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“Madeleine de Sinéty” Une vie, au Jeu de Paume, du 12 juin au 27 septembre 2026

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“Madeleine de Sinéty” Une vie

au Jeu de Paume, Paris

du 12 juin au 27 septembre 2026

Jeu de Paume


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©Sylvain Silleran, présentation presse, le 11 juin 2026.

Texte Sylvain Silleran

https://francefineart.com/ Madeleine de Sinéty, Béatrice et la télévision Poilley, 1973. © Succession Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty, Béatrice et la télévision Poilley, 1973. © Succession Madeleine de Sinéty.

https://francefineart.com/ Madeleine de Sinéty, La Charrette de pommes, Poilley, 1974. © Succession Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty, La Charrette de pommes, Poilley, 1974. © Succession Madeleine de Sinéty.

https://francefineart.com/ Madeleine de Sinéty, Lanloup, 1972. © Succession Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty, Lanloup, 1972. © Succession Madeleine de Sinéty.

https://francefineart.com/ Madeleine de Sinéty, New-York, 1972. © Succession Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty, New-York, 1972. © Succession Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty
Jeu de Paume

Un film Super 8 est projeté sur le mur dans le ronflement et le cliquetis du vieux projecteur. Des scènes de famille: un dîner de fête, un bébé dans les bras de ses grands-parents. Un peu plus loin, c’est un cheminot sur sa locomotive, un agent sur un quai de gare. Voici la vie, tout simplement, telle qu’elle est, loin des concepts ou des exigences idéologiques d’une époque. Madeleine de Sinéty photographie les hommes non pas comme une voyageuse mais comme une promeneuse qui ose prendre le temps d’emprunter un chemin de traverse et de s’y égarer.

Dans le quartier de Montparnasse en plein chantier, elle arpente le vieux Paris pauvre qui va se faire balayer par un nouveau quartier flambant neuf. Des toutes petites maisons, des ateliers, des mômes qui jouent sur les pavés des ruelles grises. Sur les affiches faites maison de la résistance à cette modernité, des petits dessins vite tracés. Au fond d’un couloir sombre, en haut d’un escalier vermoulu, il y a cours de dessin de modèle vivant. Une académie au décor foutraque, bidonvillesque de film italien, encombrée de paravents, de vieux meubles, de bouteilles et de cendriers, où s’empilent des assiettes sales, traîne un bout de pain, relief de repas qui servira de gomme pour le fusain. Sur le boulevard Egard-Quinet c’est jour de marché, il y a des étalages de fleurs et surtout le manège: un enfant dans un attelage tiré par un Donald de carton-pâte et un homme au béret sont les nouveaux résistants.

Avec Guingamp-Paimpol Deux minutes d’arrêt, Madeleine de Sinéty s’attarde sur les lignes secondaires de chemin de fer oubliées par la modernité, les dernières locomotives à vapeur et le monde ouvrier qui les conduit. Les nuages blancs des fumées des cigarettes de tabac brun se confondent avec la vapeur des machines. La photographie capture la vie de ces derniers Mohicans du rail, les repas, les discussions, une banalité du quotidien, du travail, de la camaraderie avec une telle proximité qu’elle devient de l’intimité. Le cheminot y est encore un ouvrier, les mains tachées de cambouis, la blouse bleue-grise, couleur de la rudesse de l’existence. L’humanité est pleine de tendresse, tel cet homme qui remplit son registre avec application, sa petite fille sur les genoux. Une autre enfant attend son père, maman lit le journal, et dans l’encadrement de la porte ouverte, le chien assis regarde le locomotive qui passe. Alors les murs de l’étroite maisonette s’écartent, la photo devient cinématographique: soudain apparait l’encadrement de porte où John Wayne repart vers l’aventure dans La Prisonnière du désert.

Madeleine de Sinéty plonge dans le New York populaire, accompagne ceux qui se lèvent tôt, livrent, transportent ce qui se vendra au marché. Les quartiers de viandes suspendus des bouchers dialoguent avec le linge qui sèche sur les toits, accroché à d’autres fils.
De retour en France elle s’égare sur un nouveau chemin, plaque tout pour s’installer à Poilley, petit village d’Ille-et-Vilaine. Au début de ces années 70 de progrès et d’urbanisation, elle navigue à contre-courant, plonge dans la vie rurale, le village d’Astérix qui résiste, lui aussi. Des enfants courent partout, au milieu de la récolte des pommes, parmi les poules, dans les foins, jouent dans une carcasse de voiture. Les hommes ont les traits fatigués mais joyeux. Ici, dans le village, le temps n’est pas linéaire, il est un tissage de tous les instants de vie: le travail, le marché aux chevaux, la pause-cigarette, les repas, la toilette des enfants. Tout se mêle: la même table de la cuisine sur laquelle une grand-mère sucre la crêpe de sa petite-fille servira plus tard pour dépecer le cochon. L’homme courbé sur la cuisinière pour faire du café ou les fossoyeurs qui creusent une tombe ont la même application, la même gravité, leurs gestes sont aussi importants. Les clichés s’envolent avec la légèreté des feuilles d’un calendrier: les beaux habits du dimanche, un couple dans les auto-tamponneuses, le match de foot, un baiser pendant qu’on fait les foins, le bal, la petite fille à l’école interrogée sur les soustractions. Qu’elle est magnifique cette humanité nue, incroyablement vivante, enracinée! Elle se permet même d’inviter Manet sous la forme d’un déjeuner dans l’herbe par un après-midi d’été.

