🔊 “Martin Schongauer” Le bel immortel, au Musée du Louvre, du 8 avril au 20 juillet 2026
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“Martin Schongauer” Le bel immortel
au Musée du Louvre, Paris
du 8 avril au 20 juillet 2026

PODCAST –Â Entretien avec
Hélène Grollemund,
chargée de collection au département des Arts graphiques, musée du Louvre,
et co-commissaire de l’exposition,
par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 1er juin 2026, durĂ©e 24’10,
© FranceFineArt.
Extrait du communiqué de presse :

Martin Schongauer, La Vierge au buisson des roses, 1473. Daté 1473 au revers. Huile et tempera sur bois de résineux, H. 200,2; L. 114,4; Ép. 2,9 cm. Colmar, église des Dominicains © Région Grand Est – Inventaire général / Bastien Garnier, avec l’aimable autorisation du Conseil de Fabrique de la Collégiale Saint-Martin à Colmar.

Martin Schongauer, Le Grand Portement de Croix. Vers 1470-1475 (et avant 1478). Gravure au burin. H. 28,5; L. 42,7 cm. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gabriel De Carvalho.

Martin Schongauer, Le Griffon. Vers 1470-1475. Gravure au burin. H. 10,8; L. 13,3 cm. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Tony Querrec.
Commissariat :
Pantxika Béguerie De Paepe, conservatrice honoraire du musée Unterlinden
Hélène Grollemund, chargée de collection au département des Arts graphiques, musée du Louvre.
Surnommé le « beau Martin » par Albrecht Dürer, Martin Schongauer (Colmar, vers 1445 – Vieux-Brisach, 1491), peintre, dessinateur et graveur virtuose, reste méconnu au delà du cercle des spécialistes et des amateurs. Il est pourtant l’un des artistes les plus importants et les plus populaires de la fin du Moyen Âge.
A travers une centaine d’oeuvres, l’exposition met en lumière l’oeuvre et la postérité par-delà les frontières et le temps de Schongauer. Elle présente quelques rares dessins et une large sélection d’estampes auxquelles il doit sa renommée européenne, et, pour la première fois, la quasitotalité des peintures (retables et tableaux de chevalet) qui lui sont attribuées, dont l’exceptionnelle Vierge au buisson de roses de 1473, son seul panneau peint daté.
Le parcours de l’exposition est organisé en deux grands chapitres : le premier retrace la vie et l’oeuvre de Martin Schongauer ; le second étudie la profonde empreinte que ses gravures ont eu sur la culture visuelle européenne.
La vie de Martin Schongauer reste mal connue du fait de la raretĂ© des sources. Fils et frère d’orfèvres colmariens, il atteint rapidement dans ses gravures une grande maĂ®trise du dĂ©licat travail au burin, surpassant l’exemple de son aĂ®nĂ©, le MaĂ®tre ES, par son sens aigu de la prĂ©cision et une claire apprĂ©hension de la profondeur. Ses premières Ĺ“uvres mettent en Ă©vidence sa connaissance de l’art des grands Flamands comme Rogier van der Weyden, mais aussi des artistes de Nuremberg, une ville dans laquelle il a certainement sĂ©journĂ© Ă l’occasion d’un voyage entrepris entre 1465 et 1470 environ.
De rares et prĂ©cieuses peintures de Schongauer sont parvenues jusqu’à nous. Elles rĂ©vèlent un souci esthĂ©tique tant dans la reprĂ©sentation humaine que dans le dĂ©cor environnant et un goĂ»t profond du dĂ©tail ornemental ou rĂ©aliste. Les petits panneaux peints par Schongauer mettent en avant la nouvelle relation intimiste entre la Vierge et l’Enfant, la sĂ©rĂ©nitĂ© des scènes d’adoration et le rĂ´le primordial de Marie. L’exposition confronte ces oeuvres, destinĂ©es Ă la dĂ©votion privĂ©e, avec de grands ensembles commandĂ©s par les institutions religieuses – ils ornaient des Ă©glises de Colmar ou la commanderie d’Issenheim et n’ont que rarement quittĂ© l’Alsace.
Le style séduisant de Martin Schongauer trouve toutefois son apogée dans ses estampes. Sa virtuosité technique impressionnante s’allie à sa connaissance approfondie des textes apocryphes ou des commentaires de la vie des saints. Il s’y révèle un artiste lettré, un narrateur inventif et délicat ainsi qu’un fin observateur de la nature. Il joue sur la diversité des sujets afin de toucher le plus grand nombre de clients. A côté de scènes religieuses, il développe des thèmes animaliers et fantastiques ou des éléments décoratifs.
La seconde partie de l’exposition aborde l’oeuvre de l’artiste à l’épreuve du temps et de l’espace. Après sa disparition, l’art de Schongauer, et particulièrement ses estampes, a continué d’opérer une séduction extraordinaire sur les artistes. Nombre de dessins, peintures, gravures, livres imprimés, sculptures et objets d’art, produits de la fin du XVe siècle au XVIIe siècle, de l’Espagne à l’Italie, en passant par la France ou la Bohême, par des artistes anonymes ou reconnus, s’inspirent avec plus ou moins de liberté des oeuvres de l’illustre graveur. Un choix a été fait parmi plus d’un millier d’oeuvres concernées afin d’illustrer cette diffusion géographique, dépassant largement les frontières du Saint Empire romain germanique. Cette persistance durable lui confère un statut d’« immortel ».
Catalogue – Sous la direction de Pantxika BĂ©guerie De Paepe, Aude Briau et HĂ©lène Grollemund. CoĂ©dition musĂ©e du Louvre / Skira.

