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“Pompéi”

au Grand Palais, Paris

du 1er juillet au 27 septembre 2020 (prolongée jusqu’au 2 novembre 2020)

Grand Palais


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© Sylvain Silleran, présentation presse, le 29 juin 2020.

Jules-Léon Chifflot, Maison du Centenaire à Pompéi, 1903. Aquarelle, gouache et rehauts d’or sur papier entoilé, 162 cm x 115 cm. Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts. © Beaux-Arts de Paris, Dist. Rmn-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris.
Jules-Léon Chifflot, Maison du Centenaire à Pompéi, 1903. Aquarelle, gouache et rehauts d’or sur papier entoilé, 162 cm x 115 cm. Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts. © Beaux-Arts de Paris, Dist. Rmn-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris.
Bacchus et Ariane avec un satire, Ier siècle après J.-C. Plaque de verre, 25,5 x 39,5 cm. Pompéi, Parc archéologique de Pompéi. © Parco Archeologico di Pompei, Archivio Fotografico.
Bacchus et Ariane avec un satire, Ier siècle après J.-C. Plaque de verre, 25,5 x 39,5 cm. Pompéi, Parc archéologique de Pompéi. © Parco Archeologico di Pompei, Archivio Fotografico.
Fresque avec amphores du comptoir d’un thermopole, Ier siècle après J.-C. Pompéi, intersection de la rue des Noces d’Argent et de la rue des Balcon © GEDEON Programmes.
Fresque avec amphores du comptoir d’un thermopole, Ier siècle après J.-C. Pompéi, intersection de la rue des Noces d’Argent et de la rue des Balcon © GEDEON Programmes.
Fresque avec Néréide sur un cheval dans un environnement marin du comptoir d’un thermopole, Ier siècle après J.-C. Pompéi, intersection de la rue des Noces d’Argent et de la rue des Balcon. © GEDEON Programmes.
Fresque avec Néréide sur un cheval dans un environnement marin du comptoir d’un thermopole, Ier siècle après J.-C. Pompéi, intersection de la rue des Noces d’Argent et de la rue des Balcon. © GEDEON Programmes.
Vénus sur son char tiré par des éléphants, Ier siècle après J.-C. Fresque, 151 x 196 cm. Pompei, Officina dei Feltrai (IX 7, 5). Pompéi, Parc archéologique de Pompéi. © Parco Archeologico di Pompei, Amedeo Benestante.
Vénus sur son char tiré par des éléphants, Ier siècle après J.-C. Fresque, 151 x 196 cm. Pompei, Officina dei Feltrai (IX 7, 5). Pompéi, Parc archéologique de Pompéi. © Parco Archeologico di Pompei, Amedeo Benestante.

Texte de Sylvain Silleran



Des silhouettes glissent furtivement le long des murs: deux femmes élégantes, un paysan avec sa charrette tirée par un âne, des soldats romains en patrouille. Les pierres rectangulaires, une toiture de tuiles, le crépi vieilli comme du cuir, des slogans latins peints en grandes lettres rouges reconstituent la rue d’une ville lointaine, mystérieuse et pourtant familière. « Les parois conservent des traces de peintures et d’arabesques comme des joues dont on a mal essuyé le fard » écrivit Théophile Gautier dans ses souvenirs de Pompéi. Le fard est ici fait de lumière: la mémoire de la cité romaine engloutie sous les cendres est projetée sur un décor-écran, lui insufflant une nouvelle vie. Les ombres qui la peuplent se mélangent à celles des visiteurs, vivants et fantômes indissociables abolissent un instant le temps.



Des objets exhumés des récentes fouilles tracent les pointillés d’une vie quotidienne sensuelle et sophistiquée. Quelques outils de commerce, vases et ustensiles de cuisine, instruments de musique, rituels de beauté et amulettes témoignent d’une riche culture, d’une belle prospérité. L’objet dans sa vitrine a du mal à attirer l’attention, le regard étant attiré continuellement à droite ou à gauche par les ombres des spectres qui surgissent autour de nous dans un va-et-vient perpétuel. Puis une voix nous hèle: « hé! », un habitant de Pompéi nous interpelle soudain avant de disparaitre au coin de la rue. La bande-son atmosphérique colore l’espace, rythme le parcours de quelques interjections citadines, d’une ambiance de marché, de forum.



