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“Frapper le fer” L’art des forgerons africains

au musĂ©e du quai Branly – Jacques Chirac, Paris

du 19 novembre 2019 au 29 mars 2020 (prolongĂ©e jusqu’au 28 juin 2020)

Musée du quai Branly

Le musĂ©e du quai Branly – Jacques Chirac rouvre ses portes au public le 9 juin 2020. Dès cette date, les visiteurs auront accès au Jardin, au Plateau des collections permanentes, Ă  l’exposition « Frapper le fer, l’art des forgerons africains » qui est prolongĂ©e jusqu’au 28 juin 2020, ainsi que l’exposition « Helena Rubinstein. La collection de Madame » qui est prolongĂ©e jusqu’au 27 septembre 2020.

PODCAST - Interview de Henry John Drewal, professeur Evjue-Bascom d’histoire de l’art et d’études afro-américaines
à l’université du Wisconsin, Madison, et membre du comité scientifique de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 18 novembre 2019, durée 8'18". © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Henry John Drewal, professeur Evjue-Bascom d’histoire de l’art et d’études afro-amĂ©ricaines Ă  l’universitĂ© du Wisconsin, Madison, et membre du comitĂ© scientifique de l’exposition,

par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 18 novembre 2019, durĂ©e 8’18. © FranceFineArt.

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© Anne-Frédérique Fer, présentation presse, le 18 novembre 2019.

Artiste inconnu, Lamellophone (chisanji), Fin du 19e siècle. Bois, fer, L. 19,10 cm, W. 10,20 cm, D. 6,40 cm. Légende : Population tshokwe, République démocratique du Congo. The Cleveland Museum of Art, The Harold T. Clark Educational Extension Fund, 1915.495. © courtesy the Cleveland Museum of Art.
Artiste inconnu, Lamellophone (chisanji), Fin du 19e siècle. Bois, fer, L. 19,10 cm, W. 10,20 cm, D. 6,40 cm. Légende : Population tshokwe, République démocratique du Congo. The Cleveland Museum of Art, The Harold T. Clark Educational Extension Fund, 1915.495. © courtesy the Cleveland Museum of Art.
Objet cultuel composite. Ethnie : Bamana, Pays : Mali, Continent : Afrique, 20e siècle. Sang animal coagulé, bois, cire, terre, fibre végétale, matériaux organiques, 34 x 18 x 41 cm. N° inventaire : 70.2012.4.1. Pièce de bois recouverte de matériaux organiques et de sang animal coagulé de teinte beige. Les quatre tiges inférieures surmontées de la masse composite à une bosse évoque la forme d'un quadrupède. Usage de l'objet : Objet conservé dans le sanctuaire lié à la société d'initiation masculine du Kono. © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain.
Objet cultuel composite. Ethnie : Bamana, Pays : Mali, Continent : Afrique, 20e siècle. Sang animal coagulĂ©, bois, cire, terre, fibre vĂ©gĂ©tale, matĂ©riaux organiques, 34 x 18 x 41 cm. N° inventaire : 70.2012.4.1. Pièce de bois recouverte de matĂ©riaux organiques et de sang animal coagulĂ© de teinte beige. Les quatre tiges infĂ©rieures surmontĂ©es de la masse composite Ă  une bosse Ă©voque la forme d’un quadrupède. Usage de l’objet : Objet conservĂ© dans le sanctuaire liĂ© Ă  la sociĂ©tĂ© d’initiation masculine du Kono. © musĂ©e du quai Branly – Jacques Chirac, photo Claude Germain.
Hache d'apparat. Ethnie : Songye, Continent : Afrique, Pays : Congo, république démocratique, 19e siècle - début du 20e siècle. Bois, cuivre, fer, 37,8 × 26,6 × 4 cm, Hauteur : 38 cm. N° inventaire : 71.1948.15.39 D. Légende : Hache d'apparat, en fer, bois et cuivre : lame en fer ajouré de motifs géométriques, manche en bois recouvert de feuilles de cuivre incisées. Usage de l'objet : Fer en biseau, ajouré, orné de motifs géométriques incrusté en cuivre. Manche courbe recouvert de feuilles de cuivre décorées. © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado.
Hache d’apparat. Ethnie : Songye, Continent : Afrique, Pays : Congo, rĂ©publique dĂ©mocratique, 19e siècle – dĂ©but du 20e siècle. Bois, cuivre, fer, 37,8 Ă— 26,6 Ă— 4 cm, Hauteur : 38 cm. N° inventaire : 71.1948.15.39 D. LĂ©gende : Hache d’apparat, en fer, bois et cuivre : lame en fer ajourĂ© de motifs gĂ©omĂ©triques, manche en bois recouvert de feuilles de cuivre incisĂ©es. Usage de l’objet : Fer en biseau, ajourĂ©, ornĂ© de motifs gĂ©omĂ©triques incrustĂ© en cuivre. Manche courbe recouvert de feuilles de cuivre dĂ©corĂ©es. © musĂ©e du quai Branly – Jacques Chirac, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado.

