🔊 “Martin Parr” Global Warning, au Jeu de Paume, du 30 janvier au 24 mai 2026
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“Martin Parr” Global Warning
au Jeu de Paume, Paris
du 30 janvier au 24 mai 2026

PODCAST –Â Entretien avec
Quentin Bajac,
directeur du Jeu de Paume et commissaire de l’exposition,
par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 9 fĂ©vrier 2026, durĂ©e 20’52,
© FranceFineArt.
Extrait du communiqué de presse :

Martin Parr, Venice Beach, Californie, États-Unis, 1998. © Martin Parr / Magnum Photos.

Martin Parr, Benidorm, Espagne, 1997. © Martin Parr / Magnum Photos.

Martin Parr, Kleine Scheidegg, Suisse, 1994. © Martin Parr / Magnum Photos.

Martin Parr, Glasgow, Écosse, 1999. © Martin Parr / Magnum Photos.

Martin Parr, Tokyo, Japon, 1998. © Martin Parr / Magnum Photos.

Martin Parr, Dorset, Angleterre, 2022. © Martin Parr / Magnum Photos.
Commissaires :
Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume,
avec la collaboration de Martin Parr et de Clémentine de la Féronnière
Cette exposition propose de revisiter l’oeuvre de Martin Parr à l’aune du désordre généralisé de notre époque, à travers différentes séries réalisées depuis la fin des années 1970 jusqu’à aujourd’hui. Tout au long de sa carrière, sans militantisme mais avec constance, aux quatre coins du globe, Martin Parr dresse un portrait saisissant des déséquilibres de la planète et des dérives de nos modes de vie. À travers ses nombreuses séries, commencées dans les îles britanniques et en Irlande, puis étendues dès les années 1990 aux cinq continents, émergent des thèmes récurrents : les turpitudes et les ravages du tourisme de masse, la domination de la voiture, les dépendances technologiques, la frénésie consumériste, ou encore notre rapport ambivalent au Vivant. Toujours avec son regard singulier et décalé Parr aborde indirectement plusieurs causes majeures identifiées des bouleversements climatiques de l’Anthropocène : usage effréné des transports, consommation d’énergies fossiles, surconsommation globale, dégâts environnementaux. Cet oeuvre, en apparence plaisant, se révèle, avec le temps et l’évolution des mentalités, peut-être plus grave qu’il n’y paraissait initialement. À la lumière de l’ensemble de son oeuvre, l’usage du décalage et de la dérision place Martin Parr dans une lignée satirique britannique, attentive à révéler les paradoxes de notre société.
En quelque 180 oeuvres traversant plus de cinquante ans de production, de ses dĂ©buts en noir et blanc Ă des oeuvres rĂ©centes, l’exposition aborde, en 5 sections, nos turpitudes contemporaines, Ă travers des thèmes, des motifs, des obsessions rĂ©currentes. La façon dont les loisirs modifient l’environnement – du motif de la plage Ă celui des dĂ©chets, Parr a saisi les mutations que l’évolution de nos modes de vie modernes apporte aux paysages, oĂą le plaisir et le gaspillage, le naturel et l’artificiel coexistent et s’entremĂŞlent sans cesse. « Tout doit disparaĂ®tre » aborde l’univers consumĂ©riste qui est le nĂ´tre, Parr dressant un inventaire cru et drĂ´le de nos objets de dĂ©sirs et nos modes de consommation, envisagĂ© comme une forme de religion nouvelle.. Sous son objectif, supermarchĂ©s, centres commerciaux, foires et salons deviennent le théâtre d’une course effrĂ©nĂ©e partagĂ©e par toutes les classes sociales et impliquant les biens les plus divers, dans lequel l’humain lui-mĂŞme devient parfois marchandise. « Petite Planète », du nom de l’un de ses ouvrages les plus cĂ©lèbres, traite du tourisme, sujet de prĂ©dilection qu’il avait explorĂ©, sur tous les continents, tant dans ses plaisirs que dans ses contradictions, voire ses impasses. Dans les lieux les plus emblĂ©matiques du phĂ©nomène, il s’est intĂ©ressĂ© aux habitudes et aux comportements de ce touriste global, rĂ©alisant Ă©galement, en filigrane, une Ă©tude des dĂ©sĂ©quilibres Nord/Sud. Dans « Le règne animal », c’est, la cohabitation parfois difficile entre l’humain et l’animal qui est Ă©tudiĂ© et dĂ©crit, entre indiffĂ©rence et fascination, nĂ©gligence et surattention, violence et affection.
Enfin « Addictions technologiques », aborde la question de l’humain et de la machine sous ses formes les plus diverses : voitures, téléphones, jeux vidéo, machines à sous et maintenant ordinateurs et smartphones qui redéfinissent chaque jour, au quotidien notre rapport au réel, à l’espace et au temps. « Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux si l’on veut bien le lire, mais je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit — je montre simplement ce que les gens pensent déjà savoir » disait Martin Parr en 2021.
