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🔊 “Lionel Sabatté” Ce qui reste, au musée de la Chasse et de la Nature, du 15 octobre 2026 au 21 février 2027

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“Lionel Sabatté” Ce qui reste

au musée de la Chasse et de la Nature, Paris

du 15 octobre 2026 au 21 février 2027

Musée de la Chasse et de la Nature

 


Entretien avec Amélie Adamo, auteure, historienne d’art, et commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 12 octobre 2026, durée 18’13, © FranceFineArt.

PODCAST –  Entretien avec
Amélie Adamo
,
auteure, historienne d’art,
et 
commissaire de l’exposition,



par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 12 octobre 2026, durĂ©e 18’13,
© FranceFineArt.


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©Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, musĂ©ographie de l’exposition lors du vernissage presse, le 12 octobre 2026.


Extrait du communiqué de presse :


https://francefineart.com/  Lionel Sabatté, La rose blanche, 2013. Peaux mortes, ciment, cendres et tige de rose · 39,5 × 7,5 × 5,5 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Rebecca Fanuele.

Lionel Sabatté, La rose blanche, 2013. Peaux mortes, ciment, cendres et tige de rose · 39,5 × 7,5 × 5,5 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Rebecca Fanuele.

https://francefineart.com/  Lionel Sabatté, Ensauvagement du 19-11-2025, 2025/2026. Oxydation et terre de Lascaux sur papier Arches · 31 × 41 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

Lionel Sabatté, Ensauvagement du 19-11-2025, 2025/2026. Oxydation et terre de Lascaux sur papier Arches · 31 × 41 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

https://francefineart.com/  Lionel Sabatté, Grande ourse, 2026. Ciment, chaux pouzzolane, fer à bétons, filasse végétale et pigments · 130 × 252 × 85 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

Lionel Sabatté, Grande ourse, 2026. Ciment, chaux pouzzolane, fer à bétons, filasse végétale et pigments · 130 × 252 × 85 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

Commissariat :
Amélie Adamo, auteure, historienne d’art et commissaire indépendante




Le Musée de la Chasse et de la Nature – Fondation François Sommer, accueille Ce qui reste, une exposition monographique de Lionel Sabatté. Réunissant peintures, dessins, sculptures et tapisseries, dont une majorité d’oeuvres inédites, l’exposition déploie l’univers de l’artiste dans les deux hôtels particuliers qui abritent l’institution, ainsi que dans sa cour. Elle prolonge un dialogue engagé avec le musée depuis 2017, avec La Sélection de parentèle, déjà présentée en extérieur, et l’entrée dans ses collections de trois hirondelles de poussière.

Le parcours présente un ensemble d’oeuvres récentes autour de la figure animale, motif central dans la pratique de Lionel Sabatté. L’exposition, dans la continuité de la relation au long cours entre l’artiste et le musée, s’inscrit ainsi pleinement en résonance, parfois même en tension, avec le parcours muséographique, les deux partageant ce regard sur les liens entre humain et vivant.

Lionel Sabatté revisite les figures emblématiques du musée, celles du cerf, du sanglier, du loup, du chien ou bien encore de l’ours, en s’éloignant de toute tentation naturaliste au profit de formes ambivalentes, entre construction et ruine, entre puissance et fragilité. Ces figures portent en elles leur propre instabilité, elles glissent vers le paysage, vers l’informe, vers ce qui échappe à la nomination.

Cette logique de renversement s’étend à la matière même des oeuvres. Lionel Sabatté convoque des matériaux au statut trouble, situés aux marges du vivant et du déchet : poussière, oxydation, laine, bois, ciment, mais aussi ongles et peaux mortes ; ce que le corps abandonne, ce que le temps dégrade, ce que la civilisation rejette. Ces médiums introduisent dans l’oeuvre une temporalité de la décomposition et de la métamorphose, brouillant les frontières entre les règnes animal, végétal et humain. Les oeuvres se révèlent comme des états instables, traversés par les mêmes processus d’altération et de passage qui définissent l’existence elle-même.

Cette tension renvoie à l’essence même du cycle du vivant : entrelacement de vie et de mort, de présence et d’altération, que met en jeu le principe d’oxydation cher à l’artiste.

