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“Albrecht Dürer“ Gravure et Renaissance

à la Salle du Jeu de Paume du Château de Chantilly, Chantilly

du 4 juin au 2 octobre 2022

Château de Chantilly



Interview de Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine, Musée Condé, et de Caroline Vrand, conservatrice du patrimoine, département des estampes et de la photographie, responsable des estampes des XVe et XVIe siècles, et commissaires de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Chantilly, le 2 juin 2022, durée 19’06. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine, Musée Condé, et de Caroline Vrand, conservatrice du patrimoine, département des estampes et de la photographie, responsable des estampes des XVe et XVIe siècles, et commissaires de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Chantilly, le 2 juin 2022, durée 19’06.
© FranceFineArt.

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©Anne-Fréderique Fer, visite presse, le 2 juin 2022.

Extrait du communiqué de presse :



Albrecht Dürer, Saint Eustache, vers 1501. Gravure sur cuivre au burin
Chantilly, musée Condé, EST 235. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471 – Nuremberg, 1528), Saint Eustache, vers 1501. Gravure sur cuivre au burin
Chantilly, musée Condé, EST 235. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer, Saint Jérôme dans sa cellule, 1514, burin, musée Condé, EST 234. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer, Saint Jérôme dans sa cellule, 1514, burin, musée Condé, EST 234. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer, Le Monstre marin (L’Enlèvement d’Amymoné), vers 1498. Burin, musée Condé, EST 233. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer, Le Monstre marin (L’Enlèvement d’Amymoné), vers 1498. Burin, musée Condé, EST 233. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471 – Nuremberg, 1528), Melencolia I, 1514 (La Mélancolie). Gravure sur cuivre au burin. Chantilly, musée Condé, EST 232. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer, Melencolia I, 1514 (La Mélancolie). Gravure sur cuivre au burin. Chantilly, musée Condé, EST 232. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-René Gabriel Ojéda.
Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471 – Nuremberg, 1528), Carnet de voyage aux Pays-Bas Une jeune et une vieille femme de Bergen-op-Zoom (recto) ; Une jeune femme de Bergen-op-Zoom et une fille de Goes (verso). Pointe d’argent sur papier préparé Chantilly, musée Condé, DE 891. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-Benoit Touchard.
Albrecht Dürer, Carnet de voyage aux Pays-Bas Une jeune et une vieille femme de Bergen-op-Zoom (recto) ; Une jeune femme de Bergen-op-Zoom et une fille de Goes (verso). Pointe d’argent sur papier préparé Chantilly, musée Condé, DE 891. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-Benoit Touchard.

Commissariat :


Château de Chantilly :
Mathieu Deldicque, Conservateur du patrimoine, Musée Condé.

Bibliothèque nationale de France :
Caroline Vrand, Conservatrice du patrimoine, Département des Estampes et de la photographie, Responsable des estampes des XVe et XVIe siècles.




Considéré de son vivant comme un génie universel, Albrecht Dürer n’en finit pas de fasciner. Par ses gravures, il a contribué à  façonner la Renaissance européenne en se plaçant au coeur des échanges artistiques. Trop rarement exposé en France – la dernière exposition française consacrée à Dürer remonte à plus d’un quart de siècle ! –, cet immense artiste est exceptionnellement mis à l’honneur l’été prochain à Chantilly. Pour la première fois, deux collections majeures d’oeuvres d’Albrecht Dürer en France, celle du musée Condé à Chantilly et celle de la Bibliothèque nationale de France, unissent leurs forces. Plus de 200 feuilles seront ainsi réunies, un rassemblement inédit qui permettra de mettre en valeur l’éblouissante création graphique de Dürer, placée au coeur de sa propre pratique artistique et des bouleversements de son époque.


