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“La Fabuloserie” 

à la Halle Saint Pierre, Paris

du 25 janvier au 25 août 2023

la Halle Saint Pierre


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La Fabuloserie
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©Anne-Fréderique Fer, visite presse, le 24 janvier 2023.
Anonyme, 1926.
Anonyme, 1926.

Texte de Sylvain Silleran

Alain Bourbonnais, Turbulent, non daté, détail . © Jean-Paul Viala.
Alain Bourbonnais, Turbulent, non daté, détail . © Jean-Paul Viala.
Camille Vidal, Les jardins de La Fabuloserie, Sculptures en ciment, polychrome de Camille Vidal. Les médaillons de François Portrat, sur le mur présentoir. © Danilo Proietti.
Camille Vidal, Les jardins de La Fabuloserie, Sculptures en ciment, polychrome de Camille Vidal. Les médaillons de François Portrat, sur le mur présentoir. © Danilo Proietti.
Michèle Burles, Sans titre, non daté. Aquarelle sur papier, 30 x 40 cm. © Zoé Forget.
Michèle Burles, Sans titre, non daté. Aquarelle sur papier, 30 x 40 cm. © Zoé Forget.
François Baloffi, Port de Collioure, non daté. Peinture acrylique sur sac d’engrais,33 x 55 x 2 cm. © Jean-François Hamon.
François Baloffi, Port de Collioure, non daté. Peinture acrylique sur sac d’engrais,33 x 55 x 2 cm. © Jean-François Hamon.
Alain Bourbonnais (avec Michel Ragon, celui portant le trench). © archives de La Fabuloserie.
Alain Bourbonnais (avec Michel Ragon, celui portant le trench). © archives de La Fabuloserie.

Le monde de la Halle Saint Pierre est dual, il s’exprime par deux espaces, deux étages opposés. L’un  est noir et sombre, on y accède en traversant un rideau d’attraction foraine, pénétrant dans un monde obscur, souterrain, où rôde l’inattendu et le dangereux, l’excitant. Les ombres sont noires et se découpent avec la cruauté d’un éclairage tranchant. Au-dessus le monde est ouvert, lumineux, les murs y sembleraient par comparaison trop blancs. On y marche à pas feutrés, la confiance revenue.

Un paquebot de bois vogue sur un fagot de branches d’arbres, un autre roule et tangue sur l’océan d’une table rafistolée. C’est parti pour un beau voyage, immobile ou pas, au long cours ou jusqu’à la porte d’à côté, pourvu qu’on ait l’ivresse. Quelques petites scénettes dans des cadres de bois, une péniche est amarrée à la rive bucolique d’un canal. Un château de cartes, mais un solide cette fois-ci, aux colonnes larges et aux murs solides est habité d’une armée de valets, de rois, de reines. En face, un palais des mille et une nuits en coquillages peints au vernis à ongles ressemble à un étalage de bonbons.

Des dizaines de cartes postales de Paris, des dessins de rues, de monuments sont tracés d’une plume naïve avec un peu de couleur à l’aquarelle. Des mots, des phrases de journal intime s’y promènent, se glissent partout, la date, le temps qu’il fait. Parmi les monuments, la tour Eiffel, les Invalides, l’église Saint Roch, il y a la chambre de la tante Henriette, le boucher du coin au travail, les animaux du zoo… Ailleurs des bestiaires fantastiques, des animaux bien alignés ou au contraire imbriqués dans un chaos de puzzle. Un dragon sculpté en bois a le museau d’Alf, des oiseaux ou singes ailés sont assis comme des gargouilles échappées de leur tour, hésitant un instant avant de s’envoler.

Des dessins sont brodés en une tapisserie libre, une narration qui file joyeusement du coq à l’âne. Un poulbot portant un cercueil, un cochon braqueur, des poulpes et des hommes à tête d’oiseau  forment une bande dessinée psychédélique et grimaçante, aux motifs rayés. Des poupées se noient dans une jungle épaisse de tissu, de plastique, de pétales, de plumes et de perles, des morceaux de jouets. Leurs corps sont démontés et recomposés par le chaos, par les trouvailles, l’obsession de ramasser, de collectionner. Une petite fille devient un beau cygne blanc, une autre jongle avec des bulots peints en rouge.

