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“Lucia Tallová” Mountains Between Us

à la Galerie Paris-Beijing, Paris

du 20 mars au 1er mai 2021

Galerie Paris-Beujing


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© Sylvain Silleran, visite de l’exposition, le 25 mars 2021.

Lucia Tallová, Série Paris Diary, 2020. © Lucia Tallová. OEuvre produite lors de la résidence de l’artiste à la Cité Internationale des Art à Paris. Exposition est organisée en coopération avec Institut Slovaque de Paris.
Lucia Tallová, Série Paris Diary, 2020. © Lucia Tallová. OEuvre produite lors de la résidence de l’artiste à la Cité Internationale des Art à Paris. Exposition est organisée en coopération avec Institut Slovaque de Paris.
Lucia Tallová, Série Paris Diary, 2020. © Lucia Tallová. OEuvre produite lors de la résidence de l’artiste à la Cité Internationale des Art à Paris. Exposition est organisée en coopération avec Institut Slovaque de Paris.
Lucia Tallová, Série Paris Diary, 2020. © Lucia Tallová. OEuvre produite lors de la résidence de l’artiste à la Cité Internationale des Art à Paris. Exposition est organisée en coopération avec Institut Slovaque de Paris.
Lucia Tallová, Mountains between us. © Lucia Tallová.
Lucia Tallová, Mountains between us. © Lucia Tallová.

Texte de Sylvain Silleran

Lucia Tallova a installé de grandes grilles de bois sombre, des cloisons japonaises qui fractionnent l’espace, créant des pièces. La galerie devient un appartement, un lieu ou laisser parler l’intime. Des photos noir et blanc, sépia, des clichés anciens, très anciens, des portraits, des souvenirs de familles chinés y sont exposés. Ces portraits sont enraciné dans une histoire, un lieu, une filiation. Ces inconnus posent sérieusement chez le photographe, fiers, aujourd’hui leurs jeunes visages anonymes se défont, partent en fumée, une encre noire qui se dilue en volutes les rend indéchiffrables. La mémoire s’en va, les dernières traces de ces vies s’éloignent, déjà elles n’ont plus de nom, leurs racines redeviennent poussière.

Un coquillage est posé sur une tête, porté par un col de chemise bien amidonné, des cornes d’insectes poussent sur des fronts. Au milieu de trois toiles peintes en noir sont collées trois petites photos, ces tirages de vieux albums aux bordures blanches dentelées : des gens debout qui posent sur un chemin, sur un balcon. De la peinture épaisse, pâteuse comme du goudron les couvre en partie, menace de tout engloutir comme une coulée de lave. Les montagnes qui nous séparent ont fondu en roche liquide. Des rouleaux sont rangés verticalement sur des étagères. De l’encre de chine sur papier qui fait des anneaux gris flous, rappelant les carottes de sondages du sol. L’histoire sédimentée de ces roches, de ces montagnes, est entreposée là, attendant d’être lue comme un livre. 

Dans une jolie boîte accrochée au mur, la photo d’un visage est entièrement couverte de roses de porcelaine. Il y a quelque chose d’un cimetière dans ces couleurs un peu fades, écœurantes, un baroque triste et sucré d’Europe centrale. Des jeunes mariés, une petite fille dans un jardin, deux sœurs : des clichés sont greffés dans des barreaux de chaises, du bois vieilli par les années d’usage, patiné comme du cuir. Un arbre reconstitué dont les feuilles sont les souvenirs de familles tente de repousser.

Des cadres forment un petit théâtre. Du papier de soie s’ouvre comme un rideau sur une femme découpée dans un magazine. Un mouchoir blanc traverse l’Arc de Triomphe, des gouttes noires jaillissent d’une fontaine. Des pinups lisses de magazines coquins d’après guerre, des starlettes oubliées de Cinémonde sont augmentées de papier froissé, de voiles et tentures, de taches et de brûlures. La ville et ses fantasmes se déroulent, rêves habillés de robes de papier plissé, de rubans.

