“Daniel Brush” L’art de la ligne et de la lumière, à L’École des Arts Joailliers, du 8 juin au 4 octobre 2026
“Daniel Brush” L’art de la ligne et de la lumière
à L’École des Arts Joailliers, Paris
du 8 juin au 4 octobre 2026
Texte Sylvain Silleran
![https://francefineart.com_Daniel Brush, Rings of Infinity [Cercles de l'infini], 2009 – 2010. Aluminium pur, diamants. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3721_Daniel-Brush_1.jpg)
Daniel Brush, Rings of Infinity [Cercles de l’infini], 2009 – 2010. Aluminium pur, diamants. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.

Daniel Brush, La Ménagerie Magnétique : Broche Basset, 2007. Plastique, résine, diamants de couleur, encre, acier, or, aimant. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.
![https://francefineart.com_Daniel Brush, Orb [Sphère], 1992 – 1995. Or pur, acier. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3721_Daniel-Brush_3.jpg)
Daniel Brush, Orb [Sphère], 1992 – 1995. Or pur, acier. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.
Daniel Brush – L’art de la ligne et de la lumière
l’école des Arts Joailliers
Cette histoire commence dans un grand loft de Manhattan. L’atelier comme le lieu de vie se prolonge dans tous les espaces de la maison, jusqu’aux chambres ou la cuisine, sans murs ni séparations. Il y a des accumulations de ciseaux, des outils en vieil acier gris bleuté un peu oxydé et aux manches de bois patinés par les ans, un vieux Laguiole, une collection de montres digitales, des machines avec leurs roues, leurs courroies, leurs engrenages, les couleurs de laiton, de havane du cuir brun. Daniel Brush y a vécu sa vie de joaillier, d’orfèvre, de peintre, sculpteur, de philosophe. Sa rencontre avec le métal tient de l’alchimie: l’acier, métal industriel, commun, l’aluminium, désormais emballage jetable, fusionnent avec l’or, le précieux absolu.
Dans les vitrines, les petites œuvres de métal échappent à notre classification, entre bijou et objet d’art, on ne sait pas vraiment comment elles se portent, à quel usage, quelle parure elles se destinent. Des fleurs de pavot aux pétales fins comme de la soie ornent de lourdes manchettes d’acier. Des fines lignes gravées en damassent la surface, en font de tout petits paysages, des cartes d’un monde, d’une île constellée de petits diamants, étoiles tombées sur terre. Des ailes de papillons en or sur un corps d’acier bleui comme le canon d’une arme. La chaleur intense du feu, la force, la violence même se marient à la légèreté.
Les chutes de fils qui trainent partout dans l’atelier où son épouse travaille le tissu et le cuir s’accrochaient à ses vêtements. Daniel lui crée alors un petit bout de fil en acier qu’il sertit de diamants, le fixe à sa manche à l’aide d’un aimant. De cette blague il fabriquera 175 petits fils d’acier étincelants de diamants. Chez Daniel Brush, le noble, le précieux de l’or ou des diamants s’enchâssent aussi dans la bakélite pour des bracelets rock ou encore le plastique coloré, comme dans cette collection de petits animaux, un petit zoo peuplé de cochons, d’hippopotames, de lapins…
Daniel Brush s’inspire de l’art étrusque, byzantin, des rues de Ravenne, des dômes de Florence, des masques du théâtre Nô. La surface de métal est gravée de motifs de lignes serrées, un espacement infime rappelle la trame des billets de banque. L’aluminium strié de Rings of infinity semble fabriqué à partir d’une bobine de fil. Les sillons jouent avec les rayons de lumière comme le disque vinyle joue de l’aiguille de la platine pour produire de la musique. La lumière est bien le sujet de cet orfèvre: la matière disparait, devient transparente, le métal peut donc être diaphane, aérien ou aquatique.
Son art est celui de la ligne, il les trace à l’encre brune sur de grandes feuilles de papier, minutieusement, l’une après l’autre, en vagues parallèles qui finissent par se briser sur l’étendue blanche. On croirait le mouvement d’une large brosse sauf que chaque trait a été tracé indépendamment. De loin, les interruptions forment un effet de moiré, un rythme, une profondeur qui se matérialise.
Sur des plaques d’acier, les sillons fins comme des cheveux entrent en vibration. L’acier bleui, sombre, sous le burin du graveur et la patiente répétition du geste, se met à réfléchir la lumière de milles façons. Les parallélismes, les bifurcations, les mouvements de marée des ces minuscules vagues d’acier produisent leur miracle: de la disparition de la matière naît la couleur. Daniel Brush se souvient de Monet et nous offre des couleurs d’argent et d’or, des pourpres, des violets. La surface lisse, grise, froide du métal n’existe plus, à sa place il y a des étangs et leurs nénuphars, le bourdonnement du printemps, la chaleur de l’été. Sur la petite plaque carrée se développe un Polaroïd, un cliché intense comme une image religieuse. L’orfèvre arrête le temps, là, au moment où le ciel s’embrase au crépuscule, et nous l’offre, pour toujours.
Sylvain Silleran
![https://francefineart.com_Daniel Brush, Nest [Nid]: Papillons, Coccinelles, 1990 – 1992. Or pur, acier. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3721_Daniel-Brush_4.jpg)
Daniel Brush, Nest [Nid]: Papillons, Coccinelles, 1990 – 1992. Or pur, acier. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.
![https://francefineart.com_Daniel Brush, Maze [Labyrinthe], 1992. Or pur, acier. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3721_Daniel-Brush_5.jpg)
Daniel Brush, Maze [Labyrinthe], 1992. Or pur, acier. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.

