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“Füssli“ entre rêve et fantastique

au Musée Jacquemart-André, Paris

du 16 septembre 2022 au 23 janvier 2023

Musée Jacquemart-André


Interview de Andreas Beyer, titulaire de la chaire d’Histoire de l’art 
des débuts de la période moderne à l’Université de Bâle, et co-commissaire de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 15 septembre 2022, durée 17'51". © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Andreas Beyer, titulaire de la chaire d’Histoire de l’art des débuts de la période moderne à l’Université de Bâle, et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 15 septembre 2022, durée 17’51.
© FranceFineArt.

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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 15 septembre 2022.

Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Lady Macbeth somnambule, vers 1784. Huile sur toile, 221 x 160 cm, Musée du Louvre, Département des peintures, Paris, photo. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Lady Macbeth somnambule, vers 1784. Huile sur toile, 221 x 160 cm, Musée du Louvre, Département des peintures, Paris, photo. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Roméo et Juliette, 1809, huile sur toile, 143 x 112 cm. Collection particulière (en dépôt au Kunstmuseum à Bâle), photo : Kunstmuseum Basel, Martin P. Bühler.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Roméo et Juliette, 1809, huile sur toile, 143 x 112 cm. Collection particulière (en dépôt au Kunstmuseum à Bâle), photo : Kunstmuseum Basel, Martin P. Bühler.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Le Cauchemar, après 1782. Huile sur toile, 31,5 x 23 cm, The Frances Lehman Loeb, Art Center, Vassar College, Poughkeepsie, New York, photo : Frances Lehman Loeb Art Center, Vassar, Poughkeepsie, NY / Art Resource, NY.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Le Cauchemar, après 1782. Huile sur toile, 31,5 x 23 cm, The Frances Lehman Loeb, Art Center, Vassar College, Poughkeepsie, New York, photo : Frances Lehman Loeb Art Center, Vassar, Poughkeepsie, NY / Art Resource, NY.

Extrait du communiqué de presse :



Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Les trois sorcières, après 1783. Huile sur toile, 75 x 90 cm, The Royal Shakespeare Theatre, Stratfordupon-Avon, photo: Royal Shakespeare Company Theatre Collection.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Les trois sorcières, après 1783. Huile sur toile, 75 x 90 cm, The Royal Shakespeare Theatre, Stratfordupon-Avon, photo: Royal Shakespeare Company Theatre Collection.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), La sorcière de la nuit rendant visite aux sorcières de Laponie, 1796. H,uile sur toile, 101,6 x 126,4 cm, Metropolitan Museum of Art, New York, photo © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), La sorcière de la nuit rendant visite aux sorcières de Laponie, 1796. H,uile sur toile, 101,6 x 126,4 cm, Metropolitan Museum of Art, New York, photo © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Le rêve de la reine Catherine, 1781. Huile sur toile, 151 x 212,1 cm, Lytham St Annes Art Collection of Fylde Council © Heritage Images / Fine Art Images / akg-images.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Le rêve de la reine Catherine, 1781. Huile sur toile, 151 x 212,1 cm, Lytham St Annes Art Collection of Fylde Council © Heritage Images / Fine Art Images / akg-images.

Commissariat :

Christopher Baker, directeur des départements d’art européen et écossais et des portraits aux National Galleries d’Écosse

Andreas Beyer, titulaire de la chaire d’Histoire de l’art des débuts de la période moderne à l’Université de Bâle

Pierre Curie, conservateur général du patrimoine, conservateur du musée Jacquemart-André





Le Musée Jacquemart-André présente, à l’automne 2022, l’oeuvre du peintre britannique d’origine suisse, Johann Heinrich Füssli (1741-1825). À travers une soixantaine d’oeuvres issues de collections publiques et privées, le parcours illustrera les thèmes les plus emblématiques de l’oeuvre de Füssli, artiste de l’imaginaire et du sublime. Des sujets shakespeariens aux représentations du rêve, du cauchemar et des apparitions, en passant par les illustrations mythologiques et bibliques, Füssli développe une nouvelle esthétique qui oscille entre rêve et fantastique.

