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“Sarah Bernhardt” Et la femme créa la star

au Petit Palais, Paris

du 14 avril au 27 août 2023

Petit Palais


Interview de Cécilie Champy-Vinas, conservatrice en chef, directrice du musée Zadkine, et co-commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 avril 2023, durée 16’32. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de CĂ©cilie Champy-Vinas, conservatrice en chef, directrice du musĂ©e Zadkine, et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 avril 2023, durée 16’32.
© FranceFineArt.


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Sarah Bernhardt
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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 13 avril 2023.

Extrait du communiqué de presse :

Paul Nadar, Sarah Bernhardt en Macbeth, 1884, photographie, BnF, département des Estampes et de la photographie, Paris, France © BnF.
Paul Nadar, Sarah Bernhardt en Macbeth, 1884, photographie, BnF, département des Estampes et de la photographie, Paris, France © BnF.
Marie-Désiré Bourgoin, L’atelier de Sarah Bernhardt, 1879, aquarelle et gouache, New York, The Metropolitan Museum of Art © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA.
Marie-Désiré Bourgoin, L’atelier de Sarah Bernhardt, 1879, aquarelle et gouache, New York, The Metropolitan Museum of Art © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA.
Louise Abbéma, Portrait de Sarah Bernhardt, 1921, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowsky.
Louise Abbéma, Portrait de Sarah Bernhardt, 1921, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowsky.
Georges Clairin, Sarah Bernhardt dans son jardin de Belle-Île-en-Mer, 1919, huile sur toile © Musée des Beaux-Arts de Tours.
Georges Clairin, Sarah Bernhardt dans son jardin de Belle-Île-en-Mer, 1919, huile sur toile © Musée des Beaux-Arts de Tours.

Commissariat :

Annick Lemoine, commissaire générale, directrice du Petit Palais

Stéphanie Cantarutti, conservatrice en chef, responsable des peintures du XIXe au Petit Palais

Cécilie Champy-Vinas, conservatrice en chef, directrice du musée Zadkine




Figure emblématique du tournant des XIXe et XXe siècles, la « Divine » Sarah Bernhardt (1844-1923), actrice tout autant qu’artiste, fait l’objet d’une exposition exceptionnelle au Petit Palais à l’occasion du centenaire de sa mort. Le musée détient l’un de ses plus beaux portraits peint par son ami Georges Clairin et offert par son fils Maurice au musée à la mort de sa mère ainsi que plusieurs sculptures qu’elle a elle-même réalisées.

Le parcours de l’exposition retrace grâce à plus de 400 oeuvres la vie et la carrière de ce « monstre sacré », terme inventé pour elle par Jean Cocteau. Elle présente également des aspects de sa vie moins connus comme son activité de peintre et d’écrivain mais surtout de sculptrice.

Interprète mythique des plus grands dramaturges comme Racine, Shakespeare…, elle ne cesse de triompher sur les scènes du monde entier. L’exposition Ă©voque ses plus grands rĂ´les grâce Ă  la prĂ©sentation de ses costumes de scène, de photographies, de tableaux, d’affiches… Sa « voix d’or » et sa silhouette longiligne, atypique Ă  l’époque, fascinent autant le public que le monde artistique et littĂ©raire qui lui voue un vĂ©ritable culte. Elle est l’amie des artistes comme Gustave DorĂ©, Georges Clairin, Louise AbbĂ©ma, Alfons Mucha mais aussi des Ă©crivains comme Victor Hugo, Edmond Rostand, Victorien Sardou ou Sacha Guitry et des musiciens tels Reynaldo Hahn. Artiste elle-mĂŞme, une section entière de l’exposition reviendra sur cet aspect moins connu de sa vie. Des photographies comme des tableaux la montrent « au travail » et de nombreuses sculptures tĂ©moignent de son talent.

De multiples objets lui ayant appartenu illustrent la « Sarah intime », son intérieur, sa garde-robe, et rappelleront son goût pour les excentricités et les bizarreries. D’un caractère indomptable, Sarah Bernhardt peut être considérée comme une véritable star avant l’heure, toujours à l’affût des nouveautés, utilisant son image pour sa propre publicité. Un chapitre de l’exposition sera d’ailleurs dédié à ses tournées dans le monde entier. À sa mort en 1923, à l’âge de 79 ans, elle est devenue depuis longtemps une véritable star et l’engouement dont elle fait l’objet préfigure le culte dont bénéficièrent les grandes étoiles du cinéma du XXe siècle.

