đ âMary Cassattâ LâindĂ©pendante, au MusĂ©e dâOrsay, du 6 octobre 2026 au 31 janvier 2027
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âMary Cassattâ LâindĂ©pendante
au MusĂ©e dâOrsay, Paris
du 6 octobre 2026 au 31 janvier 2027

PODCAST –Â Entretien avec
Anne Robbins,
conservatrice Peinture, musĂ©e d’Orsay,
et co-commissaires de l’exposition,
par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 5 octobre 2026, durĂ©e 24’21,
© FranceFineArt.
Extrait du communiqué de presse :

Mary Cassatt (1844-1926), Jeune fille au jardin, entre 1880 et 1882. Huile sur toile, H. 92,5 ; L. 65,0 cm. Collection MusĂ©e dâOrsay, Legs Antonin Personnaz, 1937. © Photo : RMN-Grand Palais (musĂ©e dâOrsay) / Franck Raux.

Mary Cassatt (1844-1926), MĂšre et enfant, vers 1890. Huile sur toile, 90,2 x 64,5 cm. Wichita Art Museum, Roland P. Murdock Collection, M109.53. Photo courtesy of Wichita Art Museum.
![https://francefineart.com/ Mary Cassatt (1844-1926), Femme à sa toilette [Breeskin 1979, 148] Pointe sÚche et aquatinte en couleurs, 4e état, 35,9 x 26,3 cm. Paris, BibliothÚque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie Réserve Ce-4 (2)-Fol.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3739_Mary-Cassatt_2.jpg)
Mary Cassatt (1844-1926), Femme à sa toilette [Breeskin 1979, 148] Pointe sÚche et aquatinte en couleurs, 4e état, 35,9 x 26,3 cm. Paris, BibliothÚque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie Réserve Ce-4 (2)-Fol.

Mary Cassatt (1844-1926), Portrait de jeune femme au chapeau blanc, 1879. Huile sur toile, 46 x 38 cm. Toulouse, Fondation Bemberg, inv. 2224. Photo © 2023 Fondation Bemberg / Mathieu Lombard.
Commissariat :
PARIS
Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice Arts graphiques et Peinture, musĂ©e dâOrsay
Anne Robbins, conservatrice Peinture, musĂ©e dâOrsay
LONDRES
Sarah Moulden, senior curator of 19th Century Collections, National Portrait Gallery
BOSTON
Erica Hirshler, Croll senior curator of American Paintings, Museum of Fine Arts
Pour marquer le centiĂšme anniversaire de la mort de lâartiste, le musĂ©e dâOrsay organise en 2026, une grande exposition consacrĂ©e Ă Mary Cassatt (1844-1926), en collaboration avec la National Portrait Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston. Il sâagit, en France, dâun Ă©vĂ©nement attendu de longue date : les musĂ©es nationaux nâont en effet jamais consacrĂ© dâexposition majeure Ă Mary Cassatt, membre actif du groupe impressionniste et lâune de ses figures majeures. Son centenaire invite Ă examiner la place centrale de cette artiste de tout premier plan, parvenue par son talent et sa dĂ©termination Ă se forger une identitĂ© unique dans lâhistoire de lâart de la fin du XIXe siĂšcle et du dĂ©but du XXe, des deux cĂŽtĂ©s de lâAtlantique.
Mary Cassatt se qualifiait dâ« AmĂ©ricaine, nettement et franchement amĂ©ricaine», mais a dâabord ancrĂ© son art dans la tradition picturale des maĂźtres anciens, quâelle a Ă©tudiĂ©e lors de ses voyages en Europe, avant de devenir une figure incontournable du mouvement impressionniste en France, oĂč elle vĂ©cut pendant pas moins de six dĂ©cennies. « Je suis indĂ©pendante ! », proclamait-elle. « Je peux vivre seule et jâaime travailler. » Adoptant une approche chrono-thĂ©matique, lâexposition dresse un nouveau portrait de lâartiste, Ă©tudiant son art sous le prisme de la notion dâindĂ©pendance, dont elle tirait une grande fiertĂ© et quâelle Ă©rigea toute sa vie en principe directeur.
