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🔊 “Nicolas Flamel” alchimiste de papier, au musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, du 13 octobre 2026 au 24 janvier 2027

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“Nicolas Flamel” alchimiste de papier

au musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, Paris

du 13 octobre 2026 au 24 janvier 2027

Musée de Cluny

 


Entretien avec Lora Houssaye régisseuse d’œuvres au musée de Cluny, et co-commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 12 octobre 2026, durée 20’56, © FranceFineArt.

PODCAST –  Entretien avec
Lora Houssaye
,
rĂ©gisseuse d’oeuvres au musĂ©e de Cluny,
et co-
commissaires de l’exposition,



par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 12 octobre 2026, durĂ©e 20’57,
© FranceFineArt.


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Nicolas Flamel, alchimiste de papier
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Nicolas Flamel, alchimiste de papier
Nicolas Flamel, alchimiste de papier
Nicolas Flamel, alchimiste de papier
Nicolas Flamel, alchimiste de papier
Nicolas Flamel, alchimiste de papier
Nicolas Flamel, alchimiste de papier
Nicolas Flamel, alchimiste de papier
Nicolas Flamel, alchimiste de papier
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Nicolas Flamel, alchimiste de papier
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©Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, musĂ©ographie de l’exposition lors du vernissage presse, le 12 octobre 2026.


Extrait du communiqué de presse :


https://francefineart.com/  Treatise, Nicolas Flamel (pseudépigraphie), 1680. Manuscrit. Mellon MS 100, p. 31. New Haven, Beinecke Rare Book and Manuscript Library - Yale Library. © Yale University Library.

Treatise, Nicolas Flamel (pseudĂ©pigraphie), 1680. Manuscrit. Mellon MS 100, p. 31. New Haven, Beinecke Rare Book and Manuscript Library – Yale Library. © Yale University Library

https://francefineart.com/  Pretiosissimum Donum Dei (Rosa rubea), Georges Aurach, 1601-1700. Manuscrit papier. Ms-975 réserve, fol 26r. Paris, Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque de l’Arsenal. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Pretiosissimum Donum Dei (Rosa rubea), Georges Aurach, 1601-1700. Manuscrit papier. Ms-975 réserve, fol 26r. Paris, Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque de l’Arsenal. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

https://francefineart.com/  Pretiosissimum Donum Dei (Putrefactio), Georges Aurach, 1601-1700. Manuscrit papier. Ms-975 réserve, fol. 14r. Paris, Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque de l’Arsenal. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Pretiosissimum Donum Dei (Putrefactio), Georges Aurach, 1601-1700. Manuscrit papier. Ms-975 réserve, fol. 14r. Paris, Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque de l’Arsenal. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Commissariat :
Maëlys Bitouzet, régisseuse d’œuvres au musée de Cluny,
Lora Houssaye régisseuse d’œuvres au musée de Cluny,
Isabelle Leunuque, documentaliste au musée de Cluny,
Solène Sazio, ex‑documentaliste au musée de Cluny,
avec l’assistance scientifique de Romain Tach.



Alchimiste, immortel, magicien, détenteur de secrets universels… Nicolas Flamel est de ces figures médiévales qui nourrissent les fantasmes. Mais qui se cache réellement derrière la légende ? Du 13 octobre 2026 au 24 janvier 2027, le musée de Cluny – musée national du Moyen Âge invite ses visiteurs à découvrir la réalité historique d’un personnage souvent éclipsé par son mythe dans l’exposition « Nicolas Flamel, alchimiste de papier ».

Le musée de Cluny conserve une des traces les plus tangibles de l’existence de Nicolas Flamel (1330/1340 ? -1418) : son épitaphe. Cette pierre, qui suscite la curiosité et la fascination des visiteurs, constitue le point de départ d’un parcours en trois parties qui rassemble une cinquantaine d’ouvrages, documents d’archives, objets, vidéos et musiques.