Daniel Brush, La Ménagerie Magnétique : Broche Tête d’éléphant, 2006. Plastique, résine, diamants, acier, or, aimant. Collection privée. Photo : L’École des Arts Joailliers – B. Chelly.
Extrait du communiqué de presse :
Commissariat :
Daniel et Olivia Brush
Vivienne Becker, historienne du bijou et journaliste britannique.
L’École des Arts Joailliers présente, du 8 juin au 4 octobre 2026 à Paris, une exposition consacrée à l’artiste américain Daniel Brush (1947-2022). Daniel Brush, l’art de la ligne et de la lumière dévoile plus de 75 bijoux, peintures et sculptures, dont certains inédits quittent pour la première fois son atelier new-yorkais.
Cette monographie présente l’oeuvre de cet artiste moderne, sculpteur, dessinateur, philosophe mais aussi orfèvre et joaillier. Autodidacte, Daniel Brush incarne une approche visionnaire, affranchie de frontières artistiques, portée par un travail sur la lumière et les lignes.
L’exposition dévoile plus de 75 créations de Daniel Brush – peintures, sculptures, objets et bijoux – dont certaines sont exposées pour la toute première fois hors des États-Unis, tandis que d’autres n’ont pas été présentées au public depuis des années. Ni chronologique, ni thématique, l’exposition, conçue par son épouse et collaboratrice Olivia Brush, et par l’historienne du bijou Vivienne Becker, témoigne de la capacité de l’artiste à dépasser et transcender les frontières entre l’art et la joaillerie.
Homme au talent protéiforme et aux préoccupations obsessionnelles, collectionneur d’objets éclectiques et de machines anciennes et brillant érudit à la curiosité insatiable, Daniel Brush s’isolait dans son loft new-yorkais avec son épouse pour se concentrer exclusivement sur son travail. Après avoir fabriqué l’alliance d’Olivia en 1967, fasciné par la texture de l’or, il se mit à fabriquer des bijoux à la main – un changement de rythme par rapport à ses peintures grand format. À la même époque, il commença à étudier l’histoire du bijou, ainsi que les rituels et vertus talismanique qui lui sont parfois associés. Orfèvre et joaillier autodidacte, il réalisait chaque oeuvre à la main dans son atelier, explorant des matériaux tels que l’or, l’acier, l’acier inoxydable et l’aluminium.
Daniel Brush croyait fermement à la connexion entre l’esprit, le coeur et la main, et laissait son imagination irradier directement, à travers son coeur et ses mains, dans chacune de ses oeuvres. Il ne préparait jamais ses créations en amont et ne réalisait aucun croquis ou dessin préparatoire ; au contraire, il travaillait directement dans la matière. Loin de percevoir le bijou comme un ornement superficiel, il considérait la joaillerie comme « une voie d’accès aux dieux ».
L’exposition Daniel Brush, l’art de la ligne et de la lumière entend aussi soulever les questions qui l’obsédaient. Un bijou doit-il être porté ? Un bijou peut-il être un objet à tenir en main ? À quelle forme d’art se rapporte le bijou et peut-il être considéré comme une oeuvre d’art ? Quel lien unit l’art et le bijou ?
Le travail de la ligne et de la lumière imprègne toute l’exposition, comme des leitmotivs. Pour Daniel Brush, la lumière était celle de l’illumination, de la pensée éclairée, du divin. La ligne renvoyait quant à elle au souffle, à la poésie et au dynamisme créatif. Ces idées se matérialisent notamment dans ses peintures à l’encre et dans ses gravures à la main avec lesquelles il parvenait, comme par miracle, à rendre des matériaux industriels éclatants de lumière.
Daniel Brush
Daniel Brush (1947-2022), orfèvre, peintre, sculpteur et philosophe américain de renom, était un véritable alchimiste des temps modernes. Il fusionnait l’art, la science, la poésie et la philosophie pour créer des oeuvres uniques, défiant les codes de la joaillerie. Travaillant depuis son loft à Manhattan, aux côtés de son épouse et collaboratrice Olivia et entouré de sa collection de machines anciennes, Daniel Brush a dédié sa vie à l’exploration artistique. Il a profondément transformé les perceptions du bijou, en remettant en question son rôle décoratif, émotionnel ou talismanique, ainsi que ses liens avec le corps, la féminité et la mode.
Né à Cleveland aux États-Unis en 1947, Daniel Brush étudie à l’école d’art du Carnegie Institute of Technology (Pittsburgh) avant d’enseigner la philosophie de l’art à l’Université de Georgetown. En 1978, il déménage à New York pour se consacrer entièrement à sa pratique artistique, un engagement qu’il a maintenu chaque jour de sa vie.
Son travail a été célébré lors d’expositions monographiques majeures, notamment « Gold Without Boundaries » au Smithsonian (Washington D.C., 1998), « Blue Steel Gold Light » au Museum of Art and Design (New York, 2012) ainsi que dans plusieurs expositions organisées par L’École des Arts Joailliers, « Cuffs and Necks » (Paris, 2017 et New York, 2018), « An Edifying Journey » (Hong Kong, 2023), et « Thinking About Monet » (Tokyo, 2024). Certaines de ses créations sont conservées dans les collections permanentes d’institutions muséales prestigieuses du monde entier, dont le Metropolitan Museum de New York, le Smithsonian de Washington D.C., et le Victoria & Albert Museum de Londres.
















