🔊 “Louise Bourgeois” Extrême tension, Dessins et gravures, à la BnF I Richelieu, du 20 octobre 2026 au 21 février 2027
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“Louise Bourgeois” Extrême tension, Dessins et gravures
Ă la BnF I Richelieu, Paris
du 20 octobre 2026 au 21 février 2027
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PODCAST –Â Entretien avec
Anne Montfort-Tanguy,
conservatrice au Cabinet d’art graphique du Centre Pompidou – MusĂ©e national d’art moderne,
et co-commissaire de l’exposition,
par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 19 octobre 2026, durĂ©e 13’59,
© FranceFineArt.
Extrait du communiqué de presse :

Louise Bourgeois, He disappeared into Complete Silence, planche 6, 1947. BnF, Estampes et photographie. Crédit : © Louise Bourgeois, ADAGP, Paris, 2026.

Louise Bourgeois, The Birth, 2007. Don des American Friends of the Centre Pompidou en 2022. Collection Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Crédit : © The Easton Foundation / ADAGP, Paris, 2026 . Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn.
Commissariat :
Commissaire générale :
Marie-Laure Bernadac, conservatrice générale honoraire du patrimoine
Commissaires associées
Cécile Pocheau-Lesteven, conservatrice en chef, chargée des collections d’estampes du XXe et XXIe siècles au département des Estampes et de la photographie de la BnF
Anne Montfort-Tanguy, conservatrice au Cabinet d’art graphique du Centre Pompidou – MusĂ©e national d’art moderne
Exposition coorganisée par la Bibliothèque nationale de France et le Centre Pompidou
Une exposition consacrée à l’oeuvre graphique de Louise Bourgeois réunit pour la première fois les fonds de la Bibliothèque nationale de France et du Centre Pompidou. C’est aussi la première exposition dédiée à l’artiste dans une institution publique parisienne depuis 2008.
Figure majeure de l’art contemporain, Louise Bourgeois (1911-2010) a construit son oeuvre en marge des grands courants qui ont marqué le XXe siècle — surréalisme, expressionnisme abstrait, minimalisme… — développant un langage profondément personnel qui exerce toujours une profonde influence sur de nombreux artistes.
Installée à New York dès 1938, elle découvre la gravure dans l’Atelier 17 de Stanley William Hayter — une technique qui deviendra, avec le dessin, essentielle à toute son oeuvre. Gravure, dessin et sculpture se nourrissent mutuellement ; les mots s’inscrivent dans les images ; les gestes se répètent comme des rituels.
En 1995, le Musée national d’art moderne – Centre Pompidou et la Bibliothèque nationale de France consacraient deux expositions distinctes à son oeuvre graphique, dessins d’un côté, gravures et livres de l’autre.
À cette occasion, la Bibliothèque nationale de France reçut de l’artiste un don exceptionnel : une centaine de planches couvrant la totalité de sa production, un ensemble enrichi par la suite par les dons réguliers des Amis de la BnF.
Le Cabinet d’art graphique du Centre Pompidou acquit quant à lui des dessins récents, essentiellement des années 1990, auxquels se sont ajoutés plusieurs dons consécutifs de l’artiste, de la Clarence Westbury Foundation et des American Friends du Centre Pompidou. Aujourd’hui, le Centre Pompidou conserve 91 oeuvres (dessins, estampes, sculpture et installation) et la BnF plus d’une centaine d’estampes ainsi que huit livres d’artiste.
En réunissant pour la première fois ces deux fonds complémentaires, l’exposition permet de comprendre l’interdépendance du dessin et de la gravure chez Louise Bourgeois, et met en lumière les principaux thèmes qui jalonnent son oeuvre.
Un parcours chronologique
L’exposition s’ouvre avec l’Autoportrait de 1942, puis présente les premières gravures des années 1940, dont le portfolio fondateur He Disappeared into Complete Silence (1947) : textes courts et images gravées, entre conte absurde et architecture mentale. Viennent ensuite les dessins-écheveaux aux lignes noires superposées, évoquant réseaux nerveux et fibres musculaires ; puis les architectures anthropomorphes comme La Femme-Maison et les formes organiques, où l’anatomie et le végétal se conjuguent.
Au coeur du parcours, l’oeuvre monumentale Extreme Tension (2007) réunit gravure, dessin et écriture manuscrite. Ses onze grandes feuilles livrent un témoignage poignant sur le corps vieillissant, la douleur et l’angoisse existentielle. Échos directs, les planches monumentales de Turning Inwards (2007) sont présentées pour la première fois au public français. L’exposition se clôt sur une série d’oeuvres à l’encre rouge et à la teinture pour tissu : le rouge de la chair, du sang, de l’étreinte et de la maternité — avec ces figures enceintes, masculines ou féminines, qui troublent la distinction des genres.
Le parcours est ponctué par des livres d’artiste (The Puritan, Ode à ma mère, Homely Girl, A Life) et plusieurs sculptures (Janus, 1968, Topiary, 1999 ; Pregnant Woman, 2003) — rappelant la relation étroite entre dessin et sculpture.