Autour de l’épitaphe et de documents d’archives, la biographie de Nicolas Flamel se révèle : celle d’un bourgeois parisien du XIVe siècle, écrivain de profession, qui était aussi un grand donateur pour les oeuvres religieuses et charitables et un fin investisseur immobilier. Parmi les témoignages majeurs présentés dans l’exposition se trouve le testament de Nicolas Flamel, conservé aux Archives nationales-fonds Hôpital des 15-20.

La légende d’un Nicolas Flamel alchimiste, réputé avoir découvert les secrets de la pierre philosophale, ne naît qu’à la fin du XVe siècle, soit près d’un demi-siècle après sa mort. L’exposition présente notamment le Livre Flamel, conservé à la bibliothèque universitaire de Bologne, dans lequel le nom de Flamel est associé pour la première fois à l’alchimie. Au fil des siècles, la légende grandit, les écrits prétendument de sa main se diffusent, comme le Livre des figures hiéroglyphiques, publié en 1612.

Nicolas Flamel devient une source d’inspiration pour les artistes et créateurs de tous horizons : Victor Hugo en fait le mentor de Frollo dans son roman Notre-Dame de Paris, André Breton le cite dans le Second Manifeste du surréalisme. Au tournant du XXIe siècle, la culture populaire s’empare à son tour du personnage qu’on retrouve par exemple dans la saga Harry Potter.

En conclusion du parcours, un espace dédié invite les visiteurs à approfondir leur découverte de Nicolas Flamel à travers des vidéos, des extraits musicaux et un espace lecture réunissant une sélection d’ouvrages.

Figure du patrimoine parisien, Nicolas Flamel incarne aujourd’hui encore la fascination pour les savoirs perdus, les marges de la science et les promesses de l’invisible. Ce sont toutes ces dimensions de l’homme et de la légende que l’exposition questionne.

L’exposition « Nicolas Flamel, alchimiste de papier » est présentée au musée de Cluny dans la salle d’actualités, un espace d’exposition consacré à des présentations temporaires témoignant des recherches et travaux les plus récents menés par l’équipe du musée.

Le commissariat est assuré par Maëlys Bitouzet, régisseuse d’oeuvres, Lora Houssaye régisseuse d’oeuvres, Isabelle Leunuque, documentaliste, et Solène Sazio, ex‑documentaliste au musée de Cluny, avec l’assistance scientifique de Romain Tach.

L’exposition est réalisée avec la participation exceptionnelle de la Bibliothèque nationale de France et des Archives nationales. Elle a bénéficié de la collaboration généreuse de l’hôpital des 15-20, qui a ouvert son fonds patrimonial à la recherche. L’exposition bénéficie du soutien de The Ruddock Foundation for the Arts.

https://francefineart.com/  Le Livre des Figures hiéroglyphiqyes, Nicolas Flamel (auteur prétendu), Paris, 1612. Monographie imprimée. Paris, Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares. RES P-R-886, p. 45. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Livre des Figures hiéroglyphiqyes, Nicolas Flamel (auteur prétendu), Paris, 1612. Monographie imprimée. Paris, Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares. RES P-R-886, p. 45. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

https://francefineart.com/  Église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, Jean-François Garneray, Paris, 1784. Dessin à la mine de plomb. Paris, Bibliothèque nationale de France, Cabinet des gravures et des estampes RESERVE VE-53 (E) –FOL. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, Jean-François Garneray, Paris, 1784. Dessin à la mine de plomb. Paris, Bibliothèque nationale de France, Cabinet des gravures et des estampes RESERVE VE-53 (E) –FOL. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

https://francefineart.com/  Épitaphe de Nicolas Flamel, Île-de-France, 1er quart du XVe siècle. Provenant de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (Paris). Calcaire lutétien. Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge. Cl. 1526. © GrandPalaisRmn (musée de Cluny - musée national du Moyen Âge) / Michel Urtado.

Épitaphe de Nicolas Flamel, ĂŽle-de-France, 1er quart du XVe siècle. Provenant de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (Paris). Calcaire lutĂ©tien. Paris, musĂ©e de Cluny – musĂ©e national du Moyen Ă‚ge. Cl. 1526. © GrandPalaisRmn (musĂ©e de Cluny – musĂ©e national du Moyen Ă‚ge) / Michel Urtado.