La Renaissance européenne d’Albrecht Dürer

Issu du foisonnant foyer artistique de Nuremberg, Albrecht Dürer (1471-1528) est le fils d’une Europe en pleine effervescence. Ses débuts auprès de Michael Wolgemut, ses voyages de formation sur les traces de Martin Schongauer, ses rencontres avec princes, clercs et humanistes, ses séjours répétés en Italie et aux Pays-Bas : chaque étape de sa carrière est l’occasion de découvrir et d’assimiler la production de ses contemporains, d’intégrer et de dépasser les nouveautés techniques et formelles, mais surtout de rayonner et de marquer durablement son temps. L’exposition reviendra sur la fabrique de l’un des plus grands artistes de tous les temps, sa formation, sa connaissance précoce des gravures italiennes du Quattrocento et le dialogue qu’il a établi avec les grands graveurs et dessinateurs germaniques de son temps, notamment Martin Schongauer. Les célèbres cycles gravés sur bois qui ont fait sa célébrité (l’Apolypse, la Vie de la Vierge et la Grande Passion) seront exposés dans leur intégralité, et formeront les jalons du parcours de l’exposition. La découverte de Venise, lors de l’éventuel premier voyage et du second quant à lui bien attesté, marqua un tournant dans son art. Dessins et gravures montreront les échanges féconds qui se sont installés entre l’artiste et le foyer vénitien, pendant son séjour ou après. Des dessins exceptionnels, préparatoires à ses plus grands chefs-d’oeuvre, comme la Fête du Rosaire ou le Retable Landauer, permettront de comprendre la maturation et les ressorts artistiques de ces derniers. Comme bien peu d’artistes avant lui, Albrecht Dürer a nourri un projet artistique global et humaniste de compréhension et d’émulation avec la nature. L’étude du corps humain, de l’anatomie, de la représentation du vivant et de l’espace fut ainsi l’une des constantes de sa carrière, comme le montrer l’exposition. Dürer s’est confronté aux plus grands artistes de son temps, tels Mantegna, Raphäel et Léonard de Vinci, et il a en retour suscité l’admiration de ses contemporains. Marcantonio Raimondi et Raphaël, mais aussi le flamand Lucas de Leyde et les artistes germaniques, pour certains issus de son atelier. Hans Baldung Grien, Hans Wechtlin, Lucas Cranach et Hans Burgkmair seront ainsi convoqués pour comprendre en quoi Dürer créa une véritable révolution. En 1520-1521, au faîte de sa renommée, mais aussi pour s’assurer une pension impériale, le maître entreprit un grand voyage aux Pays-Bas, qui donna lieu à un rare carnet de dessins, dont le musée Condé conserve des feuilles exceptionnelles, en réserve depuis 20 ans. L’exposition se clôturera sur ce voyage, qui résume toutes les ambitions et les obsessions d’un artiste qui se plaça définitivement au centre du concert des géants européens de la Renaissance.


Au coeur de la création d’Albrecht Dürer : la révolution de la gravure

Dürer était à la fois peintre, dessinateur et graveur ; l’estampe tient une place absolument prépondérante dans sa pratique artistique. Il fut ainsi l’un des premiers artistes à hisser la gravure au même rang que les autres arts. Il maîtrisait toutes les techniques connues en son temps : la gravure sur bois, le burin, l’eau-forte et la pointe sèche. Véritable génie de la gravure, bon nombre de ses feuilles demeurent aujourd’hui d’une qualité inégalée. Un panorama presque complet de son oeuvre gravé sera proposé. Ses principales séries sur bois, révolutionnaires en leur temps, seront présentées dans leur intégralité. Ses chefs-d’oeuvre universels (La Mélancolie, Le Chevalier, la mort et le diable, Saint Jérôme dans sa cellule) seront confrontés à des compositions plus confidentielles. Surtout, les oeuvres du maître seront mises en regard des principales créations des graveurs contemporains – allemands, italiens ou flamands – qui ont influencé son art ou s’en sont nourris. Ainsi l’exposition mettra-t-elle en exergue l’intense émulation entre Dürer et les artistes de son temps, phénomène qui prit pleinement part à l’épanouissement de la Renaissance. À l’appui d’un regroupement exceptionnel de plus de 200 estampes et dessins, l’exposition de Chantilly permettra en définitive de considérer sous un angle nouveau la place centrale de l’immense artiste que fut Albrecht Dürer.



#Catalogue
de l’exposition sous la direction de Mathieu Deldicque et de Caroline Vrand est disponible aux éditions IN FINE éditions d’art.

