Partage


“Ulla von Brandenburg” Le milieu est bleu

au Palais de Tokyo, Paris

du 21 fĂ©vrier au 17 mai 2020 (prolongĂ©e jusqu’au 13 septembre 2020)

www.palaisdetokyo.com

Le Palais de Tokyo accueille Ă  nouveau le public Ă  partir du 15 juin 2020. Les visiteurs sont invitĂ©s Ă  dĂ©couvrir l’œuvre de l’artiste Futura et Ă  voir ou revoir, dans les meilleures conditions de sĂ©curitĂ© sanitaire possible, les expositions prolongĂ©es jusqu’au 13 septembre 2020.

Interview de Yoann Gourmel, commissaire de l'exposition,

PODCAST Interview de Yoann Gourmel, commissaire de l’exposition

par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 20 fĂ©vrier 2020, durĂ©e 13’27. © FranceFineArt.

son Ă  insĂ©rer (click sur remplacer et changer Ă  partir d’un url)

previous arrow
next arrow
previous arrownext arrow
Slider
©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 20 février 2020.

Ulla von Brandenburg, L'hier de demain, 2019. Tissus teints et peints, œuvres sur papier et divers objets, tables en bois suspendues, dimensions variables. Photo : Aurélien Mole / Mrac, Sérignan. Courtesy de l'artiste and Art : Concept, Paris; Meyer Riegger, Berlin/Karlsruhe ; Pilar Corrias Gallery, London and Produzentengalerie Hamburg.
Ulla von Brandenburg, L’hier de demain, 2019. Tissus teints et peints, Ĺ“uvres sur papier et divers objets, tables en bois suspendues, dimensions variables. Photo : AurĂ©lien Mole / Mrac, SĂ©rignan. Courtesy de l’artiste and Art : Concept, Paris; Meyer Riegger, Berlin/Karlsruhe ; Pilar Corrias Gallery, London and Produzentengalerie Hamburg.
Ulla von Brandenburg, C, Ü, I, T, H, E, A, K, O, G, N, B, D, F, R, M, P, L, II, 2019. Tissus teints, cordes, film super 16 mm, couleur, son (10'), dimensions variables. Photo : Andrés Lejona, Casino Luxembourg. Courtesy de l'artiste and Art : Concept, Paris; Meyer Riegger, Berlin/Karlsruhe ; Pilar Corrias Gallery, London and Produzentengalerie Hamburg.
Ulla von Brandenburg, C, Ăś, I, T, H, E, A, K, O, G, N, B, D, F, R, M, P, L, II, 2019. Tissus teints, cordes, film super 16 mm, couleur, son (10′), dimensions variables. Photo : AndrĂ©s Lejona, Casino Luxembourg. Courtesy de l’artiste and Art : Concept, Paris; Meyer Riegger, Berlin/Karlsruhe ; Pilar Corrias Gallery, London and Produzentengalerie Hamburg.
Ulla von Brandenburg, installation views SWEETS, QUILTS, SUN, Kunstmuseum Bonn, 2018-2019. Photo : David Ertl / Kunstmuseum Bonn. Courtesy the artist and Art : Concept, Paris; Meyer Riegger, Berlin/Karlsruhe ; Pilar Corrias Gallery, London and Produzentengalerie Hamburg.
Ulla von Brandenburg, installation views SWEETS, QUILTS, SUN, Kunstmuseum Bonn, 2018-2019. Photo : David Ertl / Kunstmuseum Bonn. Courtesy the artist and Art : Concept, Paris; Meyer Riegger, Berlin/Karlsruhe ; Pilar Corrias Gallery, London and Produzentengalerie Hamburg.

Extrait du communiqué de presse :

Commissaire : Yoann Gourmel

« Le tissu me permet de camoufler, de cacher, d’habiller le cube blanc du musĂ©e et par lĂ  de changer les systèmes de valeurs et les cadres de pensĂ©e. J’utilise des tissus pour crĂ©er des espaces dans lesquels on peut prĂ©tendre se trouver ailleurs, tomber pour ainsi dire dans d’autres mondes. (…) Dans un espace oĂą sont suspendus des rideaux, la sĂ©paration entre intĂ©rieur et extĂ©rieur, ou entre diffĂ©rents mondes, devient floue. Et ce flou amène Ă  se demander oĂą l’on est. Â»(1)

Pour cette nouvelle exposition au Palais de Tokyo, Ulla von Brandenburg (nĂ©e en 1974 Ă  Karlsruhe, vit et travaille Ă  Paris) a imaginĂ© un projet total et Ă©volutif, inspirĂ© du théâtre, de son imaginaire et de ses conventions. Autour de la notion de rituel, entendue comme possibilitĂ© d’explorer les relations entre l’individu et le groupe, de crĂ©er ou non du commun, l’artiste invite le public Ă  prendre part Ă  une expĂ©rience immersive et renouvelĂ©e des thèmes, des formes et des motifs qui irriguent son oeuvre : le mouvement, la scène, la couleur, la musique, le textile…

Installations, sculptures, performances et films spécialement conçus pour l’exposition se répondent et s’enchevêtrent dans un récit ouvert, entre authenticité et artifice, monde naturel et activités humaines, intérieur et extérieur, fiction et réalité.