Introduction
Reconnue aujourd’hui pour ses sculptures et ses installations, Louise Bourgeois, jusqu’à la fin des annĂ©es 1940, est essentiellement peintre, dessinatrice et graveuse. Le dessin et la gravure qu’elle apprend et pratique dès 1938 Ă la Art Students League et dans l’atelier de Stanley William Hayter Ă New York, constituent sa première approche artistique, la source impulsive de tout son travail, la matrice d’oĂą surgiront les sculptures. L’exposition s’attache Ă ce pan moins connu de son oeuvre, en rapprochant deux collections complĂ©mentaires : celle du Centre Pompidou, qui compte 91 dessins et gravures, et celle de la Bibliothèque nationale de France, qui rassemble plus d’une centaine d’estampes et huit livres d’artiste, dont The Puritan (1990), Homely Girl, A Life (1992) et Ode Ă ma mère (1995). RĂ©unis, ces deux ensembles Ă©clairent le lien Ă©troit que l’artiste Ă©tablit entre dessin et gravure. S’y dĂ©ploient les grands thèmes de son oeuvre. Le parcours s’ouvre avec l’Autoportrait de 1942 et retrace les grandes Ă©tapes de sa crĂ©ation : les premières gravures – dont le portfolio He Disappeared into Complete Silence (1947) qui rĂ©vèle l’importance de l’écriture et annonce le mĂ©lange entre organique et gĂ©omĂ©trique -, les dessins-Ă©cheveaux faits de traits noirs superposĂ©s, les dessins d’architecture, et l’attention portĂ©e au corps, Ă l’anatomie, au vĂ©gĂ©tal. Le coeur de l’exposition est consacrĂ© Ă l’ensemble des onze planches d’Extreme Tension (2007) qui mĂŞlent Ă©troitement gravure, dessin et textes et livrent un tĂ©moignage bouleversant sur les maux du corps et les angoisses de l’artiste dans son grand âge. Viennent enfin les grandes gouaches rouges sur le couple, la famille, la maternitĂ© : autant d’images par lesquelles Bourgeois figure le retour cyclique Ă l’enfance.
1 | Les premières gravures
Dès son arrivée à New York en 1938, Louise Bourgeois s’essaie à l’estampe. Elle la pratique chez elle et dans les ateliers de lithographie et de gravure taille-douce de l’Art Students League, puis, à partir de 1946, dans celui de Stanley William Hayter, fréquenté alors par des artistes européens confirmés comme Max Ernst, André Masson, Yves Tanguy et Joan Miró, et par une jeune génération d’artistes américains, tels Jackson Pollock, David Smith ou Louise Nevelson. Dans cet environnement cosmopolite et stimulant, elle produit près de 400 estampes, qu’elle réutilisera en partie, dans les années 1980 et 1990, dans d’importants projets d’éditions. Durant l’année 1947, elle compose son premier livre d’artiste : He disappeared into Complete Silence qui met en regard neuf gravures avec neuf courts textes de sa composition. C’est un livre fondateur, profondément singulier par le langage très personnel, fait de tensions entre rigueur formelle et fantaisie de ton, qu’elle y met en place.
2 | ExtrĂŞme tension
Dans les années 2000, Louise Bourgeois réalise des séries de grandes gravures, mêlant différentes techniques, rehaussées parfois de couleurs, de dessins et d’écrits. Ces gravures peuvent figurer dans différents ensembles : Extreme Tension et Turning Inwards, tous deux réalisés en 2007, partagent ainsi un certain nombre de planches. Dans les onze panneaux d’Extreme Tension, l’artiste revient à un texte de 1959 qui égrène, du cuir chevelu aux orteils, toutes les parties du corps : les organes internes, l’oesophage, la gorge, les intestins, le rectum, les os du bassin. Elle y évoque les « douleurs et crampes », les palpitations, la transpiration, pour conclure sur « l’odeur de l’animal traqué ». D’une écriture tremblée et irrégulière, ce texte bouleversant évoque la fragilité du corps vieillissant et rappelle l’importance primordiale pour l’artiste de l’anatomie et des « liquides précieux » qui s’en échappent. Toujours en proie à la peur, Louise Bourgeois s’identifie ici à une bête cherchant refuge dans son terrier.
3 | Derniers dessins (ou Petite Maman)
Les grandes gouaches rouges et les peintures sur tissu de la fin de vie de Louise Bourgeois montrent des couples, la famille, des mamelles multiples, un enfant sortant du sexe de la mère, un homme enceint… Ces images intimes fonctionnent comme des allégories de la vie et de la mort, métaphores du pouvoir créateur et du retour cyclique de l’extrême vieillesse à l’état de nouveau-né, comme l’indique l’inscription « petite maman » sur certaines oeuvres. Le ventre maternel est aussi un tombeau. Le rouge dilué de l’encre, de la gouache ou de la teinture se diffuse sur le support papier ou tissu. Ce débordement fait fusionner les corps, immerge le nourrisson dans le ventre de la mère, gonfle les seins et les pénis. Le rouge, pour Bourgeois, est la couleur du sang, de la vie, de la passion.































