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“Mimosa Echard” Numbs 

à la Galerie Chantal Crousel, Paris

du 6 mars au 10 avril 2021

Galerie Chantal Crouzel


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© Anne-Frédérique Fer, visite de l’exposition, le 6 mars 2021.

© Mimosa Echard, 2021.
© Mimosa Echard, 2021.
Mimosa Echard, Numbs, vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, 2021. Courtoisie de l'artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Aurélien Mole.
Mimosa Echard, Numbs, vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, 2021. Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Aurélien Mole.
Mimosa Echard, Numbs, vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, 2021. Courtoisie de l'artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Aurélien Mole.
Mimosa Echard, Numbs, vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, 2021. Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Aurélien Mole.
Mimosa Echard, Numbs, vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, 2021. Courtoisie de l'artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Aurélien Mole.
Mimosa Echard, Numbs, vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, 2021. Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Aurélien Mole.

Texte de Sylvain Silleran




Les grands tableaux étranges de Mimosa Echard sont recouvert de peaux blanches translucides, des peaux multiples ridées, plissées mollement, encore liquides presque. On voudrait toucher cette matière organique un peu dégoûtante, ces coulures sulfureuses attirantes comme l’amour, rosies du rouge sang de la matière humaine du désir. Sous les multiples couches superposées, collages de papiers, de textiles, de colles et de vernis comme les superpositions d’affiches formant un mille-feuille épais aux bords déchirés, une même image se répète : une personne allongée de dos, nue sous un pull rayé rose et violet, exhibe des fesses anonymes, homme ou femme, on ne sait pas.




Dans cette peau il y a des organismes vivants, des artères et des veines, des flux de vie, des glandes et des vésicules qui secrètent quelque fluide, des spores se dispersant. Des perles, des billes, des anneaux de toutes sortes et tailles forment des constellations. Des cercles de plastique et de nylon évoquent des bagues, des appareils contraceptifs ; des formes que l’on devine sex-toys d’où jaillissent une semence synthétique recouvrent des images d’une pellicule photo voilée. La surface du tableau est gelée, brûlée, sol d’une immense planète ou paroi cellulaire microscopique. Il devient un corps infiniment grand, infiniment petit, bouillonnant de la petite cuisine du désir.




Hello Kitty, des personnages d’un manga kawaii, stickers que l’on s’envoie sur les réseaux sociaux, des babioles plastiques, bijoux fluos de petite fille, des morceaux déchirés d’un magazine : la pop culture adolescente est faite chair. Tik Tok dévoré par de jeunes corps affamés, dévorant à son tour les désirs des jeunes filles. À quoi rêvent-elles ces jeunes filles ? Trop d’images et de stimulations, trop de désir et d’empressement leur ont saturé les sens, les laissant engourdies, prises dans un grand cocon. Et le rouge est trop rouge pour être honnête, un rouge artificiel de bonbon et de cosmétique toxique.




Des boîtes plates aux rebords de plaques d’acier sont emballées dans des bas blancs, roses ou couleur chair. De la photographie imprimée, il ne reste que des bribes de souvenirs. Les images sont rongées par de l’acide, noyées, elles se dissolvent dans une torpeur chimique. Entre le lichen et la roche, le végétal et le minéral, flotte un souvenir : une silhouette, demi-visage. Une fleur – une narcisse – ou un daim sortant d’un fourré apparaissent comme des songes. Des photos déchirées dans des magazines, collées dans un journal intime si cela se fait encore, ou projetées sur les écrans du monde entier, ça, ça se fait, les voilà englouties dans un magma blanc, leurs couleurs surexposées.




Dans ce monde narcoleptique sans odeur, des bulles renferment des petits astres. Des cristaux réfractent la lumière en arc-en-ciels. Comme c’est gai ! Tout s’entrelace, les fils et les perles en forme de petits cœurs, le fin papier translucide qui s’effrange, des faux ongles et des pinces à cheveux made in China. Un ADN qui serpente, code numérique, et un magma de bactéries mijotent dans le bouillon de culture de nos adolescences rêveuses. Que reste-il de nos amours dans ce temple des marchands ? Narcisse amoureux de son reflet sera désormais une star Instagram et influencera le monde entier. Au pied d’une grande toile deux enfants dessinent par terre, ils ne s’occupent plus de rien d’autre. Il reste les rêves de cet inconnu androgyne au pull rayé, nu sans l’être.


Sylvain Silleran


Extrait du communiqué de presse :

 

La Galerie Chantal Crousel accueille la première exposition personnelle de Mimosa Echard dans laquelle l’artiste présentera une sélection de nouvelles oeuvres.

Mimosa Echard s’intéresse à la création d’éco-systèmes hybrides où le vivant et le non-vivant, l’humain et le non-humain cohabitent. Ses œuvres explorent des zones de contact et de contamination entre des objets organiques et des objets de consommation, des éléments que nos conventions culturelles peuvent percevoir comme ambivalentes, voire contradictoires.

Au cœur des compositions et des installations de l’artiste, des plantes médicinales collectées dans son jardin ou auprès d’habitants de son village natal entrent en symbiose avec des produits cosmétiques ou des composants électroniques ; des feuilles de cuivre et des chaînes métalliques se lient à des noyaux de cerise, du lichen et des coquilles d’escargot.

Face à l’oeuvre de Mimosa Echard, le regard est d’abord surpris par ces objets hétéroclites avant d’être saisi par la relation secrète qu’entretiennent de fait ces formes et ces matières. Progressivement, cette communauté d’objets s’émancipe de la main de l’artiste, se fluidifie et devient autonome.

« Le travail de Mimosa Echard permet d’accéder à un monde où tout s’interpénètre et se transforme; monde orgiaque où le désir montre les crocs, et où les plaisirs composent à voix obscure un alphabet révolté. » 

Romain Noël




L’artiste

Mimosa Echard (née en 1986) est diplômée de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris en 2010. Elle a exposé son travail dans des lieux de renommés internationales : l’ACCA-Australian Center for Contemporary Art, Melbourne (2020), le Musée d’Art Moderne de Paris (2019) ; Dortmunder Kunstverein, Dortmund, (2019) ; Plateform-L Contemporary Art Center, Séoul (2018) ; Palais de Tokyo, Paris (2019, 2017) ; Cell Project Space Gallery, Londres (2017). Le Palais de Tokyo, Paris lui consacrera une exposition personnelle à l’été 2022. Ses oeuvres figurent entre autres dans les collections du CNAP-Centre national des arts plastiques, du Musée d’Art Moderne de Paris, de la Fondation Louis Vuitton, de la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, de la Fondation Samdani Art, de la Fondation Ettore Fico, de l’IAC Villeurbanne, du FRAC Corse, et du FRAC Ile-de-France.