L’exposition du Petit Palais rend hommage Ă  cette femme hors norme – libre, engagĂ©e et passionnĂ©e – entrĂ©e dès son vivant dans la lĂ©gende.


#Publication



Sarah Bernhardt Et la femme créa la star
aux Éditions Paris Musées. Sous la direction de Stéphanie Cantarutti, conservatrice en chef au Petit Palais et de Cécilie Champy-Vinas, directrice du musée Zadkine, commissaires de l’exposition. Avec le concours et les contributions : du Comité scientifique : Mathias Auclair, Guy Ducrey, Sophie Grossiord,Joël Huthwohl, Claudette Joannis, Catherine Join-Diéterle, Hélène Pinet,Agathe Sanjuan et Jean-Claude Yon, ainsi que de : Gérard Audinet, Emmanuel Demarcy-Mota, Juliette Deschamps, Benoît Giraud, Maïté Metz.

Artiste totale, comédienne, peintre, sculptrice, écrivaine, femme engagée, icône de mode, Sarah Bernhardt (1844-1923) fût aussi directrice de théâtre, et participa au début du cinéma. Saisissant très tôt l’importance de la promotion et de la diffusion de son image, « la Divine » entraîna dans le tourbillon de sa vie nombre d’affichistes, de peintres, de caricaturistes, de gens de théâtre et d’impresarii. Grande ambassadrice de la France, elle fit salle comble, à travers le monde, partout où elle joua. Une personnalité hors du commun dont l’excentricité, le goût de l’aventure et l’incroyable audace peuvent aujourd’hui encore être source d’inspiration.

Félix Tournachon dit Nadar, Sarah Bernhardt drapée de blanc, vers 1859, épreuve sur papier albuminé, BnF, département des Estampes et de la photographie, Paris, France © BnF.
Félix Tournachon dit Nadar, Sarah Bernhardt drapée de blanc, vers 1859, épreuve sur papier albuminé, BnF, département des Estampes et de la photographie, Paris, France © BnF.
W.& D. Downey, Sarah Bernhardt en gros plan, 1902, carte album, Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Arts du spectacle © BnF.
W.& D. Downey, Sarah Bernhardt en gros plan, 1902, carte album, Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Arts du spectacle © BnF.
Paul Boyer, Sarah Bernhardt dans Théodora de Victorien Sardou, 1902, épreuve au gélatino-bromure d’argent © Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Roger-Viollet.
Paul Boyer, Sarah Bernhardt dans Théodora de Victorien Sardou, 1902, épreuve au gélatino-bromure d’argent © Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Roger-Viollet.

Parcours de l’exposition



Sarah Bernhardt, la « grande Sarah », la Divine, ne cesse de fasciner aujourd’hui encore. Disparue il y a tout juste cent ans, le 26 mars 1923, elle reste la plus célèbre actrice du théâtre français de son époque. « Et quelle façon elle a d’être légendaire et moderne ! » s’exclamait, admiratif, son ami l’écrivain Edmond Rostand. Rassemblant près de 400 oeuvres, l’exposition retrace la vie et la carrière de Sarah Bernhardt, depuis ses années de jeunesse dans le Paris du Second Empire jusqu’à sa gloire internationale dans les années 1920. Le parcours invite le visiteur à suivre les pas de celle qui fut une femme libre, excentrique, une citoyenne engagée et une actrice au talent hors pair, célébrée par tous ses contemporains, de Victor Hugo à Marcel Proust. Jean Cocteau inventa pour elle le terme de « monstre sacré ». L’exposition évoque les rôles emblématiques de son large répertoire (Phèdre, La Tosca, La Dame aux camélias…) mais elle met également en lumière certains aspects moins connus de la personnalité d’une artiste aux multiples talents, à la fois peintre, sculptrice, écrivaine et metteuse en scène. Par-delà le mythe Sarah Bernhardt, édifié par Nadar, Georges Clairin, Louise Abbéma, Alfons Mucha et tant autres, il s’agit donc de redécouvrir une femme hors du commun, au caractère bien trempé, qui semble avoir ignoré, sa vie durant, les frontières et les limites et parvint à s’imposer comme la première star de l’Histoire.