Albrecht Dürer, Vierge à l’Enfant entourée d’anges et de saints, 1521. Plume et encre brune. Chantilly, musée Condé, DE 889. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-Gérard Blot.
Albrecht Dürer, Vierge à l’Enfant entourée d’anges et de saints, 1521. Plume et encre brune. Chantilly, musée Condé, DE 889. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-Gérard Blot.
Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471 – Nuremberg, 1528), L’Adoration de la Sainte Trinité. Projet pour le Retable Landauer 1508, Plume et encre brune, légèrement aquarellée (tons bruns, rouge, vert, bleu). Chantilly, musée Condé, DE 887. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-Gérard Blot.
Albrecht Dürer, L’Adoration de la Sainte Trinité. Projet pour le Retable Landauer 1508, Plume et encre brune, légèrement aquarellée (tons bruns, rouge, vert, bleu). Chantilly, musée Condé, DE 887. ©RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly-Gérard Blot.
Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471 – Nuremberg, 1528), La Cigogne, Vers 1500-1505. Plume et encre. Bruxelles, musée d’Ixelles, JBW136. ©Musée d’Ixelles.
Albrecht Dürer, La Cigogne, Vers 1500-1505. Plume et encre. Bruxelles, musée d’Ixelles, JBW136. ©Musée d’Ixelles.

Le parcours de l’exposition

 

La circulation de l’estampe au XVe siècle
Apparue vers 1400, la gravure permet, pour la première fois en Occident, une diffusion massive des images. À partir d’une matrice unique plusieurs centaines d’exemplaires d’une même image peuvent être imprimés. À quelques décennies d’intervalle, deux techniques se développent. La gravure en relief sur bois (xylographie) est la première technique d’estampe mise au point, vers 1400. Vers 1440, la gravure sur cuivre apparaît dans la vallée du Rhin. La gravure sur cuivre est une technique en creux, où le graveur creuse les tailles sur sa plaque à l’aide d’un burin. La particularité de ce procédé est d’offrir une grande finesse d’exécution, en permettant une richesse de variations tonales. Dans le troisième tiers du XVe siècle, Martin Schongauer est l’un des premiers à exploiter toute la richesse de cette technique, la hissant à un niveau jamais atteint jusqu’alors. Ses compositions rencontrent un succès immédiat, circulent intensément et sont rapidement copiées, adaptées, réinterprétées, aussi bien dans le monde germanique (notamment par Albrecht Dürer) qu’en Italie, où les peintres florentins sont formés à la technique du dessin par la pratique de la copie d’après les estampes de Schongauer.

Dürer et Wolgemut : l’élève et le maître à Nuremberg
Dürer naît le 21 mai 1471 et meurt le 6 avril 1528 à Nuremberg, une ville prospère de Bavière qui bénéficie d’une situation géographique idéale. C’est une ville ouverte sur le monde, imprégnée des idées humanistes et un foyer de premier ordre pour la production du livre imprimé. Dürer y reçoit sa formation artistique et y implante son atelier à partir de 1495. Petit-fils et fils d’orfèvre, Dürer apprend sans doute à manier le burin, outil commun de l’orfèvre et du graveur, dans l’atelier de son père. À la fin de l’année 1486, il entre en apprentissage chez Michael Wolgemut, l’un des peintres les plus réputés de la ville, auprès duquel il va apprendre l’art du dessin et de la couleur et aussi découvrir la révolution picturale des primitifs flamands. Dürer se confronte aussi à la technique de la gravure sur bois. Si la dette d’Albrecht Dürer envers Wolgemut est indéniable, la confrontation entre les oeuvres de l’élève et celles du maître montre aussi combien le premier parvint à se détacher du style encore figé du second en insufflant un dynamisme et une vitalité inédits dans l’histoire de la gravure.

Dürer et les maîtres de la gravure du XVe siècle (Schongauer, Mantegna, Polaiollo)
Dürer restera durant toute sa carrière très marqué par la production des maîtres de la gravure du XVe siècle, germaniques et italiens. À Nuremberg, il dut également avoir sous les yeux des estampes d’Andrea Mantegna et d’Antonio Pollaiuolo. L’Italie ne constitue pas le seul horizon d’Albrecht Dürer. Au printemps 1490, Dürer quitte Nuremberg et entame un voyage de formation à travers l’Allemagne (Wanderjahre) pour atteindre Colmar, où il souhaite bénéficier de l’enseignement de Martin Schongauer. Si celui-ci meurt quelques mois avant son arrivée, Dürer accède cependant à son atelier repris par les frères du graveur alsacien. Après quelques brefs séjours à Bâle et à Strasbourg où il travaille pour des imprimeurs locaux, Dürer regagne Nuremberg. Sur son itinéraire, Dürer séjourne également dans la région du Rhin Moyen (Francfort-sur-le-Main, Mayence), où était actif le Maître du Livre de Raison, dont les délicates et vibrantes estampes à la pointe sèche constitueront une autre de ses sources d’inspiration. De retour dans sa ville natale en 1494, Dürer la quitte vraisemblablement de nouveau peu après pour rejoindre Venise, où l’artiste peut se familiariser davantage encore avec l’art italien. À son retour définitif à Nuremberg en 1495, Dürer y établit son propre atelier, et ses premières gravures témoignent alors de la synthèse qu’il opère entre ses multiples sources d’inspirations afin de créer sa propre identité graphique.