Des hommes géométriques, tracés à la règle et au compas, au stylo-bille rouge, vert, bleu refusent cette poésie. Pourtant, robots, mannequins articulés ornés de croix, d’étoiles, de symboles, dansent, écartent les bras, rayonnent de milles faisceaux, entre énergies telluriques et mécanismes industriels, entre tarot et futurisme déshumanisé de Metropolis. Des villes sous cloche, une petite Venise musicale, un opéra avec ses spectateurs acclamant depuis les balcons, des couples qui dansent au bal. Une œuvre musicale comme ces boîtes à bijoux et leur petite ballerine qui tournoie, mais fabriquée d’un bric-à-brac devenu matériau indéfinissable. 

Une grosse dame nous dit bonjour depuis sa fenêtre, habillée d’un grand voile de dentelle à l’allure de filet de pêche. Deux poupées de chiffon grandeur nature sont attablées à une terrasse de bistrot, une en costume SM, brandissant des chaînes, clope au coin d’un moue lasse, l’autre en lingerie rose chair, l’œil hagard. La chair est molle, fatiguée mais bien vivante, saignante et carnée. Des estampes sont faites en encrant des morceaux découpés, des objets trouvés: une couronne de carton de galette des rois de boulangerie, des plumes, des poils, des dentelles et des napperons ou de grillages métalliques. De ce collage d’encre naissent de formidables personnages aussi difformes que pris dans une frénésie érotique. Des femmes aux pattes d’ourses, au caractère bien trempé et un homme priapique.

Le monde est un cirque. De grands tableaux au pastel gras, à la surface lisse et brillante de formica sont habités par des femmes aux prises avec des machines curieuses, un aspirateur devenu machinerie à sonder les âmes ou une automobile grotesque. On se souvient de l’enfance, de l’école, de la messe, le folklore biblique devient cru et coloré, un folklore lumineux de manège, de fête foraine. La table de la cuisine est l’atelier où entre la salière et une cuiller oubliée se rejouent les histoires et les drames, les comédies. Là d’ou partent les voyageurs au long cours.

Sylvain Silleran


Extrait du communiqué de presse :

Commissaires : Sophie Bourbonnais et Martine Lusardy 

Direction de la Halle Saint Pierre : Martine Lusardy, directrice de la Halle Saint Pierre et commissaire des expositions depuis 1994.




L’art invente et propose des formes pour que nous soyons capables de décrire le monde dans lequel nous vivons. Aujourd’hui, une nouvelle civilisation faite d’entités non-humaines, appelle de façon vitale un recours aux forces vives de l’imaginaire et du sensible. C’est donc au merveilleux, au fabuleux et au fantastique que la Halle Saint Pierre consacrera l’année 2023. Artistes, écrivains, poètes nous inviterons à élargir notre vision du réel en suivant les voies magiques, surnaturelles, irrationnelles que nos univers familiers ont occultées. L’exposition consacrée à La Fabuloserie à l’occasion de ses 40 ans sera le premier évènement à mettre en oeuvre cette espérance.