Soudain, un grondement sourd émerge des profondeurs, s’amplifie, une pluie de pierre ponces s’abat avec fracas, faisant tout trembler. Le Vésuve entre en éruption dans un grand panache de fumée et de cendres, une gigantesque vague minérale, un tsunami qui emporte tout. Le Grand Palais s’éteint, vitrines comme murs, écrans, panneaux… plus rien… on reste quelques instants dans un silence gris, abasourdis dans une petite pénombre sourde et muette. Puis la vie reprend, l’aube, le jour qui se lève, l’ombre projetée par un toit découvre doucement un joli patio au fur et à mesure d’un matin en accéléré. Des projections font apparaitre des touristes avec des selfie sticks, des archéologues avec leurs brouettes de terre, nous nous démultiplions sur fond de fresques mouvantes dans des jeux de miroirs. Est-ce moi ou une illusion, un spectre ou un visiteur?



Il y a une triste nostalgie dans ce voyage en Italie, cette vie insouciante qui sent bon les citrons et les pins parasols de la Méditerrannée, et l’immense volcan qui surplombe le monde, la divinité destructrice qui oblitèrera tout bientôt. Pourtant on est loin de George Sand et de ses lettres à Musset. Le Vésuve qui entre en éruption toutes les 15 minutes, les procédés d’illusionnistes, les silhouettes et les reflets tiennent plus du parc d’attraction, de la baraque de forain que du musée. Quelques Bacchus, une belle romaine de marbre, des bijoux, une anse de seau incrustée de lapili cristallisés de l’éruption sont peu nombreux face à l’immensité des écrans, des trucages numériques. De plus, ils sont effacés tous les quarts d’heure par le spectacle de l’explosion du Vésuve. Le tour sur les montagnes russes emporte tout dans son petit vertige: la mémoire, les objets, jusqu’aux moulages terribles des hommes et des femmes engloutis dans une éternité de cendres. 



Les magnifiques amants enlacés et le chien fidèle à leurs pieds sont désormais recroquevillés dans un enfer, condamnés à être tués encore et encore, dissimulés dans un coin sombre derrière les gradins du spectacle. Et leur génie, cette petite mosaïque de Dionysos et Ariane aux minuscules tesselles, délicate comme un bijou, n’aura pas le destin qu’elle mérite. A peine exhumée, la voilà mise en concurrence avec un numéro d’illusionniste de Las Vegas, une séquence de jeu vidéo. Elle retombera dans l’oubli, sous une nouvelle couche de cendre, de poussières numériques. La beauté et le drame qui caractérisent l’histoire de Pompéi, le pouvoir de l’érotisme et de la mort et ce que cela nous enseigne toujours deux mille ans plus tard, tout cela semble bien gaspillé, l’héritage dilapidé, sacrifié à nos nouveaux dieux: ceux du divertissement.



Sylvain Silleran


Un récipient pour la cuisson des aliments émerge du lapilli lors de l’excavation, Ier siècle après J.-C.. Pompéi, Royal V. © GEDEON Programmes.
Un récipient pour la cuisson des aliments émerge du lapilli lors de l’excavation, Ier siècle après J.-C.. Pompéi, Royal V. © GEDEON Programmes.
Portrait d’une figure féminine, peut-être la maîtresse de maison, Ier siècle après J.-C. Pompéi, maison avec jardin. © GEDEON Programmes.
Portrait d’une figure féminine, peut-être la maîtresse de maison, Ier siècle après J.-C. Pompéi, maison avec jardin. © GEDEON Programmes.

Extrait du dossier de presse :

commissariat : Professeur Massimo Osanna, directeur du Parc archéologique de Pompéi
scénographie : Sylvain Roca
production audiovisuelle : GEDEON Programmes, réalisation : Olivier Brunet



Un site archéologique unique au centre d’une expérience immersive.