« Un cab s’arrête devant une porte ; une femme, dans de grosses fourrures, descend vite ; traverse la foule, qu’amassa le seul grelot de son attelage, en lui laissant un sourire ; monte légèrement un escalier en colimaçon ; envahit une loge fleurie et surchauffée ; lance d’un côté son petit sac enrubanné dans lequel il y a de tout, et de l’autre son chapeau d’ailes d’oiseau ; mincit brusquement de la disparition de ses zibelines ; n’est plus qu’un fourreau de soie blanche ; se précipite sur une scène obscure ; anime de son arrivée tout un peuple pâle qui bâillait, là, dans l’ombre ; va, vient, enfièvre tout ce qu’elle frôle ; prend place au guignol, met en scène, indique des gestes, des intonations ; se dresse, veut qu’on reprenne, rugit de rage, se rassied, sourit, boit du thé ; commence à répéter elle-même ; fait pleurer, en répétant, les vieux comédiens dont les têtes charmées sortent de derrière les portants ; revient à sa loge où l’attendent des décorateurs ; démolit à coups de ciseaux leurs maquettes, pour les reconstruire ; n’en peut plus, s’essuie le front d’une dentelle, va s’évanouir ; s’élance tout d’un coup au cinquième étage du théâtre, apparaît au costumier effaré, fouille dans les coffres d’étoffes, compose des costumes, drape, chiffonne ; redescend dans sa loge pour apprendre aux femmes de la figuration comment il faut se coiffer ; donne une audition en faisant des bouquets ; se fait lire cent lettres, s’attendrit à des demandes… ouvre souvent le petit sac tintant où il y a de tout ; confère avec un perruquier anglais ; retourne sur la scène pour régler l’éclairage d’un décor, injurie les appareils, met l’électricien sur les dents ; se souvient, en voyant passer un accessoiriste, d’une faute qu’il commit la veille, et le foudroie de son indignation ; rentre dans sa loge pour dîner ; s’attable, magnifiquement blême de fatigue, en faisant des projets ; mange, avec des rires bohémiens ; n’a pas le temps de finir ; s’habille pour la représentation du soir, pendant qu’à travers un rideau le régisseur lui raconte des choses ; joue éperdument (sic) ; traite mille affaires pendant les entr’actes ; reste au théâtre, le spectacle terminé, pour prendre des décisions jusqu’à trois heures du matin ; ne se résigne à partir qu’en voyant tout le personnel dormir respectueusement debout ; remonte dans son cab ; s’étire dans ses fourrures en pensant à la volupté de s’étendre, de se reposer enfin ; pouffe de rire en se rappelant qu’on l’attend chez elle pour lui lire une pièce en cinq actes ; rentre, écoule la pièce, s’emballe, pleure, la reçoit, ne peut plus dormir, en profite pour étudier un rôle…

Et voilà, mon ami, ce qui me paraît plus extraordinaire que tout. Voilà la Sarah que j’ai connue. Je n’ai pas connu l’autre, celle des cercueils et des alligators. Je n’ai pas connu d’autre Sarah que celle-là. C’est la Sarah qui travaille. C’est la plus grande. »

Edmond Rostand, préface de l’ouvrage de Jules Huret, Sarah Bernhardt, 1899



Section 1 – Du demi-monde à la scène

Après une enfance délaissée passée en province, Sarah Bernhardt rejoint à la fin des années 1850 sa famille maternelle installée à Paris. Sa mère et sa tante sont des courtisanes qui connaissent alors le succès dans la capitale. Sarah Bernhardt ne tarde pas à devenir à son tour une demi-mondaine. Parmi les relations importantes de cette « séductrice famille Sarah Bernhardt », selon le mot rapporté par Edmond de Goncourt, on peut citer le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III. C’est lui qui a l’idée de faire entrer la jeune fille au tempérament déjà bien trempé, au Conservatoire. Sarah Bernhardt enchaîne ensuite divers petits rôles allant du répertoire classique à des productions plus légères. Elle est enfin révélée en 1869 au théâtre de l’Odéon dans Le Passant de François Coppée, où elle joue un travesti. Elle triomphe en 1872 dans ce même théâtre, dans le rôle de la Reine de Ruy Blas de Victor Hugo. Sa carrière d’actrice est lancée.