Photographe infatigable, souvent entre deux avions, amateur de plages bien qu’il ne sache pas nager, Parr n’a jamais cherchĂ© Ă se poser en donneur de leçons – Ă ce titre, il prĂ©cisait souvent qu’il faisait pleinement partie du monde qu’il documentait et critiquait. Sur la crise climatique et Ă©cologique-: « On va vers la catastrophe, mais on y va tous ensemble. Personne n’osera interdire la voiture ou les dĂ©placements en avion », affirmait-il en 2022. Il reconnaissait volontiers l’impact environnemental de son mode de vie — notamment sa forte empreinte carbone — et refusait de prendre une position de surplomb vis – Ă - vis de ses sujets.
Conscient que les images ne suffisent plus à transformer le monde, il revendiquait toutefois une forme d’engagement discret, une guérilla visuelle capable de fissurer les représentations dominantes. Car si Parr utilisait l’humour, c’est toujours au service d’une réflexion, souvent critique, voire satirique, qui cherchait à déstabiliser les visions idéalisées — notamment celles véhiculées par les médias et l’industrie culturelle. Beaucoup de ses images jouent des clichés pour les détourner, les critiquer, les déconstruire, mettre en lumière ce qu’ils ont d’absurde ou de mensonger.: de l’esthétique de la carte postale touristique à celle de la photographie animalière, de l’habitude du foodie à celle du selfie, ce sont les modes de vie et les imaginaires d’une partie de la planète qui sont interrogés, questionnés, et parfois moqués.
#MartinParr #GlobalWarning – Catalogue – Martin Parr. Global Warning – Édition française / anglaise : Phaidon – Auteurs : Quentin Bajac ; Jean-François Staszak ; Roberta Sassatelli ; Violette Pouillard ; Adam Greenfield
Cinq décennies de commentaires visuels incisifs de Martin Parr, l’un des photographes les plus célèbres au monde, rassemblés dans un ouvrage accompagnant une grande exposition au Jeu de Paume à Paris en 2026. Des essais d’universitaires et chercheurs venus d’horizons divers, géographie, anthropologie, sociologie, histoire des sciences, portent leurs regards de spécialistes sur ces images. Martin Parr. Global Warning est illustré de près de 180 photographies, des parcs de loisirs et des supermarchés de l’Angleterre rurale en noir et blanc de ses débuts à ses photographies plus récentes, en couleurs, montrant l’agitation des attractions touristiques dans le monde entier. À travers son objectif, le photographe aborde les dérèglements climatiques et offre, avec son célèbre humour, un regard critique indirect sur notre monde à une époque marquée par de nombreux bouleversements sociétaux. Le travail de Martin Parr est tour à tour critique, satirique, surprenant et drôle. Le catalogue retrace cinq décennies de carrière de l’un des photographes les plus célèbres au monde, présentant ses images les plus emblématiques ainsi que des oeuvres rarement publiées. Face à un monde en pleine tourmente, cet ouvrage témoigne du regard incisif et unique de Martin Parr.
Parcours de L’exposition
Terres de loisirs, terres de déchets
Dès les années 1980, Martin Parr n’a cessé de documenter la manière dont les paysages contemporains sont façonnés et transformés par le développement et l’intensification des loisirs de masse. Dans ses images, naturel et artificiel coexistent et s’entremêlent sans cesse. Amateur de plages bien qu’il ne sache pas nager, Parr s’est naturellement identifié à ces espaces, qui occupent une place centrale dans son travail. Son premier ensemble majeur en couleurs, The Last Resort, est consacré à la station balnéaire populaire de New Brighton Beach, près de Liverpool. Il poursuivra ensuite ce thème aux quatre coins du monde, de Benidorm à Playas, livrant certaines de ses séries les plus caustiques. Pour Parr, la plage n’est ni un lieu d’exotisme ni de nature intacte, mais un concentré des contradictions de l’industrie des loisirs : un espace convivial et chaotique, saturé de corps, de couleurs et de consommation, où le plaisir est indissociable du déchet et du gaspillage.
Tout doit disparaître !
Dès les années 80, dans l’Angleterre libérale de Margaret Thatcher, le projet documentaire de Martin Parr s’attache à un aspect encore peu exploré par les photographes : la consommation, en particulier celle des classes moyennes, envisagée dans ses aspects les plus variés – goûts, désirs, comportements. Son intérêt pour ce sujet s’étend ensuite à l’Europe, aux États-Unis et à d’autres pays d’Asie et du Moyen-Orient, observant un mode de vie de plus en plus occidentalisé ou américanisé. Aujourd’hui, de la nourriture à l’art, du luxe aux produits les plus triviaux, l’oeuvre de Parr dresse un inventaire à la fois cru et drôle de nos objets et modes de consommation, considérés comme une nouvelle forme de religion. Dans certaines séries, comme Common Sense, il prend à contre-pied les codes de la photographie publicitaire : le gros plan et les couleurs saturées créent une caricature grotesque où le kitsch domine. Sous son objectif, supermarchés, centres commerciaux, foires et salons deviennent le théâtre d’une course effrénée et absurde, partagée par toutes les classes sociales, où l’humain lui-même peut parfois se transformer en marchandise.
