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🔊 “Mary Cassatt” L’indĂ©pendante, au MusĂ©e d’Orsay, du 6 octobre 2026 au 31 janvier 2027

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“Mary Cassatt” L’indĂ©pendante

au MusĂ©e d’Orsay, Paris

du 6 octobre 2026 au 31 janvier 2027

MusĂ©e d’Orsay


Entretien avec Anne Robbins, conservatrice Peinture, musĂ©e d’Orsay, et co-commissaire de l’exposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 5 octobre 2026, durĂ©e 24’21, © FranceFineArt.

PODCAST –  Entretien avec
Anne Robbins
,
conservatrice Peinture, musĂ©e d’Orsay,
et co-
commissaires de l’exposition,



par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 5 octobre 2026, durĂ©e 24’21,
© FranceFineArt.


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©Anne-Frédérique Fer, vernissage presse, le 5 octobre 2026.


Extrait du communiqué de presse :


https://francefineart.com/  Mary Cassatt (1844-1926), Jeune fille au jardin, entre 1880 et 1882. Huile sur toile, H. 92,5 ; L. 65,0 cm. Collection MusĂ©e d’Orsay, Legs Antonin Personnaz, 1937. © Photo : RMN-Grand Palais (musĂ©e d’Orsay) / Franck Raux.

Mary Cassatt (1844-1926), Jeune fille au jardin, entre 1880 et 1882. Huile sur toile, H. 92,5 ; L. 65,0 cm. Collection MusĂ©e d’Orsay, Legs Antonin Personnaz, 1937. © Photo : RMN-Grand Palais (musĂ©e d’Orsay) / Franck Raux.

https://francefineart.com/  Mary Cassatt (1844-1926), MĂšre et enfant, vers 1890. Huile sur toile, 90,2 x 64,5 cm. Wichita Art Museum, Roland P. Murdock Collection, M109.53. Photo courtesy of Wichita Art Museum.

Mary Cassatt (1844-1926), MĂšre et enfant, vers 1890. Huile sur toile, 90,2 x 64,5 cm. Wichita Art Museum, Roland P. Murdock Collection, M109.53. Photo courtesy of Wichita Art Museum.

https://francefineart.com/  Mary Cassatt (1844-1926), Femme à sa toilette [Breeskin 1979, 148] Pointe sÚche et aquatinte en couleurs, 4e état, 35,9 x 26,3 cm. Paris, BibliothÚque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie Réserve Ce-4 (2)-Fol.

Mary Cassatt (1844-1926), Femme à sa toilette [Breeskin 1979, 148] Pointe sÚche et aquatinte en couleurs, 4e état, 35,9 x 26,3 cm. Paris, BibliothÚque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie Réserve Ce-4 (2)-Fol.

https://francefineart.com/  Mary Cassatt (1844-1926), Portrait de jeune femme au chapeau blanc, 1879. Huile sur toile, 46 x 38 cm. Toulouse, Fondation Bemberg, inv. 2224. Photo © 2023 Fondation Bemberg / Mathieu Lombard.

Mary Cassatt (1844-1926), Portrait de jeune femme au chapeau blanc, 1879. Huile sur toile, 46 x 38 cm. Toulouse, Fondation Bemberg, inv. 2224. Photo © 2023 Fondation Bemberg / Mathieu Lombard.

Commissariat :
PARIS
Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice Arts graphiques et Peinture, musĂ©e d’Orsay
Anne Robbins, conservatrice Peinture, musĂ©e d’Orsay
LONDRES
Sarah Moulden, senior curator of 19th Century Collections, National Portrait Gallery
BOSTON
Erica Hirshler, Croll senior curator of American Paintings, Museum of Fine Arts


Pour marquer le centiĂšme anniversaire de la mort de l’artiste, le musĂ©e d’Orsay organise en 2026, une grande exposition consacrĂ©e Ă  Mary Cassatt (1844-1926), en collaboration avec la National Portrait Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston. Il s’agit, en France, d’un Ă©vĂ©nement attendu de longue date : les musĂ©es nationaux n’ont en effet jamais consacrĂ© d’exposition majeure Ă  Mary Cassatt, membre actif du groupe impressionniste et l’une de ses figures majeures. Son centenaire invite Ă  examiner la place centrale de cette artiste de tout premier plan, parvenue par son talent et sa dĂ©termination Ă  se forger une identitĂ© unique dans l’histoire de l’art de la fin du XIXe siĂšcle et du dĂ©but du XXe, des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique.

