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“Toulouse 1300-1400“
L’Ă©clat d’un gothique mĂ©ridional

au musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, Paris

du 18 octobre 2022 au 22 janvier 2023

Musée national du Moyen Âge


Interview de Béatrice de Chancel-Bardelot, conservatrice générale au musée de Cluny et co-commissaire de l'exposition, et Emilie Nadal, spécialiste de manuscrits, docteur en histoire de l'art médiéval, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 10 novembre 2022, durée 29’25. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de BĂ©atrice de Chancel-Bardelot, conservatrice gĂ©nĂ©rale au musĂ©e de Cluny et co-commissaire de l’exposition,
et Emilie Nadal, spĂ©cialiste de manuscrits, docteur en histoire de l’art mĂ©diĂ©val,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 10 novembre 2022, durée 29’25.
© FranceFineArt.

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Toulouse 1300 - 1400.
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©Anne-FrĂ©derique Fer, visite de l’exposition, le 10 novembre 2022.
Décret de Gratien avec glose de Barthélemy de Brescia, Parchemin, Ms 659 - f. 217 recto. Conservé par Avignon Bibliothèques (Ville d’Avignon) – dépôt de l’État. © Avignon, Médiathèque Meccano.
DĂ©cret de Gratien avec glose de BarthĂ©lemy de Brescia, Parchemin, Ms 659 – f. 217 recto. ConservĂ© par Avignon Bibliothèques (Ville d’Avignon) – dĂ©pĂ´t de l’État. © Avignon, MĂ©diathèque Meccano.
Livre des propriétés des choses Barthélemy l’Anglais, Ms 1029 - fol. 1 : Palais de la Sagesse dit l’Elucidari, Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève. © IRHT-CNRS.
Livre des propriĂ©tĂ©s des choses BarthĂ©lemy l’Anglais, Ms 1029 – fol. 1 : Palais de la Sagesse dit l’Elucidari, Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève. © IRHT-CNRS.
Les capitouls de 1367-1368, Parchemin, BB273/2. Archives municipales de Toulouse. © Mairie de Toulouse, Archives municipales.
Les capitouls de 1367-1368, Parchemin, BB273/2. Archives municipales de Toulouse. © Mairie de Toulouse, Archives municipales.

Extrait du communiqué de presse :



Tête d’une Vierge, Calcaire, Ra 772 bis. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Tête d’une Vierge, Calcaire, Ra 772 bis. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Vierge à l’Enfant dite Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, Calcaire polychromé, Ra 511. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Vierge à l’Enfant dite Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, Calcaire polychromé, Ra 511. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Saint Jean l’Evangéliste, Calcaire polychromé, Ra 555 J. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Saint Jean l’Evangéliste, Calcaire polychromé, Ra 555 J. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.

Commissariat :

Béatrice de Chancel-Bardelot, conservatrice générale au musée de Cluny, 

Charlotte Riou, conservatrice au musée des Augustins à Toulouse





Synthétisant des recherches récentes, l’exposition « Toulouse, 1300-1400 : l’éclat d’un gothique méridional » présentée au musée de Cluny – musée national du Moyen Âge du 18 octobre 2022 au 22 janvier 2023 dresse un état des lieux inédit de la création à Toulouse au XIVe siècle.

À cette période, Toulouse fait partie des plus grandes villes de France avec Paris, Lyon, Orléans, Rouen… La cité languedocienne connaît une forme d’apogée durant la première moitié du XIVe siècle. Rattachée au royaume de France depuis 1271, la ville a gardé sa personnalité, tout en se développant économiquement. Elle profite de l’installation à Avignon de papes français, souvent très liés à l’université de Toulouse ou aux couvents des ordres mendiants implantés dans la ville, en particulier les Franciscains ou Cordeliers et les Dominicains ou Jacobins.

L’organisation de la ville et le mode de vie à Toulouse seront évoqués dans une première partie, donnant un aperçu de la céramique de la table toulousaine, ou, à travers des épitaphes, de la diversité des Toulousains du XIVe siècle.

La deuxième partie présentera une sélection de chefs-d’oeuvre autour de quatre statues provenant d’un édifice disparu, la chapelle de Rieux à Toulouse. Introduites par la figure du commanditaire de cet ensemble, le franciscain Jean Tissendier, ces oeuvres sont parmi les plus belles sculptures polychromées du XIVe siècle, à l’échelle de la France et même de l’Europe. La miniature toulousaine sera tout aussi à l’honneur grâce à une quinzaine de manuscrits ou feuillets enluminés. Ces pages colorées témoignent de l’originalité des « imaginaires » (enlumineurs) toulousains, influencés par les modèles parisiens, mais aussi par l’art des peintres catalans ou de leurs confrères italiens.

