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“Marronnage“ 
L’art de briser ses chaünes

Ă  la Maison de l’AmĂ©rique latine, Paris

du 12 mai au 24 septembre 2022

Maison de l’AmĂ©rique latine


Interview de Thomas Mouzard, anthropologue et co-commissaire de l'exposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 11 mai 2022, durĂ©e 25’20. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Thomas Mouzard, anthropologue et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 11 mai 2022, durĂ©e 25’20.
© FranceFineArt.

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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 11 mai 2022.

Extrait du communiqué de presse :



Feno Montoe, Plat à vanner le riz, diam 65cm. coll. Centre d'art et de recherche Mana.
Feno Montoe, Plat à vanner le riz, diam 65cm. coll. Centre d’art et de recherche Mana.
Paul Sangnier et ses piroguiers bushinenge, 1938. Coll. Anicette Sangnier.
Paul Sangnier et ses piroguiers bushinenge, 1938. Coll. Anicette Sangnier.
Jean Hurault, Passage de la première barrière d’un saut sous la direction de Kazal. © Photo Jean Hurault, livre Africains de Guyane, 1970.
Jean Hurault, Passage de la première barrière d’un saut sous la direction de Kazal. © Photo Jean Hurault, livre Africains de Guyane, 1970.
Karl Jospeh, Ma Atema, obiaoeman (guérisseuse noire-marron), Charvin, Mana, 2019. © Photo Karl Jospeh.
Karl Jospeh, Ma Atema, obiaoeman (guérisseuse noire-marron), Charvin, Mana, 2019. © Photo Karl Jospeh.
Jean-Gabriel Stedman. Flagellation femme Samboe. Coll. Jean-Paul Duviols.
Jean-Gabriel Stedman. Flagellation femme Samboe. Coll. Jean-Paul Duviols.
Nicola Lo Calzo, Groupe de femmes capitaines, Courtesy of Dominique Fiat Gallery.
Nicola Lo Calzo, Groupe de femmes capitaines, Courtesy of Dominique Fiat Gallery.
Bwi, objet magico religieux. Extrait du film de Geneviève Wiels, Guérisseurs noirs d'Amazonie, 1998.
Bwi, objet magico religieux. Extrait du film de Geneviève Wiels, Guérisseurs noirs d’Amazonie, 1998.
Antoine Lamoraille : Trapu misi ya nenge kondre, te i si bendi dede udu da mi mu fele, « Tu as su Ă©viter le piĂšge qui a pris tes frĂšres, dĂ©sormais mĂ©fie-toi de l’arbre qui penche ». Acrylique sur bois massif, 200 x 80 cm. Coll. Mama Bobi.
Antoine Lamoraille, Trapu misi ya nenge kondre, te i si bendi dede udu da mi mu fele, « Tu as su Ă©viter le piĂšge qui a pris tes frĂšres, dĂ©sormais mĂ©fie-toi de l’arbre qui penche ». Acrylique sur bois massif, 200 x 80 cm. Coll. Mama Bobi.

Commissaires : GeneviĂšve Wiels et Thomas Mouzard




Artistes et photographes présentés : Sherley Abakamofou, Carlos Adaoudé, Franky Amete, Wani Amoedang, Antoine Dinguiou, Karl Joseph, Antoine Lamoraille, John Lie A Fo, Nicola Lo Calzo, Feno Montoe, Ramon Ngwete, Gerno Odang, Marcel Pinas, Pierre Verger.



À travers cette nouvelle exposition, « Marronnage, l’art de briser ses chaĂźnes », la Maison de l’AmĂ©rique latine a souhaitĂ© mettre en valeur l’histoire, le patrimoine artistique et les productions plastiques de peuples d’origine africaine transportĂ©s de force en AmĂ©rique du Sud, et qui se sont structurĂ©s en sociĂ©tĂ©s issues de la fuite et du refus de l’esclavage. 

Au Suriname et en Guyane française, oĂč la forĂȘt les a protĂ©gĂ©es, ces sociĂ©tĂ©s (les Saamaka, Dyuka, Paamaka, Boni-Aluku, Matawai et Kwinti) ont d’abord dĂ» dĂ©fendre leur libertĂ©, puis se construire, se dĂ©velopper et la paix revenue, exprimer leur sens du beau, de la grĂące : le moy. L’exposition s’attache Ă  montrer la continuitĂ© et la crĂ©ativitĂ© artistiques exprimĂ©es par les Noirs marrons, en prĂ©sentant des objets produits dans la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle, devenus collections de musĂ©e, et un aperçu des crĂ©ations actuelles. Car contrairement Ă  ce qu’ont pu penser certains ethnologues dans les annĂ©es 1930, lorsqu’ils collectaient non pas des oeuvres d’art mais des piĂšces Ă  « conviction » – des piĂšces d’études de peuples en voie de disparition – les Marrons ont continuĂ© de vivre Ă  leur façon et de crĂ©er. 

