qui rappelle l’estampe japonaise, la volute libre et sensuelle de l’âme qui soupire.

Les peintres amis et protégés de Paul Durand-Ruel peignent un monde ouvert, léger. Un bord de mer, un pont sur un fleuve, un jardin, Montmartre vu par la fenêtre : tout se colore d’ailleurs comme un songe-voyage de Little Nemo in Slumberland.

Sylvain Silleran

Gustave Loiseau, Falaise Etretat, 1902. Huile sur toile, Collection particulière. Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Gustave Loiseau, Falaise Etretat, 1902. Huile sur toile, Collection particulière. Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Gustave Loiseau, Le Pont de Saint-Ouen, Pontoise sous la neige, c. 1908. Huile sur toile, Leipzig musée des Beaux-arts, don de la collection Bühler Brokhaus © InGestalt Michael Ehritt.
Gustave Loiseau, Le Pont de Saint-Ouen, Pontoise sous la neige, c. 1908. Huile sur toile, Leipzig musée des Beaux-arts, don de la collection Bühler Brokhaus © InGestalt Michael Ehritt.
Henry Moret, Goulphar, Belle-Île, 1895. Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay, dépôt au musée des beaux-arts de Quimper, don du comte Jean d’Alayer, 1951, © Musée des beaux-arts de Quimper.
Henry Moret, Goulphar, Belle-Île, 1895. Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay, dépôt au musée des beaux-arts de Quimper, don du comte Jean d’Alayer, 1951, © Musée des beaux-arts de Quimper.

Extrait du communiqué de presse :

Commissaires de l’exposition : Claire Durand-Ruel et Jacques-Sylvain Klein

Paul Durand-Ruel est bien connu comme le défenseur de « la belle École de 1830 » (Delacroix, Corot, Daubigny, Millet…) et surtout comme « le marchand des Impressionnistes» (Monet, Renoir, Degas, Manet, Sisley…). En revanche, on ignore généralement qu’il a apporté le même soutien indéfectible à cinq peintres de la génération post-impressionniste (Moret, Maufra, Loiseau, G. d’Espagnat et André) qui étaient attachés à sa galerie par un contrat moral d’exclusivité.

Cette méconnaissance tient pour une part à ce qu’il n’a pas vécu assez longtemps pour assurer leur succès. Ils sont entrés dans son écurie au milieu des années 1890 – il avait déjà dépassé la soixantaine -, à un moment où l’impressionnisme commençait tout juste à être reconnu par la critique et par les amateurs d’art éclairés : c’est en 1895 que Monet expose triomphalement chez Durand-Ruel sa série des Cathédrales de Rouen. Quand le galeriste meurt en 1922, après s’être retiré des affaires depuis quelques années, ses poulains n’ont pas eu le temps d’atteindre la grande notoriété.

Cette méconnaissance tient pour une autre part à ce que ces peintres – aujourd’hui bien présents dans les grands musées, dans les collections privées et sur le marché international de l’art – n’ont bénéficié, au cours des années passées, d’aucune exposition collective qui aurait permis de les découvrir en tant que groupe, d’apprécier leur valeur et de mesurer leurs affinités. Et cela alors même que Durand-Ruel les faisaient très souvent exposer ensemble, tant à Paris qu’à New York.

Le propos de l’exposition est de réparer cette injustice, en présentant des toiles très rarement exposées, mais révélatrices du grand art de ces peintres.

L’exposition permettra de dégager les proximités stylistiques de ces peintres de la « troisième génération Durand-Ruel ». Trois d’entre eux – Henry Moret, Maxime Maufra et Gustave Loiseau – sont des paysagistes et des marinistes, qui s’inscrivent dans le sillage de l’impressionnisme, tout en lui apportant de notables inflexions. Henry Moret et Maxime Maufra, en particulier, ont participé, à la fin des années 1880, à l’aventure de Pont-Aven, aux côtés de Paul Gauguin et du groupe synthétiste. Les deux autres – Georges d’Espagnat et Albert André – s’inscrivent davantage en rupture avec l’esthétique impressionniste, préférant au paysage les scènes de genre et la peinture décorative.