Mary Cassatt se qualifiait d’« AmĂ©ricaine, nettement et franchement amĂ©ricaine», mais a d’abord ancrĂ© son art dans la tradition picturale des maĂźtres anciens, qu’elle a Ă©tudiĂ©e lors de ses voyages en Europe, avant de devenir une figure incontournable du mouvement impressionniste en France, oĂč elle vĂ©cut pendant pas moins de six dĂ©cennies. « Je suis indĂ©pendante ! », proclamait-elle. « Je peux vivre seule et j’aime travailler. » Adoptant une approche chrono-thĂ©matique, l’exposition dresse un nouveau portrait de l’artiste, Ă©tudiant son art sous le prisme de la notion d’indĂ©pendance, dont elle tirait une grande fiertĂ© et qu’elle Ă©rigea toute sa vie en principe directeur.

Comprenant prĂšs de 80 tableaux, pastels et estampes, et couvrant l’ensemble de la carriĂšre de l’artiste, cette exposition ouvre de nouvelles perspectives sur son oeuvre, en s’appuyant sur des lettres inĂ©dites et des sources jusqu’alors inexploitĂ©es. Y seront prĂ©sentĂ©es des oeuvres issues de collections europĂ©ennes, publiques et privĂ©es, rarement montrĂ©es, ainsi que des peintures et des pastels provenant de collections amĂ©ricaines peu exposĂ©es en dehors des États-Unis.

Une sĂ©lection d’oeuvres de jeunesse de Cassatt et de portraits de ses proches montre comment le milieu social de l’artiste, ses dĂ©placements et sa connaissance de l’art du passĂ© ont façonnĂ© son approche et sa pratique. Mettant un point d’honneur Ă  ĂȘtre indĂ©pendante – Ă  l’origine, Ă  la demande de sa famille fortunĂ©e –, elle s’établit rapidement dans son propre atelier et y emploie des modĂšles rĂ©munĂ©rĂ©s. Dans un milieu trĂšs largement masculin, et sur fond de nationalisme latent, elle parvient sans tarder Ă  s’imposer comme peintre professionnelle.

Ses reprĂ©sentations de jeunes femmes Ă©lĂ©gantes, Ă©voluant en sociĂ©tĂ©, recevant chez elles ou se divertissant au théùtre – Ă  la conquĂȘte du monde moderne et de leur indĂ©pendance –, comptent parmi les rĂ©alisations les plus remarquables de l’artiste, comme en tĂ©moigneront des exemples Ă©blouissants. Ces images, pleines d’audace et de vivacitĂ©, ne manquent pas d’attirer l’attention dans les expositions impressionnistes, auxquelles Mary Cassatt participe assidĂ»ment (Ă  quatre reprises, Ă  partir de 1879), sur invitation de son ami Edgar Degas. La contribution essentielle de Mary Cassatt Ă  ces expositions d’avant-garde, autoproclamĂ©es « indĂ©pendantes », y sera examinĂ©e et réévaluĂ©e.

Ses activitĂ©s sur le terrain du marchĂ© de l’art constituent un autre aspect fondamental de l’indĂ©pendance de l’artiste. Celle-ci se spĂ©cialise dans la peinture de « mĂšres Ă  l’enfant », genre alors trĂšs demandĂ©, dans lequel elle excelle – et auquel elle reste associĂ©e –, tout en honorant des commandes de portraits. Quelques oeuvres clĂ©s de l’exposition Ă©voqueront Ă©galement son rĂŽle crucial de « consultante », conseillant ses proches, ses amis et connaissances amĂ©ricains dans leurs achats de tableaux, notamment impressionnistes, et donc dans la constitution de collections d’art aux États-Unis.

