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“Mette Winckelmann”
FLAGS OF FREEDOM

au Le Bicolore / Maison du Danemark, Paris

du 16 avril au 9 juin 2021


Maison du Danemark
Le Bicolore

PODCAST - Interview de Jérôme Sans, commissaire de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, enregistrement réalisé par téléphone, entre Paris et Paris, le 21 avril 2021, durée 19’08. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de JĂ©rĂ´me Sans, commissaire de l’exposition,

par Anne-Frédérique Fer, enregistrement réalisé par téléphone, entre Paris et Paris, le 21 avril 2021, durée 19’08, © FranceFineArt.


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© Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, visite de l’exposition avec Gitte Delcourt, service de presse de l’Ambassade de Danemark, le 16 avril 2021.

Mette Winckelmann, 30.000.000 Lesbians, 2009. Fabric banner, 190 x 190 cm. Photo :  Anders Sune Berg.
Mette Winckelmann, 30.000.000 Lesbians, 2009. Fabric banner, 190 x 190 cm. Photo : Anders Sune Berg.
Mette Winckelmann, Come Undone, 2016. Textile prints, approx. 340 x 164 cm. Photo : Torben Eskerod.
Mette Winckelmann, Come Undone, 2016. Textile prints, approx. 340 x 164 cm. Photo : Torben Eskerod.
Mette Winckelmann, We have a Body, 2011. Textile, 190 x 120 cm. Photo : Anders Sune Berg.
Mette Winckelmann, We have a Body, 2011. Textile, 190 x 120 cm. Photo : Anders Sune Berg.
Mette Winckelmann, Stop Calling Me Names, 2009. Transparent squares, dimensions and variations flexible. Photo : Mette Winckelmann.
Mette Winckelmann, Stop Calling Me Names, 2009. Transparent squares, dimensions and variations flexible. Photo : Mette Winckelmann.
Mette Winckelmann, Flags of Freedom, 2021. Textile, 620 x 30 cm. Photo : Anne Mie Dreves.
Mette Winckelmann, Flags of Freedom, 2021. Textile, 620 x 30 cm. Photo : Anne Mie Dreves.

Extrait du communiquĂ© de presse :

Commissaire de l’exposition : JĂ©rĂ´me Sans





Pour sa première exposition personnelle en France à la Maison du Danemark, Mette Winckelmann déploie tout son vocabulaire aux influences abstraites et conceptuelles et livre une exposition-manifeste qui s’inscrit dans le débat sur l’équité entre les genres et les processus d’identification face à la fluidité des liens sociaux et intimes de nos sociétés contemporaines.

FLAGS OF FREEDOM fait ressurgir l’histoire troublĂ©e des discriminations en dĂ©tournant des techniques prĂ©tendument jugĂ©es fĂ©minines telles que la couture, la broderie et le patchwork, pour Ă©crire une contre-histoire paritaire de l’abstraction et revaloriser l’artisanat d’art dans le champ de l’art contemporain. Dans ses peintures, collages de tissus, drapeaux, cĂ©ramiques, sĂ©rigraphies et installations, l’artiste danoise dĂ©construit et brouille les formats et les catĂ©gories strictes de la peinture abstraite grâce Ă  un système graphique – une grille mathĂ©matique – Ă  partir de laquelle elle aborde l’espace, l’échelle du corps humain et la physicalitĂ© des matĂ©riaux pour en repousser les limites, les permuter et les recombiner selon un processus en constante Ă©volution. Ce langage de signes et de couleurs, empruntĂ© Ă  diverses cultures, traditions et mouvements sociaux symbolise notamment des phĂ©nomènes liĂ©s aux transformations du corps social et aux mutations des identitĂ©s. La gĂ©omĂ©trie en est une colonne vertĂ©brale pour l’artiste qui voit dans les mathĂ©matiques un reflet de la matrice de la sociĂ©tĂ© et de ses lois. Entre les lignes, des zones « grises Â» se rĂ©vèlent comme autant d’espaces de nĂ©gociations. Ainsi, ce vocabulaire aux possibilitĂ©s infinies acte-t-il une posture engagĂ©e, traversĂ©e par l’iconographie des mouvements de luttes que partagent tous ceux qui souhaitent rĂ©inventer le monde ou s’y positionner.





Extrait de l’interview de Mette winckelmann par Jérôme Sans (2020)

JĂ©rĂ´me Sans : Comment dĂ©cririez-vous votre travail ?

Mette Winckelmann : Mon travail est souple, flexible et ouvert. Dans ma pratique, je m’efforce sans cesse d’étirer les formats et les catĂ©gories. Pour commencer, j’essaie presque toujours de me plonger dans une matière ou un mĂ©dium particulier afin d’en Ă©prouver les propriĂ©tĂ©s et tous les possibles. Je tente d’aller au-delĂ  des attentes et des limites liĂ©es Ă  cette matière particulière et Ă  ses utilisations traditionnelles afin qu’elle puisse rĂ©vĂ©ler de nouvelles significations.

