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“On n’est pas des robots” ouvrières et ouvriers de la logistique – CĂ©cile Cuny, Nathalie Mohadjer, Hortense Soichet

Ă  la Maison de la Photographie Robert Doisneau, Gentilly

du 21 fĂ©vrier au 19 avril 2020 (prolongĂ©e jusqu’au 20 septembre 2020)

www.maisondoisneau.agglo-valdebievre.fr

La Maison de la Photographie Robert Doisneau rĂ©ouvre ses portes au public le samedi 13 juin 2020 avec l’exposition « On n’est pas des robots, ouvrières et ouvriers de la logistique » qui est prolongĂ©e jusqu’au 20 septembre 2020 [Fermeture estivale du 12 au 25 aoĂ»t].

Interview de CĂ©cile Cuny, Nathalie Mohadjer et Hortense Soichet

PODCAST –  Interview de CĂ©cile Cuny, Nathalie Mohadjer et Hortense Soichet

par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Gentilly, le 20 fĂ©vrier 2020, durĂ©e 21’28 ». © FranceFineArt.

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©Anne-FrĂ©derique Fer, visite de l’exposition avec CĂ©cile Cuny, Nathalie Mohadjer, Hortense Soichet, le 20 fĂ©vrier 2020.

Nathalie Mohadjer / Worklog, Zone Industrielle Dietzenbach Nord, Allemagne 2017.
Nathalie Mohadjer / Worklog, Zone Industrielle Dietzenbach Nord, Allemagne 2017.
Hortense Soichet / Worklog. Itinéraire avec Weheb, région orléanaise, 2018.
Hortense Soichet / Worklog. ItinĂ©raire avec Weheb, rĂ©gion orlĂ©anaise, 2018.
Cécile Cuny / Worklog, Emmy-Noether-Strasse, côté pair. Observatoire photographique de la zone d’activités GVZKassel. juillet 2017.
CĂ©cile Cuny / Worklog, Emmy-Noether-Strasse, cĂ´tĂ© pair. Observatoire photographique de la zone d’activitĂ©s GVZKassel. juillet 2017.

Extrait du communiqué de presse :

La logistique consiste Ă  organiser l’entreposage et le transport des matières premières, des composants pour l’industrie et des marchandises depuis leurs lieux de fabrication jusqu’Ă  leurs lieux de consommation. L’image du « flux tendu Â» et les promesses de sa digitalisation prĂ©sentent cette activitĂ© comme un Ă©coulement continu et autorĂ©gulĂ© de marchandises. Or les entrepĂ´ts constituent des points de passages obligĂ©s pour pouvoir contrĂ´ler, stocker, dĂ©grouper, prĂ©parer et rĂ©expĂ©dier les marchandises vers leur destination finale. Ces activitĂ©s sont effectuĂ©es par des agents de tri, caristes, agents d’expĂ©dition, agents de rĂ©ception, manutentionnaires, magasiniers ou pickers. Ces mĂ©tiers reprĂ©sentent 13 % des emplois ouvriers en France, 17 % en Allemagne. Ils sont principalement localisĂ©s dans des zones logistiques, Ă  la pĂ©riphĂ©rie des grandes agglomĂ©rations.

Souvent décriées pour leurs pollutions environnementales, les zones logistiques sont l’oeuvre d’acteurs concrets. Des années 1970 aux années 1990, les implantations logistiques ont majoritairement lieu au sein de zones industrielles préexistantes. Les terrains, acquis et réhabilités par des sociétés d’aménagement publiques, sont disponibles pour tout type d’implantation d’entreprises. Le rôle des autorités municipales se limite à la signature des permis de construire.

Durant les annĂ©es 1990, Ă©merge un marchĂ© immobilier dominĂ© par de grandes firmes internationales (Prologis, Global Logistic Properties, Goodman, Segro). Ces firmes dĂ©veloppent et gèrent des zones logistiques de plusieurs entrepĂ´ts, totalement privĂ©es et closes, dont ils sont les seuls responsables : de la construction des bâtiments Ă  l’amĂ©nagement en passant par la gestion quotidienne.

C’est précisément sur ces nouveaux lieux du travail ouvrier et sur les mondes sociaux qui se déploient à partir d’eux que porte l’enquête présentée dans cette exposition.

Un ouvrage éponyme est publié aux éditions Créaphis.


Des vies précaires

Le secteur logistique est le premier employeur d’intĂ©rimaires en Allemagne – 21,7 % â€“ et le second en France – 12,2%. Dans les entrepĂ´ts Ă©tudiĂ©s pour cette enquĂŞte, la proportion d’intĂ©rimaires est supĂ©rieure Ă  30 %.