À ce stade de sa carriĂšre, au dĂ©but des annĂ©es 1890, l’indĂ©pendance financiĂšre de Mary Cassatt lui permet de devenir propriĂ©taire fonciĂšre. EntourĂ© d’un vaste parc, le chĂąteau qu’elle acquiert dans l’Oise sert de toile de fond Ă  de nombreuses scĂšnes d’extĂ©rieur oĂč Ă©voluent femmes et enfants : oeuvres lumineuses aux couleurs vibrantes. Modern Woman, la plus importante commande qu’ait reçue l’artiste, pour un dĂ©cor monumental destinĂ© au Pavillon de la Femme lors de l’Exposition universelle de Chicago en 1893, constitue un temps fort dans sa carriĂšre et une Ă©tape majeure dans son oeuvre. Cette dĂ©coration colossale, aujourd’hui disparue, sera Ă©voquĂ©e au sein du parcours au travers d’un ensemble d’estampes et de pastels en lien avec ce dĂ©cor, ainsi que par le biais d’un film proposant une restauration numĂ©rique de cette oeuvre gigantesque (4 x 18 m), d’une ambition unique tant par ses dimensions que par son sujet. Son admirable sĂ©rie d’estampes, les « Dix Planches en couleurs », sera Ă©galement Ă©tudiĂ©e Ă  la lumiĂšre de cette nouvelle phase de son travail, remarquablement expĂ©rimentale, et de ses opinions progressistes sur l’éducation des femmes.

L’engagement de Mary Cassatt en faveur de l’indĂ©pendance est en effet allĂ© audelĂ  de son propre parcours et de sa dĂ©marche artistique. Fervente partisane de la lutte des femmes pour le droit de vote, Cassatt encourage ses contemporains Ă  « oeuvrer pour le suffrage, car ce sont les femmes qui dĂ©cideront de la question de la vie ou de la mort d’une nation ». Avec son amie Louisine Havemeyer, elle organise en 1915, Ă  New York, une exposition au profit du suffrage des femmes. Une sĂ©lection restreinte de tableaux de Mary Cassatt montrĂ©s dans cette exposition conclut le parcours, dĂ©montrant comment non seulement l’art de cette artiste pionniĂšre, mais aussi ses agissements, ont pu tendre vers l’activisme.

https://francefineart.com/  Mary Cassatt (1844-1926), Jeune fille Ă  la fenĂȘtre, 1883-1884. Huile sur toile, 100,3 x 64,7 cm. Washington, National Gallery of Art, Corcoran Collection (acquisition du musĂ©e, Gallery Fund) Washington, The National Gallery of Art, Corcoran Collection (Museum Purchase, Gallery Fund) Image Courtesy of the National Gallery of Art, Washington.

Mary Cassatt (1844-1926), Jeune fille Ă  la fenĂȘtre, 1883-1884. Huile sur toile, 100,3 x 64,7 cm. Washington, National Gallery of Art, Corcoran Collection (acquisition du musĂ©e, Gallery Fund) Washington, The National Gallery of Art, Corcoran Collection (Museum Purchase, Gallery Fund) Image Courtesy of the National Gallery of Art, Washington.

https://francefineart.com/  Mary Cassatt (1844-1926), Automne, portrait de Lydia Cassatt [L’Automne], 1880. Huile sur toile, 92,5 x 65,5 cm. Petit Palais, musĂ©e des Beaux-arts de la Ville de Paris, PPP706. © Paris MusĂ©es / Petit Palais, musĂ©e des Beaux-Arts de la Ville de Paris.

Mary Cassatt (1844-1926), Automne, portrait de Lydia Cassatt [L’Automne], 1880. Huile sur toile, 92,5 x 65,5 cm. Petit Palais, musĂ©e des Beaux-arts de la Ville de Paris, PPP706. © Paris MusĂ©es / Petit Palais, musĂ©e des Beaux-Arts de la Ville de Paris.


Parcours de l’exposition

Introduction
Pour la premiĂšre fois, le musĂ©e d’Orsay cĂ©lĂšbre la peintre amĂ©ricaine Mary Cassatt (1844-1926) dans une rĂ©trospective montrant l’étendue de son talent, la force de sa vision et sa puissante individualitĂ©. Originaire de Pennsylvanie, Cassatt passe prĂšs de six dĂ©cennies en France. DĂ©terminĂ©e trĂšs tĂŽt Ă  s’affirmer sur la scĂšne artistique en « faisant mieux que les maĂźtres », elle s’installe Ă  Paris, rejette la voie de l’art officiel et rejoint les impressionnistes, dont elle partage le refus des conventions et le goĂ»t de l’innovation. Sa peinture, franche, directe, est ancrĂ©e dans le prĂ©sent. À cette pĂ©riode, toute femme artiste, de surcroĂźt Ă©trangĂšre, se heurte Ă  nombre d’obstacles et de prĂ©jugĂ©s. Cassatt gagne son autonomie financiĂšre et s’établit en tant que peintre professionnelle. Toujours fidĂšle Ă  son pays natal, elle joue un rĂŽle pionnier d’intermĂ©diaire auprĂšs de collectionneurs amĂ©ricains. Son tempĂ©rament indĂ©pendant transparaĂźt dans son art tout entier. Peintre de figure, Cassatt reprĂ©sente des femmes actives, en sortie, ou s’affairant auprĂšs de jeunes enfants. Comme le notent ses contemporains, il se dĂ©gage de ses oeuvres « un sens tout Ă  fait Ă©tonnant de la vie en mouvement ». « Aucune chaĂźne n’aurait pu me retenir », Ă©crit-elle. Cent ans aprĂšs sa mort, il est temps de redĂ©couvrir cette artiste qui avait fait de l’indĂ©pendance Ă  la fois le sujet de son art et la ligne directrice de sa carriĂšre, et ne se laissa rien imposer.