Martin Schongauer, Une Vierge folle en buste. Vers 1470-1475. Gravure au burin. H. 14,8; L. 10,7 cm. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Tony Querrec.

Martin Schongauer, L’Encensoir. Vers 1470-1475. Gravure au burin, angles supérieurs abattus. H. 26; L. 20,6 cm (en bas). Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

Martin Schongauer, Saint Antoine tourmenté par les démons. Entre 1469 et 1473. Gravure au burin. H. 30,8; L. 22,8 cm. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gabriel De Carvalho.
Parcours de l’exposition
Très tôt surnommé le « Beau Martin » pour la qualité de son art, Martin Schongauer (Colmar, vers 1445 – Vieux-Brisach, 1491) est le maître incontesté de la gravure au burin et le peintre de scènes emplies de délicatesse et d’humanité. La reprise complète ou partielle de ses oeuvres par ses contemporains et par les artistes jusqu’au XVIIe siècle lui confère bien longtemps après sa mort le statut d’immortel. Dans une première partie l’exposition réunit, de manière inédite, la quasi-totalité des peintures qui subsistent de l’artiste, ainsi que des dessins et une partie des gravures qui l’ont rendu célèbre. A travers une trentaine d’oeuvres, la seconde partie montre l’extraordinaire séduction que son art a exercée sur plusieurs générations de peintres, graveurs, sculpteurs ou orfèvres, dans une Europe déjà naissante. Martin Schongauer à gure ainsi parmi les artistes germaniques les plus ináuents de la à n du Moyen Âge.
Section I : Martin Schongauer, l’artiste parfait
Martin Schongauer est issu d’une famille d’orfèvres originaire d’Augsbourg. Son père s’établit vers 1440 à Colmar. Il y devient membre de la corporation des orfèvres en 1445. Ses frères – Caspar, Jörg et Paul, orfèvres, et Ludwig, peintre –, acteurs d’un réseau informel, s’installent au gré des commandes dans plusieurs villes du Saint Empire romain germanique, Strasbourg, Bâle, Ulm et Leipzig. Le « Beau Martin », qui maîtrise le travail du burin sur la matrice de cuivre, a su parfaire cet art tout en préparant au mieux sa formation de peintre. Il a cherché hors de Colmar les maîtres les plus innovants, comme semblent nous l’indiquer ses oeuvres, ináuencées par des peintres de Nuremberg, le Maître du retable de Stötteritz (actif dans les années 1460-1470) et Hans Pleydenwurff (vers 1420-1472), suiveurs directs de l’art de Rogier van der Weyden (1399-1464). Pour plaire à une large clientèle, Schongauer diversià e les sujets de ses estampes et, dans les commandes qu’il reçoit, n’hésite pas à faire montre de son érudition liée à son éducation et à son goût pour les textes imprimés qu’il devait posséder.
À l’écoute de la famille et des maîtres
La famille d’orfèvres dans laquelle grandit Martin Schongauer constitue un environnement idéal qui le conduit à la gravure au burin sur cuivre. Dans cette technique, il s’inspire et surpasse le graveur anonyme baptisé du nom de convention Maître ES. (actif dans le Rhin supérieur entre 1440 et 1467). La formation de peintre de Martin, qualifié de « Pictorium Gloria » peu après sa mort, reste hypothétique. À Colmar, il ne peut ignorer l’oeuvre de Caspar Isenmann, son voisin dans la cité, auteur du maître-autel de la