Dürer et Jacopo de Barbari
Dürer et Jacopo de Barbari font le pont entre le monde germanique et l’Italie. Dürer rencontra sans doute l’artiste vénitien à plusieurs reprises, à la faveur du séjour du dernier à Nuremberg en 1503, ou via les gravures qu’il a produites. Une véritable émulation s’est opérée entre les deux artistes, qui se copient mutuellement. Dürer admire tout particulièrement le sens des proportions chez Jacopo de Barbari.

La quête des proportions idéales
On sait, par le témoignage même de Dürer, que Jacopo de Barbari lui montra un jour une figure masculine et une autre féminine, construites selon des méthodes géométriques. Dürer se lança dès lors dans l’étude des proportions, qu’il poursuivit jusqu’à la fin de sa vie. Comme les auteurs antiques et ses contemporains italiens, il souhaita à son tour devenir le théoricien de ces questions qui touchent au corps humain, au mouvement, à la représentation animale ou à celle de l’architecture. Certaines de ses gravures prirent la forme de véritables manifestes promis à une large diffusion. Dürer devenait ainsi l’archétype de l’artiste humaniste.

Dürer, un prince à Venise
Dürer se rendit au moins une fois à Venise, et sans doute deux : son premier voyage, plus hypothétique, daterait de 1494-1495, tandis que son second est attesté par les écrits de Dürer lui-même, en 1506-1507. Ses gravures étaient déjà très appréciées auprès de la Sérénissime, dès avant sa venue. Elles y rencontraient un grand succès, comme le montre le cas de la copie de la série de la Vie de la Vierge de Dürer opérée par Marcantonio Raimondi, qui alla jusqu’ apposer le monogramme de Dürer. Durer se réjouit de la reconnaissance de son statut d’artiste  à Venise : « ici, je suis un prince ». Son séjour est l’occasion d’échanges artistiques nourris avec les peintres et graveurs locaux.

Dürer, Raphaël, Léonard
Jacopo de Barbari et Venise ne sont pas les seuls points d’entrée de Dürer en Italie. Une forte admiration mutuelle existait entre Dürer et Raphaël, relatée par Vasari. Des emprunts fréquents se rencontrent dans les oeuvres des deux artistes : reprise d’un motif, d’une architecture, parfois à peine perceptible. Dürer eut aussi pleinement connaissance de l’oeuvre de Léonard et ses recherches sur l’anatomie du cheval s’inscrivent également dans le sillage des réflexions du maître florentin.

Dans l’atelier de Dürer : le creuset germanique
Dürer exerça une forte admiration auprès des graveurs germaniques. Au sein même de son atelier, une personnalité se détache : Hans Baldung Grien. Cet artiste original, très marqué par la leçon de Dürer à ses débuts, trouva rapidement une voie d’expression résolument à part. Israel van Meckenem, qui avait déjà copié l’oeuvre de Schongauer, s’appropria naturellement celui de Dürer et livra des copies très fidèles de certaines de ses compositions. D’autres artistes, comme Burgkmair ou Cranach, puisèrent de façon plus libre dans l’oeuvre du grand maître de Nuremberg.

Représenter le monde
Dürer s’intéressa toute sa vie au monde qui l’entourait, à la représentation de la nature, de ses paysages et de ses prodiges, mais aussi aux éléments plus exotiques. Ses recherches incessantes pour capturer le monde trouvent leur aboutissement dans les trois cuivres magistraux (Meisterstiche) : Le Chevalier, la Mort et le Diable, Saint Jérôme dans sa cellule et la Melancolia I. Les sujets représentés sont surtout des prétextes à l’illustration d’un savoir théorique et à la démonstration d’une maîtrise inégalée : jamais aucun graveur n’a été et n’ira aussi loin dans le rendu des ombres et des lumières, dans le rendu des matières ou dans la construction de l’espace. Ces gravures sur cuivre comptent parmi les oeuvres les plus connues et les plus commentées de l’histoire de l’art occidental. Malgré cela, elles n’ont pas encore livré tous leurs secrets : c’est la force des plus grands chefs-d’oeuvre.