Un grand livre de photos de montagnes est ouvert sur une page qui se replie et coule en papier froissé, formant un massif en relief dans lequel sont saisis des barreaux de bois. Une autre montagne, de photos celle-là, remplit une grande vitrine fermée à clé. Une pierre a été glissée entre les feuilles serrées, dérangeant la pile verticale, créant comme un nœud dans les fibres du bois d’un arbre. La photo qui dépasse est un portrait dont on ne voit que le col, un peu du menton. La vie d’un homme est peu de chose dans le temps inscrit dans les lignes d’un tronc d’arbre. Et le temps d’un arbre face aux strates de roche d’une montagne ?

Des affiches nébuleuses ouvrent des fenêtres : l’encre se meut en taches, nuages, fumée, fleurs. La montagne de la tradition asiatique est un sommet où l’homme rencontre le divin. Les éléments: le vent, la pluie, l’eau nourricière apportent le renouveau. L’air humide et frais entre et nous réveille de cette torpeur, balaie le parfum des fleurs fanées. Le passé s’éloigne, emportant la nostalgie avec lui.



Sylvain Silleran


Extrait du communiqué de presse :

 

 

La Galerie Paris-Beijing présente la seconde exposition personnelle à la galerie de l’artiste slovaque Lucia Tallová, avec le soutien de l’institut slovaque de Paris.

Entre collages tridimensionnels et installations architecturales, le travail de Lucia Tallová est un langage visuel à lui seul.

L’arrangement des objets et des images, habitant chacune des oeuvres soigneusement exposées, nous transporte dans un monde hors-normes, perdu entre songe onirique et réalité ordonnée. Avec la mémoire pour matière principale, la démarche artistique de Lucia est née d’un premier travail de collection et d’archives. L’objet en possession de l’artiste est revisité pour ensuite trouver sa place au sein d’un cabinet de curiosité, tel le nouveau personnage d’un paysage narratif scénique et contemplatif. A la manière d’un récit trilogique, chaque projet est une continuité du précédent et nous prépare à celui qui suivra. C’est également dans cette logique que l’exposition « Mountains Between Us » est née, telle une suite à son premier volet romantique « Building a Mountain », présenté en 2019 à la Galerie Paris-Beijing.

Pour cette nouvelle exposition, Lucia met à l’honneur la ville de Paris à travers sa nouvelle série Paris Diary, réalisée entre août et septembre 2020 lors de sa résidence à la Cité internationale des Arts de Paris. Un véritable carnet de voyage constitué de matériaux anciens et d’antiquités récupérés pendant son séjour et ensuite utilisés pour confectionner images et objets. Sa dernière installation Looking Through, construite comme une fenêtre entre l’intérieur de la galerie et la rue, réinvente l’espace de l’exposition en jouant sur les concepts de miroirs et de dualité à travers le regard du spectateur. Aux côtés de ces deux séries seront également présentés d’autres travaux de l’artiste et notamment une sélection de sa série des Clouds. Kant affirmait qu’en dépit de tout réel entendement, l’imaginaire humain s’évertue toujours à identifier des formes dans les nuages, car ce jeu de perception lui procure le « sentiment interne d’un état harmonieux de l’esprit ». À l’inverse, les nuages de Lucia portent un message secret, indécodable, caché entre beauté éthérée et mouvement oppressant.

Installations, peintures, associations d’objets du quotidien dépersonnalisés et études photographiques sont exposés à notre regard. Ils se subliment les uns par rapport aux autres pour renaître, animés d’un sens nouveau et poétique.

C’est dans cet acte d’assemblage que naît la sculpture finale, à la fois éphémère et intemporelle ; celle-ci s’intègre ensuite à son environnement d’exposition pour créer des formes et esthétiques nouvelles. Les surfaces travaillées par Lucia sont transcendées, autant dans la forme que dans leur nature profonde, et de cette rencontre naît finalement l’oeuvre.

Lucia Tallová, née en 1985, est une artiste déjà bien établie de la scène artistique slovaque. Elle est diplômée de l’Académie des Beaux-Arts, studio du professeur Ivan Csudai, et a gagné plusieurs prix importants comme le prix VUB Painting of the Year en 2013 ou le prix artistique de la Fondation Tatra Banka en 2016. Lucia Tallová vit et travaille à Bratislava.