Section 2 – Mademoiselle Révolte à la Comédie-Française

Le succès remporté en 1872 par Sarah Bernhardt dans la pièce Ruy Blas de Victor Hugo est tel que l’administrateur de la Comédie-Française lui propose de la réengager. Sarah Bernhardt accepte de ré-intégrer la prestigieuse maison de Molière. Surnommée « Mademoiselle Révolte », elle se fait connaître autant pour son talent de comédienne que pour ses frasques dont toute la presse parle. Sarah Bernhardt est nommée sociétaire en 1875 : sa célébrité ne fait que croître mais l’actrice n’est pourtant pas satisfaite des rôles qui lui sont attribués. Elle se juge sous-employée et s’ennuie. En 1880, au retour d’une tournée triomphale de la troupe à Londres, Sarah Bernhardt subit un cuisant échec dans L’Aventurière d’Émile Augier, une pièce médiocre qu’elle ne voulait pas interpréter. Elle décide alors de démissionner avec éclat et envoie une copie à la presse de sa lettre de démission. « C’est mon premier échec à la Comédie-Française. Ce sera le dernier », écrit-elle.



Section 3 – Une artiste parmi les artistes

Dans le courant des années 1870, Sarah Bernhardt vit entourée d’artistes, tels les peintres Alfred Stevens, Gustave Doré ou Jules Bastien-Lepage. Rencontrés au début des années 1870, Georges Clarin et Louise Abbéma occupent une place à part dans ce cercle d’artistes. Tous deux, épris et fascinés par Sarah Bernhardt, s’attachent à représenter l’actrice aussi bien sur scène que dans son intimité. Au Salon de 1876, ils exposent chacun un portrait de Sarah : Abbéma la représente en tenue de ville tandis que Clairin la montre chez elle, dans un somptueux déshabillé blanc qui met en valeur sa silhouette souple et sinueuse. Très remarqué au Salon, ce grand portrait, l’un des fleurons de la collection du Petit Palais, est l’un des plus célèbres de l’actrice. Influencée par ses amis, Sarah Bernhardt se met elle-même à peindre et à sculpter. Elle fait preuve de réels talents de sculptrice et expose régulièrement au Salon. Elle réalise aussi de nombreux portraits. L’actrice aime mettre en scène ses sculptures et n’hésite pas à se faire construire un spectaculaire atelier-salon où le Tout-Paris mondain et artistique peut venir admirer ses créations.



Section 4.1 – Sarah Bernhardt intime

Tout au long de sa carrière, Sarah Bernhardt accorde un soin particulier au décor de ses demeures. Après avoir déménagé plusieurs fois dans Paris, elle se fait construire en 1875 un hôtel particulier rue Fortuny, dans le quartier à la mode de la plaine Monceau. En 1886, l’actrice, criblée de dettes doit vendre cet hôtel pour s’installer à quelques pas, boulevard Pereire, dans un autre hôtel où elle reconstitue en partie le décor de la rue de Fortuny. Ce décor est à l’image de sa personnalité : spectaculaire, bizarre et foisonnant. Sarah Bernhardt y rassemble aussi bien des oeuvres de ses amis artistes que des objets extra-occidentaux, récoltés lors de ses tournées en Amérique et en Australie. Ce décor fascine. Tout au long de sa carrière, écrivains, journalistes, et photographes en ont laissé de multiples descriptions. Afin d’en évoquer l’atmosphère, sont rassemblées dans cette section des oeuvres mais aussi des costumes et des objets personnels de l’actrice, qui permettent d’évoquer l’éclectisme de son goût, très caractéristique du XIXe siècle.



Section 4.2 – Le goût pour l’étrange 

Les excentricités de Sarah Bernhardt, sa passion pour le macabre, ont largement contribué à sa célébrité. Ce goût pour le morbide lui vient sans doute de sa santé fragile : enfant et adolescente, elle a frôlé la mort à plusieurs reprises. Comme pour conjurer sa peur de mourir, l’actrice se fait photographier dans un cercueil et s’entoure de memento mori. L’écrivain Pierre Loti, qui entretint avec elle une brève liaison, se souvient avoir vu dans sa chambre le squelette d’un jeune homme mort d’amour surnommé Lazare… La passion de Sarah Bernhardt pour l’étrange s’étend aux animaux effrayants et fantastiques, comme les fauves et les chauves-souris, qui lui composent une singulière ménagerie. L’actrice partage ce goût avec les esthètes et les poètes du symbolisme, notamment Robert de Montesquiou, l’auteur du recueil Les Chauves-Souris et fervent admirateur de l’actrice.