La Halle Saint Pierre célèbre les 40 ans de La Fabuloserie

La Fabuloserie a 40 ans. Cette date anniversaire est pour la Halle Saint Pierre l’occasion de célébrer la collection qu’Alain et Caroline Bourbonnais ont rassemblée avec une passion insatiable à partir de 1972, à Paris d’abord à l’Atelier Jacob puis à Dicy en Bourgogne dans un domaine aménagé en une maison-musée et un jardin habité. Une collection sous le vent de l’art brut qui, si elle poursuit la démarche initiale de Jean Dubuffet, s’en écarte librement pour imposer le regard, le goût et la sensibilité de ses fondateurs. A la croisée de l’art brut, de l’art naïf et de l’art populaire, également ouvert sur les cultures extra occidentales, l’art hors-les-normes de La Fabuloserie n’a cessé d’accueillir les oeuvres singulières de créateurs dépourvus de soucis esthétiques, qui ne se disent ou ne se pensent pas professionnels de l’art. Pour ces hommes du commun habités par une force créatrice irrépressible, Alain Bourbonnais voulait « un temple du rêve, de l’imagination, de l’émotion » où tout est étrange, surprenant, insolite. Ce voyage qui surprend, émerveille, déconcerte et stupéfie à la fois, se prolonge dans le parc où les bâtisseurs de l’imaginaire et inspirés du bord des routes ont trouvé leur derrière demeure. Leur oeuvre de toute une vie passée à transfigurer leur environnement quotidien en un paradis personnel, est réinterprétée et préservée, échappant ainsi à la destruction et à l’oubli. Point d’orgue au fond du parc, au-delà de l’étang, « le Manège de Petit Pierre » se dresse comme la promesse d’un moment magique et enchanteur.

Alain Bourbonnais était aussi créateur, sans limite, à la fois peintre, dessinateur, graveur, metteur en scène, réalisateur de courts métrages. Ses Turbulents, sortes d’automates mécanisés confectionnés avec des matériaux du quotidien forment une tribu truculente de personnages à la fois rabelaisiens et ubuesques, tout droit surgis d’une fête foraine ou d’un carnaval.

L’exposition restera fidèle à l’esprit de La Fabuloserie en maintenant sa magie du cabinet de curiosités et son souffle émancipatoire qui libère les sens et l’imaginaire.




Avant La Fabuloserie, l’Atelier Jacob 

Alain Bourbonnais a découvert l’oeuvre de Jean Dubuffet à l’âge de 21 ans, lors de l’exposition dans le sous-sol de la Galerie Drouin en 1946. C’est à partir de 1965 qu’il commença à collectionner des oeuvres d’art. Il découvrit l’art brut en 1971 à l’occasion de l’annonce faite par Jean Dubuffet de sa donation à la Ville de Lausanne. Il rencontra l’artiste rue de Sèvres où les collections de l’Art Brut étaient entreposées et dès lors les deux hommes entretiendront une correspondance régulière durant dix années [Collectionner l’art brut, Jean Dubuffet & Alain Bourbonnais, correspondance inédite présentée par Déborah Couette, éditions Albin Michel 2016.]. Jean Dubuffet proposa à Alain Bourbonnais de l’aider « s’il voulait entreprendre quelque chose en France ». Ayant l’opportunité et les moyens financiers (grâce aux concours d’architecture), l’Atelier Jacob a vu le jour au 45 rue Jacob dans le VIe arrondissement en septembre 1972 avec l’exposition d’Aloïse Corbaz. S’en suivra celle de Lortet, Podestà, Brodskis, Stricanne, Barbisan, Deldevez. 

De la correspondance entre Jean Dubuffet et Alain Bourbonnais naîtra l’appellation « art hors-les-normes » qui deviendra le sigle de la galerie. Dès lors Alain Bourbonnais mènera trois vies parallèles : architecte, créateur et animateur de l’Atelier Jacob. 




Alain et Caroline : La Fabuloserie à Dicy 

Malgré le succès des expositions et une presse élogieuse, il n’y avait pas assez d’acquéreurs pour entretenir la galerie qui fermera en 1982. L’art brut intriguait voire effrayait à cette époque. Le public était trop jeune pour mesurer l’impact et la portée dans l’histoire de l’art de cet art nouveau. Le seul acquéreur de ces oeuvres était Alain Bourbonnais lui-même. 

Il rapatria au fur et à mesure sa collection à Dicy où il avait acquis une maison de campagne en 1960. Il aménagea cette maison en musée. La métamorphose se déploya sans plan avec un maçon du village pour en faire un lieu plus intime et secret – comme les productions elles-mêmes – qu’une boutique sur le trottoir. « C’est un art « hors code de la ville », « hors circuit ». C‘est dans la campagne que ces productions sont les plus belles à voir. C’est là qu’il leur faut une sorte de grande maison avec un feu de bois. Leur force devient évidente lorsqu’elles sont rassemblées, réunies en quelque lieu suffisamment retiré des trottoirs des villes. » Chaque niche a été conçue pour recevoir une oeuvre précise et chaque pièce possède son atmosphère spécifique ainsi que son nom propre. 