extrait du communiqué de presse :

Commissaire principal :
Tom Joyce, commissaire, sculpteur, artiste lauréat du Prix MacArthur

Comité scientifique : Allen F. Roberts, professeur des Arts et Cultures / Danse du monde à UCLA, Los Angeles
Marla C. Berns, Shirley & Ralph Shapiro Director, Fowler Museum, Los Angeles
William J. Dewey, professeur associé d’histoire de l’art africain à l’université d’État de Pennsylvanie
Henry John Drewal, professeur Evjue-Bascom d’histoire de l’art et d’études afro-américaines à l’université du Wisconsin, Madison




À travers près de 230 oeuvres exceptionnelles, l’exposition dévoile la force évocatrice de l’une des traditions de fer forgé les plus sophistiquées au monde. Panorama inédit des créations de ces maîtres du feu depuis plus de 2 500 ans.

Peu d’endroits dans le monde ont un rapport aussi puissant avec le fer que l’Afrique subsaharienne. Depuis plus de deux millénaires, le travail de l’un des matériaux les plus fondamentaux de la planète a révolutionné le continent et façonné en profondeur ses communautés et cultures, des champs aux foyers, des terrains de bataille aux lieux religieux. Sous le marteau du forgeron africain, maître du feu et virtuose de la transformation, le métal a été fondu, forgé, martelé puis métamorphosé en objets, et parfois investi d’un pouvoir social et spirituel, avec une sensibilité artistique impressionnante.

Orchestrée par le sculpteur américain, Tom Joyce, artiste lauréat du Prix MacArthur, et les membres du comité scientifique, l’exposition Frapper le fer. L’art des forgerons africains déploie une diversité de formes et de traditions autour du fer dans différentes régions du territoire subsaharien. Elle dévoile l’invention de l’art du fer et l’histoire des évolutions techniques qui ont conduit les forgerons africains à le transformer.

L’âge du fer a marqué l’Afrique et transformé à jamais la civilisation, d’un point de vue pratique, symbolique et cosmologique. Le continent propose à lui seul un ensemble diversifié et sophistiqué d’outils et de formes en fer forgé. La production du forgeron et son rôle dans la vie des communautés sont encore indispensables de nos jours.

Près de 230 pièces rĂ©alisĂ©es entre le 17e siècle et l’époque contemporaine, allant de la sculpture Ă  une myriade de formes de monnaies, instruments de musique, armes, objets de prestige, tĂ©moignent du talent et des prouesses techniques des forgerons d’Afrique, personnages autant vĂ©nĂ©rĂ©s que craints. Un ensemble unique d’oeuvres, de plus de quinze pays parmi lesquels le Mali, le BĂ©nin, le Nigeria, ou la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, provenant de collections publiques et privĂ©es, est rĂ©uni au musĂ©e du quai Branly – Jacques Chirac pour l’une des prĂ©sentations de l’art des forgerons africains les plus complètes jamais rĂ©alisĂ©es.

Après Nigeria. Arts de la vallĂ©e du BĂ©noué en 2012 et Secrets d’ivoire. L’art Lega d’Afrique centrale en 2013, l’exposition Frapper le fer. L’art des forgerons africains est la 3e exposition prĂ©sentĂ©e au musĂ©e du quai Branly – Jacques Chirac en collaboration avec le Fowler Museum at UCLA.