Parcours de l’exposition

Introduction
Nicolas Flamel entre au musée de Cluny en 1845 par l’intermédiaire de son épitaphe. Celle-ci a connu un parcours plein de rebondissements, tout comme l’histoire de Nicolas Flamel. Ainsi que l’indique son testament, Flamel commande lui-même son épitaphe qu’il conserve chez lui jusqu’à sa mort en 1418. À cette date, elle est placée au-dessus de sa tombe à l’intérieur de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie. On perd sa trace lorsque l’église est détruite en 1797. Un marchand de curiosités et de coquillages la découvre ensuite chez une fruitière parisienne, qui s’en sert pour étaler ses épinards. Vers 1833, elle est vendue à un second marchand parisien. Il faut attendre 1839 pour qu’un autre oeil avisé la repère, et fasse remonter l’information jusqu’au comte de Rambuteau, préfet de la Seine. Elle est achetée dans l’année pour la somme de 200 francs par la Ville de Paris, en vue de l’accrocher dans la tour Saint-Jacques alors en cours de restauration. Mais à la demande du ministre de l’Intérieur de l’époque, elle est finalement transférée au musée de Cluny, où elle est depuis présentée dans les salles. Cette épitaphe suscite l’intérêt des visiteurs qui manifestent régulièrement leur déception lorsqu’elle n’est plus visible. Quelle fascination ce rare vestige de Nicolas Flamel exercet‑il ? Que dit-il de ce personnage dont le nom a traversé les siècles, porté par une légende d’alchimiste, inventeur de la pierre philosophale et immortel ? À partir de cette épitaphe, l’exposition propose de revenir sur la biographie de Nicolas Flamel, écrivain et bourgeois de Paris du XIVe siècle, et sur l’origine de sa légende alchimique qui connaît aujourd’hui un épanouissement considérable dans la culture populaire.

L’homme derrière la légende
Avant d’être considéré comme un alchimiste, Nicolas Flamel est avant tout un personnage historique avéré. Pour l’étudier, il faut se plonger dans les archives, qui nous renseignent en particulier sur son patrimoine immobilier et ses volontés testamentaires. Né à une date inconnue (vers 1330/1340), Flamel épouse Pernelle († 1397) vers 1363. Le couple laisse son empreinte dans le Paris de la fin du Moyen Âge. Il acquiert de nombreux biens immobiliers et des rentes ; il participe aussi aux travaux d’embellissement d’églises et chapelles parisiennes, notamment au sein de sa paroisse de Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Après la mort de son épouse, Flamel poursuit ces activités, jusqu’à son décès le 22 mars 1418, sans héritier. Parmi les pièces d’archives présentées figure un exemplaire inédit du testament de Flamel. Il provient des archives de l’Hôpital des 15-20, tout comme un intrigant codicille (acte modifiant ou ajoutant une clause à un testament). Par celui-ci, Flamel souhaite mutualiser les biens de son héritage et ceux de son épouse pour assurer le bon respect de leurs volontés respectives. N’ayant pas été rédigé devant notaires, l’acte ne dispose d’aucune valeur juridique et n’a pas été respecté. Par conséquent, les messes d’obit (messes à la mémoire des morts) fondées par son épouse n’ont pas été célébrées, faute de moyens suffisants, à l’inverse de celles de Flamel, célébrées jusqu’à la veille de la Révolution. Au-delà de plusieurs thématiques bien connues, la vie du couple reste entourée de nombreuses zones d’ombre. On ne conserve notamment aucune trace de l’activité professionnelle de Flamel. Il est désigné dans les sources comme « escrivain et bourgeois de Paris », mais ce titre à lui seul ne permet pas de définir avec certitude son activité (copie de livres, production d’actes ?), et aucune trace n’est conservée de sa production.