Comprenant prĂšs de 80 tableaux, pastels et estampes, et couvrant lâensemble de la carriĂšre de lâartiste, cette exposition ouvre de nouvelles perspectives sur son oeuvre, en sâappuyant sur des lettres inĂ©dites et des sources jusquâalors inexploitĂ©es. Y seront prĂ©sentĂ©es des oeuvres issues de collections europĂ©ennes, publiques et privĂ©es, rarement montrĂ©es, ainsi que des peintures et des pastels provenant de collections amĂ©ricaines peu exposĂ©es en dehors des Ătats-Unis.
Une sĂ©lection dâoeuvres de jeunesse de Cassatt et de portraits de ses proches montre comment le milieu social de lâartiste, ses dĂ©placements et sa connaissance de lâart du passĂ© ont façonnĂ© son approche et sa pratique. Mettant un point dâhonneur Ă ĂȘtre indĂ©pendante â Ă lâorigine, Ă la demande de sa famille fortunĂ©e â, elle sâĂ©tablit rapidement dans son propre atelier et y emploie des modĂšles rĂ©munĂ©rĂ©s. Dans un milieu trĂšs largement masculin, et sur fond de nationalisme latent, elle parvient sans tarder Ă sâimposer comme peintre professionnelle.
Ses reprĂ©sentations de jeunes femmes Ă©lĂ©gantes, Ă©voluant en sociĂ©tĂ©, recevant chez elles ou se divertissant au théùtre â Ă la conquĂȘte du monde moderne et de leur indĂ©pendance â, comptent parmi les rĂ©alisations les plus remarquables de lâartiste, comme en tĂ©moigneront des exemples Ă©blouissants. Ces images, pleines dâaudace et de vivacitĂ©, ne manquent pas dâattirer lâattention dans les expositions impressionnistes, auxquelles Mary Cassatt participe assidĂ»ment (Ă quatre reprises, Ă partir de 1879), sur invitation de son ami Edgar Degas. La contribution essentielle de Mary Cassatt Ă ces expositions dâavant-garde, autoproclamĂ©es « indĂ©pendantes », y sera examinĂ©e et réévaluĂ©e.
Ses activitĂ©s sur le terrain du marchĂ© de lâart constituent un autre aspect fondamental de lâindĂ©pendance de lâartiste. Celle-ci se spĂ©cialise dans la peinture de « mĂšres Ă lâenfant », genre alors trĂšs demandĂ©, dans lequel elle excelle â et auquel elle reste associĂ©e â, tout en honorant des commandes de portraits. Quelques oeuvres clĂ©s de lâexposition Ă©voqueront Ă©galement son rĂŽle crucial de « consultante », conseillant ses proches, ses amis et connaissances amĂ©ricains dans leurs achats de tableaux, notamment impressionnistes, et donc dans la constitution de collections dâart aux Ătats-Unis.
Ă ce stade de sa carriĂšre, au dĂ©but des annĂ©es 1890, lâindĂ©pendance financiĂšre de Mary Cassatt lui permet de devenir propriĂ©taire fonciĂšre. EntourĂ© dâun vaste parc, le chĂąteau quâelle acquiert dans lâOise sert de toile de fond Ă de nombreuses scĂšnes dâextĂ©rieur oĂč Ă©voluent femmes et enfants : oeuvres lumineuses aux couleurs vibrantes. Modern Woman, la plus importante commande quâait reçue lâartiste, pour un dĂ©cor monumental destinĂ© au Pavillon de la Femme lors de lâExposition universelle de Chicago en 1893, constitue un temps fort dans sa carriĂšre et une Ă©tape majeure dans son oeuvre. Cette dĂ©coration colossale, aujourdâhui disparue, sera Ă©voquĂ©e au sein du parcours au travers dâun ensemble dâestampes et de pastels en lien avec ce dĂ©cor, ainsi que par le biais dâun film proposant une restauration numĂ©rique de cette oeuvre gigantesque (4 x 18 m), dâune ambition unique tant par ses dimensions que par son sujet. Son admirable sĂ©rie dâestampes, les « Dix Planches en couleurs », sera Ă©galement Ă©tudiĂ©e Ă la lumiĂšre de cette nouvelle phase de son travail, remarquablement expĂ©rimentale, et de ses opinions progressistes sur lâĂ©ducation des femmes.