Parcours de l’exposition :

Frapper le fer. L’art des forgerons africains prĂ©sente la puissance et la subtilitĂ© de l’une des traditions de fer forgĂ© les plus sophistiquĂ©es au monde et rappelle la prĂ©sence essentielle du fer dans l’univers. Les techniques de fonte et de forgeage du fer prĂ©sentent d’emblĂ©e une innovation et une sophistication hors du commun quand elles font leur apparition sur le continent africain, il y a environ 2 500 ans. Les forgerons africains transforment le minerai de fer, l’une des matières premières de la planète, en objets utilitaires, d’émancipation, de prestige, de pouvoir rituel et d’expressivitĂ© artistique. La capacitĂ© de crĂ©er en travaillant le fer est souvent considĂ©rĂ©e comme un don divin, et ceux qui en sont pourvus sont Ă  la fois vĂ©nĂ©rĂ©s et craints pour leurs formidables facultĂ©s. Le parcours, rĂ©parti selon sept parties, met l’accent sur le talent artistique des forgerons de l’Afrique subsaharienne et prĂ©sente des objets rĂ©alisĂ©s entre le 17e siècle et l’époque contemporaine. En tant que matĂ©riau, le fer Ă©tait garant de la puissance des actes sacrĂ©s en accompagnant les dĂ©fis et les Ă©tapes de la vie. Les sons produits par les instruments de musique en fer sont encore destinĂ©s Ă  invoquer les ancĂŞtres et les divinitĂ©s. Aussi, sous les formes les plus diverses, les forgerons mettent en Ă©vidence l’efficacitĂ© et la signification du fer dans la vie de la communautĂ©.


#La transformation matérielle du fer
La maĂ®trise des techniques de mĂ©tallurgie en Afrique a transformĂ© pour toujours les civilisations humaines. Le fer est l’une des ressources naturelles les plus abondantes du continent africain, mais aussi l’une des plus difficiles Ă  transformer en mĂ©tal utilisable. Pour pouvoir ĂŞtre forgĂ©, le fer exploitable doit ĂŞtre extrait de riches dĂ©pĂ´ts par un procĂ©dĂ© d’affinage mĂ©tallurgique appelĂ© fusion. La fusion sert Ă  Ă©liminer les impuretĂ©s d’une matrice rocheuse – le minerai de fer â€“ en la soumettant Ă  une chaleur intense (entre 1 150 et 1 260 Â°C). Les particules de fer, Ă  demi fondues dans le fourneau, fusionnent pour former une pâte spongieuse et mallĂ©able que l’on appelle la « gueuse Â». Une fois chauffĂ© Ă  blanc, le fer peut ensuite ĂŞtre traitĂ© par le forgeron afin de lui donner une forme par la force de compression d’un marteau, avant de le travailler avec des poinçons, burins et autres outils. « Donner naissance Â» Ă  des gueuses Ă  partir du minerai de fer puis Ă  des objets Ă  partir de ces dernières est une mĂ©taphore « procrĂ©atrice Â» qu’utilisent volontiers de nombreuses populations africaines pour dĂ©crire ces deux processus de transformation. En Afrique, la mĂ©tallurgie du fer est un ensemble de techniques maĂ®trisĂ©es par les hommes qui doivent comporter des Ă©lĂ©ments fĂ©minins pour ĂŞtre couronnĂ©es de succès.