Un bourgeois et propriétaire parisien
La majorité des archives concernant Nicolas Flamel traite de son patrimoine immobilier et de son accroissement progressif. Il achète d’abord en compagnie de son épouse Pernelle – une pratique alors courante –, puis seul après son décès en 1397. La première acquisition identifiée du couple, en 1375, concerne la maison dite « à la Fleur de lys », où ils résident. Ils achètent beaucoup mais construisent peu. Le seul chantier d’envergure connu concerne, en 1407, la maison du 51 rue de Montmorency. Ces deux maisons ont attiré l’attention de nombreux artistes des XIXe et XXe siècles, qui en livrent des représentations souvent idéalisées. Au-delà de ces seuls édifices, un patrimoine bien plus important se dévoile : près de 300 rentes (somme régulière que doit verser le propriétaire d’un bien immobilier au rentier) dans Paris et ses environs et une dizaine de maisons. Ces biens se situent principalement sur la rive droite de la Seine, au sud du prieuré de Saint-Martin-des-Champs et au sein de la nouvelle enceinte de Paris, achevée vers 1380. Flamel a donc investi dans une zone peu urbanisée mais destinée à se densifier. Cet ensemble remarquable devient, à sa mort en 1418, la propriété de sa paroisse, Saint‑Jacques-de-la-Boucherie, que le bourgeois désigne comme légataire universel. Une grave crise politique et économique secoue le système immobilier parisien au moment de son décès, dévaluant son legs. Mais une fois la stabilité revenue à la fin du XVe siècle, ces biens regagnent en valeur et contribuent à la prospérité de la paroisse.

Faire oeuvre de mémoire
De son vivant, Nicolas Flamel s’attache à inscrire durablement sa présence dans le paysage parisien en participant au financement de la construction ou de la réfection de plusieurs édifices. Portails, arcades, chapelles et maisons portent ses initiales ou son effigie, témoignant à la fois de l’affirmation sociale d’un bourgeois parisien et de son souci d’assurer le salut de son âme par des oeuvres pieuses. Au milieu du XVIIIe siècle, les passants peuvent encore suivre les traces de Flamel à travers Paris. Sur les murs de sa maison à l’enseigne de la « Fleur de lys », rue de Marivaux, subsiste son portrait. En face, sur le portail de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, dont il finance la réfection en 1389, Nicolas Flamel et son épouse Pernelle sont représentés agenouillés devant la Vierge. Au cimetière des Saints-Innocents, une arcade les figure cette fois-ci devant le Christ et entourés d’anges, perpétuant également leur mémoire. Le promeneur peut enfin se rendre à l’église Sainte-Geneviève-des-Ardents où, après avoir contribué à sa restauration en 1402, Flamel se fait représenter à nouveau en prière, vêtu d’une longue tunique à capuchon. La disparition de ces édifices a entraîné celle de presque toutes les représentations médiévales connues de Nicolas Flamel et de son épouse dans l’espace public. Seul subsiste aujourd’hui, sur la maison de la rue de Montmorency, un petit médaillon sculpté traditionnellement identifié à Nicolas Flamel. Ses dimensions réduites et son état dégradé ne permettent toutefois pas d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien de son portrait.

Nicolas Flamel, un alchimiste ?
Contrairement à une idée largement répandue, Nicolas Flamel n’a jamais été un alchimiste. Aucune archive du vivant de l’écrivain ne laisse entendre qu’il aurait pratiqué l’alchimie. Il apparaît pourtant aux yeux de tous comme l’alchimiste qui aurait découvert le secret de la pierre philosophale. Comment un bourgeois parisien, écrivain et bienfaiteur, a-t-il pu devenir, a posteriori, un célèbre alchimiste ? Cette légende s’est développée après sa mort grâce au phénomène de la pseudépigraphie (un auteur signant intentionnellement son texte avec un autre nom que le sien). En effet, plusieurs décennies voire siècles après sa disparition, fleurissent des écrits signés « Nicolas Flamel ». D’abord traités alchimiques composés de préceptes et de recettes, les écrits signés Flamel se transforment et s’enrichissent d’un récit narratif. Flamel devient alors le héros de sa propre légende : l’homme qui aurait percé le mystère du grand oeuvre. Publication après publication, Nicolas Flamel voit sa crédibilité en tant qu’alchimiste renforcée.