C’est d’ailleurs ce va-et-vient d’influences, entre Toulouse, Avignon et les vallées pyrénéennes qui sera évoqué dans la troisième section, où prennent également place de l’orfèvrerie, pièces en argent au poinçon de la ville de Toulouse.

L’exposition est organisée par le musée de Cluny – musée national du Moyen Âge et la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais. Elle bénéficie d’un prêt exceptionnel du musée des Augustins de Toulouse. Le musée des beaux-arts de Toulouse est installé dans le couvent des Augustins, en plein coeur du centre historique de la ville. Après avoir été occupé par les moines de saint Augustin jusqu’à la Révolution française, le lieu est transformé en musée dès 1793. Les collections qu’il abrite comptent aujourd’hui plus de 4 000 œuvres du Moyen Âge au milieu du XXe siècle, également réparties entre sculptures et peintures. Le musée des Augustins est actuellement fermé au public pour d’importants travaux de rénovation et de mise en accessibilité.

En plus des 15 oeuvres provenant du musée des Augustins, l’exposition est enrichie par des prêts prestigieux des autres institutions toulousaines, des musées de Pampelune, de la bibliothèque Vaticane, du musée du Louvre ou de grandes bibliothèques parisiennes.

François d’Assise, Calcaire polychromé, Ra 555 A. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
François d’Assise, Calcaire polychromé, Ra 555 A. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Saint Paul, Calcaire polychromé, Ra 555. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Saint Paul, Calcaire polychromé, Ra 555. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martin.
Jean Tissendier en donateur, Calcaire polychromé, Ra 552. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martins
Jean Tissendier en donateur, Calcaire polychromé, Ra 552. Toulouse, Musée des Augustins. © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins / Daniel Martins

Parcours de l’exposition


Introduction
Capitale régionale dans le royaume de France, Toulouse a brillé, tout au long du XIVe siècle, comme centre intellectuel, religieux et artistique. Rattachée au royaume de France, siège d’une université, la ville a bénéficié d’un certain dynamisme économique, malgré la guerre de Cent Ans et les épidémies de peste. Ses liens avec Avignon et avec d’autres centres de création, Paris, les villes italiennes ou la péninsule ibérique, ont stimulé les artistes de la ville. Grâce aux travaux menés par des chercheurs et des conservateurs d’horizons variés, les oeuvres réunies dans cette exposition restituent l’éclat, la beauté, les couleurs de cette période de floraison qui va des années 1280 au début du XVe siècle.

Le temps des crises ?
L’entrée de Toulouse dans le domaine royal en 1271 ouvre une période de dynamisme économique qui dure jusqu’aux années 1340. La peste apparue en 1348 revient de façon cyclique à partir de 1360 et porte un coup rude à la ville. La guerre de Cent Ans touche particulièrement la région pendant la deuxième moitié du XIVe siècle, et s’accompagne dès 1337 d’une dévaluation de la monnaie qui alimente la crise économique. La monnaie la plus courante est en argent (denier), émise depuis le début du XIVe siècle presque exclusivement par le pouvoir royal. Le monnayage royal s’impose face aux pièces féodales. Le commerce à Toulouse bénéficie des foires de Pézenas et de Montagnac (Hérault) : les marchands toulousains y vendent des produits alimentaires, des étoffes de laine et du pastel, une plante utilisée pour la teinture et une ressource économique dont l’importance s’est accrue dans les siècles suivants. Au-delà, Toulouse échange avec les ports de l’Atlantique, Bordeaux et Bayonne, ou avec ceux de la Méditerranée, comme Barcelone. Les métiers artistiques sont encouragés par les commanditaires laïcs ou ecclésiastiques, ce dont témoignent les oeuvres réunies dans cette exposition.

Toulousaines et Toulousains
Dans les années 1330, Toulouse compte une population d’environ 35 000 habitants, ce qui en fait l’une des cinq cités les plus importantes du royaume. Au début du siècle suivant, les épidémies de peste ont réduit la population à 22 000 habitants. Dans la ville cohabitent la population laïque et celle des clercs, comptant les universitaires, enseignants ou étudiants, et les religieux, chanoines ou membres des ordres mendiants. Du côté laïc, l’élite urbaine réunit l’aristocratie et des marchands et artisans prospères, qui peuvent contribuer à l’administration municipale en devenant « capitouls ». Viennent ensuite les petits artisans, les manoeuvres etc. Les archives indiquent que la moitié de la population est trop pauvre pour payer l’impôt. La division du travail entre hommes et femmes n’est pas stricte : de nombreuses femmes travaillent, dans les boutiques et maisons comme employées, servantes, ou bien aux côtés de leurs époux ; d’autres sont aux commandes, telles les veuves de maîtres qui continuent l’activité de leur mari. Les archives et l’archéologie illustrent de façon complémentaire le quotidien des Toulousaines et Toulousains d’autrefois.