#Les origines du fer africain

ArchĂ©ologie : l’invention du fer

L’histoire du monde est souvent perçue comme une suite d’« Ă˘ges Â» : de l’âge de pierre Ă  celui du fer en passant par l’âge du cuivre ou du bronze. NĂ©anmoins, en Afrique subsaharienne, oĂą les ancĂŞtres de l’humanitĂ© commencent Ă  fabriquer des outils en pierre, l’utilisation de ces instruments se poursuit Ă  l’âge du fer. Les archĂ©ologues ont longtemps pensĂ© que la connaissance de la mĂ©tallurgie Ă©tait arrivĂ©e en Afrique du Nord vers le premier millĂ©naire avant notre ère pour se propager plus tard au sud, mais des recherches plus rĂ©centes font remonter plus loin l’avènement de la production de fer. La plupart des chercheurs contemporains estiment que les Africains ont commencĂ© Ă  transformer le fer extrait de minerais locaux il y a environ 2 500 ans, mais les dĂ©tails restent controversĂ©s. Ces techniques ont-elles Ă©tĂ© inventĂ©es et dĂ©veloppĂ©es dans une ou plusieurs rĂ©gions subsahariennes ? Se sont-elles rĂ©pandues avec les premières migrations et les premiers Ă©changes commerciaux ? Quelle que soit la manière dont elle est apparue, la technologie mĂ©tallurgique fut rapidement adoptĂ©e et adaptĂ©e. Le fer fut produit Ă  grande Ă©chelle dans plusieurs sites anciens, tels que Kamilamba, en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, entre le 8e et le 10e siècle de notre ère, et Grand Zimbabwe, entre le 13e et le 14e siècle.

Fer et mythes d’origine
De nombreuses communautĂ©s africaines se servent des rĂ©cits des origines pour rĂ©vĂ©ler et expliquer les formidables innovations des forgerons. Les conceptions du monde prennent forme — souvent Ă  travers les talents prodigieux des forgerons â€” pour devenir des objets de vĂ©nĂ©ration et de prière, car la vie peut ĂŞtre prĂ©caire et la communication avec les ancĂŞtres doit ĂŞtre maintenue. La crĂ©ation de gueuses et le forgeage d’objets en fer sont des actes merveilleux qui garantissent protection et prospĂ©ritĂ©, sauvent et prennent des vies. Les populations dogon et bamana du Mali relatent des rĂ©cits de forgerons capables, Ă  l’instar des dieux, de transformer la matière et les Ă©vĂ©nements. Le rĂ´le majeur des forgerons au sein de la sociĂ©tĂ© bamana repose sur leur excellente maĂ®trise des techniques de forgeage, leur connaissance des plantes mĂ©dicinales et leur communication avec le monde surnaturel. Leur importance est soulignĂ©e dans les traditions orales, dont la cĂ©lèbre Ă©popĂ©e de Soundjata du 14e siècle, qui dĂ©crit la fondation de l’ancien empire du Mali (distinct de l’actuelle RĂ©publique du Mali). Les forgerons bamana dirigent la puissante sociĂ©tĂ© initiatique, le Kòmò, qui enseigne Ă  ses membres comment mobiliser les Ă©nergies exceptionnelles appelĂ©es nyama Ă  des fins personnelles, sociales et spirituelles. Le Kòmò implique obligatoirement trois puissances : les chefs forgerons, les objets de pouvoir (y compris les masques et autels) et les esprits de la nature. En effet, le Kòmò est une crĂ©ature intimidante de la brousse, amenĂ©e dans les terres civilisĂ©es par les forgerons.


#De l’enclume vient la subsistance
Matériau de valeur et vecteur de changement, le fer a, pendant des siècles, aidé les Africains à se procurer de la nourriture, à chasser et à labourer le sol. Couteaux, houes, charrues, faucilles, machettes, haches et herminettes ont longtemps permis une gestion intelligente, efficace et épanouie de la vie domestique et des tâches agricoles. Ces outils comptent parmi les créations les plus prolifiques du forgeron et illustrent la métaphore de la subsistance qui surgit de l’enclume. En particulier, les houes pour la culture et les faucilles pour la récolte permettent aux populations africaines de survivre et de prospérer.


#Les pouvoirs du fer
En Afrique subsaharienne, le monde du vivant — les plantes, les animaux, les rivières, les humains, les mots, les gestes, la musique â€” possède un esprit. Ainsi, rien ne sĂ©pare arbitrairement les choses animĂ©es et inanimĂ©es ou les affaires sacrĂ©es et sĂ©culaires. Puisant dans la connaissance ancienne et les systèmes philosophiques de leur propre culture, cette vision du monde concorde avec les besoins locaux pendant des millĂ©naires. Le fer fait figure de mĂ©dium pour dĂ©clencher les pouvoirs des esprits. Le forgeron — qui maĂ®trise les processus de transformation du fer en outils agricoles, en armes et en parures â€” est souvent chargĂ© de rĂ©aliser les objets destinĂ©s Ă  invoquer et reprĂ©senter les divinitĂ©s et d’autres esprits surnaturels en agissant comme un mĂ©diateur. Il est mandatĂ© pour mettre en valeur la capacitĂ© de l’humanitĂ© Ă  survivre et prospĂ©rer.