Alchimie et pierre philosophale
L’alchimie est souvent résumée à cette définition trop réductrice : « l’art de faire de l’or ». Pourtant au Moyen Âge, elle est considérée à la fois comme une science et une philosophie qui cherche à comprendre et à maîtriser les lois de la nature et de l’esprit. L’une de ses applications les plus célèbres est le Grand OEuvre, opération complexe visant à obtenir la pierre philosophale. Cette pierre mythique permettrait la transmutation des métaux (transformation de la matière), jusqu’à obtenir de l’or, un métal considéré comme parfait et pur. Pour les alchimistes, cette quête se compare à une forme de médecine : ils « soignent » les métaux pour les amener vers leur état final et idéal. Chaque alchimiste possède sa propre recette pour y parvenir. Cependant, les traités alchimiques mentionnent souvent des éléments récurrents, comme l’importance d’utiliser un matériel adapté, voire fabriqué de ses propres mains. Parmi ces outils, on retrouve des creusets, des fioles, des mortiers, des cucurbites, des alambics, ainsi qu’un fourneau, parfois appelé athanor. Bien que les méthodes diffèrent, trois étapes majeures reviennent systématiquement dans la création de la pierre philosophale : la Putréfaction ou OEuvre au noir, l’Albification ou OEuvre au blanc et l’étape finale, la Rubification ou OEuvre au rouge.

Des pseudépigraphies majeures
Rédigé en français et signé « Flamel », sans prénom, le Livre Flamel est le plus ancien ouvrage alchimique identifié à lui être attribué. Ce texte date de la fin du XVe siècle, soit au moins un demi-siècle après la mort de son prétendu auteur. Il se divise en deux parties : une Theorica et une Practica alchimiques. La première expose une réflexion théorique sur la transmutation des métaux. La seconde détaille une recette en six étapes, rigoureuse mais incomplète, et emplie de consignes hermétiques. Ce texte, et plus particulièrement sa Practica, est repris dans des ouvrages postérieurs. Il est recopié, traduit et circule au-delà des frontières. En 1561, le Sommaire philosophique de Nicolas Flamel paraît dans un ouvrage consacré à la transmutation des métaux et reprend les préceptes alchimiques sous la forme d’un poème en vers. Métaphores, allitérations et personnifications composent cette publication qui marque le début d’une étude approfondie de ses écrits par les alchimistes, consolidant ainsi sa place dans l’histoire de l’alchimie. En 1612, la publication du Livre des figures hiéroglyphiques inaugure une nouvelle étape dans la construction de ce mythe. La structure du texte se démarque des écrits précédents : plus narratif, l’ouvrage présente un Nicolas Flamel racontant ses propres aventures. Il explique également aux lecteurs que l’arche qu’il a fait construire dans le cimetière des Saints-Innocents renferme des clefs alchimiques. Cette arche, commandée par le véritable Nicolas Flamel en 1389, demeure visible lors de la parution de l’ouvrage, renforçant la portée de ce dernier.

L’invention de la légende de Nicolas Flamel
Selon la légende rapportée dans le Livre des figures hiéroglyphiques, Nicolas Flamel acheta pour deux florins à un inconnu le Livre d’Abraham, un ouvrage ancien composé de feuillets illustrés. Après 21 années de recherches infructueuses pour le déchiffrer, Nicolas partit en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Lors de son voyage, il rencontra un médecin juif, Maître Canches, qui l’aida à comprendre ce mystérieux texte et à en interpréter les figures. À son retour à Paris et après trois ans d’études acharnées, priant, lisant et pesant les mots des philosophes, Nicolas Flamel réussit à transformer le mercure en argent le 17 janvier 1382. Quelques mois plus tard, le 25 avril 1382 vers 5 heures du soir, il acheva la transmutation du mercure en or après avoir obtenu la pierre philosophale. Dès lors, Flamel, enrichi par ses découvertes, fonda et dota de rentes de nombreux hôpitaux, chapelles et églises. Il cacha surtout le secret de la transmutation des métaux en or dans l’arche des Saints-Innocents… Ce récit, associant une quête mystique à des détails précis et contenant la révélation d’un message alchimique, a su captiver ses lecteurs. Il joue un rôle majeur dans l’amplification de la légende de Nicolas Flamel auprès des alchimistes mais aussi des historiens et romanciers. Le Livre des figures hiéroglyphiques marquera de nombreuses publications postérieures.