NĂ©anmoins, la situation des intĂ©rimaires est diffĂ©rente dans les deux pays. En France, certaines ouvrières et certains ouvriers, le plus souvent jeunes, valides, cĂ©libataires et discriminĂ©s sur la base de critères sexistes et racistes, privilĂ©gient l’intĂ©rim pour le surcroĂ®t de revenus des « primes de prĂ©caritĂ© Â» et l’imaginaire de la mobilitĂ© qu’il vĂ©hicule. La multiplication des heures supplĂ©mentaires, l’enchaĂ®nement des missions peuvent ainsi leur permettre de dĂ©velopper des pratiques de consommation qui ne sont pas Ă  la portĂ©e des franges les plus prĂ©caires des classes populaires (achat de voitures et de vĂŞtements de marque, investissements locatifs, sorties rĂ©gulières au restaurant, voyages Ă  l’étranger). Ce type de stratĂ©gie reste nĂ©anmoins difficilement tenable dans la durĂ©e parce qu’elle suppose beaucoup d’endurance physique et accĂ©lère l’usure des corps.

En Allemagne, refuser un CDI ne paraĂ®t pas envisageable pour les intĂ©rimaires, tant les diffĂ©rences de revenus sont importantes (de l’ordre de 5 euros bruts horaires) avec leurs collègues embauchĂ©s. AccĂ©der Ă  un emploi stable par la signature d’un contrat pĂ©renne signifie très souvent en finir avec de multiples galères : obtenir un titre de sĂ©jour pour les travailleuses et travailleurs Ă©trangers, ne plus dĂ©pendre d’un mari ou d’un parent violent, obtenir la garde d’un enfant, accĂ©der Ă  un logement dĂ©cent, rĂ©duire le temps de trajet quotidien par l’acquisition d’une voiture.

Une enquĂŞte sociologique et photographique au long cours en France et en Allemagne

Le travail photographique présenté dans cette exposition a été réalisé avec la collaboration des chercheurs Clément Barbier, David Gaborieau, Gwendal Simon et Nicolas Raimbault.

Ce travail repose sur une enquête qui a associé photographes et sociologues pendant trois ans, dans le cadre d’une commande contractualisée entre le laboratoire d’urbanisme de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et des artistes photographes.

L’enquĂŞte a commencĂ© sur quatre sites français et allemands, par la rĂ©alisation d’un observatoire photographique et d’une première campagne d’entretiens auprès des acteurs de la production urbaine des zones d’activitĂ©s logistiques. Cette dĂ©marche s’est inspirĂ©e des observatoires photographiques mis en place Ă  la fin des annĂ©es 1990 dans plusieurs communes françaises par le Ministère de l’Environnement. Les protocoles de prise de vue retenus ont ainsi servi Ă  construire un regard sensible sur ces zones :

– CĂ©cile Cuny a travaillĂ© sur l’interface entre les entrepĂ´ts et l’espace public en reconstituant des linĂ©aires de façades.

– Nathalie Mohadjer est partie Ă  la recherche de la fragilitĂ© des personnes et des choses, dĂ©construisant l’imagerie du « non-lieu Â» souvent associĂ©e aux zones logistiques.

– Hortense Soichet a traversĂ© les zones Ă  pied en rĂ©alisant systĂ©matiquement une prise de vue dans le sens des quatre points cardinaux, puis a installĂ© sa camĂ©ra dans deux lieux de sociabilitĂ©. Prenant appui sur ce premier travail, une deuxième campagne d’entretiens a Ă©tĂ© menĂ©e auprès des ouvrières et ouvriers rencontrĂ©s en entrepĂ´ts. Cette dĂ©marche a Ă©tĂ© complĂ©tĂ©e par une immersion d’Hortense Soichet dans un entrepĂ´t de livres, oĂą elle s’est intĂ©ressĂ©e Ă  l’investissement des espaces et Ă  la manière dont ils Ă©voquent la vie au sein du lieu de travail.

La troisième étape de cette enquête s’est fondée sur la scénarisation de la rencontre entre ouvrières, ouvriers, photographes, et sociologues. Elle a consisté à sortir des entrepôts pour suivre une vingtaine de personnes dans le cadre d’itinéraires photographiques, durant lesquels elles ont mis en scène leur histoire avec la complicité des photographes et sociologues.

Cécile Cuny, Nathalie Mohadjer, Hortense Soichet en collaboration avec Clément Barbier, David Gaborieau, Gwendal Simon et Nicolas Raimbault.