Section 1 – FORMATION ET FILIATION
Mary Cassatt naĂźt dans une riche et respectable famille d’entrepreneurs ayant pour valeurs le travail et le mĂ©rite. Son pĂšre puis son frĂšre Alexander bĂątissent leur propre fortune. DĂšs son enfance, elle parcourt l’Europe en famille et se passionne pour l’art. À partir de 1860, elle se forme Ă  l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts de Pennsylvanie, situĂ©e Ă  Philadelphie. Cassatt s’installe cinq ans plus tard Ă  Paris, prend des leçons avec les peintres GĂ©rĂŽme, Chaplin et Couture, alors trĂšs rĂ©putĂ©s, copie des oeuvres au Louvre, et expose au Salon dĂšs 1868. La guerre franco-prussienne la contraint Ă  rentrer aux États-Unis, oĂč « l’exil » loin des grands musĂ©es lui pĂšse. En 1871, elle obtient de l’évĂȘque de Pittsburgh la commande de deux copies peintes d’aprĂšs le CorrĂšge. Cassatt sĂ©journe alors en Italie, Ă  Parme, puis en Espagne, oĂč elle copie VĂ©lasquez au Prado, et, lors d’un voyage aux Pays-Bas, Frans Hals. Son ambition est alors de rĂ©ussir sur le terrain du Salon, incontournable tremplin vers le succĂšs officiel. Elle s’établit dĂ©finitivement Ă  Paris en 1874.

Section 2 – « PRATIQUER L’ART, MA PROFESSION »
« Nous, professionnels, mĂ©prisons les amateurs », Ă©crit Cassatt Ă  sa belle-sƓur en 1869. La jeune artiste, qui a exposĂ© pour la premiĂšre fois au Salon l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, est sĂ»re de sa vocation. AprĂšs son retour contraint aux Etats-Unis lors de la guerre de 1870, son pĂšre ne l’encourage pas Ă  poursuivre dans cette voie. Cassatt parvient cependant Ă  financer son voyage en Europe grĂące Ă  ses activitĂ©s de copiste. À Paris, elle loue un atelier proche de la place Pigalle Ă  partir de 1875, et emploie des modĂšles. En 1878, son pĂšre lui demande de s’assumer financiĂšrement. Elle prend dĂšs lors elle-mĂȘme en charge son atelier et toutes les dĂ©penses occasionnĂ©es par son activitĂ©. Jusqu’en 1876, Cassatt expose rĂ©guliĂšrement au Salon, tout en envoyant des tableaux Ă  New York et Philadelphie, mais aussi Ă  Vienne, Amsterdam et Londres. Elle est reprĂ©sentĂ©e Ă  partir des annĂ©es 1880 par Paul Durand-Ruel, le principal marchand des impressionnistes, et sait fermement dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts.

Section 3 – « JE SUIS INDÉPENDANTE ! »
En 1875, Cassatt est rejointe Ă  Paris par sa soeur Lydia. Les deux femmes se dĂ©lectent des divertissements qu’offre la capitale, alors en pleine mutation, et qui fournit Ă  la peintre des sujets empruntĂ©s Ă  la vie moderne : la promenade en voiture, la sortie au théùtre ou Ă  l’opĂ©ra. Dans ces lieux publics, tout comme dans la sphĂšre domestique, la place de la femme est alors rĂ©gie par des conventions bien prĂ©cises. En toute connaissance de ces limites, Cassatt comme ses modĂšles Ă©voluent en sociĂ©tĂ© avec aisance et aplomb. L’artiste reprĂ©sente des femmes fringantes, de milieux aisĂ©s, seules ou entre elles − conduisant, Ă©coutant, s’informant, Ă©changeant avec leurs proches et amies. Souvent gantĂ©es et chapeautĂ©es, ces Ă©lĂ©gantes Ă  l’allure dynamique semblent tout juste arrivĂ©es, ou sur le point de prendre congĂ©. Avec leur cadrage radical et leur touche Ă©nergique, ces oeuvres pleines de vitalitĂ© imposent Cassatt comme une peintre profondĂ©ment originale.