Section 5.1 – Les grands rôles

Sarah Bernhardt a interprĂ©tĂ©, tout au long de sa carrière, des centaines de rĂ´les, mais certains ont particulièrement marquĂ© les esprits. Le rĂ©pertoire de l’actrice comprend aussi bien Racine, Shakespeare que des auteurs du XIXe siècle, comme Victor Hugo et Alexandre Dumas fils, l’auteur de La Dame aux CamĂ©lias, l’un des plus grands rĂ´les de la Divine. Le dramaturge Victorien Sardou est l’un de ses auteurs prĂ©fĂ©rĂ©s. Il lui Ă©crit des pièces sur mesure, qui pour certaines, comme ThĂ©odora et Tosca, furent de vĂ©ritables triomphes, associant Ă  des reconstitutions historiques dignes des peplums du cinĂ©ma hollywoodien une intrigue Ă  rebondissements et une fin souvent tragique ; La Divine Ă©tait particulièrement cĂ©lèbre pour ses « scènes d’agonie ».



Section 5.2 – Les rôles en travesti

Le travestissement est très fréquent au théâtre au XIXe siècle. On le retrouve dans tous les registres et le public en est friand. Sarah Bernhardt n’est pas la première ni la seule à incarner des rôles masculins, Virginie Déjazet ayant été auparavant une grande spécialiste du genre à Paris. Pour Sarah Bernhardt, ces rôles comptent parmi ses prestations les plus célèbres. Elles jalonnent toute sa carrière, au théâtre mais aussi plus tard au cinéma où elle est la première femme à jouer le rôle d’Hamlet. Dans son ouvrage L’Art du théâtre, la voix, le geste, la prononciation, l’actrice explique que ce choix lui permettait d’incarner davantage de personnages intéressant que ceux traditionnellement dévolus aux actrices.



Section 6 – La Divine

À la fin du XIXe siècle, l’image de Sarah Bernhardt est partout présente. Immensément célèbre, Sarah Bernhardt devient plus qu’une artiste : un « monstre sacré » pour reprendre le mot forgé pour elle par Cocteau. Elle s’impose comme la première star de l’Histoire, habituée des séances d’autographes. Les artistes sont nombreux à la représenter, depuis Jules Bastien-Lepage qui en 1879, nous la montre contemplant une statuette jusqu’à Alfons Mucha qui l’immortalisent dans ses grands rôles des années 1890-1900. La silhouette « en s » de Sarah Bernhardt, son profil aigu et sa chevelure mousseuse et rousse correspondent parfaitement à l’esthétique recherchée par les symbolistes et les artistes de l’Art nouveau. L’image de Sarah Bernhardt est déclinée sur de multiples supports, de la carte postale à l’affiche publicitaire. L’actrice, qui n’a pas peur de la « réclame », n’hésite pas à associer son nom à des produits de consommation courante : ainsi l’affiche réalisée par Mucha pour les biscuits Lu ou de celle réalisée par Jules Chéret pour de la poudre de riz. Les innombrables caricatures, tantôt drôles, tantôt cruelles et injurieuses, voire antisémites, dont l’actrice fut la cible, témoignent à leur façon de la gloire sans précédent qui entourait Sarah Bernhardt vers 1900.



Section 7 – La « muse ferroviaire » : les tournées de Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt s’engage dès la fin des annĂ©es 1870 dans une sĂ©rie de tournĂ©es internationales qui l’emmènent sur les cinq continents. Outre la volontĂ© de faire rayonner la culture et le luxe français, ces tournĂ©es lui permettent Ă  la fois d’échapper Ă  un monde théâtral parisien parfois hostile, d’assurer son indĂ©pendance financière et d’assouvir un perpĂ©tuel besoin de dĂ©couverte, Ă  bord de son mythique train Pullman spĂ©cialement amĂ©nagĂ© pour elle. Sa grande tournĂ©e amĂ©ricaine de 1880-1881 la conduit Ă  donner 156 reprĂ©sentations dans 50 villes. Elle se produit en français devant un public qui ne parle que très peu cette langue et choisit alors des extraits de ses pièces les plus connues ou les plus spectaculaires comme La Dame aux camĂ©lias ou La Tosca. Si elle est loin d’être la seule vedette Ă  entreprendre de vastes tournĂ©es – la comĂ©dienne Rachel l’avait prĂ©cĂ©dĂ©e et elle rivalise Ă  l’époque avec la vedette italienne Eleonora Duse – elle est partout accueillie comme une star.