Habiter à Toulouse / La maison et son décor
À Toulouse, la première moitié du XIVe siècle est une période d’accroissement de la ville : rive droite, en dehors des murailles, et rive gauche par l’extension du faubourg Saint-Cyprien. Les quartiers anciens se développent aussi. Pour autant, l’habitat n’est pas très dense : des jardins et vergers séparent très souvent les habitations. À l’échelle urbaine la plus réduite, le cadre de la vie quotidienne est la maison, ou l’ostal. À partir du XIVe siècle, un goût pour le confort et l’esthétique se diffuse dans tous les niveaux de la société. Les intérieurs sont décorés dans les grandes demeures des élites, comme dans celles des plus humbles : les murs, ou les poutres sont ornés de motifs ou de scènes figurées. Les objets de la vie quotidienne témoignent aussi des modes et des influences qui traversent la société toulousaine. La salle à vivre abrite la vaisselle, en métal précieux, en verre, terre cuite ou bois. Les matériaux utilisés ont une forte dimension sociale : plus on s’élève, plus on dispose d’une vaisselle coûteuse et raffinée. La cuisine s’équipe à cette époque d’une cheminée qui permet d’entretenir un foyer permanent, et favorise l’apparition de nouveaux récipients.

Transferts artistiques
La production artistique toulousaine s’affirme au XIVe siècle ; elle s’inscrit dans le panorama du temps et dans des échanges artistiques complexes et multiples. Les nouveautés gothiques d’Île-de-France circulent grâce aux artistes, à leurs carnets de dessin ou encore aux multiples petits objets précieux : manuscrits, ivoires… Le rattachement du comté au royaume de France en 1271 contribue à la diffusion de l’art gothique rayonnant dans la région toulousaine. Toulouse bénéficie des échanges avec Avignon, centre de la chrétienté depuis que la papauté s’y est installée en 1309. De nombreux artistes originaires du royaume de France et de toute l’Europe occidentale y sont attirés par les commandes du pape, des cardinaux et de leurs proches. Les modèles italiens, qu’il s’agisse d’iconographie ou de style, inspirent les peintres, les sculpteurs et les enlumineurs… Très naturellement, les relations ont également été fructueuses avec les royaumes pyrénéens, dans tous les domaines artistiques.

Les fastes d’un évêque franciscain : Jean Tissendier
Jean Tissendier naît et étudie à Cahors. Franciscain, il fait une brillante carrière ecclésiastique sous la protection du pape Jean XXII, cahorsin comme lui, qui le nomme évêque de Lodève, puis en 1324 évêque de Rieux et bibliothécaire. Jusqu’à la mort du pape en 1334, il réside principalement à Avignon. Il meurt en 1347. Son inventaire après décès témoigne du faste dont il s’entoure : vaisselle d’argent, orfèvrerie religieuse (calices, croix, crosses), bijoux et vêtements sacerdotaux ornés de perles et de pierreries. Bâtisseur, Tissendier reprend à Rieux les travaux de sa cathédrale. Il y ajoute un portail orné de sculptures (disparues) et un vaste palais épiscopal, aujourd’hui détruit. À Toulouse, il fonde une chapelle funéraire à l’extrémité sud-est de l’église des Cordeliers (franciscains) et la dote d’un somptueux décor auquel appartient un imposant ensemble sculpté. Il conçoit alors un programme ambitieux et complexe où se mêle désir de perpétuer sa mémoire et d’assurer son salut, tout en assurant la promotion de son ordre dans un contexte de lutte contre les hérésies.

Les sculptures de la chapelle de Rieux
L’église du couvent des Cordeliers (ou franciscains) s’enrichit à partir des années 1330 d’une chapelle connue comme la « chapelle de Rieux », commandée par Jean Tissendier, évêque de Rieux. La chapelle a été détruite en 1804, mais les statues en pierre polychrome qui l’ornaient ont été sauvées et conservées pour la plupart au musée des Augustins de Toulouse. Le cycle se composait du Christ et de la Vierge, du collège apostolique des douze apôtres, augmenté de saint Paul et de saint Jean-Baptiste, et de trois saints franciscains : François d’Assise, Antoine de Padoue et Louis d’Anjou. Le fondateur Jean Tissendier était représenté deux fois : en gisant, le seul élément en marbre, et en donateur de sa chapelle. OEuvres d’un atelier de grand talent dont le sculpteur principal est nommé par convention « Maître de Rieux », les sculptures de la chapelle de Rieux se caractérisent par une grande attention portée au rendu des détails et des expressions des saints personnages. Elles constituent l’un des plus beaux témoignages de l’art et de la piété franciscaine au XIVe siècle.