Fils d’un père peintre et historien de l’art, Johann Heinrich Füssli fut un temps pasteur et commença une carrière artistique assez tardivement, lors d’un premier voyage à Londres, sous l’influence de Sir Joshua Reynolds, président de la Royal Academy. Après un long séjour en Italie, au cours duquel il est fasciné notamment par la puissance des compositions de Michel-Ange, il revient s’installer à Londres à la fin des années 1770. Artiste atypique et intellectuel, Füssli puise son inspiration dans les sources littéraires qu’il passe au filtre de son imagination. Il développe dans sa peinture un langage onirique et dramatique, où se côtoient sans cesse le merveilleux et le fantastique, le sublime et le grotesque.

Organisée thématiquement, l’exposition explore l’ensemble de l’oeuvre de Füssli à laquelle aucune exposition monographique n’avait été consacrée à Paris depuis 1975. Elle s’ouvrira sur la représentation du théâtre shakespearien, en particulier de Macbeth, puis elle s’attachera aux récits mythologiques et bibliques avant de se pencher sur la figure féminine dans son œuvre graphique. Se succèderont enfin les thèmes du cauchemar, véritable création füsslienne, puis du rêve et des apparitions.

Füssli développe une veine fantastique relativement marginale pour l’époque car elle contourne les règles académiques. C’est en 1782 qu’il présente sa première version du Cauchemar, œuvre emblématique de son imaginaire qui assoit véritablement sa carrière de peintre. Élu membre associé de la Royal Academy en 1788, puis académicien en 1790, Füssli, tout en travaillant de manière sérielle, incarne une recherche du sublime qui s’impose à l’Angleterre de son époque.

L’exposition du Musée Jacquemart-André permettra de redécouvrir l’oeuvre saisissante de cet artiste rare dans les collections françaises, peintre très original qui développe une oeuvre paradoxale, alimentée par une imagination où terreur et horreur se marient, à l’origine esthétique du romantisme noir.

Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Achille saisit l’ombre de Patrocle, vers 1810, mine de plomb, craie et aquarelle sur papier, 34 x 60 cm, Kunsthaus, Zurich, Collection of Prints and Drawings, 1916, photo : Kunsthaus Zürich, Collection d’arts graphiques.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Achille saisit l’ombre de Patrocle, vers 1810, mine de plomb, craie et aquarelle sur papier, 34 x 60 cm, Kunsthaus, Zurich, Collection of Prints and Drawings, 1916, photo : Kunsthaus Zürich, Collection d’arts graphiques.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Lycidas, 1796-1799. Huile sur toile, 111 x 87,5 cm, collection particulière © Studio Sébert Photographes.
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Lycidas, 1796-1799. Huile sur toile, 111 x 87,5 cm, collection particulière © Studio Sébert Photographes.

Parcours de l’exposition




Introduction
Peintre de l’étrange, Johann Heinrich Füssli, d’origine suisse mais londonien d’adoption, laisse derrière lui une oeuvre saisissante conjuguant le sublime, le mystère et le fantastique. Initialement destiné à être pasteur, Füssli rêve pourtant d’une carrière littéraire ou artistique. Encouragé par Joshua Reynolds, président de la Royal Academy, il décide rapidement de s’orienter vers le dessin et la peinture. Füssli puise son inspiration dans des sources littéraires variées, qu’il interprète avec sa propre imagination. Personnalité complexe et fascinante, il se forme en autodidacte et développe une esthétique très atypique pour l’époque. Bien qu’il ait été élu académicien, puis professeur de peinture de la Royal Academy, Füssli s’éloigne des règles académiques et introduit dans son oeuvre un imaginaire onirique très personnel. Peuplée de créatures hybrides, de personnages terrifiants et mystérieux, sa peinture, qui marque une rupture entre le classicisme et le romantisme, est aussi spectaculaire qu’inquiétante. Füssli crée des tableaux en clair-obscur avec un goût prononcé pour le drame. Amateur de théâtre, il s’inspire des jeux d’acteur et des mises en scène de l’époque, et réussit à donner à son oeuvre une dimension dramatique et une intensité émotionnelle inégalées. Les portraits de lui peints par ses contemporains font apparaître une personnalité contrastée et énergique. Son Autoportrait, au regard profond et pénétrant, révèle aussi bien le génie créateur que l’inventivité du personnage. Artiste érudit et éclectique, il cherche aussi à intégrer à sa peinture l’idée du sublime, tel que développé par le philosophe Edmund Burke (1729-1797), pour qui terreur et horreur peuvent être aussi sources de délices. Tantôt décriée, tantôt admirée, l’oeuvre de Füssli dit aussi bien sa folie que son génie et exercera une influence décisive sur toute une génération d’artistes.