Lâengagement de Mary Cassatt en faveur de lâindĂ©pendance est en effet allĂ© audelĂ de son propre parcours et de sa dĂ©marche artistique. Fervente partisane de la lutte des femmes pour le droit de vote, Cassatt encourage ses contemporains à « oeuvrer pour le suffrage, car ce sont les femmes qui dĂ©cideront de la question de la vie ou de la mort dâune nation ». Avec son amie Louisine Havemeyer, elle organise en 1915, Ă New York, une exposition au profit du suffrage des femmes. Une sĂ©lection restreinte de tableaux de Mary Cassatt montrĂ©s dans cette exposition conclut le parcours, dĂ©montrant comment non seulement lâart de cette artiste pionniĂšre, mais aussi ses agissements, ont pu tendre vers lâactivisme.

Mary Cassatt (1844-1926), Jeune fille Ă la fenĂȘtre, 1883-1884. Huile sur toile, 100,3 x 64,7 cm. Washington, National Gallery of Art, Corcoran Collection (acquisition du musĂ©e, Gallery Fund) Washington, The National Gallery of Art, Corcoran Collection (Museum Purchase, Gallery Fund) Image Courtesy of the National Gallery of Art, Washington.
![https://francefineart.com/ Mary Cassatt (1844-1926), Automne, portrait de Lydia Cassatt [LâAutomne], 1880. Huile sur toile, 92,5 x 65,5 cm. Petit Palais, musĂ©e des Beaux-arts de la Ville de Paris, PPP706. © Paris MusĂ©es / Petit Palais, musĂ©e des Beaux-Arts de la Ville de Paris.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3739_Mary-Cassatt_5.jpg)
Mary Cassatt (1844-1926), Automne, portrait de Lydia Cassatt [LâAutomne], 1880. Huile sur toile, 92,5 x 65,5 cm. Petit Palais, musĂ©e des Beaux-arts de la Ville de Paris, PPP706. © Paris MusĂ©es / Petit Palais, musĂ©e des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
Parcours de l’exposition
Introduction
Pour la premiĂšre fois, le musĂ©e dâOrsay cĂ©lĂšbre la peintre amĂ©ricaine Mary Cassatt (1844-1926) dans une rĂ©trospective montrant lâĂ©tendue de son talent, la force de sa vision et sa puissante individualitĂ©. Originaire de Pennsylvanie, Cassatt passe prĂšs de six dĂ©cennies en France. DĂ©terminĂ©e trĂšs tĂŽt Ă sâaffirmer sur la scĂšne artistique en « faisant mieux que les maĂźtres », elle sâinstalle Ă Paris, rejette la voie de lâart officiel et rejoint les impressionnistes, dont elle partage le refus des conventions et le goĂ»t de lâinnovation. Sa peinture, franche, directe, est ancrĂ©e dans le prĂ©sent. Ă cette pĂ©riode, toute femme artiste, de surcroĂźt Ă©trangĂšre, se heurte Ă nombre dâobstacles et de prĂ©jugĂ©s. Cassatt gagne son autonomie financiĂšre et sâĂ©tablit en tant que peintre professionnelle. Toujours fidĂšle Ă son pays natal, elle joue un rĂŽle pionnier dâintermĂ©diaire auprĂšs de collectionneurs amĂ©ricains. Son tempĂ©rament indĂ©pendant transparaĂźt dans son art tout entier. Peintre de figure, Cassatt reprĂ©sente des femmes actives, en sortie, ou sâaffairant auprĂšs de jeunes enfants. Comme le notent ses contemporains, il se dĂ©gage de ses oeuvres « un sens tout Ă fait Ă©tonnant de la vie en mouvement ». « Aucune chaĂźne nâaurait pu me retenir », Ă©crit-elle. Cent ans aprĂšs sa mort, il est temps de redĂ©couvrir cette artiste qui avait fait de lâindĂ©pendance Ă la fois le sujet de son art et la ligne directrice de sa carriĂšre, et ne se laissa rien imposer.
