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🔊 “Károly Ferenczy” Modernité hongroise, au Petit Palais, du 14 avril au 6 septembre 2026

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“Károly Ferenczy” Modernité hongroise

au Petit Palais, Paris

du 14 avril au 6 septembre 2026

Petit Palais


Entretien avec Baptiste Roelly, conservateur du patrimoine en charge des dessins, estampes, manuscrits et livres anciens au Petit Palais et co-commissaire scientifique de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 avril 2026, durée 19’23, © FranceFineArt.

PODCAST –  Entretien avec
Baptiste Roelly,
conservateur du parimoine en charge des dessins, estampes et livres anciens au Petit Palais,
et co-commissaire scientifique de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 avril 2026, durée 19’23,
© FranceFineArt.


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©Anne-Frédérique Fer, vernissage presse avec les commissaires, le 13 avril 2026.


Extrait du communiqué de presse :


Károly Ferenczy, Le Mur rouge IV, 1910. Huile sur toile, 31 x 31 cm. Collection particulière / Photo Tibor Mester.

Károly Ferenczy, Le Mur rouge IV, 1910. Huile sur toile, 31 x 31 cm. Collection particulière / Photo Tibor Mester.

Károly Ferenczy, Chant d’oiseau, 1893. Huile sur toile, 106 x 78 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Károly Ferenczy, Chant d’oiseau, 1893. Huile sur toile, 106 x 78 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise – Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Károly Ferenczy, Double portrait (Noémi et Beni Ferenczy),1908. Huile sur toile, 142 x 155 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Károly Ferenczy, Double portrait (Noémi et Beni Ferenczy),1908. Huile sur toile, 142 x 155 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise – Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Károly Ferenczy, Chevaux dans l’eau, 1896. Huile sur toile, 116 x 97 cm. Collection particulière / Courtesy Ernst Gallery, Budapest. Photo Tibor Mester.

Károly Ferenczy, Chevaux dans l’eau, 1896. Huile sur toile, 116 x 97 cm. Collection particulière / Courtesy Ernst Gallery, Budapest. Photo Tibor Mester.

Commissariat général :
Annick Lemoine, présidente de l’établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie
Commissariat scientifique :
Ferenc Gosztonyi, conservateur en chef au Musée des Beaux-Arts de Budapest – Institut de recherche en histoire de l’art d’Europe centrale (KEMKI)
Réka Krasznai, conservatrice en chef, directrice du département des peintures, Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise,
Edit Plesznivy, conservatrice en chef, chargée des peintures hongroises des XIXe et XXe siècles, Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise,
Baptiste Roelly, conservateur du patrimoine en charge des dessins, estampes, manuscrits et livres anciens au Petit Palais.
L’exposition a été conçue en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise.



Aussi célèbre en Hongrie qu’il est méconnu en France, Károly Ferenczy (1862-1917) est une figure majeure de la modernité en Europe centrale. Son oeuvre profondément singulier l’impose comme l’un des grands peintres du tournant des XIXe et XXe siècles. Par cette première rétrospective française, le Petit Palais entend mettre en lumière son originalité fondamentale. Ni naturaliste, ni symboliste, ni impressionniste, ni nabi, mais un peu tout cela à la fois, il incarne le cosmopolitisme de la fin-de-siècle dans toute l’étendue de sa culture. Membre fondateur d’une colonie d’artistes installée au coeur de la nature, Ferenczy fait de la peinture de plein air l’une de ses pratiques les plus emblématiques. Il cherche dans la nature l’expression d’une spiritualité syncrétique. Sous son pinceau, le soleil apparaît souvent comme un protagoniste central dans des paysages d’une lumière sans équivalent.

Avec près de 140 oeuvres, le parcours met en évidence les multiples facettes de sa démarche − paysages, portraits, scènes familiales, sujets bibliques, nus ou caricatures − et révèle son rôle fondamental dans l’émergence d’une école artistique proprement moderne en Hongrie. L’exposition a été conçue en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise.

Conçue comme un parcours principalement chronologique ponctué de sections thématiques, l’exposition retrace l’évolution stylistique de Ferenczy, depuis ses oeuvres de jeunesse marquées par ses voyages en Italie et en France jusqu’à ses dernières années.