Section 4 – « MADEMOISELLE CASSATT EST VRAIMENT UNE IMPRESSIONNISTE »
En tant qu’artiste, Cassatt se doit d’exposer et vendre ses oeuvres. Elle ne tarde pas Ă  retenir l’attention d’Edgar Degas, qui dĂ©tecte dans ses peintures une sensibilitĂ© proche de la sienne. DĂšs 1877, il l’invite Ă  se joindre aux expositions impressionnistes : manifestations dites « indĂ©pendantes », sans jury ni rĂ©compenses, qui depuis 1874 proposent une alternative au Salon parisien. Degas et ses pairs y imposent leur regard neuf sur le monde : des scĂšnes modernes, ordinaires, croquĂ©es sur le vif avec une palette claire ; des paysages peu finis et jugĂ©s bĂąclĂ©s. Cassatt les rejoint sans hĂ©siter. « Je haĂŻssais l’art officiel », dira-t-elle, « Je commençais Ă  vivre ». Elle prend part Ă  quatre de ces expositions, de 1879 Ă  1886, y montrant « de magistrales Ă©bauches [
] bien effarouchantes pour le public », note un critique. Elle dĂ©veloppe une touche large et spontanĂ©e, un coloris brillant, se consacre Ă  la gravure et explore la technique du pastel. Membre Ă  part entiĂšre du groupe, elle s’implique aussi dans l’organisation des expositions, par sa contribution financiĂšre, par des achats et des prĂȘts d’oeuvres. Elle participe pleinement Ă  l’élaboration de cette avant-garde et y trouve sa vĂ©ritable famille artistique.

Section 5 – ARTISTE, CONSEILLÈRE, COLLECTIONNEUSE
Pragmatique, Mary Cassatt sait tracer son chemin dans le marchĂ© de l’art. DĂšs les annĂ©es 1880, ses « maternitĂ©s » lui assurent un succĂšs commercial certain, mais sa prĂ©dilection pour la figure humaine la porte aussi vers le portrait, un genre souvent lucratif. Elle rĂ©pond notamment Ă  des commandes de portraits d’enfants, privilĂ©giant pour ces oeuvres le pastel, technique Ă  sec, Ă  la croisĂ©e du dessin et de la peinture, qui lui permet de travailler avec rapiditĂ© pour saisir les expressions naturelles de ses petits modĂšles. LiĂ©e aux Ă©lites amĂ©ricaines, Cassatt joue un rĂŽle clĂ© dans le marchĂ© de l’art en tant que passeuse entre son pays d’adoption et les États-Unis. Elle promeut l’avant-garde française auprĂšs de collectionneurs Ă©tats-uniens, souvent en collaboration avec le marchand parisien Paul Durand-Ruel, qui en 1888 ouvre avec ses fils une branche de sa galerie Ă  New York. Cassatt est Ă©galement la conseillĂšre influente de sa richissime amie Louisine Havemeyer, rencontrĂ©e Ă  Paris en 1874. AprĂšs plusieurs dons au Metropolitan Museum, cette derniĂšre fera en 1929 un legs lĂ©gendaire d’environ 300 oeuvres qui transforme les collections du musĂ©e new yorkais. Cassatt dit tirer le plus grand plaisir Ă  envoyer « des belles choses » outre-Atlantique et est elle-mĂȘme collectionneuse.