collégiale Saint-Martin commandé en 1462, les panneaux peints de Jost Haller, cité à Strasbourg dès 1438, ou le retable du Maître anonyme du retable de Stauffenberg réalisé pour l’église d’Issenheim située à 20 km de Colmar. L’étude de ses oeuvres permet néanmoins de démontrer l’ináuence du Maître du Retable de Stötteritz et de celui de Hans Pleydenwurff, avec lesquels il a pu être en contact à Nuremberg avant son semestre de l’hiver 1465 à l’université de Leipzig. Un voyage à la à n des années 1460 dans les Pays-Bas méridionaux, afinn d’étudier les oeuvres de Rogier van der Weyden et de ses suiveurs, vient certainement parfaire son éducation.
À petite comme à grande échelle
Les rares peintures attribuées à Martin Schongauer encore conservées ne rendent plus hommage à la production d’envergure du peintre colmarien et de son atelier. De ses peintures murales, seules subsistent celles de l’église Saint-Étienne de Vieux-Brisach. Ses panneaux peints, soit trois retables monumentaux et quatre petits panneaux de dévotion privée, réunis pour la première fois au Louvre (hormis La Sainte Famille de Vienne qui n’a pu être déplacée) montrent l’aptitude du peintre à créer une atmosphère singulière : tendre intimité entre la Mère et son Fils, sérénité d’une scène d’adoration ou tension à évreuse entre le Christ et saint Thomas. Martin Schongauer sait attirer le regard en reproduisant avec la même minutie et le même souci naturaliste les pièces d’orfèvrerie, les plantes, les animaux, les étoffes ou les objets du quotidien (coussin, livre, baluchon, chapeau de paille…).
Séduction et érudition
En fonction des historiens d’art, le nombre d’estampes attribuées à Martin Schongauer, portant le monogramme « MS », varie de cent-douze à cent-seize. Au maître revient la conception du dessin ; il procède au travail de gravure en creux, d’encrage et d’impression avec les graveurs de l’atelier. La variété des sujets – religieux, profanes, naturalistes, fantastiques – et l’introduction de thèmes novateurs permettent au graveur de trouver une clientèle variée, séduite par la qualité de son art et sa virtuosité. Dans ses estampes se mêlent maîtrise technique, áuidité de la ligne et subtilité des dégradés de noir et de blanc. Artiste érudit et lettré, Martin Schongauer s’inspire pour son iconographie de textes illustrés, tels Der Heiligen Leben (La Légende des saints) et le Spiegel menschlicher Behältnis (Miroir du Salut humain), incunables publiés en allemand à Augsbourg, au début des années 1470.
Section II : À l’épreuve du temps et de l’espace
De son vivant déjà , Martin Schongauer est apprécié et loué non seulement par ses compatriotes mais également par les amateurs et les artistes de toutes les régions qui forment l’Europe d’aujourd’hui. En 1505, l’humaniste alsacien Jacob Wimpheling fait l’éloge du peintre et assure que ses oeuvres peintes étaient envoyées dans de nombreuses parties du monde. Peu de tableaux de la main du Colmarien étant parvenus jusqu’à nous, cette assertion est difficile à vérifier. Ses estampes en revanche, vouées par nature à être reproduites et multipliées, circulent très largement. Leur diffusion est facilitée par les réseaux familiaux et professionnels de Schongauer, ainsi que par les échanges commerciaux. Près d’un millier d’oeuvres sont créées par des graveurs, orfèvres, peintres, sculpteurs, dessinateurs, émailleurs, peintres-verriers ou encore lissiers jusqu’au XVIIe siècle. Elles reprennent une composition ou y empruntent un détail, sont fidèles au modèle ou au contraire en sont une libre interprétation. Elles concourent ainsi à l’immortalité de Martin Schongauer.