Le visiteur est accueilli par un autoportrait entouré de deux oeuvres présentant l’artiste dirigeant la pose de son modèle. Cette entrée en matière introduit d’emblée les deux pôles structurants de son travail qui irriguent l’ensemble de sa carrière : la peinture de plein air et le travail en atelier. Les premières salles présentent ensuite ses oeuvres de jeunesse, réalisées à l’issue de ses voyages de formation, notamment en Italie, ainsi que ses premières années passées à Szentendre, en Hongrie. Ces tableaux témoignent de la culture visuelle acquise au contact des grands maîtres européens et de l’influence durable de son séjour parisien à l’Académie Julian.

L’exposition se poursuit par un ensemble thématique consacré aux portraits de ses proches : son épouse, son père, ses enfants et révèle un regard intime et attentif. Cette dimension personnelle entre en résonance avec une période décisive de sa formation : son séjour à Munich. L’oeuvre de Ferenczy y évolue vers un langage plus symboliste, étroitement lié à la nature, où la forêt devient un motif central. Plusieurs tableaux majeurs comme Le Chant d’oiseau (1893) ou Orphée (1894) illustrent cette transformation, affirmant une nouvelle profondeur narrative et spirituelle.

L’installation de Ferenczy dans la colonie artistique de Nagybánya marque un tournant essentiel dans sa carrière. Il y atteint une maturité artistique pleine et durable. Des oeuvres emblématiques de cette période témoignent de son originalité : sujets religieux transposés dans des paysages contemporains, coexistence de temporalités multiples et inscription d’une spiritualité diffuse au coeur de la vie quotidienne. Les thèmes bibliques, abordés à plusieurs reprises au fil du parcours, y trouvent une expression singulière, mêlant iconographie sacrée, observation de la nature et références au monde moderne.

L’exposition met également en lumière le dialogue étroit entre peinture et littérature au sein du cercle de Nagybánya, notamment à travers les illustrations réalisées par Ferenczy pour les poèmes de József Kiss. Ce lien souligne le caractère profondément intellectuel de l’artiste, lecteur passionné et fin connaisseur de la littérature européenne. Son ouverture sur le monde se prolonge dans l’attention qu’il porte aux scènes de la vie quotidienne et aux figures observées dans les environs de Nagybánya : paysans, bûcherons, bohémiens, cavaliers et petits métiers. Présentées en regard d’oeuvres d’artistes hongrois contemporains, ces peintures mettent en évidence la singularité de son regard et son rôle moteur dans l’émergence d’une modernité hongroise.

Après 1900, la peinture de Ferenczy s’ouvre à une période de grande luminosité. Paysages, scènes de baignade, rivières et chaumières traduisent une sérénité nouvelle et une maîtrise accomplie de la couleur et de la composition. Dans le même temps, Ferenczy poursuit son travail de portraitiste, élargissant son attention au milieu intellectuel et artistique qu’il fréquente, tout en développant une pratique plus libre et satirique à travers des caricatures qui révèlent une facette plus intime et humoristique de son oeuvre.

Les dernières années de sa carrière sont marquées par une exploration renouvelée de la représentation du corps. Les nus féminins, traités dans une approche classique en atelier, dialoguent avec des figures masculines saisies dans des contextes dynamiques, telles que le cirque ou l’athlétisme, où la mise en scène du mouvement occupe une place centrale. Cette réflexion trouve un prolongement majeur dans le vaste projet de La Pietà, auquel Ferenczy se consacre longuement entre 1913 et 1916. Cette oeuvre située au croisement de la peinture religieuse et d’histoire apparaît comme l’ultime et insolite chef-d’oeuvre du peintre, qui meurt avant que ne s’achève la Première Guerre mondiale.

Le parcours s’achève sur une série de paysages tardifs d’une intensité chromatique exceptionnelle. Dans ces oeuvres, la nature devient vibrante et presque méditative, témoignant de la pleine maîtrise picturale de Ferenczy. L’exposition se conclut avec Le Mur rouge IV (1910), tableau emblématique tant par la force de sa couleur que par l’atmosphère contemplative qui s’en dégage, laissant au visiteur un souvenir durable de l’art d’un peintre majeur de la modernité en Europe centrale.