Maine, Etats-Unis, Madeleine s’installe dans le même monde rural. Ici la vie est centrée sur l’église et les énormes voitures. Les enfants sont les mêmes quoique plus nombreux. Libres, ils jouent avec les chiens, se faufilent dans les mêmes fêtes où l’on danse, les mêmes dimanches où on s’habille pour sortir. L’abondance produit ici un capharnaüm d’objets qui s’entassent derrière les maisons, étrangement utiles et inutiles à la fois. Seule compte la vie, les visages sérieux des hommes si profondément occupés à vivre. Et il y a surtout l’espace, cet espace américain qui nous semble illimité. Il y a définitivement quelque-chose du Western dans le travail de Madeleine de Sinéty: derrière l’apparence du village, derrière la modestie des existences s’ouvre en fait un espace infini.

Sylvain Silleran

https://francefineart.com/  Madeleine de Sinéty, Guingamp–Paimpol, 1971. © Succession Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty, Guingamp–Paimpol, 1971. © Succession Madeleine de Sinéty.

https://francefineart.com/  Madeleine de Sinéty, Rheine, Allemagne, 1974. © Succession Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty, Rheine, Allemagne, 1974. © Succession Madeleine de Sinéty.


Extrait du communiqué de presse :

Commissariat :
Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume
Jérôme Sother, co-directeur de Gwinzegal


L’exposition est la première rétrospective consacrée à Madeleine de Sinéty (1934-2011) – présentée au Château de Tours en 2025, puis à Paris en 2026 – dont l’oeuvre photographique singulière et encore peu connue, en couleurs et en noir et blanc, s’étend sur quatre décennies entre la France et les Etats-Unis.

Née dans un château du Val de Loire détruit par un incendie quand elle avait quatorze ans, Madeleine de Sinéty commence son parcours artistique à Paris au milieu des années 1960 en tant que dessinatrice de mode pour des magazines. L’envie de créer semble l’avoir toujours animée; elle aurait pu écrire ou peindre, mais c’est la photographie qui conjugue le plus grand nombre de ses aspirations et qui l’emporte. Après des études à l’École des arts décoratifs de Paris, elle commence à photographier en autodidacte, en couleurs comme en noir et blanc.Timidement d’abord, en 1970, avec des images de son quartier, celui de la gare Montparnasse en pleine mutation, quelques images de rue, déjà quelques visages à la sauvette. Puis dans les rues de New York, où elle voyage avec son mari, Daniel Behrman, journaliste américain rencontré à Paris. Ensemble, ils nourrissent une passion d’enfance pour les trains à vapeur, qu’elle photographie inlassablement. C’est là qu’elle trouve une autre distance avec ses sujets : elle se lie d’amitié avec des cheminots, réalise leur portrait, partage leur temps de repos et découvre les réalités du monde ouvrier. Cette proximité, véritable signature de son oeuvre, va encore s’accentuer lorsqu’elle décide, sur un coup de tête, d’abandonner sa vie parisienne pour s’installer durant dix ans dans le petit village de Poilley, en Bretagne. Elle se lie d’amitié avec ses habitants, les aide dans leurs travaux des champs, et s’intègre progressivement à cette communauté qui l’accueille avec curiosité et bienveillance. Elle a d’emblée l’intuition qu’elle y sera pour longtemps, c’est là qu’elle veut vivre et créer.

Elle photographie de l’intérieur cette vingtaine de familles, ces fermes, et celles et ceux qui sont devenus les siens. Le document est unique : plus de 50 000 images retracent la vie de ce village où les hommes et les femmes joignent encore leur force de travail à celle des bêtes, et se soumettent au rythme des saisons. Elle emportera avec elle cette immense archive constituée à Poilley, lorsqu’elle suivra son mari américain pour recommencer une vie aux Etats-Unis notamment dans la petite ville de Rangeley dans le Maine, photographiant encore une fois une communauté, et s’improvisant, pour gagner sa vie après le décès de son mari, photographe de mariages et d’événements.

Suivant les grandes étapes de sa vie, l’exposition met en lumière plusieurs séries de photographies, en grande partie totalement inédites. Le dénominateur commun en est un désir de documenter, des modes de vie, des pratiques, des métiers, ou des lieux appelés à disparaitre ou en voie de disparition.