Section 8 – Le Théâtre Sarah-Bernhardt

« J’ai fait de ce théâtre l’un des plus beaux, un des premiers théâtres de Paris, sa célébrité est mondiale » Sarah Bernhardt fut une énergique femme d’affaires. Après avoir dirigé le théâtre de la Renaissance de 1893 à 1899, elle prend la direction du vaste Théâtre des Nations (ancien Théâtre Lyrique, construit par l’architecte Davioud en 1862) situé place du Châtelet à Paris. Dès son arrivée, Sarah Bernhardt lui donne son nom et le hisse au rang des grandes scènes parisiennes. Elle repeint la belle salle à l’italienne d’un jaune « bouton d’or » inhabituel. Elle commande à Georges Clairin, Louise Abbéma, Louis Besnard et Alfons Mucha un nouveau décor pour le foyer. Infatigable, elle est tout à la fois meneuse de troupe, décoratrice, metteuse en scène, programmatrice. Ses spectacles grandioses sont largement financés par les recettes de ses tournées internationales. De 1899 , elle joue elle-même dans près d’une quarantaine de rôles et présente vingt-cinq pièces nouvelles. Le lieu, entièrement repensé après sa mort, a reçu en 1967-1968 le nom de Théâtre de la Ville sous la direction de Jean Mercure.



Section 9.1 – « La reine de l’attitude et la princesse des gestes » d’Edmond Rostand

Sarah Bernhardt et Edmond Rostand se rencontrent en 1894. Sincèrement conquise par le talent du jeune auteur, elle joue l’année suivante l’une de ses pièces, La Princesse lointaine, un drame qui lui veut un beau succès au théâtre de la Renaissance , puis La Samaritaine créée pour elle en 1897, la même année que Cyrano de Bergerac. Sarah Bernhardt figure parmi les intimes de l’écrivain, invités à séjourner à la Villa Arnaga de Cambo-les-Bains. Celle qu’il surnomme « la reine de l’attitude et la princesse des gestes » lui demande d’écrire un nouveau texte pour son tout nouveau théâtre. Ce sera L’Aiglon, le triomphe de 1900 au théâtre Sarah-Bernhardt. Elle y joue à cinquante-six ans le rôle tragique du fils de Napoléon que l’on surnomme « l’Aiglon ». Celui-ci émigrant en Autriche avec sa mère après la chute de l’Empire, perd son titre de roi de Rome pour devenir le duc de Reichstadt, ou pour ses partisans un Napoléon II qui ne régna jamais. Le nombre de représentations dépasse le millier, suscitant pour l’occasion un engouement pour de très nombreux produits dérivés.



Section 9.2 – « La Voix d’Or »

C’est Victor Hugo qui surnomma Sarah Bernhardt « La Voix d’Or » pour souligner le magnétisme de sa voix. Celle-ci nous est parvenu grâce à des enregistrements d’époque. Sarah Bernhardt, qui se passionnait pour toutes les nouveautés, s’était rendue aux Etats-Unis, chez Thomas Edison, l’inventeur du phonographe (1878), pour faire capturer sa voix sur des cylindres de cire gravés qui pouvaient ensuite être lus par l’appareil. Si aujourd’hui, l’écoute de la voix de Sarah Bernhardt peut nous paraître étonnante, voire difficile, c’est en raison de sa diction particulière qui ne nous est plus familière et de la qualité de l’enregistrement. Sarah Bernhardt n’est d’ailleurs pas enregistrée directement pendant une représentation, mais dans un studio, penchée au-dessus de l’appareil, ce qui contribue à rendre sa diction presque artificielle.



