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“Chaïm Soutine / Willem de Kooning“
La peinture incarnée

au Musée de l’Orangerie, Paris

du 15 septembre 2021 au 10 janvier 2022

Musée de l’Orangerie


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Cha•m Soutine / Willem de Kooning.
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©Anne-Fréderique Fer, visite de l’exposition avec Claire Bernardi, le 13 septembre 2021.

Interview de Claire Bernardi, conservatrice en chef au musée d’Orsay et co-commissaire de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 septembre 2021, durée 20’38. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Claire Bernardi, conservatrice en chef au musée d’Orsay et co-commissaire de l’exposition,

par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 septembre 2021, durée 20’38.
© FranceFineArt.

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Extrait du communiqué de presse :


Chaïm Soutine (1893-1943), Le groom (Le chasseur.)Paris, Centre Pompidou - Musée national d'art moderne - Centre de creéation industrielle. Huile sur toile, 98 x 80,50 cm. Photo ˝ Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat.
Chaïm Soutine (1893-1943), Le groom (Le chasseur). Paris, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de creéation industrielle. Huile sur toile, 98 x 80,50 cm. Photo ˝ Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat.
Chaïm Soutine (1893-1943), Le Petit Pâtissier, 1922-1924. Huile sur toile, 92 x 65 cm. Paris, musée de l'Orangerie. Photo ˝ Musée de l'Orangerie, dist. RMN-Grand Palais / Thierry Le Mage.
Chaïm Soutine (1893-1943), Le Petit Pâtissier, 1922-1924. Huile sur toile, 92 x 65 cm. Paris, musée de l’Orangerie. Photo ˝ Musée de l’Orangerie, dist. RMN-Grand Palais / Thierry Le Mage.
Willem de Kooning (1904-1997), Reine de coeur (Queen of Hearts), 1943-46. Huile et fusain sur panneau de fibres de bois, 117 x 70 cm. Washington (DC), Hirshhorn Museum and Sculpture Garden. Artwork ˝The Willem de Kooning Foundation / Adagp, Paris 2021, Photo ˝akg-images.
Willem de Kooning (1904-1997), Reine de coeur (Queen of Hearts), 1943-46. Huile et fusain sur panneau de fibres de bois, 117 x 70 cm. Washington (DC), Hirshhorn Museum and Sculpture Garden. Artwork ˝The Willem de Kooning Foundation / Adagp, Paris 2021, Photo ˝akg-images.
Chaïm Soutine (1893-1943), Le poulet plumé, 1925. Huile sur toile, 67 x 40 cm. Paris, musée de l’Orangerie. Photo ˝ RMN-Grand Palais (musée de l'Orangerie) / Hervé Lewandowski.
Chaïm Soutine (1893-1943), Le poulet plumé, 1925. Huile sur toile, 67 x 40 cm. Paris, musée de l’Orangerie. Photo ˝ RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski.
Chaïm Soutine (1893-1943), Femme entrant dans l’eau, 1931. Huile sur toile 113,6 x 71,8. Londres, MAGMA˝ Museum of Avant-Garde Mastery of Europe (MAGMA of Europe).
Chaïm Soutine (1893-1943), Femme entrant dans l’eau, 1931. Huile sur toile 113,6 x 71,8. Londres, MAGMA˝ Museum of Avant-Garde Mastery of Europe (MAGMA of Europe).
Willem de Kooning (1904-1997), Amityville, 1971. Huile sur toile, 203,2 x 177,8 cm. Collection particulièrre.˝ The Willem de Kooning Foundation / Adagp, Paris 2021.
Willem de Kooning (1904-1997), Amityville, 1971. Huile sur toile, 203,2 x 177,8 cm. Collection particulièrre.˝ The Willem de Kooning Foundation / Adagp, Paris 2021.

Commissariat :

Claire Bernardi, conservatrice en chef au musée d’Orsay

Simonetta Fraquelli, conservatrice indépendante et historienne de l’art, commissaire pour la Fondation Barnes




Le Musée de l’Orangerie organise une exposition faisant dialoguer les oeuvres de Chaïm Soutine (1893–1943), peintre de l’École de Paris d’origine russe (actuelle Biélorussie) et de Willem de Kooning (1904-1997), expressionniste abstrait américain d’origine néerlandaise. Cette exposition s’attachera plus spécifiquement à explorer l’impact de la peinture de Soutine sur la vision picturale du peintre américain.

Soutine a en effet marqué la génération des peintres d’après-guerre par la force expressive de sa peinture et sa figure d’ »artiste maudit », aux prises avec les vicissitudes et les excès de la bohème parisienne. Son oeuvre a été particulièrement visible aux États-Unis entre les années 1930 et 1950, moment oùl’artiste figuratif de tradition européenne est relu à l’aune des théories artistiques nouvelles. La peinture gestuelle et l’empâtement prononcé des toiles de Soutine conduisent critiques et commissaires d’exposition à le proclamer « prophète », héraut de l’expressionnisme abstrait américain.

