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“Jesper Christiansen” 
Temps, peintures et nota bene

Le Bicolore – Maison du Danemark, Paris

du 18 mai au 31 juillet 2022

Le Bicolore – Maison du Danemark


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© Sylvain Silleran, visite de l’exposition, le 1er juin 2022.


Jesper Christiansen, Luften over Høve Stræde, 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt, 2H blyant og gesso på hørlærred, 160 x 215 cm.
Jesper Christiansen, Luften over Høve Stræde, 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt, 2H blyant og gesso på hørlærred, 160 x 215 cm.
Jesper Christiansen, Op Alle De Ting (Martin A. Hansens cykeltur), 2019 – 2020. Acryl, skolekridt, farveblyanter, 2H blyant og gesso på hørlærred, 250 x 270 cm.
Jesper Christiansen, Op Alle De Ting (Martin A. Hansens cykeltur), 2019 – 2020. Acryl, skolekridt, farveblyanter, 2H blyant og gesso på hørlærred, 250 x 270 cm.

Texte de Sylvain Silleran

Jesper Christiansen, Dahliaer fra Malergaardens Have, 2019 – 2020. Acryl, skolekridt og gesso på Hørlærred, 65 x 75 cm.
Jesper Christiansen, Dahliaer fra Malergaardens Have, 2019 – 2020. Acryl, skolekridt og gesso på Hørlærred, 65 x 75 cm.
Jesper Christiansen, Terra Trio (Allegro moderato), 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på
Hørlærred, 49 x 60 cm.
Jesper Christiansen, Terra Trio (Allegro moderato), 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på Hørlærred, 49 x 60 cm.
Jesper Christiansen, In Venedig, 2013 – 2020. Acryl, skolekridt og gesso på Hørlærred, 128 x 106 cm.
Jesper Christiansen, In Venedig, 2013 – 2020. Acryl, skolekridt og gesso på Hørlærred, 128 x 106 cm.

La toile de lin est trempée de gesso noir, ça déborde un peu sur les côtés. Sur ce noir, des formes, presque des aplats, bien délimitées, séparées les unes des autres, vont du large à un dessin presque pointilliste. C’est fait de petits détails, des confettis de couleurs façon Matisse qui façonnent brins d’herbe, feuilles, pétales de fleurs, fougères, l’osier d’un panier sur le guidon d’un vélo à la lisière d’une forêt. Et la lumière fut! Fiat lux! La peinture de Jesper Christiansen évoque à la fois la ligne claire de la bande dessinée belge, la gravure sur bois, la broderie de nos grand-mères que les maîtres, Van Gogh, Lautrec. La nature resplendit au soleil. Qu’elle soit celle sauvage des bois ou celle domestiquée des champs et des jardins, la lumière du nord colore la vie au plein air de cette douce joie un peu mélancolique de la peinture de l’Âge d’or.

Jesper Christiansen mélange tous les arts : peinture, musique, littérature. Au milieu d’un champ apparait la pochette du disque de la symphonie no. 5 de Nielsen. Sur une autre toile figure la première page de la partition de la Spring Symphony de Benjamin Britten. Ses lignes bien parallèles rythmées de silences et des premières notes sont les vagues d’un lac tranquille où flotte une petite barque. Une algue, un dessin naturaliste de fleur sauvage, une palette de couleurs prise dans la grille, tout se superpose comme dans un codex, un carnet de voyage, journal intime. 

L’extérieur et l’intérieur communiquent par les fenêtres ouvertes, ce sont deux pièces d’une même demeure. La lumière d’un temps arrêté, chauffé par un soleil d’été s’arrête sur le rebord. La Divine Comédie de Dante, Le Testament de Rilke, un catalogue Jasper Johns, un des polars écrits par son épouse, une partition de Beethoven sont posés là, sur une nappe toujours jolie. Une nappe à motifs, à carreaux, qui parle d’une vie simple et douce. Un pichet qui sert de vase à un bouquet de tulipes, une cigogne de porcelaine et le petit bébé qu’elle apporte est posé sur son dos, futur Nils Olgerson voyageur, dans un coin des asperges croisées, tressées en un hommage à Manet. Ca sent le café et les tartines, les gestes lents d’un matin paisible.

Les saisons passent dehors, hiver, printemps, été, les nappes changent ainsi que les livres qui y sont laissés. Les livres rappellent le temps qu’il faut pour saisir les choses, regarder et comprendre le monde. Cette échelle de temps long, le silence est troublé par des mots, des phrases écrites sur la toile noire, une écriture qui serpente dans le dessin du paysage, entre les feuilles et les brins d’herbe. Mais elles aussi, les pâquerettes, slaloment autour des mots écrits à la craie blanche. La littérature dans toutes les langues, l’anglais, l’allemand, le français, s’écrit partout, dans un champ, sur un canal que l’on aperçoit derrière un rideau d’arbres.

C’est l’automne, un coup de vent fait voler des feuilles mortes dans la maison. Les raisins sont mûrs sur la vigne, bien bleus, violets. Un escabeau a été placé sous le pommier, c’est le moment de cueillir les fruits pour l’hiver. Est-ce la saison idéale pour lire Le Menteur (Løgneren) de Martin A. Hansen ainsi que son journal annoté? L’hiver sera propice pour réaliser des petits paysages au pastel d’après les Quatre saisons de Poussin, chercher dans une écriture impressionniste l’héritage classique de l’antiquité. Les vues de la campagne déconstruites à l’aquarelle se morcellent comme un motif de camouflage, les arbres se tordent comme des géants malhabiles évadés d’un conte. Un train électrique traverse un petit potager. Il était temps de réenchanter un peu nos vies.