Un geste, des métiers
La grande dextérité de Martin Schongauer dans le maniement du burin lui vient certainement de son environnement familial, de même que son goût prononcé pour la représentation des objets orfévrés, exemples de virtuosité et non modèles pour les orfèvres. Ses estampes ont pu néanmoins être transcrites par ses derniers dans le métal, la nacre ou d’autres matériaux précieux. Maître peintre, Schongauer donne à ses oeuvres l’aspect de petits tableaux en noir et blanc en modulant la profondeur et la densité de ses traits de burin et en jouant de la réserve du papier. Matières, volumes et lumières sont rendus de manière convaincante. Cet art consommé de la gravure en taille douce est un exemple pour les graveurs, tandis que les peintres y puisent leur inspiration, allant jusqu’à utiliser une estampe comme dessin préparatoire.
Au-delà des frontières
Les réseaux commerciaux ou de pèlerinage, la circulation des artistes et l’implantation d’officines
d’imprimerie au-delà des limites du Saint Empire romain germanique participent à la large diffusion des gravures de Schongauer. Elle est renforcée par la mise sur le marché des nombreuses copies gravées par ses émules, en particulier celles de Wenzel von Olmütz (actif vers 1475-vers 1500) et Israhel van Meckenem (vers 1445-1503). Mais c’est surtout l’extraordinaire maîtrise technique de Schongauer, son renouvellement inventif des iconographies et le pouvoir de séduction de ses compositions qui en expliquent l’immense réception artistique. De la péninsule ibérique à la mer Baltique et du royaume de France à la Petite Pologne, des oeuvres d’une grande diversité voient le jour, qu’elles soient créées par des artistes actifs dans ces régions ou importées pour le marché local.
Au-delĂ du temps
Les citations des estampes de Schongauer apparaissent tout d’abord et naturellement dans le Rhin supérieur, mais elles se manifestent dès le milieu des années 1470 dans les anciens Pays-Bas, à Florence ou à Faenza, et dans les royaumes d’Aragon et de Castille. Au XVIe siècle, le connaisseur pouvait déceler dans une composition complexe les détails d’une oeuvre de Schongauer à côté de ceux empruntés à des artistes de la génération suivante comme Albrecht Dürer (1471-1528), ou apprécier la qualité d’une transcription par un peintre maniériste ou un enlumineur parisien de la Renaissance. Certaines gravures de Schongauer, comme le Grand Portement de Croix, sont encore considérées comme des oeuvres de référence longtemps après la mort de l’artiste et jusqu’au XVIIe siècle. Elles sont peu à peu délaissées comme modèles artistiques, mais figurent en revanche jusqu’à aujourd’hui dans les collections des amateurs comme autant d’exemples magistraux de l’art de la gravure sur cuivre.

