Une figure scientifique reconnue
Nicolas Flamel devient peu à peu une figure importante de l’alchimie, discipline historiquement considérée comme une science à part entière. Son influence s’étend grâce à la diffusion des écrits qui lui sont attribués : son Livre des figures hiéroglyphiques est traduit dans différentes langues, amplifiant ainsi son rayonnement en Europe. Ses oeuvres sont également intégrées dans de grands recueils alchimiques (et parfois traduites en latin) tels que Musaeum Hermeticum, la Bibliotheca Chemica Curiosa ou encore la Bibliothèque des philosophes chimiques. Isaac Newton étudie lui aussi Nicolas Flamel : on conserve notamment de sa main une étude du Livre des figures hiéroglyphiques ainsi qu’un dessin de l’arche des Saints-Innocents. Cette réputation d’alchimiste reste longtemps ancrée dans l’histoire des sciences, puisque seuls deux auteurs remettent en cause la paternité des traités alchimiques de Nicolas Flamel dans leurs publications au cours des siècles suivants : l’abbé Villain dans son ouvrage Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme en 1761 et Vallet de Viriville dans son livre Des ouvrages alchimiques attribués à Nicolas Flamel paru en 1857. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que les études sur Nicolas Flamel affirment clairement qu’il n’était pas alchimiste. Mais malgré cela la légende perdure…

Nicolas Flamel : l’histoire sans fin ?
Homme à multiples facettes, Nicolas Flamel devient progressivement un personnage de fiction : alchimiste, inventeur de la pierre philosophale, faiseur d’or, immortel vivant une histoire d’amour indéfectible avec son épouse Pernelle. La légende du personnage Flamel a enflammé l’imagination des écrivains et des artistes. Sa réputation d’alchimiste repose essentiellement sur des écrits postérieurs à son époque, hommes de sciences aux XVIIe et XVIIIe siècle, poètes et romanciers au XIXe siècle et une grande diversité d’artistes aux XXe et XXIe siècles. Les érudits rivalisent d’imagination sur sa vie après sa mort officielle en 1418 et lui inventent des aventures totalement improbables. Dans la fiction, il fait de discrètes incursions en tant qu’alchimiste dès 1643 dans Le page disgracié de Tristan L’Hermite puis en 1721 dans Les Lettres persanes de Montesquieu. Mais c’est au XIXe siècle que les écrivains se surpassent et lui donnent toute sa mesure : tour à tour faiseur d’or chez Gérard de Nerval et Victor Hugo, personnage sombre et inquiétant dans Joseph Balsamo ou médecin bienveillant et visionnaire dans la Tour Saint-Jacques d’Alexandre Dumas, il devient le héros de contes populaires où la grande Histoire côtoie l’étrange et le sensationnel, et traverse les âges et les lieux les plus exotiques. Enfin, au XXe siècle, malgré des tentatives pour lui redonner une épaisseur historique, Flamel fait l’objet de l’engouement pour l’occulte et le surnaturel qui se développe dans la seconde moitié du siècle. L’alchimiste renaît de ses cendres, et devient le porte-flambeau du surréalisme et le magicien des récits de fantasy ou de thrillers ésotériques.

