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“Wu Meng”

Portrait d’un collectionneur chinois

Wu Meng (instagram)


Portrait de Wu Meng.
Portrait de Wu Meng.
George Condo, Father and Daghter with Face Mask [père et fille portant un masque] 2020. Acrylic, pigment stick, mettalic paint and wax crayon on linen, 208,3 x 203,2 cm.
George Condo, Father and Daghter with Face Mask [père et fille portant un masque] 2020. Acrylic, pigment stick, mettalic paint and wax crayon on linen, 208,3 x 203,2 cm.
Jennifer Guidi, Seeking Joy (Painted Universe Mandala SF #4E, White Yellow Orange Pink Gradient, Naturel Ground), 2020. Sans, acrylic, and oil on linen, 193 x 147,3 x 3,8 cm.
Jennifer Guidi, Seeking Joy, (Painted Universe Mandala SF #4E, White Yellow Orange Pink Gradient, Naturel Ground), 2020. Sans, acrylic, and oil on linen, 193 x 147,3 x 3,8 cm.
Jonas Wood, Shelf Still Life with Night Bloom, oil and acrylic on canvas, 147,3 x 114,3 x 3,8 cm.
Jonas Wood, Shelf Still Life with Night Bloom, oil and acrylic on canvas, 147,3 x 114,3 x 3,8 cm.

texte de Liyu Yeo, rédacteur pour FranceFineArt.

La scène de l’art contemporain est bouleversée par la pandémie. Les expositions des musées sont soit en attente, reportées ou pire annulées. Les foires sont repoussées à des dates postérieures. Les amateurs regardent de plus en plus les plateformes digitales pour voir de l’art. Instagram est devenu le principal moyen pour les artistes et les collectionneurs de découvrir, de promouvoir et d’acheter des œuvres d’art. Une toute nouvelle génération de jeunes collectionneurs utilisent Instagram pour découvrir l’art et contacter les artistes. Seules les œuvres « instagramables » passent ce cap.

Wu Meng, collectionneur d’art contemporain de trente-cinq ans, basé à Shanghai est tout à fait représentatif de cette jeune génération de collectionneurs chinois. Il s’identifie à la scène internationale d’art contemporain et est totalement à l’aise avec les références culturelles globales. Il est le co-président du groupe Giant Network qui développe des jeux vidéos en ligne. « Les vêtements que je porte viennent d’Europe, le café que je bois est d’Amérique du Sud donc, je trouve tout à fait naturel de collectionner de l’art contemporain international ». C’est un changement d’attitude récent, les collectionneurs chinois auparavant ont commencé par s’intéresser à l’art chinois avant de découvrir l’art international. Wu explique que puisque  son travail consiste en la production de jeux vidéos en ligne, il est tout naturellement attiré par des œuvres très dessinées et aux couleurs vives. Ce n’est pas surprenant que sa première acquisition sérieuse soit une peinture de l’artiste japonais Takashi Murakami. Grâce à Instagram, beaucoup d’artistes inspirés par l’esthétique des jeux vidéos, des mangas et du street art sont devenus des acteurs majeurs de la scène artistique. C’est une conséquence de l’ère numérique : la notion de temps est comprimée et les regardeurs envisagent l’art d’une façon beaucoup plus intense 

Ce que Wu recherche dans l’art contemporain passe par une réaction instinctive à la composition et aux couleurs des œuvres. Une appréciation émotive et forte doit stimuler son regard. L’année dernière, pendant le confinement dû au Covid, il a acheté une grande toile de George Condo « père et fille portant un masque ». Tout un symbole, et l’artiste ajoute : « La pandémie nous a obligé de nous réfugier dans cette région de l’esprit, étrange et non identifiée où tout semble fonctionner par lui-même sans aucune direction. Toutes les règles de conduite de notre quotidien ont aussi été changées. Le port du masque, les désinfections constantes, les gants pour faire la guerre aux germes…. tout cela sans la moindre information ni structures. Cet effort humanitaire pour faire ressurgir la nature profonde de l’homme et combattre le virus avec empathie, notre propre trouble intérieur est devenu beaucoup plus vaste ces derniers mois ».

Wu apprécie beaucoup une peinture abstraite de l’artiste américaine Jennifer Guidi. Wu a été captivé par la combinaison frappante de couleur rose et jaune réalisée à l’aide du sable et d’un médium à base d’huile et d’acrylique. L’artiste, qui travaille à Los Angeles, a réalisé de nouvelles séries d’œuvres utilisant diverses techniques comme le faisait les artistes du mouvement moderniste et minimaliste de l’American Southwest. L’artiste réalise sur une surface tactile de tout petits signes en rayon. C’est devenu sa signature. La composition tel un Mandala crée un effet optique et méditatif très stimulant pour le regardeur. 

Lorsque l’on demande à Wu quelle pièce de sa collection représente le plus son état d’esprit du moment, d’une façon surprenante, il choisit une nature morte de Jonus Wood. La peinture s’intitule : nature morte à l’étagère et aux fleurs de nuit. S’inspirant des scènes d’intérieur de Pierre Bonnard et d’Henri Matisse, la toile, d’une ambiance intime et tranquille, représente des rangées de pots peint d’une façon très plate. L’artiste peint très souvent les pots créés par Shio Kusaka, sa femme, il dit que l’on peut appeler cela : « un journal visuel ou même une histoire personnelle ! ». C’est peut-être cette connexion intime évoquant un total état d’apaisement que Wu apprécie en ce moment. Comme, ces dernières années, il a collectionné des œuvres d’une façon plutôt intense, il aimerait apprendre à moins acheter et même à dire « Non » pour aborder plus calmement son voyage de collectionneur. 


Liyu Yeo