Enfin, l’exposition sera l’occasion de découvrir, à travers un catalogue très documenté, les relations professionnelles mais aussi amicales qui unissaient ces peintres entre eux et avec leur marchand. Les commissaires se sont livrés à un dépouillement systématique des archives de la maison Durand- Ruel – catalogues d’expositions, livres de stock, de comptabilité, de remis en dépôt – et ils ont décrypté et exploité toute la passionnante correspondance échangée entre Durand-Ruel père et fils et leurs artistes. Cela leur permet de livrer ici un travail de première main, éclairant une période très riche de l’histoire de l’art.

Le parcours de l’exposition

L’exposition réunit soixante peintures, généreusement prêtées pour moitié par des institutions publiques françaises et étrangères et pour moitié par des collectionneurs. La plupart n’ont jamais été montrées au public.

À l’entrée de la Ferme Ornée, le Portrait de Paul Durand-Ruel par Renoir accueille les visiteurs. Ce dernier a réalisé ce portrait après plus de 30 ans d’amitié.

L’exposition commence au premier étage avec trois paysagistes et marinistes : Gustave Loiseau, Maxime Maufra et Henry Moret. Chevalet sous le bras, tenant dans leurs mains des toiles de moyen format, ces trois peintres arpentent inlassablement, par tous les temps, les rivages et les falaises de la Normandie et de la Bretagne, cherchant dans un style spontané à capter les lumières fugaces et insaisissables de ces régions côtières.

Loiseau ouvre cette première section avec quatorze toiles, représentant des vues de deux grands ports normands, Rouen et Dieppe, ainsi que des paysages d’Ile-de-France. Influencé par Monet, il peint en série les mêmes motifs à diverses saisons, tels un magnifique Bords de l’Eure (Château-musée de Dieppe) traité par petites hachures ou Le Pont du chemin de fer à Pontoise représenté sous la neige (Museum der Bildenden Künste, Leipzig).

Puis, avec un ensemble de vingt-quatre toiles, Moret et Maufra élisent la Bretagne comme leur terrain de jeu pictural. Souvent compagnons de travail, ils sont fascinés par la mer et produisent, dans un style synthétiste ou impressionniste selon le cas, de multiples vues du littoral, dans des compositions similaires, tels par Moret L’Île de Groix (musée de la Compagnie des Indes, Lorient) et par Maufra Les Trois falaises, St Jean-du-Doigt (musée de Quimper) où le regard plonge sur la mer et les rochers. Parfois, la mer disparaît au profit de la falaise animée de personnages, comme dans Les Rochers au bord de l’Aven de Moret (musée de Pont-Aven). Ou bien Maufra assiste, auprès des pêcheurs, à l’échouage d’un bateau un jour de mer agitée (Le Bateau à la côte, Morgat, musée André Malraux, Le Havre).

On descend au rez-de-chaussée et là l’ambiance change complètement avec Albert André et Georges d’Espagnat. Ces deux peintres, représentés par un ensemble de vingt-deux toiles, délaissent la mer au profit des scènes de genre et des portraits intimistes. La couleur s’intensifie et le format des toiles peut atteindre des tailles spectaculaires, tels La Gare de banlieue (musée d’Orsay) par Georges d’Espagnat ou La Femme en bleu (musée d’art sacré du Gard) par Albert André. Dans La Femme aux paons (A. André) et Après-midi d’automne (G. d’Espagnat), tous deux en mains privées, l’écriture, très décorative, se rapproche de celle des Nabis.

Avec ce parcours en deux étapes, le visiteur accompagne les artistes dans leur recherche d’une nouvelle esthétique, qui les amène à s’éloigner peu à peu de l’impressionnisme, tout en gardant l’amour du plein air et la quête de la lumière qui ont fait son succès.

 

Henry Moret, Temps calme à Pern, Ouessant, 1892. Huile sur toile, Collection particulière, Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Henry Moret, Temps calme à Pern, Ouessant, 1892. Huile sur toile, Collection particulière, Photo Archives Durand-Ruel, © Durand-Ruel & Cie.
Maxime Maufra, Les Trois falaises, St Jean-du-Doigt, 1894. Huile sur toile, Collection du musée des beaux-arts de Quimper, © Musée des beaux-arts de Quimper.
Maxime Maufra, Les Trois falaises, St Jean-du-Doigt, 1894. Huile sur toile, Collection du musée des beaux-arts de Quimper, © Musée des beaux-arts de Quimper.