Ainsi les artistes, les tembeman, sculptent et peignent toujours. Sous leurs doigts, les objets du quotidien se transforment en oeuvres d’art (un peigne, un plat, une pagaie, etc.), ils sont fabriquĂ©s pour soi, offerts Ă  l’autre, en particulier Ă  la femme aimĂ©e, ou vendus. Les femmes confectionnent des capes, calimbĂ©s, foulards, en renouvelant constamment techniques et formes, selon une esthĂ©tique cependant bien identifiable. L’art dont il est question ici est un art d’émancipation autant que social qui cĂ©lĂšbre les rencontres et qui parle d’amour. 

À travers une importante sĂ©lection d’objets et d’oeuvres d’art, « Marronnage, l’art de briser ses chaĂźnes » rĂ©vĂšle la richesse des arts marrons dans leur vitalitĂ© et diversitĂ©, et contribue Ă  faire connaĂźtre une population mĂ©connue, tout en sensibilisant le public Ă  une esthĂ©tique qui se rĂ©invente et se joue des catĂ©gories : patrimoine / crĂ©ation, art / artisanat, arts premiers / art contemporain, etc. 

L’exposition bĂ©nĂ©ficie du parrainage du peintre HervĂ© TĂ©lĂ©maque, nĂ© Ă  Port-au-Prince, fervent admirateur de la culture marronne qui a prĂȘtĂ© pour cette occasion un imposant dyptique en ouverture de l’exposition. 

Un choix d’objets et de photographies issues de plusieurs missions ethnographiques de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle a Ă©tĂ© prĂȘtĂ© par le MusĂ©e du Quai Branly-Jacques Chirac.

#catalogue Un ouvrage collectif autour de l’exposition, sous la direction de GeneviĂšve Wiels & Thoma Mouzard a Ă©tĂ© publiĂ© Ă  cette occasion, et coĂ©ditĂ© avec les Éditions LOCO. PrĂ©face de Christiane Taubira.  http://www.editionsloco.com/Marronnage-l-art-de-briser-ses-chaines


L’exposition

Oeuvres de la premiÚre moitié du XXe [18 objets issus de trois collections du musée du quai Branly-Jacques Chirac et 13 photographies, encore jamais exposés dans leur ensemble.]

Dans les annĂ©es 1930 le musĂ©e d’ethnographie du TrocadĂ©ro, crĂ©Ă© rĂ©cemment et dirigĂ© par Paul Rivet – co-fondateur par ailleurs de la Maison de l’AmĂ©rique latine en 1946 – cherche des objets de qualitĂ© Ă  placer dans ses vitrines pour tenir son rang parmi les musĂ©es ethnographiques du monde. Des missions sont organisĂ©es sur le Maroni en Guyane pour dĂ©couvrir les peuples amĂ©rindiens et les sociĂ©tĂ©s marronnes. Des mĂ©cĂšnes financent les voyages, des industriels et un directeur de magazine. LĂ©on-Gontran DamasLĂ©on-Damas,, poĂšte, financĂ© par Lucien Vogel du magazine «VU» part pour le Maroni en 1934. On ne sait pas grand chose de cette mission mais quelques beaux objets, dont un grand peigne, ont Ă©tĂ© rapportĂ©s et seront exposĂ©s. PaulPaul Sangnier a 21 ans lorsqu’il part en mission, financĂ© par le musĂ©e, en 1938. C’est Ă  lui qu’on doit la plus importante collection conservĂ©e au musĂ©e et rassemblĂ©e Ă  Boniville sous le contrĂŽle du Gran-Man Difou. Marc meurt trois mois aprĂšs son retour, noyĂ© dans la Dordogne. Des objets de cette expĂ©dition seront exposĂ©s et un film de 3 minutes montrĂ© au public, rĂ©alisĂ© Ă  partir de ses images et des documents de sa famille. Jean HuraultJean Hurault, cartographe, se dĂ©place en Guyane de 1946 aux annĂ©es 1960. Il devient ethnologue, filme et rassemble des objets anciens. Ces objets ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s aprĂšs son dĂ©cĂšs en 2005 au musĂ©e du quai Branly – Jacques Chirac et ils sont au nombre de 8 Ă  ĂȘtre prĂ©sentĂ©s dans cette exposition avec de nombreuses photographies.


Art (tembe) contemporain
[13 peintures, 13 bas-reliefs, 5 sculptures (dont 3 créations originales), 30 peignes.]