Károly Ferenczy, Soirée d’été, 1904-1905. Huile sur toile, 102,5 x 135,5 cm. Collection particulière / Courtesy Judit Virág Gallery, Budapest. Photo Tobor Master.

Károly Ferenczy, Soirée d’été, 1904-1905. Huile sur toile, 102,5 x 135,5 cm. Collection particulière / Courtesy Judit Virág Gallery, Budapest. Photo Tobor Master.

Károly Ferenczy, Le Sermon sur la montagne I, 1896. Huile sur toile, 135 x 201 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des BeauxArts, Budapest, 2026.

Károly Ferenczy, Le Sermon sur la montagne I, 1896. Huile sur toile, 135 x 201 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise – Musée des BeauxArts, Budapest, 2026.


Parcours de l’exposition


Introduction
Aussi célèbre dans sa Hongrie d’origine qu’il est méconnu en France, Károly Ferenczy est un peintre parmi les plus singuliers du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Ni naturaliste, ni symboliste, ni nabi, ni impressionniste, mais un peu tout cela à la fois, il impose son originalité profonde à l’école hongroise et s’affirme comme une figure de proue de sa modernité. Issu d’une famille aisée, il voyage en Italie, en France, en Allemagne et se forge une solide culture européenne. Trop cosmopolite pour ne retenir que le folklore et le pittoresque hongrois dans ses oeuvres, Ferenczy est aussi trop indépendant pour n’être qu’un suiveur des courants modernes qui se développent dans les capitales de l’art. Tout en étant solitaire dans sa démarche artistique, il contribue de manière décisive à créer, à Nagybánya, une colonie d’artistes qui placent la nature au centre de leur philosophie et dont le quotidien est rythmé par des excursions pour peindre en plein air. L’Antiquité et les maîtres anciens que le peintre découvre en Italie demeurent des références essentielles tout au long de sa carrière, de même qu’il conserve toujours quelque chose du naturalisme auquel il s’est rompu à l’académie Julian à Paris et du symbolisme, caractéristique de l’Europe centrale, qu’il assimile à Munich. Si ses styles évoluent à mesure que son métier s’affine, certaines thématiques traversent sa carrière de part en part : la famille, le sacré, la nature… Sophistiqué et exigeant, Ferenczy sait aussi se concentrer sur les enjeux proprement picturaux de son métier et livre des morceaux de peinture parmi les plus éblouissants de son temps.

Faire de son image un manifeste
Réunies autour d’un autoportrait, deux oeuvres montrent Károly Ferenczy ajustant la pose de son modèle dans des environnements différents. Le peintre se met en scène dans un geste d’intimité créatrice et livre une part essentielle de sa démarche artistique. Les traits de l’artiste s’y révèlent par là entre deux de ses chefs-d’oeuvre, qui se répondent à la manière de pendants pour évoquer les deux principaux versants de son activité. Infatigable promeneur qui fait de la représentation du paysage en plein air l’une de ses pratiques d’élection, Ferenczy s’impose aussi comme un peintre de l’intimité familiale, des vues d’intérieur et du travail en atelier. Dans un cas comme dans l’autre, l’artiste étudie soigneusement ses cadrages et veille à ne laisser aucune pose au hasard. Le tableau représentant l’atelier de Ferenczy est à l’origine de l’un de ses plus grands succès internationaux : il lui a valu de recevoir une médaille d’or lors de la 6e Biennale de Venise en 1905.