Les sculptures toulousaines : des styles variés
Au XIVe siècle, les sculpteurs ont créé de nombreuses Vierges à l’Enfant, déclinées suivant le type des vierges gothiques du Nord de la France : généralement debout, parfois hanchées, elles portent l’Enfant sur un bras ; ce dernier, vêtu ou demi-nu, tient souvent un oiseau dans ses mains. Les artistes de la région toulousaine combinent cet héritage d’Île-de-France avec des traits développés par le maître de Rieux à partir de 1330-1340 environ : les sculptures ont une abondante chevelure bouclée, les drapés associent des plis incurvés sur les corps et d’abondantes chutes en tuyaux évasés. La Vierge porte un manteau-voile. La représentation de la Vierge assise, de tradition romane, persiste aux XIIIe et XIVe siècles, comme en témoignent la Vierge d’argent de la collégiale de Roncevaux, fabriquée à Toulouse, ou plusieurs statues de bois conservées dans des églises de Haute-Garonne. Aujourd’hui, beaucoup de ces sculptures présentent leur matériau constitutif, pierre ou bois, à nu, mais elles étaient à l’origine polychromes : les vêtements étaient ponctués de motifs imitant des décors textiles sur un fond blanc (statue dite de Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles) ou de couleur vive. Les carnations étaient peintes au naturel et l’or rehaussait les chevelures et certains détails ornementaux.

L’architecture religieuse à Toulouse au XIVe siècle
Au XIIIe siècle naissent les ordres mendiants : François d’Assise crée les Franciscains, ou Cordeliers ; Dominique de Guzman fonde les Dominicains, aussi appelés Jacobins. En 1215, il installe une petite communauté à Toulouse pour convertir les cathares (courant dissident de l’Église). Suivent d’autres ordres, comme les Carmes ou les Augustins. Toulouse devient, dans un contexte de lutte contre les hérésies, un centre important pour les ordres mendiants. Favorisés par la papauté, ils doivent se faire une place dans la ville face aux chanoines de la cathédrale et de Saint-Sernin. Au XIVe siècle, l’emprise de ces ordres se reflète par celle de leurs bâtiments : le couvent des Jacobins, qui se dote de la chapelle Saint-Antonin (construite de 1335 à 1341), et celui des Augustins, commencé vers 1310, témoignent encore de leur importance. Les Carmes, édifiés à partir de 1264, et l’église des Cordeliers, construite à partir de 1235 en périphérie du bourg, sont maintenant détruits. La documentation ancienne ou les opérations archéologiques permettent de connaître ces édifices. Des églises paroissiales de la ville sont bâties ou agrandies, comme Saint-Nicolas ou Notre-Dame-du-Taur, tandis que le chantier de la cathédrale se poursuit par la construction de chapelles rayonnantes.

L’orfèvrerie toulousaine
À Toulouse au XIVe siècle, les orfèvres ou argentiers forment une communauté prospère, sans doute de dix à douze ateliers. Étroitement contrôlé en raison du matériau utilisé, l’artisan doit, depuis l’ordonnance du roi en 1275, marquer les oeuvres du poinçon (marque gravée) de la ville : pour Toulouse, les trois lettres « TOL » surmontées d’une fleur de lys. En 1355, le poinçon de maître devient réglementaire, mais n’entre que peu à peu en usage. L’orfèvre répond à des commandes d’objets usuels, comme de la vaisselle métallique, mais fabrique aussi des objets de culte, des reliquaires, ou de petites figures. Après avoir façonné l’objet, il peut le décorer par gravure, ciselure, estampage ou dorure. Il peut rapporter des ornements en métal (filigranes, granulations), ou encore ajouter des émaux ou des pierres précieuses. Seules quelques oeuvres toulousaines du XIVe siècle sont encore conservées aujourd’hui : statuettes, croix et vaisselle en argent. Mais les inventaires anciens témoignent d’une abondante production : celui de Louis Ier d’Anjou, gouverneur du Languedoc de 1364 à 1379, cite plus de 300 pièces, principalement de la vaisselle, parfois décorée d’émail.