Section 1 – FORMATION ET FILIATION
Mary Cassatt naĂźt dans une riche et respectable famille dâentrepreneurs ayant pour valeurs le travail et le mĂ©rite. Son pĂšre puis son frĂšre Alexander bĂątissent leur propre fortune. DĂšs son enfance, elle parcourt lâEurope en famille et se passionne pour lâart. Ă partir de 1860, elle se forme Ă lâAcadĂ©mie des Beaux-Arts de Pennsylvanie, situĂ©e Ă Philadelphie. Cassatt sâinstalle cinq ans plus tard Ă Paris, prend des leçons avec les peintres GĂ©rĂŽme, Chaplin et Couture, alors trĂšs rĂ©putĂ©s, copie des oeuvres au Louvre, et expose au Salon dĂšs 1868. La guerre franco-prussienne la contraint Ă rentrer aux Ătats-Unis, oĂč « lâexil » loin des grands musĂ©es lui pĂšse. En 1871, elle obtient de lâĂ©vĂȘque de Pittsburgh la commande de deux copies peintes dâaprĂšs le CorrĂšge. Cassatt sĂ©journe alors en Italie, Ă Parme, puis en Espagne, oĂč elle copie VĂ©lasquez au Prado, et, lors dâun voyage aux Pays-Bas, Frans Hals. Son ambition est alors de rĂ©ussir sur le terrain du Salon, incontournable tremplin vers le succĂšs officiel. Elle sâĂ©tablit dĂ©finitivement Ă Paris en 1874.
Section 2 – « PRATIQUER LâART, MA PROFESSION »
« Nous, professionnels, mĂ©prisons les amateurs », Ă©crit Cassatt Ă sa belle-sĆur en 1869. La jeune artiste, qui a exposĂ© pour la premiĂšre fois au Salon lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, est sĂ»re de sa vocation. AprĂšs son retour contraint aux Etats-Unis lors de la guerre de 1870, son pĂšre ne lâencourage pas Ă poursuivre dans cette voie. Cassatt parvient cependant Ă financer son voyage en Europe grĂące Ă ses activitĂ©s de copiste. Ă Paris, elle loue un atelier proche de la place Pigalle Ă partir de 1875, et emploie des modĂšles. En 1878, son pĂšre lui demande de sâassumer financiĂšrement. Elle prend dĂšs lors elle-mĂȘme en charge son atelier et toutes les dĂ©penses occasionnĂ©es par son activitĂ©. Jusquâen 1876, Cassatt expose rĂ©guliĂšrement au Salon, tout en envoyant des tableaux Ă New York et Philadelphie, mais aussi Ă Vienne, Amsterdam et Londres. Elle est reprĂ©sentĂ©e Ă partir des annĂ©es 1880 par Paul Durand-Ruel, le principal marchand des impressionnistes, et sait fermement dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts.
Section 3 – « JE SUIS INDĂPENDANTE ! »
En 1875, Cassatt est rejointe Ă Paris par sa soeur Lydia. Les deux femmes se dĂ©lectent des divertissements quâoffre la capitale, alors en pleine mutation, et qui fournit Ă la peintre des sujets empruntĂ©s Ă la vie moderne : la promenade en voiture, la sortie au théùtre ou Ă lâopĂ©ra. Dans ces lieux publics, tout comme dans la sphĂšre domestique, la place de la femme est alors rĂ©gie par des conventions bien prĂ©cises. En toute connaissance de ces limites, Cassatt comme ses modĂšles Ă©voluent en sociĂ©tĂ© avec aisance et aplomb. Lâartiste reprĂ©sente des femmes fringantes, de milieux aisĂ©s, seules ou entre elles â conduisant, Ă©coutant, sâinformant, Ă©changeant avec leurs proches et amies. Souvent gantĂ©es et chapeautĂ©es, ces Ă©lĂ©gantes Ă lâallure dynamique semblent tout juste arrivĂ©es, ou sur le point de prendre congĂ©. Avec leur cadrage radical et leur touche Ă©nergique, ces oeuvres pleines de vitalitĂ© imposent Cassatt comme une peintre profondĂ©ment originale.