Depuis la redécouverte de ses ruines enfouies, la ville de Pompéi fascine, au-delà même des archéologues qui s’affairent encore aujourd’hui à la sortir de terre. Riche d’une histoire multiséculaire, creuset de peuples du monde méditerranéen, Pompéi prospérait dans l’Antiquité sous la domination de Rome grâce à son commerce et à ses terres fertiles. L’art y était florissant. Elle fut embellie par le pouvoir central et par une bourgeoisie aisée qui disparut en une nuit, l’an 79 de notre ère. Destin tragique d’une cité. Mais l’éruption du Vésuve qui la dévasta et anéantit sa population, la figea dans le temps et la préserva en la dérobant au regard de longs siècles durant. Elle est aujourd’hui le témoignage le plus extraordinaire des fastes de Rome. Nulle part ailleurs n’a été retrouvée une telle concentration d’oeuvres d’art antique.

Ce site archéologique majeur, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco et visité par près de 4 millions de visiteurs chaque année, a pourtant longtemps souffert de manque de moyens. L’écroulement de la maison des Gladiateurs en 2010 a alerté la communauté internationale sur l’impérieuse nécessité de préserver les ruines les plus célèbres au monde. Depuis cet épisode, un immense chantier de mise en sécurité et restauration du site a été lancé, associé à des fouilles de grande ampleur, comme il n’y en avait pas eu depuis plus de 60 ans, qui ont permis de mettre au jour un nouveau quartier. Certaines découvertes ont largement dépassé les attentes initiales des archéologues : portrait de femme saisissant, parfaitement conservé, fresques représentant des scènes animalières, image de déesse, objets d’art et d’artisanat, mosaïques exceptionnelles, squelettes humains, victimes de la catastrophe,… Ces nouveautés permettent d’affiner les connaissances sur ce site emblématique de la civilisation romaine, de compléter son histoire, et d’exhumer de nouvelles oeuvres d’une grande beauté.

Pour partager largement avec le public ces découvertes historiques, la Réunion des musées nationaux – Grand Palais propose une exposition numérique immersive : une expérience d’un genre nouveau mettant en scène Pompéi de manière spectaculaire et impressionnante. Pour produire cette expérience, la Rmn-GP s’est associée au Parc archéologique de Pompéi et à la société GEDEON Programmes, leader français du documentaire archéologique et de patrimoine, laquelle à partir des technologies de pointe déployées sur le site (cartographie laser, thermographie infrarouge, photogrammétrie,…), a réalisé des prises de vue en très haute résolution et propose des reconstitutions 3D d’une extrême précision.

L’expérience numérique présentera d’impressionnantes projections immersives, accompagnées de bruits de la ville et de musiques originales qui mettront les sens en éveil, et immergeront le visiteur au coeur de Pompéi, lui donnant l’impression de prendre part tour à tour à la vie trépidante de la cité, à son destin funeste, à sa glorieuse redécouverte…

La première partie de l’exposition donnera la part belle à la vie effervescente des rues, reconstituées en 3D, à partir notamment des prises de vues effectuées par des drones. Au centre du parcours, un impressionnant dispositif invite le visiteur au coeur du drame et suit la chronologie du désastre : au paroxysme de l’éruption la totalité de l’exposition est envahie par la coulée pyroclastique. La troisième partie sera consacrée à la redécouverte de la cité, oubliée pendant des siècles, racontant l’histoire des fouilles depuis le XVIIIe siècle, en évoquant le mythe et en mettant l’accent sur les découvertes récentes, notamment celles qui, en 2018, ont permis de reconsidérer plus précisément la date de l’éruption. Le dernier espace de l’exposition invitera à contempler, grandeur nature et dans toute leur splendeur, les fresques qui décoraient les plus belles villas pompéiennes. Il est également possible d’admirer quelques découvertes de nouvelles fouilles exposées pour la première fois au public et notamment un trésor d’amulettes et divers ustensiles en faïence, pâte de verre, ivoire, os, ambre, bronze, un lapin en marbre et une magnifique mosaïque du nympheum Ariane et Dionysos. Une sélection d’objets raffinés provenant de fouilles antérieures sera également présentée : bijoux, meubles, une statue de Livie ainsi qu’une fresque représentant Vénus sur un char tiré par des éléphants. Enfin, des copies de quelques moulages des victimes viendront rappeler la fin tragique des pompéiens en 79 ap. J.-C.

Cette exposition offre une expérience sensorielle saisissante, qui plonge le visiteur au coeur de la ville antique et lui fait revivre de façon spectaculaire le quotidien des Pompéiens et l’épopée de sa redécouverte.