Section 6 – DES FEMMES MODERNES
Le dĂ©cor mural de « La Femme moderne » pour le pavillon de la femme de l’Exposition universelle de Chicago, avec son traitement en aplats et ses couleurs vives, entre en rĂ©sonance avec une exceptionnelle sĂ©rie de gravures en couleurs, que Cassatt vient juste d’achever et d’exposer Ă  Paris et New York. Au printemps 1890, Cassatt avait Ă©tĂ© Ă©blouie par une vaste exposition d’estampes japonaises organisĂ©e Ă  Paris, Ă  l’École des Beaux-Arts. Cette expĂ©rience l’incite Ă  dĂ©velopper, en 1890-1891, une sĂ©rie de dix gravures mettant en scĂšne des femmes modernes vaquant Ă  leurs occupations quotidiennes. MĂȘlant pointe sĂšche et aquatinte en couleurs, elles dĂ©montrent une extraordinaire complexitĂ© technique, ainsi qu’une grande inventivitĂ© thĂ©matique et stylistique. Ces Ɠuvres reçoivent un accueil favorable et sont saluĂ©es pour leur originalitĂ©. AprĂšs l’exposition de Chicago, Cassatt extrait diffĂ©rents Ă©lĂ©ments de sa composition monumentale Modern Woman pour les explorer, isolĂ©ment, dans des pastels et tableaux de chevalet, mais aussi des estampes en couleurs qui reprennent Ă©galement la technique, le format et l’esthĂ©tique gĂ©nĂ©rale de sa sĂ©rie de dix gravures.

Section 7 « ARTISTE-PEINTRE, PATRONNE* » : LA VIE À BEAUFRESNE
En 1894, Cassatt dĂ©cide de s’installer durablement dans l’Oise, oĂč ses revenus et la rĂ©cente commande de l’Exposition universelle de Chicago lui permettent d’acheter le chĂąteau de Beaufresne, dans le village du Mesnil-ThĂ©ribus. Ceci fait alors d’elle l’une des rares femmes artistes Ă  devenir propriĂ©taire, Ă  son nom, d’un bien immobilier acquis grĂące aux bĂ©nĂ©fices de son travail. Les membres de son cercle familial le plus proche ayant bientĂŽt tous disparu, l’indĂ©pendance devient aussi pour elle synonyme d’une certaine solitude. Mais Cassatt dirige son domaine, reçoit, intensifie ses activitĂ©s de « consultante » en art – conseillant collectionneurs et marchands – et, pendant deux dĂ©cennies encore, continue Ă  peindre sans relĂąche. Dans le parc de Beaufresne, son art se rĂ©gĂ©nĂšre au contact du plein air, oĂč elle fait poser ses modĂšles. Ses peintures et pastels acquiĂšrent une nouvelle soliditĂ©. Si ses annĂ©es les plus radicales sont derriĂšre elle, sa touche reste vive et franche, et son approche, directe et sensorielle.

  • Cassatt est ainsi dĂ©crite dans le recensement de 1901 (« amĂ©ricaine, chef de mĂ©nage, artiste-peintre, patronne »)

Section 8 – CASSATT ENGAGÉE
Cassatt prĂȘte grande attention aux droits des femmes. Aux cĂŽtĂ©s de son amie Louisine Havemeyer, devenue particuliĂšrement militante aprĂšs le dĂ©cĂšs de son Ă©poux, elle dĂ©fend une vision collective du combat pour le vote des femmes et se dĂ©crit comme « suffragette ». Toutes deux se mobilisent pour soutenir activement la cause. L’implication de Cassatt culmine avec une exposition organisĂ©e par Havemeyer Ă  New York en avril 1915, Ă  la galerie Knoedler, visant Ă  financer la campagne suffragiste. Havemeyer y expose une partie de sa collection et Cassatt y joue un rĂŽle stratĂ©gique : elle sollicite des prĂȘts d’oeuvres et parvient mĂȘme Ă  convaincre des adversaires du vote fĂ©minin de soutenir l’évĂ©nement. Trois oeuvres de cette exposition sont prĂ©sentĂ©es ici. En apparence intimistes, elles vĂ©hiculent un message politique subtil, notamment au travers du thĂšme de la transmission, qui promeut une vision moderne du rĂŽle des femmes. Si l’exposition de 1915 est bientĂŽt suivie d’une dĂ©faite au rĂ©fĂ©rendum sur le droit de vote des femmes dans l’État de New York, elle n’en contribue pas moins Ă  faire avancer la cause, tant par les fonds rĂ©coltĂ©s que par sa portĂ©e symbolique. Elle rĂ©vĂšle la dĂ©termination de Cassatt Ă  dĂ©montrer la capacitĂ© des femmes Ă  transformer la sociĂ©tĂ©.