Temps 1 – un artiste en devenir (1884-1896)

Des racines européennes
Issu d’une famille originaire de Vienne et installée à Budapest, Károly Ferenczy baigne dès son plus jeune âge dans le cosmopolitisme caractéristique des élites de l’Europe centrale au XIXe siècle. Outre le hongrois, il lit aussi bien l’allemand, le français et l’anglais que l’italien. Entre Vienne et Rome, Naples et Paris, Munich et Budapest, les voyages qu’il entreprend pour se former dans les principales capitales de l’art lui permettent de développer un ancrage européen et une culture particulièrement large, sur les plans littéraire et visuel aussi bien que philosophique et historique. Ferenczy étudie les paysages, les vestiges antiques et les maîtres anciens en Italie, baigne dans le symbolisme à Munich, se laisse subjuguer par un naturalisme quasi photographique inspiré du peintre Jules Bastien-Lepage à Paris. Ces expériences et stimulis cumulés se décantent une première fois dans les oeuvres qu’il réalise à Szentendre, une ville située aux abords de Budapest, sur les rives du Danube, et dans laquelle il s’installe au terme de ses voyages.

Visages familiers
La cellule familiale joue un rôle essentiel dans la vie et dans l’oeuvre de Károly Ferenczy, qui dépeint les différents membres de sa famille tout au long de sa carrière. Son père, collectionneur de tableaux, fut l’un des membres fondateurs de la Société nationale hongroise des beaux-arts (OMKT). Son frère aîné, Ferenc s’illustre dans l’écriture de pièces de théâtre et son épouse, Olga Fialka, est elle-même artiste avant de renoncer à sa carrière pour élever leurs trois enfants et assurer le quotidien familial. Leur fils aîné, Valér, est destiné par son père à devenir peintre à son tour. Son autre fils, Béni, se forme à la sculpture et sa jumelle, Noémi, se tourne quant à elle vers les arts textiles. Tous trois bénéficieront d’une grande reconnaissance et seront considérés comme des artistes de premier rang. Les voyages, les visites de musées et les conversations esthétiques font partie de la vie familiale. Les enfants effectuent leurs études à Munich, Paris, Vienne et Florence. En 1916, une exposition « familiale » est conjointement consacrée aux oeuvres du père et de ses trois enfants au musée Ernst de Budapest.

Munich : l’éveil symboliste
Károly Ferenczy quitte Szentendre en 1893 pour Munich, où il réside avec sa famille jusqu’en 1896. Ce séjour est un tournant dans l’oeuvre du peintre, qui s’ouvre aux inspirations bibliques et mythologiques. Il modifie sa technique et s’éloigne de la facture minutieuse des années précédentes. À la lumière unifiée des toiles naturalistes succèdent l’ombre et l’incertitude du crépuscule. Le paysage prend une place de plus en plus importante : Ferenczy fait de la forêt son nouveau terrain d’expérimentation. Plus grande que nature, la représentation d’Adam frappe par sa frontalité. Entouré d’animaux sauvages, le premier homme selon la tradition biblique s’éveille à la conscience et à la beauté de la Création. Dans la monographie qu’il consacre à son père, Valér Ferenczy décrit cette oeuvre comme l’image du propre éveil du peintre à la nature. Cette communion avec le paysage est au coeur de son Autoportrait et du Chant d’oiseau. Mystérieuses et sensorielles, ces oeuvres convoquent l’ouïe, mais aussi la vue. Le nouveau regard que Ferenczy porte sur le monde est celui d’un symbolisme aussi envoûtant qu’énigmatique.


Temps 2 – un artiste accompli (1896-1900)

Nagybánya, les premières années (1896-1900) : un atelier à ciel ouvert
Dans les années 1890, de nombreux artistes d’Europe centrale rompent avec les circuits officiels des académies et salons pour s’installer à la campagne et pratiquer leur art plus librement. Pris dans cette tendance, Károly Ferenczy s’installe à Nagybánya avec ses amis Simon Hollósy, István Réti, Béla Iványi Grünwald ou János Thorma. Dans cette petite ville minière qui se trouve aujourd’hui en Roumanie, ils fondent une colonie d’artistes placée sous le signe du travail en plein air, de la vie collective et de la rupture avec la tradition. Le mouvement prend de l’ampleur, jusqu’à compter une cinquantaine de membres. Opérant un parallèle avec l’école française, un journal hongrois s’interroge en 1896 : « Et si Millet, Corot et Manet, peintres français mondialement connus, ont répandu grâce à leur art une lumière somptueuse sur toute la grande France depuis la petite ville de Barbizon, pourquoi une peinture belle, forte, saine et en tout point hongroise mais toujours de qualité européenne ne pourrait-elle pas se développer à Nagybánya ! ».