Jean Dubuffet une nouvelle fois applaudit au projet : « Il faut savoir clôturer les sessions… en route donc maintenant pour Dicy. Il y souffle un air plus sain qu’à Paris et les plantes y poussent mieux, vous pourrez y aménager une présentation à grande échelle et fortement impressionnante, un anti-Beaubourg décentralisé, une puissante citadelle du Marginal, de la création, libérée du conditionnement culturel. » (1er décembre 1981).

C’est donc le 25 septembre 1983 que La Fabuloserie ouvrit au public. Le nom a été inventé par Alain Bourbonnais et Michel Ragon, critique d’art, grand ami de la famille, qui résuma parfaitement l’esprit de ce musée : « Avec toute l’ingéniosité de l’architecte qui en avait soupé de l’architecture rationnelle et rêvait d’anarchitecture, Alain Bourbonnais aménagea un parcours initiatique, un labyrinthe avec des chambres à surprises que l’on ouvre subrepticement, quitte à en ressortir avec frisson et horreur, comme dans la chambre noire où s’affalent les bourrages de Marshall. On gravit des escaliers de meunier. On traverse des murs. Tout est étrange. Tout est surprenant. Tout est insolite. Tout vous agresse. Tout vous enchante. »




Sophie et Agnès Bourbonnais, leurs filles : une nouvelle ère

C’est d’abord Caroline qui reprit la direction de La Fabuloserie suite au décès d’Alain Bourbonnais (21 juin 1988). Elle anima et représenta pendant 25 ans ce lieu. Elle fit également vivre La Fabuloserie à travers de nombreuses expositions, notamment l’une des plus marquantes : Art Brut et Compagnie, la face cachée de l’art contemporain à la Halle Saint Pierre à Paris en 1995 sous le commissariat de Laurent Danchin et Martine Lusardy ; et à l’étranger :au Kunstmuseum de Bochum, en Allemagne ; au Pallazzo della Ragione,à Bergame en Italie ; à Bratislava en Slovaquie ; au Museum of Contemporary art Kiasma en Finlande. C’est à partir de 2014 que les filles de Bourbonnais reprennent la direction.

En septembre 2016 est inaugurée la galerie-librairie à Paris, au 52 rue Jacob, en face de l’ancien Atelier Jacob. C’est à la fois un lieu littéraire pour découvrir les livres dédiés à l’art brut et un lieu artistique, offrant une plus grande visibilité pour le musée de La Fabuloserie. Considérée comme un haut lieu de la culture alternative, La Halle Saint Pierre a fait de l’art brut le coeur de son projet culturel. Les routes de la Halle Saint Pierre et de La Fabuloserie n’ont cessé de se croiser : Aux Frontières de l’Art Brut 1 en 1998, Banditi Dell’Arte en 2012, Raw Vision, 25 ans d’art brut en 2003, HEY! Act III en 2015, puis HEY! Le Dessin en 2022 furent autant d’occasions de faire exister un autre monde de l’art et d’appréhender les subtiles parentés qui l’animent. C’est donc une nouvelle fois que la Halle Saint Pierre souhaite rendre hommage à ces pionniers et célébrer le demi-siècle d’une collection (qui a débuté avec l’Atelier Jacob) dont l’exigence aura été de libérer l’art et la création de ses multiples prisons et de réenchanter l’existence même des êtres et des choses. 

L’exposition présentera une sélection d’artistes, un ensemble photographique sous forme de diaporama rendant vivant le parc de La Fabuloserie avec les fragments d’environnements qui ont été préservés, comme ceux de Jean Bertholle ou de Camille Vidal et, point d’orgue, le Manège de Pierre Avezard, dit Petit Pierre, à travers un film projeté. L’occasion de redécouvrir la magie et l’authentique poésie de ce manège qui se révèle être un spectacle total accompagné d’une musique de foire.