Section 4 – « MADEMOISELLE CASSATT EST VRAIMENT UNE IMPRESSIONNISTE »
En tant quâartiste, Cassatt se doit dâexposer et vendre ses oeuvres. Elle ne tarde pas Ă retenir lâattention dâEdgar Degas, qui dĂ©tecte dans ses peintures une sensibilitĂ© proche de la sienne. DĂšs 1877, il lâinvite Ă se joindre aux expositions impressionnistes : manifestations dites « indĂ©pendantes », sans jury ni rĂ©compenses, qui depuis 1874 proposent une alternative au Salon parisien. Degas et ses pairs y imposent leur regard neuf sur le monde : des scĂšnes modernes, ordinaires, croquĂ©es sur le vif avec une palette claire ; des paysages peu finis et jugĂ©s bĂąclĂ©s. Cassatt les rejoint sans hĂ©siter. « Je haĂŻssais lâart officiel », dira-t-elle, « Je commençais Ă vivre ». Elle prend part Ă quatre de ces expositions, de 1879 Ă 1886, y montrant « de magistrales Ă©bauches [âŠ] bien effarouchantes pour le public », note un critique. Elle dĂ©veloppe une touche large et spontanĂ©e, un coloris brillant, se consacre Ă la gravure et explore la technique du pastel. Membre Ă part entiĂšre du groupe, elle sâimplique aussi dans lâorganisation des expositions, par sa contribution financiĂšre, par des achats et des prĂȘts dâoeuvres. Elle participe pleinement Ă lâĂ©laboration de cette avant-garde et y trouve sa vĂ©ritable famille artistique.
Section 5 – ARTISTE, CONSEILLĂRE, COLLECTIONNEUSE
Pragmatique, Mary Cassatt sait tracer son chemin dans le marchĂ© de lâart. DĂšs les annĂ©es 1880, ses « maternitĂ©s » lui assurent un succĂšs commercial certain, mais sa prĂ©dilection pour la figure humaine la porte aussi vers le portrait, un genre souvent lucratif. Elle rĂ©pond notamment Ă des commandes de portraits dâenfants, privilĂ©giant pour ces oeuvres le pastel, technique Ă sec, Ă la croisĂ©e du dessin et de la peinture, qui lui permet de travailler avec rapiditĂ© pour saisir les expressions naturelles de ses petits modĂšles. LiĂ©e aux Ă©lites amĂ©ricaines, Cassatt joue un rĂŽle clĂ© dans le marchĂ© de lâart en tant que passeuse entre son pays dâadoption et les Ătats-Unis. Elle promeut lâavant-garde française auprĂšs de collectionneurs Ă©tats-uniens, souvent en collaboration avec le marchand parisien Paul Durand-Ruel, qui en 1888 ouvre avec ses fils une branche de sa galerie Ă New York. Cassatt est Ă©galement la conseillĂšre influente de sa richissime amie Louisine Havemeyer, rencontrĂ©e Ă Paris en 1874. AprĂšs plusieurs dons au Metropolitan Museum, cette derniĂšre fera en 1929 un legs lĂ©gendaire dâenviron 300 oeuvres qui transforme les collections du musĂ©e new yorkais. Cassatt dit tirer le plus grand plaisir Ă envoyer « des belles choses » outre-Atlantique et est elle-mĂȘme collectionneuse.