JS : Vos peintures sont fondĂ©es sur des associations systĂ©matiques, des formes et des couleurs imitant ou mettant en Ĺ“uvre des structures et des techniques visuelles issues des traditions artisanales de diverses cultures. Comment vous est venue l’idĂ©e d’employer la grille comme système de composition? Le quadrillage ou la grille sont souvent la mĂ©taphore de la structure et des règles de la sociĂ©tĂ©, tandis que vous l’utilisez pour les malmener, les remettre en cause, voire les annuler…

MW : En effet, la grille me sert avant tout de point de dĂ©part pour me diriger dans le monde. Elle m’aide Ă  dĂ©terminer l’échelle d’un espace et ma propre position par rapport aux objets et aux sujets que j’explore. Lorsque j’initie une nouvelle Ĺ“uvre, il m’importe de savoir oĂą elle commence et oĂą elle s’arrĂŞte. Autrement dit, de trouver ses limites. Je dĂ©bute toujours une Ĺ“uvre en divisant la surface en moitiĂ©s, en tiers et en quarts. Je procède de la mĂŞme manière lorsque je rĂ©alise des fresques murales commandĂ©es pour un bâtiment prĂ©cis, une couverture de livre, une peinture ou un dessin, ou encore des Ĺ“uvres pour un espace d’exposition. Je me saisis immĂ©diatement de ma règle pour diviser l’espace ; ce n’est qu’après cette Ă©tape que j’ai mes repères et que je peux envisager de rĂ©flĂ©chir dans l’espace et avec celui-ci. J’adhère Ă  mes propres règles. Selon moi, les systèmes sous-tendent Ă©galement des questionnements liĂ©s au sentiment d’appartenance, au dĂ©sir de s’insĂ©rer dans une structure donnĂ©e et de s’y sentir en sĂ©curitĂ©, d’avoir sa place dans l’ordre des choses. C’est une question profondĂ©ment existentielle. En mĂŞme temps, je reconnais que les règles, les structures et les normes excluent souvent la diversitĂ© et dĂ©couragent les Ă©carts et la transformation. C’est pourquoi il est important pour moi de mettre en mouvement cette grille et d’en repousser sans cesse les limites.

JS : Pour quelles raisons la gĂ©omĂ©trie et les systèmes mathĂ©matiques sont liĂ©s dans votre travail au corps humain et Ă  ses mesures?

MW : La gĂ©omĂ©trie est ancrĂ©e dans le corps humain. Elle renvoie Ă  la symĂ©trie, aux mesures, Ă  l’équilibre, Ă  la taille, Ă  l’échelle. La gĂ©omĂ©trie et les mathĂ©matiques sont liĂ©es au besoin de caractĂ©riser, de dĂ©finir et de comprendre le rapport de l’individu face au collectif, ainsi que les distances qui les sĂ©parent. La gĂ©omĂ©trie est une manière de dĂ©finir la sociĂ©tĂ© et ce qui se trouve hors de notre corps. En mĂŞme temps, elle fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’intĂ©rieur du corps. Toutes les mesures concrètes associĂ©es Ă  celui-ci, comme le nombre de doigts de la main ou de dents d’une mâchoire comprennent des irrĂ©gularitĂ©s confirmant qu’il s’agit d’une matière organique et vivante, toujours en Ă©volution.

JS : Plusieurs de vos Ĺ“uvres sont composĂ©es de drapeaux. Que reprĂ©sente pour vous le drapeau en tant qu’objet et symbole?

MW : Les drapeaux sont souvent constituĂ©s de formes de couleur minimalistes clairement dĂ©finies, ce qui les rend facilement identifiables Ă  distance et par consĂ©quent efficaces comme symboles identitaires. Ils donnent ainsi lieu Ă  des sentiments d’unitĂ© et de division. En hissant un drapeau, un groupe de personnes peut dĂ©clarer : « Nous sommes reliĂ©s ensemble par ce drapeau », et ce faisant, exclure automatiquement toute chose ou toute personne considĂ©rĂ©e comme diffĂ©rente ou extĂ©rieur. Un drapeau est un signe, une affirmation visuelle claire et un puissant outil de communication. En mĂŞme temps, les règles, les idĂ©es et les traditions liĂ©es aux drapeaux ne demandent qu’à ĂŞtre remises en question et perturbĂ©es par le processus artistique. Pour l’exposition Ă  la Maison du Danemark, je crĂ©e des drapeaux de la libertĂ© qui sont tous dans un Ă©tat de transition et rĂ©pètent des motifs qui deviendront quelque chose de nouveau.