De poussière et de ciment, de rouille et de terre, de peaux de laine délitées, fragiles mais tenaces, les nouvelles créations de Lionel Sabatté font de la matière elle-même le lieu d’une résistance, celle du vivant face à sa propre disparition. Elles interrogent, aux yeux de l’artiste, « la perte comme une nécessité du vivant ».

https://francefineart.com/  Lionel Sabatté, Chouette du 07-05-2026, 2026. Oxydation et terre de Lascaux sur carton de bois · 80 × 60 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

Lionel Sabatté, Chouette du 07-05-2026, 2026. Oxydation et terre de Lascaux sur carton de bois · 80 × 60 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

https://francefineart.com/  Lionel Sabatté, Mort fertile, 2026. Bronze (fonderie Chapon) · 170 × 250 × 80 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

Lionel Sabatté, Mort fertile, 2026. Bronze (fonderie Chapon) · 170 × 250 × 80 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

https://francefineart.com/  Lionel Sabatté, Morsure de l'air du 18-05-2026, 2026. Oxydation et terre de Lascaux sur toile · 200 × 120 cm. © Lionel Sabatté, ADAGP, Paris, 2026. © Grégory Copitet.

Lionel SabattĂ©, Morsure de l’air du 18-05-2026, 2026. Oxydation et terre de Lascaux sur toile · 200 Ă— 120 cm. © Lionel SabattĂ©, ADAGP, Paris, 2026. © GrĂ©gory Copitet.


Edito de la commissaire d’exposition – AmĂ©lie Adamo

Nous entrons dans l’univers de Lionel Sabatté comme nous nous enfoncerions dans une cavité obscure, dans une grotte, dans un ventre originel. Il y a quelque chose de la nuit, des temps qui y résonne. La voix d’une forme archaïque où les règnes fusionnent, où la vie et la mort ont toujours été liées, à l’image de ce célèbre « homme du puits » à tête d’oiseau, en érection et allongé face à un bison éventré, sur les parois de Lascaux.

Voyageur du sensible, Lionel Sabatté travaille avec la matière du temps. Un temps qui n’a pas d’âge, pas de limite chronologique. Aux senteurs de terre et de rouille, profondément enracinée tout comme le bois qu’il utilise, à la fragile déliquescence comme ces restes d’ongles, ces poussières qu’il récolte, son expression semble surgir du creuset du vivant. D’un fond primordial, informel, magmatique, organique, presque cellulaire.

L’usage de l’oxydation, fil rouge de cette exposition, est aussi une manière de travailler le temps. Ours, cerf, sanglier, oiseaux, foetus ou têtes : c’est la réaction chimique de l’oxydation qui fait naître la composition. Un mélange de solutions à base de fer et d’oxygène, qui crée des effets de rouille aux brillances et aux couleurs variées. Sur ces strates colorées, Lionel Sabatté saupoudre de la terre de Lascaux.

Avec cette terre, tout comme avec la poussière ou les restes d’ongles provenant d’une myriade de vies humaines, Lionel Sabatté habite poétiquement le temps, faisant de la mémoire sa matière. Par l’oxydation et la terre de Lascaux, échos à l’art pariétal, il donne à ses créations une force archaïque, comme s’il remontait au lieu d’une naissance, à la fois de la création et du vivant.

Fil rouge du parcours, l’ambivalence de l’oxydation, qui détruit et construit, révèle ce qui sous-tend la force de cette exposition : interroger la perte et l’altération comme nécessité du vivant. Par l’hybridation enfin, l’oeuvre de Lionel Sabatté nous donne à sentir un état archaïque où règnes et espèces fusionnent, par-delà nature et culture. Les « têtes », écho lointain aux vanités classiques, deviennent des planètes, des paysages, tout comme peut le devenir le pelage des « chouettes ». Quant aux « foetus » et « poussins », ils nous ramènent à une forme originelle où se brouille la frontière entre l’animal et l’humain.

L’art de Lionel Sabatté nous dérange, nous interroge. Il inverse nos valeurs, nos habitus, nos idées préconçues. Il réensauvage le domestiqué. Entre ses mains, le chien redevient loup, un troupeau de brebis se métamorphose en lion sauvage et fougueux. Ainsi les Pelages, tapisseries salies, aux fils pendants, ne sont plus des marqueurs sociaux, porteurs de symboles culturels, mais deviennent des peaux, entrelacs de laine et de brou de noix qui constituent un habitat vivant pour la figure animale. Une figure sauvage, difficile à distinguer clairement, aperçue de manière furtive, comme un animal pisté ne se laisse voir que du coin de l’oeil.

L’art de Lionel Sabatté altère ce qui est produit par l’activité humaine et déconstruit ce qui fait notre socle culturel. Le glorieux édifice du progrès et du consumérisme est-il construction ou ruine du vivant ? De fil abîmé, de morceaux délités, de ciment, de poussière, nos corps, nos savoirs, nos abris dits civilisés peuvent-ils encore tenir ? Renaître autrement ? De quel belvédère intérieur, de quelle construction fragile observons-nous le vivant ? Sommes-nous le chasseur ? La bête traquée ? Sommes-nous aveuglés par trop de savoirs inutiles ? Pouvons-nous voir autrement la vie qui bouge dehors ? Être voyants dans la nuit, faire face à la bête tapie au fond de nous-mêmes ?