C’est précisément au tournant des années 1950 que Willem de Kooning entame le chantier pictural des “ Woman “ toiles dans lesquelles se construit un expressionnisme singulier, entre figuration et abstraction.

L’élaboration de ce nouveau langage correspond au moment où le peintre convoque l’univers artistique de Chaïm Soutine et s’y confronte. De Kooning découvre les tableaux de son prédécesseur dès les années 1930, puis à la rétrospective qui consacre le peintre au Museum of Modern Art à New York en 1950. Il sera particulièrement marqué ensuite par la présentation des toiles de Soutine dans les collections de la Fondation Barnes de Philadelphie, oùil se rend avec sa femme Elaine en juin 1952.

Mieux que tout autre artiste de sa génération, de Kooning a su déceler la tension entre les deux pôles apparemment opposés de l’oeuvre de Soutine : une recherche de structure doublée d’un rapport passionné à l’histoire de l’art, et une tendance prononcée à l’informel.

L’oeuvre de Soutine devient alors une référence permanente pour l’artiste américain. De Kooning, qui cherche à dégager sa peinture de l’antagonisme art figuratif / art abstrait en élaborant une “ troisième voie “ originale, trouve dans l’art de Soutine une légitimation de sa propre pratique.

L’exposition mettra en dialogue les univers singuliers de ces deux artistes au travers d’une cinquantaine d’œuvres articulées autour des grands moments de la réception de l’oeuvre de Soutine par de Kooning, et abordant quelques thématiques essentielles : la tension entre la figure et l’informe, la peinture de la “ chair “, la pratique picturale “ gestuelle “ des deux artistes.

Cette proposition, la première sur ce sujet, s’inscrit dans la ligne de programmation d’expositions temporaires que porte le musée de l’Orangerie autour de sa collection, notamment autour de celle de Paul Guillaume à la suite d’Apollinaire. Le regard du poète (2016), de Dada Africa, sources et influences extra-occidentales (2017), de Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique (2020) et rejoint la question de la réception américaine, faisant suite à Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet (2018).

L’exposition est organisée conjointement avec la Fondation Barnes de Philadelphie, qui possède un nombre important d’oeuvres de Soutine. Elles ont été réunies par le docteur Barnes sur les conseils de Paul Guillaume, qui est à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie.





Pour accompagner l’exposition Chaïm Soutine / Willem de Kooning. La peinture incarnée, un catalogue est disponible en coédition Musée d’Orsay / Hazan.

L’exposition

Elle est découpée en 5 sections dans lesquelles sont exposées 43 oeuvres.



Introduction – La peinture incarnée

Un grand tournant de l’oeuvre de Willem de Kooning (1904-1997), celui du chantier pictural des « Woman », s’opère alors que le peintre se confronte à l’univers artistique de Chaïm Soutine (1893-1943). Découvrant ses tableaux dès les années 1930, puis à la rétrospective du Museum of Modern Art de New York de 1950 et lors de sa visite à la Fondation Barnes avec sa femme Elaine en juin 1952, l’artiste américain construit un expressionnisme singulier, entre figuration et abstraction. Soutine marque en effet la génération des peintres d’après-guerre par la force expressive de sa peinture et sa figure d’artiste maudit de la bohème parisienne. Son oeuvre est particulièrement visible aux États-Unis entre les années 1930 et 1950, et l’intérêt pour le peintre ne se tarit pas outre-Atlantique jusqu’à la rétrospective du MoMA en 1950. Son oeuvre y est présentée comme un précédent à l’American Painting, et l’artiste perçu comme un “prophète”, héraut de l’expressionnisme abstrait. De Kooning, mieux qu’aucun autre, a su déceler dans son oeuvre la tension entre deux pôles apparemment opposés, une recherche de structure doublée d’un rapport passionné à l’histoire de l’art, et une tendance prononcée à l’informel. L’oeuvre de Soutine a ainsi constitué une pierre de touche dans la recherche du peintre new-yorkais, une piste conduisant à une troisième voie qui chercherait à se dégager de l’antagonisme art figuratif/art abstrait sur lequel la critique d’art fonde alors ses théories.



1. Les années 1940 : « Peindre comme Soutine et Ingres à la fois »

De Kooning découvre la peinture de Soutine peu après son arrivée à New York. Introduite aux États-Unis en 1923 grâce au collectionneur Albert Barnes, celle-ci est régulièrement présentée au cours de la décennie suivante. Dès 1943, la Bignou Gallery présente des oeuvres de Soutine et de de Kooning côte à côte dans une exposition collective. Cependant, l’influence de Soutine n’est pas immédiatement apparente dans son oeuvre. Ses premiers portraits de femmes sont plus redevables à Picasso, Matisse ou aux portraits classiques observés dans les musées, qu’à la liberté de facture de son aîné. On a ainsi parlé de « renouveau ingresque » à propos de certaines toiles exécutées alors par de Kooning et ses amis Arshile Gorky et John D. Graham. En quête de sa propre voie, le peintre new-yorkais se confronte cependant à des tendances opposées. Cette tension trouve son expression dans cet aveu qu’il fait plus tard à un ami, le photographe Rudy Burckhardt, indiquant qu’il a voulu peindre « comme Ingres et comme Soutine à la fois » : il emprunte à Ingres sa ligne, à Soutine l’audace de ses couleurs, mais aussi son exagération expressive.