#Les lames de pouvoir et de prestige
Sur le continent africain, les armes tranchantes – lances, Ă©pĂ©es, haches et couteaux â€“ ont un usage dĂ©fensif et guerrier. Les forgerons transforment aussi ces armes en emblèmes de pouvoir. Ă€ ce titre, les lames sont Ă©moussĂ©es et privĂ©es d’un usage pratique ; leur Ă©quilibre aĂ©rodynamique diminue, leurs formes se dĂ©veloppent, s’affinent et deviennent plus dĂ©coratives qu’exigĂ© lors d’utilisations ordinaires. Ces pièces en fer exceptionnelles procurent un plaisir Ă  qui les manipule et esthĂ©tisent le pouvoir pour vĂ©hiculer des idĂ©es majeures sur l’honneur, la prospĂ©ritĂ©, le prestige et la sophistication.


#Des lames de valeur
Fruit de la virtuositĂ© des forgerons d’Afrique subsaharienne, la monnaie en fer est l’une des plus fascinantes de leurs rĂ©alisations. Ă€ l’époque prĂ©coloniale, elle prend souvent la forme de lames d’outils ou d’armes. En effet, le travail que les objets en fer permettent d’accomplir est si essentiel qu’ils sont valorisĂ©s et deviennent donc des moyens de paiement dans les Ă©changes qui jalonnent l’existence : mariages, litiges, rançons pour libĂ©rer des hommes faits prisonniers au combat, achats de chevaux, d’esclaves et d’autres denrĂ©es prĂ©cieuses. Les lames de houe servent de monnaie apportĂ©e en compensation matrimoniale dans de nombreuses sociĂ©tĂ©s africaines, qui associent l’abondance des rĂ©coltes Ă  l’importance d’une femme au sein du foyer familial, notamment dans sa fonction reproductrice et son travail domestique. Des monnaies sont produites sur tout le continent africain souvent sous forme de barres et de lames de tailles variables, en lots plus ou moins importants selon la nature de l’échange. Certaines, de facture remarquable, sont de dimensions considĂ©rables (aussi grandes qu’une personne), leur valeur est proportionnelle Ă  la quantitĂ© de fer utilisĂ©e et au savoir-faire des forgerons.


#Formes sonores
Les sons cadencĂ©s de la forge s’entendent bien au-delĂ  du lieu de travail quand le marteau s’abat sur le fer chaud et que les soufflets se remplissent d’air. Cette « musique Â» imprègne la production de fer du dĂ©but Ă  la fin, et les tâches du forgeron sont souvent prĂ©cĂ©dĂ©es de prières et de chansons. La musique provient aussi d’instruments en fer que l’on range dans la catĂ©gorie des idiophones. Le son produit est celui du fer – le coeur vibrant de ces instruments et leur matĂ©riau de base  -, frappĂ©, pincĂ©, raclĂ© ou frottĂ©, sans recourir Ă  des cordes ou des membranes. Les idiophones en fer englobent les cloches, les racleurs et les hochets utilisĂ©s pour rythmer les pas de danse, sans oublier les « pianos Ă  pouces Â» dont les clĂ©s de diffĂ©rentes tailles, quand elles sont frappĂ©es, donnent Ă  la rĂ©citation de poèmes une dimension sonore. Les sons produits par le fer, en vertu des pouvoirs spirituels et surnaturels attribuĂ©s au mĂ©tal lui-mĂŞme, sont parfois assimilĂ©s aux voix des ancĂŞtres. Les instruments sont conservĂ©s dans les trĂ©sors des chefs et utilisĂ©s par les spĂ©cialistes des rituels que sont les devins Ă  l’occasion d’évĂ©nements marquant une transition sociale comme les initiations, les mariages et les enterrements. Ces instruments en fer ne font pas qu’agrĂ©menter les soirĂ©es musicales ; ils permettent aussi de lier la forge Ă  la population, aux ancĂŞtres et aux divinitĂ©s elles-mĂŞmes.