Comme souvent dans son travail, le public est invité à pénétrer dans les oeuvres présentées, à franchir des seuils matérialisés par de larges pans de tissus. Dès le hall d’entrée, une vaste installation de rideaux peints au centre percé d’un grand cercle, comme des dispositifs optiques inspirés par l’ouverture d’un objectif photographique, est ainsi présentée. Ce passage préparatoire, cette traversée du quatrième mur à la fois ouverte et fantasmée vers l’exposition, offre une première immersion dans la couleur, une réflexion sur la nature et la fragilité du matériau mais aussi sur sa capacité à évoquer immédiatement un univers, factice ou réel.

Ce double rapport Ă  l’image, Ă  la construction d’un cadre de reprĂ©sentation et Ă  l’engagement du corps se poursuit dans une très grande installation textile, qui met par ailleurs Ă  jour l’intĂ©rĂŞt de l’artiste pour ce matĂ©riau transportable et modulable, qui circule, s’échange et se mĂ©tamorphose au fil des Ă©poques et des communautĂ©s qui le produisent. Celle-ci se dĂ©ploie Ă  travers cinq environnements rĂ©alisĂ©s avec des tissus colorĂ©s provenant de pièces antĂ©rieures de l’artiste. Chacune de ces cabanes Ă  la gĂ©omĂ©trie incertaine est dotĂ©e d’une fonction ou d’une temporalitĂ© : action, figure, rituel, nuit, habitat. Chaque samedi pendant toute la durĂ©e de l’exposition, cinq danseur.se.s construisent et dĂ©construisent ces espaces en manipulant Ă  travers un certain nombre d’actions ritualisĂ©es les oeuvres-accessoires qui y sont prĂ©sentĂ©es : morceaux de craie surdimensionnĂ©s, cordes, cannes Ă  pĂŞche, quilts, poupĂ©es jumelles des interprètes, bols, botte de foin, nasses, tissus dĂ©chirĂ©s envahissant progressivement le sol, etc. L’exposition affirme ainsi sa capacitĂ© de transformation, crĂ©ant des rĂ©cits sans cesse renouvelĂ©s, des combinaisons singulières.

Par des jeux de rĂ©currences de gestes, de costumes et d’accessoires, ces performances hebdomadaires annoncent le film situĂ© au coeur de l’exposition, tournĂ© en pellicule couleur avec ce mĂŞme groupe de comĂ©dien.ne.s / danseur.se.s. au Théâtre du Peuple de Bussang dans les Vosges. ErigĂ© Ă  flanc de montagne Ă  la fin du XIXème siècle, ce théâtre populaire et humaniste, dont la devise inscrite sur le fronton annonce : « Par l’art pour l’humanitĂ© Â» possède entre autres particularitĂ©s d’avoir un fond de scène s’ouvrant sur la forĂŞt, afin, selon son crĂ©ateur, « d’assainir l’art par la nature Â». En investissant ce lieu chargĂ© historiquement et symboliquement d’un « idĂ©al tout Ă  la fois humaniste et artistique [qui] consistait Ă  crĂ©er dans les montagnes vosgiennes une fĂŞte théâtrale destinĂ©e Ă  l’ensemble du peuple, dans toutes ses composantes sociales Â»(2), Ulla von Brandenburg imagine un conte comme un rite de passage, une ethnologie fantasmagorique. Il s’agit en effet pour l’artiste de filmer une « micro-sociĂ©tĂ©, comme s’il s’agissait de la dernière de son espèce, de tĂ©moigner de son fonctionnement, de ses valeurs mais aussi de sa capacitĂ© Ă  changer et Ă  s’ouvrir sur l’extĂ©rieur. Â» Elle actualise par ailleurs une pensĂ©e du populaire, du commun, de la communautĂ©, cherchant Ă  abolir les distinctions entre le public et le privĂ©, le professionnalisme et l’amateurisme, la sĂ©dentaritĂ© et le nomadisme, la nature et la culture. On peut alors y voir de nombreuses variations sur la perte, le don, la transmission, l’abandon, la fuite ou encore une chorĂ©graphie sans autre objet qu’elle-mĂŞme.

Ouvrant sur une dimension plus onirique, la dernière partie de l’exposition est composée d’une installation labyrinthique dont les pans de tissus bleu délavés, eux aussi recyclés, accueillent cinq projections de films tournés sous l’eau dans lesquels des objets (un miroir, un escarpin, une robe…) apparaissent et disparaissent comme à la suite d’un naufrage. En contrepoint au monde terrestre et rural du début de l’exposition, ces visions subaquatiques évoquent alors tout à la fois un au-delà, une disparition de l’humain ou une plongée dans son inconscient.

1) Ulla von Brandenburg, entretien avec Merel van Tilburg, Dessins, Musée Jenisch Vevey, Scheidegger & Spiess, Zürich, 2018, p. 49.
(2) François Rancillac, prĂ©face de l’ouvrage Le Théâtre du Peuple de Bussang : Cent vingt ans d’histoire, BĂ©nĂ©dicte Boisson et Marion Denizot, Actes Sud, 2015, p. 10.