Dürer et les Pays-Bas
Dürer eut toute sa vie le goût du voyage, mais aussi la nécessité de voyager, pour vendre ses oeuvres, trouver des commanditaires, mais aussi rencontrer d’autres artistes. Il partit ainsi le 12 juillet 1520 pour Aix-la-Chapelle pour assister au couronnement du nouvel empereur Charles Quint à Aix-la-Chapelle pour se faire confirmer une pension. Ce voyage, qui dura finalement un an, est connu dans ses détails grâce au voyage qu’il a tenu. Il poursuivit plus au nord et s’établit à Anvers où sa réputation le précéda. Il parcourut la région, fut reçu partout, rencontra les artistes du temps mais aussi Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas. Il dessina pour lui-même plusieurs souvenirs, les édifices qu’il admira, certaines personnes qu’il rencontra, dans des carnets.

Portraits d’un artiste humaniste
Dürer fut un immense portraitiste. Qu’ils soient peints, dessinés ou gravés, ses portraits traduisent la psychologie et le statut des modèles qui avaient l’honneur d’être immortalisés par ses soins. À la fin de sa vie, le maître dressa essentiellement les portraits gravés des personnes dont il était proche, le concert des princes germaniques qui étaient ses mécènes, les tenants de la Réforme protestantes alors en pleine expansion, et envers laquelle il avait bien des sympathies, mais surtout les érudits de la République des lettres, ce réseau d’humanistes européens dont il se considérait comme un membre à part entière. Dürer avait atteint son objectif : l’artisan était devenu artiste. La gravure avait, plus que tout autre art, largement concouru à cette promotion. 


À découvrir également 

 


Clouet, à la cour des petits Valois“ 

au Cabinet d’arts graphiques du musée Condé, Château de Chantilly

du 4 juin au 2 octobre 2022

Château de Chantilly


Commissariat : 

Mathieu Deldicque, Conservateur du patrimoine au musée Condé.
Avec la collaboration de Pauline Chougnet et d’Alexandra Zvereva.




Fier de sa nombreuse descendance après plusieurs règnes relativement infructueux en la matière, le roi François Ier souhaita célébrer par l’image sa bonne fortune. À l’aube de son départ pour la guerre en Italie, il demanda à son portraitiste en titre, Jean Clouet, de capturer sur le papier les vibrantes frimousses de ses enfants, afin d’en tirer des portraits. Cette série de dessins ou crayons est, grâce à la formidable action d’Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897) – dont nous célébrons cette année le bicentenaire de la naissance – aujourd’hui conservée à Chantilly. Deux séries peintes en furent tirées : la première, de petites dimensions, due à Jean Clouet, ne nous est que partiellement parvenue. La seconde, que les études menées à l’occasion de l’exposition attribuent à François Clouet, travaillant au début des années 1540 d’après des dessins de son père Jean, est plus complète.

En partant de ces extraordinaires retrouvailles, l’exposition se consacre au développement des portraits des Enfants royaux au XVIe siècle, dessinés par Jean et François Clouet, mais aussi des portraitistes moins célèbres comme Germain Le Mannier ou Jean Decourt. Élevés loin de leurs parents, pour les prémunir des dangers et des maladies charriés par la cour, les enfants d’Henri II et de Catherine de Médicis. Tous les membres de la cour des enfants, réunissant le futur François II, son épouse la petite Marie Stuart, les futurs Charles IX, Henri III, Marguerite de Valois et François d’Alençon, seront réunis. Mélanges d’innocence enfantine et de dignité royale, leurs portraits dessinés permettront d’entretenir une grande proximité avec ces acteurs majeurs de l’histoire de France, et de les voir grandir, salle après salle. Les prêts de la Bibliothèque nationale de France mais aussi de collections particulières viendront dialoguer avec les dessins du musée Condé, pour explorer le développement du portrait d’enfant. La réunion de plusieurs portraits peints et de leur dessin préparatoire formera un autre temps fort d’une exposition unique !