Les vies secrètes de Nicolas Flamel
Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les savants, philosophes, académiciens, scientifiques et historiens comme Henri Sauval, Paul Lucas, ou Amans-Alexis Monteil, occupés à débattre du secret de la pierre philosophale ou de la qualité d’alchimiste de Nicolas Flamel, le dotent d’une vie imaginaire. En revanche, le Flamel du XIXe siècle est celui des artistes. Pendant la première moitié du siècle, le regard porté sur l’alchimiste est celui des romantiques : la vision sombre et maléfique d’un homme tourmenté, honni et craint par ses contemporains. Impressionné par la pièce Faust qu’il vient de traduire, dans laquelle Goethe met en scène un alchimiste, Gérard de Nerval décide d’utiliser le même modèle, un homme prêt à vendre son âme au diable en échange du savoir suprême, le secret de la pierre philosophale. Sa pièce Nicolas Flamel, restée inachevée, et l’Alchimiste, autre tragédie écrite en collaboration avec Alexandre Dumas, en sont deux variations. Dans la seconde moitié du siècle, le personnage de Flamel est entièrement repensé par Alexandre Dumas dans La Tour Saint-Jacques. Médecin engagé pour soigner la folie du roi Charles VI, il est attaqué par un truand et meurt assassiné. Dumas avait déjà introduit le personnage de Flamel dans son oeuvre, mais cette fois-ci, il recrée un personnage de toutes pièces, très éloigné de la réalité historique et des légendes officielles.

Réenchanter le mythe
Depuis 1852, Pernelle et Nicolas Flamel partagent la vie des Parisiens : deux rues leur sont consacrées au centre de Paris, face à la tour Saint-Jacques, vestige de leur ancienne église paroissiale Saint-Jacques-de-la-Boucherie. La municipalité parisienne privilégie son activité de libraire-écrivain et de philanthrope bienfaiteur. C’est ainsi qu’en 1893 elle nomme l’asile de nuit pour les travailleurs pauvres de la rue du Château-des-Rentiers, Asile Nicolas Flamel. C’est également l’option choisie par Albert Robida, grand ordonnateur de l’attraction du Vieux Paris lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Il présente Nicolas Flamel comme un miniaturiste et représente sa maison dans la rue des VieillesÉcoles, aux côtés de celle de Molière. Plus tard, dans les années 1930, André Breton et les surréalistes s’intéressent au personnage de Flamel. Pour ce groupe d’avant-garde passionné d’hermétisme et de sciences occultes, la pierre philosophale se charge d’un sens symbolique ; elle est libératrice, déchaîne l’imagination et le signe de l’or – l’union spirituelle des esprits poétiques – devient le point d’orgue du surréalisme. André Breton a réenchanté le mythe de l’alchimiste à une époque où il tombait en disgrâce, et a installé Nicolas Flamel aux côtés des mages et des magiciens. C’est cet aspect de Nicolas Flamel que notre époque a retenu.

Ă€ la rencontre du merveilleux
De nos jours, l’imaginaire de l’alchimie renvoie le plus souvent à l’idée d’enchantement, de magie, d’ensorcellement, de merveilleux. Le travail de laboratoire a disparu, remplacé par des formules magiques ou la gestuelle symbolique d’un mage puissant. La transmutation des métaux est démodée, désormais la recherche porte sur le prolongement de la vie, voire la vie éternelle. Le premier tome de la saga Harry Potter, paru en 1997, en est l’illustration puisque la quête d’immortalité de Voldemort passe par la possession de la pierre philosophale. D’ailleurs, on y trouve de nombreux éléments liés à l’alchimie, comme les couleurs. Le noir, associé au premier stade du Grand OEuvre, peut être personnifié par Sirius Black, parrain d’Harry ; le blanc du deuxième stade, par Albus Dumbledore et le rouge, stade ultime permettant de fabriquer la pierre philosophale, par Rubeus Hagrid. Ces trois couleurs correspondent aux trois mentors d’Harry et sont récurrentes tout au long de la saga. Une autre série pour la jeunesse en six volumes, Les secrets de l’immortel Nicolas Flamel, parue entre 2007 et 2012, met aux prises John Dee, mathématicien-alchimiste du XVIe siècle célèbre pour sa grande collection de textes alchimiques, avec Nicolas Flamel pour la possession du Livre d’Abraham. Dans cette saga, l’alchimie, les mythes et les figures légendaires s’entremêlent dans un univers contemporain. Nicolas Flamel fait désormais partie de la culture populaire et sa renommée devenue internationale s’exprime dans toutes les déclinaisons du livre : romans, bandes dessinées, mangas… Mais elle dépasse aussi largement la littérature puisque Flamel est devenu un personnage récurrent du cinéma de fiction et d’animation, de la musique et même de jeux vidéo.