Petite planète
Conscient de l’impact écologique de son mode de vie, Parr refusait de se placer au-dessus des sujets qu’il photographiait, précisant qu’il faisait pleinement partie du monde qu’il documentait et critiquait. Sans se poser en donneur de leçons, il revendiquait un engagement discret, une guérilla visuelle capable d’ébranler les représentations dominantes, notamment celles de l’industrie touristique. À partir des années 1990, le phénomène de masse lié aux voyages devient l’un de ses sujets de prédilection. Partout dans le monde, il scrute les plaisirs et paradoxes du touriste global, tout en soulignant, en filigrane, les déséquilibres Nord/Sud. L’homogénéisation des gestes, attitudes et tenues vestimentaires contraste, avec ironie et un brin de nostalgie, avec la diversité des sites et monuments photographiés. Environnements surpeuplés, vues anxiogènes, copies grossières.: Parr renverse les codes de l’esthétique lisse de la carte postale, proposant des visions dégradées des monuments iconiques.
Le règne animal
Même s’il n’en a jamais fait un sujet de recherche spécifique et que le thème n’apparaît explicitement dans son oeuvre qu’avec le petit ouvrage Animals, publié en 2025, Martin Parr s’est intéressé, dès ses débuts en noir et blanc, aux rapports entre l’humain et l’animal. Chez Parr, l’animal est aimé, emprisonné, protégé, mangé, tué ou domestiqué dans un même mouvement, chargé de contradictions et souvent encore empreint de violence. En cela, ses images s’opposent aux stéréotypes de la photographie animalière, bâtie le plus souvent sur la représentation idéalisée d’un animal libre, surpris dans son environnement naturel. Martin Parr, lui, ne considère l’animal qu’au sein de la société humaine : entre tendresse et domestication, affection et anthropomorphisation, prédation et asservissement, c’est bien la relation complexe entre un sujet humain et un objet animal qui demeure le principal thème de ses clichés.
Addictions technologiques
Nos relations à la technique et à la machine constituent un fil rouge de l’œuvre de Parr. Chaque nouvelle décennie semble susciter chez lui l’intérêt pour un nouvel objet, en accord avec les évolutions de la technologie : à ses débuts, dans les années 1970 et 1980, la voiture ; dans les années 1990 et 2000, le téléphone portable ; plus près de nous, les écrans d’ordinateurs, tablettes, smartphones ou autres dispositifs de jeu. Dans sa pratique et son projet, même lorsqu’il est question de technique, Parr demeure un humaniste : par-delà l’objet technique, c’est bien l’humain dans sa relation à la machine qui l’intéresse. Observateur attentif des gestes et toujours à la recherche de nouveaux sujets, il étudie la manière dont le corps humain interagit avec chacun de ces objets, ainsi que la place croissante qu’ils occupent dans notre quotidien et notre imaginaire, et la dépendance qu’ils peuvent engendrer. Il explore enfin, en creux, comment ces objets transforment profondément notre perception du réel et notre rapport à l’espace et au temps.
Au mĂŞme moment au Jeu de Paume
Jo Ractliffe – En ces lieux – du 30 janvier au 24 mai 2026
Commissaire : Pia Viewing
Née au Cap en 1961, Jo Ractliffe est une figure importante de la photographie contemporaine, dont le travail a toutefois été peu présenté en France. L’oeuvre de Ractliffe est souvent associé à un discours sur la violence et la manière dont elle se manifeste dans le paysage, marqué par l’héritage du colonialisme, de l’apartheid et les cicatrices résultant de conflits dans des pays comme l’Angola. Du point de vue de la photographie documentaire, la singularité de sa démarche artistique réside dans la manière dont elle représente les rapports entre présence et absence. Ses images, loin d’illustrer des faits et des événements sociaux et politiques, encouragent les spectateurs à aller au-delà de la surface et à identifier des histoires enfouies dans les paysages. Cette exposition monographique propose, pour la première fois, de questionner la notion de « lieu » comme thème central de son oeuvre. Pour l’artiste, les endroits qu’elle photographie ne sont pas de simples situations géographiques ou des terrains façonnés par la violence et l’histoire ; ce sont aussi des lieux porteurs de mémoire.






