Quels livres à Toulouse au XIVe siècle ?
Plus de 150 manuscrits enluminés témoignent de la production de beaux livres à Toulouse au XIVe siècle. Certains sont encore à la bibliothèque municipale de Toulouse, mais la plupart sont éparpillés dans les bibliothèques du monde entier : parfois des étudiants toulousains les ont ramenés dans leur région d’origine après leurs études, d’autres ouvrages ont été échangés au fil des siècles. Les manuscrits religieux sont les plus nombreux : Bibles, vies de saints, et surtout livres liturgiques. Ce sont les plus ornés : imposants, comme le missel utilisé pour célébrer la messe, ou plus petits mais très décorés, comme les bréviaires (pour dire l’office) ou les livre d’Heures, destinés à la dévotion privée des clercs ou des laïcs. Ville universitaire, Toulouse attire de nombreux étudiants. Les étudiants en droit canon (droit de l’Église) se procurent par exemple le Décret de Gratien, compilation de textes juridiques élaborée au XIIe siècle, et complétée au fil des évolutions juridiques. Les plus aisés d’entre eux possèdent des exemplaires enluminés. Une littérature plus profane, née dès le XIIe siècle, se développe en langue vernaculaire. Au XIVe siècle, Toulouse se rêve comme centre de création poétique, avec l’instauration d’un concours de poésie occitane, les Jeux floraux. Parmi les manuscrits en occitan conservés figurent les nombreux exemplaires du Bréviaire d’Amour.

L’art des enlumineurs toulousains
L’enluminure toulousaine connaît un véritable âge d’or au XIVe siècle, grâce à l’essor des couvents mendiants et au mécénat des grands prélats. Les enlumineurs sont installés à Toulouse principalement dans le bourg (partie nord de la ville médiévale). Leurs noms sont connus par les comptes des capitouls, mais rares sont ceux auxquels on peut associer des oeuvres, comme c’est le cas pour Jean de Toulouse, actif à Avignon dans le quatrième quart du XIVe siècle. D’abord influencée par l’art parisien, l’enluminure toulousaine s’affirme dès 1300 et pendant toute la période : les marges sont peuplées de figures hybrides ou d’échassiers au cou immense et sinueux. Ces caractéristiques se rencontrent dans des manuscrits produits à Toulouse, mais aussi à Albi, ou Avignon, ce qui atteste de la mobilité des artistes. Dans les miniatures, l’usage de fonds juxtaposant des feuilles d’or avec des aplats de couleur, animés de motifs de quadrillages ou de ponctuations est aussi typique. Le traitement des personnages varie selon les époques et les ateliers : bien souvent, les visages sont peu modelés. Les artistes toulousains s’enrichissent particulièrement grâce aux échanges avec leurs collègues catalans et avignonnais.

De part et d’autre des Pyrénées
Au sud de la barrière pyrénéenne, la Catalogne, l’Aragon et la Navarre entretiennent des rapports ponctuels avec l’art toulousain. La Navarre, en raison de ses liens dynastiques avec la France est particulièrement réceptive aux influences gothiques françaises. C’est ainsi que le réfectoire des chanoines de la cathédrale de Pampelune est décoré en 1330 par un peintre, Juan Oliver, dont l’oeuvre s’inscrit dans la continuité des réalisations toulousaines des premières années du XIVe siècle. Les statues produites dans le Val d’Aran, haute vallée de la Garonne, de langue occitane, et celles du Comminges (sud du département de la Haute-Garonne, partie des Hautes- Pyrénées, du Gers et de l’Ariège) relèvent de la même aire de production. La Catalogne est plus tournée vers la Méditerranée, mais certaines églises catalanes, comme celle de Cardona, peuvent abriter des oeuvres toulousaines, à l’exemple de la Vierge « del Patrocinio », dont le visage, la chevelure bouclée et le drapé révèlent le ciseau du sculpteur actif à la chapelle de Rieux.

La messe de Toulouse
Des passages d’une messe polyphonique, dite « messe de Toulouse », ont été ajoutés dans les marges et intervalles du manuscrit 94 conservé à la bibliothèque municipale de Toulouse : Kyrie (Seigneur prends pitié), chanté avant le Gloria et les lectures, Sanctus (Saint le Seigneur), chanté avant le canon de la messe, Agnus Dei (Agneau de Dieu), chanté avant la communion et Ite missa est (Vous pouvez aller, la messe est finie). Avec quatre autres exemples également datés du XIVe siècle, la « messe de Toulouse » est l’une des plus anciennes messes polyphoniques notées. Elle était destinée à trois voix d’hommes : le chantre, le ténor et le contre-ténor. Elle témoigne de la liturgie à la cour des papes d’Avignon et, par sa présence dans un manuscrit toulousain, des liens entre les deux villes d’Avignon et de Toulouse.