À ses débuts à Paris, elle se passionne pour l’ancien quartier de Montparnasse et ses ateliers d’artistes, en passe d’être démoli pour laisser la place à la Tour et la nouvelle gare.
C’est sous le titre « Paris démoli » qu’elle regroupera ces photographies d’un Paris dont les rues sont encore marquées par la présence de ses classes populaires, de cafés ouvriers, d’enfants qui jouent, et dont elle aimerait pouvoir conserver la mémoire. Dans le même temps, avec son compagnon elle entreprend de parcourir les gares et les lignes secondaires de chemin de fer, photographiant machines et cheminots, animée d’un enthousiasme pour les derniers trains à vapeur encore en circulation qui incarne à ses yeux une dimension romantique du voyage.

À New York, c’est dans le quartier du Meatpacking District, les abattoirs au sud de Manhattan, qu’elle choisit de déambuler au petit matin, saisissant les petits métiers : carcasses d’animaux qu’on charge, chariot à bras garni de fruits d’un marchand, ouvriers se réchauffant autour de feux improvisés près de la voie ferrée. À Poilley, petit village d’Ille-et-Vilaine c’est le monde rural en pleine mutation dont elle s’attache à fixer les gestes : la mort du cochon, le travail avec les bêtes, la récolte. Acceptée de tous, elle photographie dans l’intimité des maisons, les fêtes de village, organisant, de temps à autre, des projections de ses images dans la salle des fêtes du village. Enfin, à Rangeley, de l’autre côté de l’Atlantique, à partir des années 80, c’est une autre communauté rurale très soudée qu’elle rencontre et dont elle devient, au fil des ans, la photographe attitrée, immortalisant les rituels, privés comme publics: mariages, remises de diplômes, sorties scolaires.

Au début des années soixante-dix Madeleine de Sinéty écrivait dans le journal qu’elle a tenu pendant plusieurs décennies : « Peut-être devrais-je ne faire que de la photo, pas du dessin ? Et pourtant j’aimerais bien pouvoir rendre la vie avec un bout de papier et un crayon, la photo n’est que plus rapide que mes mains, ce que je vois, c’est pareil et ce sont les mêmes choses qui me touchent. ». L’ensemble de l’oeuvre photographique décrit en effet un parcours singulier et des préoccupations documentaires et sociales fortement ancrées. La fragilité des êtres, des existences, des lieux et des pratiques, y apparait comme un leitmotiv, magnifiée par un usage poétique de la couleur et de la lumière.

Son attention photographique va vers la vie ordinaire des gens simples, les invisibles, ceux dont l’histoire n’est pas racontée ou qui n’ont pas la capacité de l’écrire eux-mêmes : les ouvriers, les paysans, les femmes seules ou dépendant de l’aide sociale… De son vivant, peu d’images ont été montrées au public : Madeleine de Sinéty a toute sa vie photographié de manière solitaire, sans répondre à des commandes, sans publier dans des magazines et n’exposant qu’à deux reprises, à la Bibliothèque nationale de France en 1996 et au Museum of Art de Portland (Maine, Etats-Unis) en 2010, dans les deux cas uniquement son travail en noir et blanc.

Il faut attendre 2020 pour que le centre d’art GwinZegal lui consacre une exposition et un ouvrage (Un village) autour d’un ensemble de clichés en couleurs donné au musée Niépce de Chalon-sur-Saône, entamant une découverte de l’oeuvre. Aujourd’hui, la donation du fonds d’archives, comprenant plusieurs centaines de milliers d’images, à la Médiathèque de la photographie et du patrimoine est en cours.


Au même moment au Jeu de Paume

Fragile beauté –
Photographies de la collection de Sir Elton John et David Furnish
du 12 juin au 27 septembre 2026

Commissariat assuré par le Victoria and Albert Museum en collaboration avec la Collection Sir Elton John et David Furnish.

Sir Elton John commence à collectionner la photographie en 1991. Aujourd’hui, cette collection privée, constituée avec David Furnish, est considérée comme l’une des plus importantes au monde. Reconnue pour sa qualité exceptionnelle, ainsi que pour l’étendue et la profondeur remarquable de ses ensembles, elle couvre les XXe et XXIe siècles et rassemble plus de 7 000 tirages, dont de nombreuses oeuvres d’une importance décisive dans l’histoire de la photographie.

Produite par le Victoria and Albert Museum à Londres, l’exposition réunit plus de 300 tirages réalisés des années 1950 à nos jours et met en lumière le travail de plus de 90 photographes internationaux, dont une large majorité d’artistes américains. L’étape parisienne du Jeu de Paume propose une sélection d’oeuvres qui retracent l’histoire de la photographie moderne et contemporaine, comprenant notamment des images de Robert Mapplethorpe, Herb Ritts, Nan Goldin, Diane Arbus, William Klein, Ryan McGinley, Ai Weiwei, Mary Ellen Mark, Irving Penn et Richard Avedon.

Marquant plus de trente ans de collection, Fragile beauté célèbre la passion de Sir Elton John et de David Furnish pour ce médium et reflète leur goût personnel ainsi que leur regard singulier de collectionneurs. À travers cinq sections thématiques, l’exposition explore des sujets tels que le désir, la célébrité, la mode, le photoreportage ou l’affirmation des identités.