L’exposition exprime la vitalitĂ© des arts marrons de ces trente derniĂšres annĂ©es. Si les collectes des annĂ©es 1930 ont eu pour effets d’anonymiser les artistes, les deux gĂ©nĂ©rations de crĂ©ateurs rĂ©unis dans cette exposition peuvent se prĂ©senter eux-mĂȘmes et exprimer, notamment via le catalogue, leur vision des arts marrons. Les oeuvres des peintres et sculpteurs suivants sont exposĂ©s : Antoine Lamoraille, Wani Amoedang, Feno Montoe, Antoine Dinguiou, Carlos AdaoudĂ©, Franky Amete. Les deux derniĂšres gĂ©nĂ©rations d’artistes mettent en Ă©vidence la continuitĂ© historique et la crĂ©ativitĂ© permanente, notamment Ă  travers la peinture sur toile apparue dans les annĂ©es 1980.


Peinture contemporaine
[Hervé Télémaque, John Li A Fo, Marcel Pinas]

Le grand peintre HervĂ© TĂ©lĂ©maqueHervĂ© TĂ©lĂ©maque, nĂ© en 1937 Ă  Port-au-Prince et vivant Ă  Paris depuis 1961 a Ă©tĂ© mis Ă  l’honneur par le MusĂ©e national d’Art moderne – Centre Pompidou lors d’une vaste rĂ©trospective de son oeuvre en 2015. Fervent admirateur de la culture des Marrons et de leur art, il parraine non seulement cette manifestation Ă  la Maison de l’AmĂ©rique latine, mais en est l’origine mĂȘme. Il a crĂ©Ă© pour cette occasion une oeuvre originale. Deux autres artistes de renommĂ©e internationale prĂ©senteront chacun une oeuvre en lien avec l’histoire, la culture ou l’art marron. Une façon de rapporter des points de vue artistiques sur les arts marrons. Le plasticien Marcel Pinas est nĂ© en 1971 Ă  Pelgrimkondre, au nord est du Suriname, prĂšs de Moengo et de Moiwana, deux villages qui jouĂšrent un rĂŽle si important dans la guerre civile (1986-1992). Son art parle de la destruction et de la reconstruction de la culture, dyuka en particulier. Il est fondateur du centre culturel dĂ©diĂ© aux savoirs et cultures des Noirs marrons, le Tembe Art Studio (Moengo, Suriname). Le peintre, lithographe et sculpteur John Li A FoJohn Fo, formĂ© aux Beaux-arts de La Haye dans les annĂ©es 1970, est basĂ© sur le plateau des Guyanes dont il croise les imaginaires culturels. Pinty girl, l’oeuvre encore jamais exposĂ©e qu’il prĂ©sente s’émancipe encore un peu plus d’une filiation au mouvement Cobra cet « explorateur d’un mode spirituel sans frontiĂšres », tout en empruntant Ă  la culture marronne qu’il considĂšre comme faisant partie de la sienne.

Textile [15 pangi, des Ă©toffes brodĂ©es, ou avec appliquĂ©s, principalement issus de la collection du Centre d’art et de Recherche de Mana.]

Le tembe ne se limite pas au travail des hommes (Ă  partir du bois et de la peinture) car les productions des femmes, la confection de vĂȘtements et la gravure sur calebasses, en reprĂ©sentent un aspect trĂšs actif et complĂ©mentaire. Sherley AbakamofouSherley Abakamofou expose l’une de ses oeuvres, rĂ©alisĂ©e au point de croix.

Photographie

Les photographes Nicola Lo CalzoNicola Calzo, Gerno OdangGerno Odang, Ramon NgweteNgwete, Karl JosephKarl Joseph prĂ©sentent chacun deux oeuvres en dialogue avec le travail photographique des ethnologues Jean-Marcel HuraultJean-Hurault (5 photos) et Pierre VergerPierre Verger (6 photos). Quelques photographies inĂ©dites prises dans le cadre du voyage d’AndrĂ© Schwartz-Bart AndrĂ© sur le Maroni en 1960 (prĂȘt Simone Scwhartz-Bart) complĂštent la dĂ©couverte de la vie dans les villages au cours de ces 70 derniĂšres annĂ©es.

Iconographie

Les gravures du XVIIIe et du XIXe siĂšcle vont illustrer la vie sur les plantations au Suriname et le comportement des maĂźtres envers les hommes et femmes mis en esclavage.

Ce sont les gravures de William BlakeWilliam Blake illustrant l’ouvrage de Jean-Gabriel StedmanJean-Stedman, capitaine anglais Ă  la solde des Hollandais, venu lutter contre les Marrons, et 50 ans plus tard, les gravures de Pierre-Jacques Benoit, dessinateur belge, voyageur et naturaliste. Les ouvrages d’art dont ces gravures sont extraites, prĂȘtĂ©s par Jean-Paul Duviols, sont montrĂ©s au public de l’exposition.