Section 6 – DES FEMMES MODERNES
Le dĂ©cor mural de « La Femme moderne » pour le pavillon de la femme de lâExposition universelle de Chicago, avec son traitement en aplats et ses couleurs vives, entre en rĂ©sonance avec une exceptionnelle sĂ©rie de gravures en couleurs, que Cassatt vient juste dâachever et dâexposer Ă Paris et New York. Au printemps 1890, Cassatt avait Ă©tĂ© Ă©blouie par une vaste exposition dâestampes japonaises organisĂ©e Ă Paris, Ă lâĂcole des Beaux-Arts. Cette expĂ©rience lâincite Ă dĂ©velopper, en 1890-1891, une sĂ©rie de dix gravures mettant en scĂšne des femmes modernes vaquant Ă leurs occupations quotidiennes. MĂȘlant pointe sĂšche et aquatinte en couleurs, elles dĂ©montrent une extraordinaire complexitĂ© technique, ainsi quâune grande inventivitĂ© thĂ©matique et stylistique. Ces Ćuvres reçoivent un accueil favorable et sont saluĂ©es pour leur originalitĂ©. AprĂšs lâexposition de Chicago, Cassatt extrait diffĂ©rents Ă©lĂ©ments de sa composition monumentale Modern Woman pour les explorer, isolĂ©ment, dans des pastels et tableaux de chevalet, mais aussi des estampes en couleurs qui reprennent Ă©galement la technique, le format et lâesthĂ©tique gĂ©nĂ©rale de sa sĂ©rie de dix gravures.
Section 7 « ARTISTE-PEINTRE, PATRONNE* » : LA VIE à BEAUFRESNE
En 1894, Cassatt dĂ©cide de sâinstaller durablement dans lâOise, oĂč ses revenus et la rĂ©cente commande de lâExposition universelle de Chicago lui permettent dâacheter le chĂąteau de Beaufresne, dans le village du Mesnil-ThĂ©ribus. Ceci fait alors dâelle lâune des rares femmes artistes Ă devenir propriĂ©taire, Ă son nom, dâun bien immobilier acquis grĂące aux bĂ©nĂ©fices de son travail. Les membres de son cercle familial le plus proche ayant bientĂŽt tous disparu, lâindĂ©pendance devient aussi pour elle synonyme dâune certaine solitude. Mais Cassatt dirige son domaine, reçoit, intensifie ses activitĂ©s de « consultante » en art â conseillant collectionneurs et marchands â et, pendant deux dĂ©cennies encore, continue Ă peindre sans relĂąche. Dans le parc de Beaufresne, son art se rĂ©gĂ©nĂšre au contact du plein air, oĂč elle fait poser ses modĂšles. Ses peintures et pastels acquiĂšrent une nouvelle soliditĂ©. Si ses annĂ©es les plus radicales sont derriĂšre elle, sa touche reste vive et franche, et son approche, directe et sensorielle.
- Cassatt est ainsi décrite dans le recensement de 1901 (« américaine, chef de ménage, artiste-peintre, patronne »)
Section 8 – CASSATT ENGAGĂE
Cassatt prĂȘte grande attention aux droits des femmes. Aux cĂŽtĂ©s de son amie Louisine Havemeyer, devenue particuliĂšrement militante aprĂšs le dĂ©cĂšs de son Ă©poux, elle dĂ©fend une vision collective du combat pour le vote des femmes et se dĂ©crit comme « suffragette ». Toutes deux se mobilisent pour soutenir activement la cause. Lâimplication de Cassatt culmine avec une exposition organisĂ©e par Havemeyer Ă New York en avril 1915, Ă la galerie Knoedler, visant Ă financer la campagne suffragiste. Havemeyer y expose une partie de sa collection et Cassatt y joue un rĂŽle stratĂ©gique : elle sollicite des prĂȘts dâoeuvres et parvient mĂȘme Ă convaincre des adversaires du vote fĂ©minin de soutenir lâĂ©vĂ©nement. Trois oeuvres de cette exposition sont prĂ©sentĂ©es ici. En apparence intimistes, elles vĂ©hiculent un message politique subtil, notamment au travers du thĂšme de la transmission, qui promeut une vision moderne du rĂŽle des femmes. Si lâexposition de 1915 est bientĂŽt suivie dâune dĂ©faite au rĂ©fĂ©rendum sur le droit de vote des femmes dans lâĂtat de New York, elle nâen contribue pas moins Ă faire avancer la cause, tant par les fonds rĂ©coltĂ©s que par sa portĂ©e symbolique. Elle rĂ©vĂšle la dĂ©termination de Cassatt Ă dĂ©montrer la capacitĂ© des femmes Ă transformer la sociĂ©tĂ©.




