Section 10 – La femme engagée

Toute sa vie, Sarah Bernhardt fut une citoyenne engagée dans les combats de son temps. En 1870 durant la guerre franco-prussienne, elle organise une ambulance au théâtre de l’Odéon. Au moment de l’affaire Dreyfus, elle se range aux côtés d’Emile Zola lorsqu’il fait paraître J’accuse. Durant le Première Guerre mondiale, amputée de la jambe droite depuis 1915, elle rejoint le « Théâtre aux Armées », avec d’autres vedettes théâtrales de l’époque qui se produisent sur le Front pour soutenir le moral des soldats, alors dénommés les poilus. En 1916, elle s’embarque pour dix-huit mois de tournées aux Etats-Unis où elle cherche à sensibiliser l’opinion publique au sort de l’Europe. Au théâtre, elle joue des pièces patriotiques comme Les Cathédrales d’Eugène Morand ou sa propre pièce Du théâtre au champ d’honneur. Au cinéma, ses films reflètent aussi son engagement, comme dans Jeanne Doré (de Louis Mercanton d’après la pièce de Tristan Bernardt, 1915) où elle joue le rôle de la mère d’un condamné à mort ou encore dans Mères françaises (Louis Mercanton, 1917) qui a pour toile de fond la Grande Guerre.



Section 11 – De la scène à l’écran

Sarah Bernhardt commence sa carrière au cinĂ©ma Ă  cinquante ans rĂ©volus, en participant au Phono-CinĂ©ma Théâtre de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Elle tourne ensuite de manière discontinue durant près d’un quart de siècle jusqu’à son dernier film, La Voyante (aujourd’hui disparu), filmĂ© Ă  la veille de sa mort. Ses films sont projetĂ©s aux Etats-Unis, dans les Balkans, en Grèce, en Turquie, en Egypte, et dans bien d’autres pays. Ă€ l’époque, le cinĂ©ma muet ne peut rendre compte de la mythique « voix d’or » de l’actrice. NĂ©anmoins, sa gestuelle très expressive hĂ©ritĂ©e du théâtre, reste l’une des caractĂ©ristiques de son jeu, proche d’un théâtre filmĂ©. D’ailleurs, bon nombre de ses rĂ´les au cinĂ©ma – oĂą elle tient toujours le rĂ´le principal – (Hamlet, La Tosca, La Dame aux camĂ©lias, Adrienne Lecouvreur, Daniel), furent d’abord crĂ©Ă©s au théâtre. Louis Mercanton (1879-1932), son rĂ©alisateur fĂ©tiche, la dirige dans son plus grand succès, La Reine Elisabeth (1912) qui sort d’abord sur les Ă©crans amĂ©ricains, sous l’influence d’Adolph Zukor, l’un des cofondateurs de la Paramount. Le triomphe du film permet de dĂ©gager d’énormes bĂ©nĂ©fices qui lancent le règne des grands studios amĂ©ricains. Jouant Ă  ĂŞtre elle-mĂŞme, Sarah Bernhardt, apparaĂ®t aussi dans le documentaire tournĂ© chez elle Belle-Ile-en-Mer par Mercanton (1912), prĂ©sentĂ© dans la salle suivante, ainsi que dans le film de Sacha Guitry Ceux de chez nous (1915). Les actualitĂ©s filmĂ©es de l’époque enregistreront ses funĂ©railles, suivies par une foule immense d’admirateurs.



Section 12 – Belle-Île-en-art

Sarah Bernhardt découvre la Bretagne dès les années 1870 où elle effectue alors un voyage avec le peintre Gustave Doré. Mais ce n’est qu’en 1893 qu’elle découvre Belle-Île, cette île rocheuse située au Sud de la Bretagne dans le Morbihan. L’actrice est enthousiasmée par la beauté du lieu, avec ses paysages sauvages et ses cotes escarpées. En 1894, elle fait l’acquisition d’un ancien fortin militaire désaffecté. Elle y entreprend d’importants travaux pour y édifier plusieurs pavillons, destinés à sa famille et à ses amis. Sarah Bernhardt se rend l’été à Belle-Île, pour des « vacances » en compagnie de son fils et de ses petites-filles, et d’invités triés sur le volet, tel le musicien Reynaldo Hahn ou les peintres Louise Abbéma et Georges Clairin. À Belle-Île, Sarah, toujours active, pratique de multiples activités : la chasse, la pêche mais également la lecture et surtout la sculpture. Inspirée par la faune et la flore marine, elle réalise d’étranges bronzes aux patines raffinées, moulés sur des algues et des poissons, qui sont présentés avec succès à l’Exposition universelle de 1900.