JS : Quel rĂ´le la couleur joue-t-elle dans votre travail, en particulier le rouge, le blanc et le noir? Le rouge est souvent un signe d’interdiction. Il rappelle l’histoire des rĂ©volutions, par exemple. Est-ce une manière d’aborder l’autre visage de la sociĂ©tĂ© et du monde?

MW : La couleur est un sujet sur lequel je suis intarissable ! Dans la sĂ©rie Come Undone (2016), par exemple, mon point de dĂ©part Ă©tait le rouge, le noir et le blanc comme couleurs pures. La première peinture est exclusivement noire. Dans la suivante, j’ai ajoutĂ© du blanc. Dans la troisième, du rouge. Ă€ mesure que je continuais cette sĂ©rie, j’ai commencĂ© Ă  mĂ©langer ces trois couleurs. Au fur et Ă  mesure, s’observe le passage de couleurs nettement contrastĂ©es vers des couleurs nuancĂ©es et qui entrent dans un rapport diffĂ©rent dès lors qu’elles ne sont plus en opposition binaire ou en contraste […]  Dans mon travail, je m’efforce toujours d’avoir conscience du fait que recourir aux couleurs revient Ă  travailler sur des rĂ©fĂ©rences, des associations, des sentiments, des sensations. Je dĂ©clenche une certaine atmosphère ou une ambiance, Ă  la manière dont un accord musical peut occuper tout l’espace et Ă©veiller un registre Ă©motionnel chez un auditeur. C’est Ă©galement ce qui m’a amenĂ©e Ă  m’intĂ©resser davantage aux « couleurs intermĂ©diaires ». Contrairement aux couleurs primaires souvent affirmĂ©es et dĂ©claratoires, les couleurs intermĂ©diaires sont moins verrouillĂ©es et donc susceptibles de faire jouer nos sens de manières nouvelles et inattendues. Elles sont plus propices Ă  la nĂ©gociation.

JS : Votre Ĺ“uvre est traversĂ©e par le mouvement fĂ©ministe. Est-ce une manière de contribuer Ă  l’écriture d’une contre-histoire de l’abstraction qui a si souvent dĂ©valorisĂ© ou exclu les artistes femmes et leur travail?

MW : Adopter une conception plus inclusive et politique de l’abstraction est important Ă  mes yeux. La gĂ©omĂ©trie et les couleurs ne sont pas simplement formelles. Les couleurs et les formes ne peuvent pas ĂŞtre sublimes ou parfaites dans la neutralitĂ©. Elles ne sont pas fixes en termes de significations. Selon moi, cette souplesse est positive. Ă€ tout moment de l’histoire, l’abstraction dĂ©pend du regard d’un individu et des associations qu’il Ă©tablit dans son esprit. Chaque forme, chaque couleur a son lot de connotations et de rĂ©fĂ©rences. C’est l’un des domaines qui m’intĂ©ressent et que j’ai explorĂ©s intensĂ©ment : quel rĂ´le la couleur joue-t-elle dans un espace, public ou privé ? Quel type d’impact a-t-elle sur l’individu lorsqu’il pĂ©nètre dans cet espace ? 

JS : Que pensez-vous de l’interaction entre l’art, la politique et le militantisme? MĂŞme si cela n’apparaĂ®t pas au premier regard, votre Ĺ“uvre est militante.

MW : Oui, le militantisme est un fondement de mon travail. J’aime ĂŞtre en prise avec des sujets importants, mĂŞme si je ne suis pas certaine de partager le mĂŞme langage que la majoritĂ© des individus. Je m’exprime davantage de manière visuelle que verbale. Mon langage est une forme de militantisme visuel.





Biographie de l’artiste :

Mette Winckelmann est diplômée de l’Académie des Arts et du Design de Bratislava, en Slovaquie, (1996-1997) et de l’Académie Royale danoise des Beaux-Arts (1997-2003). Sa pratique artistique se déploie dans des manipulations conceptuelles de matières tactiles dans le cadre desquelles elle fait de l’artisanat traditionnel et de ses gestes des positions esthétiques en mouvement. Son œuvre compte notamment des ornements de lieux publics de grande envergure, des installations éphémères expérimentales, des organisations de l’espace et des objets concrets tels que des impressions sur textile, des peintures sur toile et des céramiques.

En 2019, Winckelmann a reçu une aide de trois ans de Statens Kunstfond (Fondation nationale danoise pour l’art) et elle est représentée notamment au Statens Museum for Kunst, au Danemark, au Malmö Museum of Art, en Suède, ainsi qu’en France, au Frac Auvergne