Sylvain Silleran


Communiqué de presse :

Jesper Christiansen est considéré comme le plus grand peintre de paysage contemporain du Danemark. Depuis son atelier à Odsherred, il recrée le monde en grandes toiles détaillées, émaillées de perspectives et de décalages. Le monde de Jesper Christiansen est une description complexe, fragmentée et kaléidoscopique de la réalité telle que nous la connaissons. Le temps, le lieu, le genre se mêlent, les perspectives sont distordues et les mots et les images se retrouvent côte à côte; des formules sur le monde forment un entrelacs avec des paysages, des intérieurs et des perceptions de l’espace fourmillant de détails.


Avec ses paysages, Jesper Christiansen est le digne héritier des maîtres de l’Âge d’or danois et renouvelle le genre de la peinture de paysage.


Dans ses peintures, le paysage joue un rôle central, mais ses oeuvres sont également empreintes de références. Il rêve d’ailleurs d’ajouter des notes de bas de page dans son art. Voilà pourquoi il intègre du texte dans ses toiles. Ses motifs sont empreints de références à la littérature, la musique, l’architecture et les arts plastiques. En les examinant de près, on s’aperçoit que ses peintures présentent un tout qui va des objets du quotidien jusqu’au plus précieux de la culture d’élite. Ses peintures sont engageantes et immédiatement accessibles, elles enrichissent ceux qui s’y plongent et explorent leurs motifs.


Jesper Christiansen a une technique de peinture unique, reconnaissable et très calme. Ses peintures sont réalisées sur une très longue période, se transformant au fil de l’eau. À mesure qu’il peint, de nouveaux motifs et éléments trouvent leur place, tandis que d’autres disparaissent. C’est avec de tout petits coups de pinceau sur des canevas noirs qu’il dépeint les paysages de la région de Holbæk sur l’île de Seeland (Danemark), où il vit.


Le paysage comme motif occupe une place de choix dans l’histoire de l’art. Autrefois simple arrière-plan dans les peintures historiques, la nature est devenue depuis un motif à part entière. Au XIXe siècle, la peinture en plein air fut adoptée par les peintres danois de l’Âge d’or. Le paysage est devenu le motif le plus fréquent et c’est ainsi que les Danois ont fait la connaissance de leurs paysages. Avec l’art moderne au XXe siècle, la nature devient pure abstraction et peu à peu, le genre cesse de dominer l’art contemporain. Aujourd’hui, les peintres de paysage sont rares et reconnus. À la manière des peintres d’autrefois qui nous ont appris à comprendre le monde autour de nous par une certaine vision de la nature, ce sont des perspectives intérieures et extérieures que nous offrent Les Quatre Saisons.



Le Film

Aux côtés de quelques 25 toiles et aquarelles de Jesper Christiansen, sera exposé une nouvelle oeuvre filmographique de Nanna Rebekka sur l’artiste, How to Do Things with Words, sélectionnée pour le Festival CPH:DOX. How to Do Things with Words filme l’enquête d’une pratique artistique qui est en soi cinématographique. Tout comme le cinéma crée des mondes en plaçant des images les unes à côté des autres de façon chronologique, Jesper Christiansen crée des mondes en reprenant des motifs et des souvenirs connus qu’il retravaille et filtre par le prisme de sa pratique. À travers des fragments de conversations et des entretiens, ainsi que des observations filmées en 16 mm sur la nature humaine et sur le peintre en action, le film entrebâille une porte sur l’appropriation, l’interprétation personnelle et artistique du monde de Jesper Christiansen. Comme les oeuvres de Jesper Christiansen, le film passe du plan intérieur au plan extérieur, de l’espace privé à l’espace public. Le spectateur est donc à la fois celui qui observe d’un oeil extérieur une pièce, un lieu de travail ou un tableau, et un invité dans un monologue intérieur ou le souvenir d’une expérience.



Le catalogue

L’exposition comporte également un beau catalogue illustré en danois et en français, avec notamment deux articles passionnants qui reflètent deux points de vue. Jesper Christiansen a tenu un journal où il livre un regard sur son processus et ses sources d’inspiration sur quatre saisons. L’historienne de l’art Inge Lise Mogensen Bech éclaire de ses lumières les grandes voies bien tracées et les chemins de traverse subtils qui constituent les repères intérieurs et extérieurs ainsi que le regard malicieux porté par Jesper Christiansen sur ses paysages grandioses à mesure que les saisons défilent.



Partenaires

L’exposition est le fruit d’une collaboration entre le Odsherreds Kunstmuseum, le Musée du Vestsjælland et Le Bicolore à Paris.

Jesper Christiansen, Eclogae, 2018 – 2020. Acryl, 2H blyant, skolekridt og gesso på hørlærred, 114 x 130 cm.
Jesper Christiansen, Eclogae, 2018 – 2020. Acryl, 2H blyant, skolekridt og gesso på hørlærred, 114 x 130 cm.
Jesper Christiansen, Longtemps, 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på Hørlærred, 125 x 110 cm.
Jesper Christiansen, Longtemps, 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på Hørlærred, 125 x 110 cm.
Jesper Christiansen, Anatomy of Melancholy, 2019 - 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på Hørlærred ; 160 x 215 cm.
Jesper Christiansen, Anatomy of Melancholy, 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på Hørlærred ; 160 x 215 cm.
Jesper Christiansen, Winter Comes Home, 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på Hørlærred, 160 x 215 cm.
Jesper Christiansen, Winter Comes Home, 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt og gesso på Hørlærred, 160 x 215 cm.
Jesper Christiansen, Summer surprised us...., 2019 - 2020. Acryl, Skolekridt, 2H blyant og gesso på hørlærred, 160 x 215 cm.
Jesper Christiansen, Summer surprised us…., 2019 – 2020. Acryl, Skolekridt, 2H blyant og gesso på hørlærred, 160 x 215 cm.