Sacré
Présente dans l’oeuvre de Ferenczy dès sa période munichoise, l’iconographie sacrée prend de l’importance après son installation à Nagybánya. Selon les témoignages de ses contemporains, Ferenczy n’était pas croyant. Son intérêt pour les sujets bibliques s’explique sans doute par son approche singulière de l’art, située à la jonction du naturalisme et du symbolisme. Le soleil ou le paysage se voient investis de connotations sacrées par les récits qu’ils accompagnent et la synthèse de ces différents registres n’est pas sans évoquer une conception panthéiste de la nature qui est largement répandue en Europe centrale à la fin-de-siècle. Le sacré serait ainsi partout dans la nature et il ne serait pas plus étonnant de voir les rois mages cheminer dans les forêts de Nagybánya que d’y assister au sermon de Jésus sur le flanc d’un vallon. L’intensité des drames humains qui se jouent dans la Bible semble avoir particulièrement intéressé Ferenczy. Dans plusieurs oeuvres, il traite des relations familiales, le plus souvent des relations père-fils ou de la complexité des liens fraternels.

József Kiss, un poète à Nagybánya
Aujourd’hui peu connu, József Kiss (1843-1921) est un poète hongrois dont l’oeuvre est parcourue par les thématiques de l’amour, du voyage, de l’histoire hongroise et de l’identité juive. En 1896, Kiss se rend à Nagybánya afin de proposer aux artistes qui s’y trouvent de participer à l’illustration d’une édition particulièrement luxueuse de ses poèmes. Károly Ferenczy, Simon Hollósy, Béla Iványi Grünwald, János Thorma et István Réti acceptent. Ferenczy retient douze poèmes, pour lesquels il réalise quatorze dessins et peintures. Dans ses illustrations, très graphiques par leur esthétique, l’expression naturaliste et tonale des scènes de la vie quotidienne se combine avec des accents décoratifs propres à l’Art nouveau (formes végétales, courbes, etc.). Iványi Grünwald réalise vingt-deux illustrations pour le recueil, Hollósy en livre cinq, Réti seize et Thorma quatre. La présentation de l’ouvrage en novembre 1897 est à l’origine de la première exposition publique du collectif de Nagybánya à Budapest.

Le peuple de Nagybánya
Károly Ferenczy réalise plusieurs toiles qui montrent les habitants de Nagybánya et leurs traditions populaires, sans pour autant tomber dans l’illustration anecdotique du folklore hongrois. Il inscrit dans le paysage des paysans, des bûcherons ou des tziganes saisis dans leurs activités quotidiennes. Ses confrères nagybaniens Béla Iványi Grünwald, Oszkár Glatz ou János Thorma font de même. Lorsqu’ils s’installent dans la ville, le travail dans les mines représente la principale source d’emploi pour les habitants. Ils font aussi bien poser ces derniers que les membres de leur propre famille pour réaliser leurs plus grandes compositions, mais se servent aussi mutuellement de modèles. Les artistes qui séjournent à Nagybánya et y prennent leurs habitudes, conservent leur résidence principale à Budapest et demeurent des citadins « étrangers » aux yeux de la population locale.

Peindre au soleil
A rebours du naturalisme ou des notes de symbolisme qui teintent sa première période, Károly Ferenczy évolue vers un chromatisme puissant et une touche simplifiée qui atteignent leur aboutissement dans son travail de plein-air à Nagybánya. Ce pan de sa carrière est appelé période « plein soleil ». Les tableaux que réalise alors l’artiste réservent un rôle clef à la lumière solaire. La meilleure manière de représenter l’effet du soleil sur un paysage devient la problématique centrale de son art, qui se concentre sur des sujets d’extérieurs tels des baigneurs, des paysages purs ou des loisirs de plein-air. Il expérimente beaucoup à cette fin, alternant les formats de ses toiles pour retenir des proportions de support qui lui semblent idéales et pratiquant tant la peinture à l’huile que la tempera pour envisager différents effets de matière. C’est en déclinant cette question de la lumière solaire que Ferenczy réalise certains de ses principaux chefs-d’oeuvre, tels Au sommet de la colline (1901) et La Peintre (1903).