2. 1950 : La rétrospective Soutine au MoMA

La peinture de Soutine trouve sa pleine reconnaissance aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Sa mort en 1943, alors qu’il se tenait caché en pleine France occupée, renforce la dimension tragique de ses toiles tourmentées. Sa peinture gestuelle résonne par ailleurs avec le contexte artistique américain d’après-guerre, et l’on voit dans son expressionnisme la forme non préméditée d’un nouveau type d’abstraction, érigé en source de l’art new-yorkais d’alors. La rétrospective que lui consacre le MoMA à l’automne 1950, où soixante-quinze de ses toiles sont réunies, participe de cette réévaluation. Le commissaire Monroe Wheeler, dans un catalogue court et didactique, associe des considérations sur les éléments formels de son art et d’autres plus anecdotiques, reprises de biographies antérieures. Sa lecture de l’oeuvre insiste sur la complémentarité entre l’aspect formel de son organisation picturale et l’expression « primitive » de son émotion, ainsi que sur le dépassement des formes naturelles par son traitement quasi abstrait du motif. La rétrospective enthousiasme le cercle de critiques et artistes dans lequel de Kooning évolue.



3. Les années 1950 : Le tournant des « Woman »

Au début des années 1950, l’oeuvre de Soutine joue un rôle de catalyseur pour de Kooning. La rétrospective du MoMA a un impact important sur son art. En juin 1952, Willem et son épouse Elaine bénéficient d’une visite privée à la Fondation Barnes à Merion, près de Philadelphie. Il y découvre de nombreuses toiles de Soutine, dont le « rayonnement » qui semble en émaner le fascine, comme il le confiera plus tard. Cette révélation a lieu à un moment particulier pour le peintre, qui cherche dans un ensemble de toiles intitulées « Woman », un moyen d’aller au-delà de l’antagonisme entre figuratif et abstrait invoqué par les critiques d’art contemporain tel Clement Greenberg. Une semaine après sa visite à la Fondation Barnes, de Kooning achève des toiles sur lesquelles il travaillait depuis des mois, intensifiant le pouvoir expressif de son imagerie, comme Elaine l’annonce à un ami : son mari « a fini deux de ses grosses femmes », parmi lesquelles Woman II. Dès 1959, le critique d’art britannique David Sylvester établit un parallèle, que de Kooning lui même confirmera, entre les coups de pinceaux gestuels et la distorsion expressive des oeuvres de Soutine et les « Woman », férocement souriantes.



4. Les années 1960 : Femmes-Paysages

Woman as Landscape (1954–55) constitue pour de Kooning le point de départ d’une exploration qu’il poursuit à la fin des années 1960, dans une série de peintures à la facture très fluide, qui mêlent figure féminine et paysage maritime. ll vit désormais à la campagne, au bord de la mer, dans la région des Hamptons. Les poses provocantes de ses figures – assises, jambes parfois écartées, torse raccourci – suggèrent des sources directes ou pop, telles les femmes qu’il voit sur la plage ou les photos de pin’up, mais aussi la Femme entrant dans l’eau (1931) de Soutine que de Kooning a vu reproduite dans le catalogue de la rétrospective du peintre. Il connaissait également très certainement le tableau dont s’est inspiré Soutine, La Femme se baignant dans un ruisseau de Rembrandt (v. 1654, Londres, National Gallery), référence qui lie les deux artistes dans leur admiration pour le maître hollandais.



5. Les années 1960 et 1970 : Transfigurations

L’impact visuel des tableaux qu’il a vus au MoMA puis à la Fondation Barnes reste présent dans la mémoire de de Kooning durant de nombreuses années. Ses oeuvres tardives où la composition se déploie et affleure à la surface témoignent d’un intérêt de plus en plus profond pour les qualités picturales qu’il apprécie chez Soutine. La franche sensualité de ses « Woman » des années 1960, comme les surfaces animées de ses oeuvres abstraites des années 1970, rappellent certains paysages de Soutine. Il en est ainsi de Colline à Céret (v. 1921), où les tourbillons de peinture appliqués avec véhémence sur la toile créent un effet quasi hypnotique : « on ne voit pas le paysage, on voit la peinture » comme le constate le critique David Sylvester. Quand de Kooning déclare en 1977 être « fou de Soutine — toutes ses peintures », il loue sa capacité à capturer la lumière, comme émanant de l’intérieur de la peinture elle-même, pour créer une forme de transfiguration. Dans ses propres compositions des années 1970, comme North Atlantic Light, on retrouve la même approche lumineuse, vibrante et luxuriante de la peinture.