Temps 3 – ultimes expérimentations (1906-1917)

Le corps en scène
À partir de 1906, après avoir obtenu un poste de professeur à l’École supérieure des beaux-arts de Budapest, Ferenczy revient au travail en atelier pour réaliser des nus ou des sujets urbains, comme ses tableaux représentant le monde du cirque (acrobates, lutteurs…). Les séries des nus et du cirque s’articulent autour du même problème artistique séculaire qu’est la représentation des corps. Alors même que cette facette de son travail est souvent négligée au profit de ses seuls paysages, la beauté et le corps humain en tant que sujets de peinture ont joué un rôle important dans l’art de Ferenczy. À mesure qu’il avance en âge, il se concentre de plus en plus sur l’interprétation et le renouvellement de traditions picturales remontant à la Renaissance. Ses nus engagent ainsi un dialogue avec Titien, Vélasquez ou Courbet. En tant que familier du monde du théâtre, du cirque, du musichall et du sport, Ferenczy étudie particulièrement les corps et mouvements des athlètes après 1910.

La Pietà, dernier tableau sacré
Sa Pietà est le dernier tableau religieux de Károly Ferenczy. L’artiste le présente à la 11ème Biennale de Venise, en 1914, ainsi qu’à Budapest, au palais des Expositions, en 1915. Il la considère comme l’une de ses oeuvres les plus importantes, avant de la découper pour une raison inconnue. Il n’en demeure que trois fragments, une photographie d’archive et des études préparatoires. Le naturalisme extrême du corps du Christ et le fond sombre et homogène, caractéristique de la dernière période de l’artiste, forment un contraste saisissant. En 1915-1916, Ferenczy lutte contre la maladie et projette une seconde Pietà, qui restera inachevée. Les dessins réalisés par l’artiste pour cet autre tableau montre qu’il se distinguait principalement de la première version par la présence d’un ange qui tient une palme.

Ferenczy portraitiste
Le portrait occupe une place prépondérante dans la production de Károly Ferenczy : il correspond à plus d’un cinquième de son oeuvre, qui compte environ quatre cents tableaux dans l’ensemble. Outre ses célèbres autoportraits, les portraits de Ferenczy les plus connus sont ceux des membres de sa famille ou de ses amis. Ces tableaux à l’atmosphère intime témoignent d’un intérêt profond pour les subtilités de la nature humaine. Le cercle d’amis de l’artiste est notamment représenté ici par le double portrait du peintre de Nagybánya d’origine espagnole Cézár Herrer et son épouse. Il a aussi répondu à des commandes de nombreuses personnalités hongroises, écrivains, journalistes ou collectionneurs et c’est ainsi tout le milieu dans lequel il baigne qui ressort de cette galerie de portraits. Ses dessins et caricatures comptent également certains des portraits les plus virtuoses ou drôles qu’il ait réalisé.

Derniers paysages
Bien qu’installé principalement à Budapest à compter de 1906, Károly Ferenczy conserve sa maison et son atelier à Nagybánya, où il continue d’effectuer des séjours réguliers. Ferenczy, qui pratique plusieurs sports, partage son amour de l’équitation avec sa famille et peint, à plusieurs reprises, ses enfants à cheval. Si l’on se réfère à sa correspondance, le tir à l’arc fait partie de leurs activités sportives à partir de 1905. Les paysages qu’il réalise dans ce dernier temps de sa carrière se démarquent des précédents par une nouvelle palette et une atténuation de la lumière solaire. Il continue à effectuer de longues excursions ou des chevauchées familiales et s’emploie dorénavant surtout à restituer les couleurs délicates des variations d’une atmosphère tantôt couverte, tantôt ensoleillée. Cette subtilité nouvelle, proche des recherches des peintres nabis, tranche avec ses oeuvres précédentes et joue de vibrations chromatiques aux tonalités sourdes pour mieux apprivoiser les couleurs les plus vives.