Fascination et appropriation des tragédies shakespeariennes
Füssli s’intéresse dès son plus jeune âge à la dramaturgie anglaise, et en particulier à certains auteurs comme Shakespeare et Marlowe. Dès son arrivée à Londres en 1764, il fréquente assidûment les théâtres, non seulement pour perfectionner sa diction anglaise, mais aussi par intérêt pour l’expression des passions. Les nouveaux effets de la scène théâtrale britannique de l’époque l’inspirent, tant par les jeux de lumière, les costumes que par les mises en scène elles-mêmes. Le jeu d’acteur le fascine, et c’est au Théâtre Royal de Drury Lane – seul théâtre officiel à l’époque avec celui de Covent Garden – qu’il découvre le célèbre acteur et metteur en scène David Garrick (1717-1779). Ce dernier, dont les performances artistiques inspireront d’autres peintres comme William Hogarth, John Hamilton Mortimer ou Johann Zoffany, construit sa renommée sur un jeu moderne, passionné et vibrant qui enthousiasme Füssli. À cette époque, Shakespeare, dont les oeuvres ne sont pas censurées par le Licensing Act de 1737, est très régulièrement joué sur la scène londonienne. Ces nombreuses représentations – les pièces de Shakespeare constituent près d’un quart du répertoire des théâtres londoniens – ont une incidence directe sur le développement des mises en images de ces pièces. Füssli, qui sera considéré comme l’interprète de Shakespeare en peinture, emprunte au dramaturge la puissance expressive de ses textes pour construire des images à la forte singularité et en faire un genre théâtral en soi. Dans une quête constante de l’effet dramatique, il compose ses tableaux, en s’inspirant toujours de la gestuelle, de la force émotionnelle et de la mise en lumière du jeu des comédiens, comme David Garrick, Sarah Siddons (1775-1831) ou Hanna Pritchard (1711-1768), les plus célèbres de l’époque.

Macbeth
Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Macbeth devient l’une des pièces de Shakespeare les plus populaires et les plus représentées en Angleterre. Füssli, qui s’était familiarisé très tôt avec les textes du dramaturge, avait même entrepris une traduction de Macbeth en allemand lorsqu’il vivait encore en Suisse, mais celle-ci ne fut cependant jamais publiée. Cette pièce illustre la fulgurante ascension d’un régicide : après que trois sorcières prédisent à Macbeth qu’il deviendra roi d’Écosse, celui-ci, encouragé par son épouse Lady Macbeth, élabore un plan diabolique pour s’emparer du trône. Leur sentiment de culpabilité et la paranoïa plongeront alors les deux protagonistes dans la folie. Füssli s’intéresse à différentes scènes de la pièce. Travaillant de manière sérielle, il exécute plusieurs représentations de ses thèmes, comme pour Lady Macbeth saisissant les poignards, dont il réalise différentes compositions à quelques décennies d’intervalle. De nouveau, la puissance émotionnelle qui se dégage de ses oeuvres repose à la fois sur leur mise en scène et sur l’expressivité des acteurs. Füssli représente ceux-ci directement en train de jouer, comme dans David Garrick et Hanna Pritchard dans les rôles de Macbeth et Lady Macbeth. Vraisemblablement contemporaine du tableau de Zoffany représentant la même scène, l’oeuvre évoque le mouvement et l’urgence de la situation dans un effet d’immédiateté saisissant.

Les mythes antiques
Homme de lettres et fin connaisseur des textes de la littérature classique, Füssli s’inspire également de la mythologie grecque et romaine. Il s’intéresse particulièrement à l’œuvre d’Homère que son mentor Joahnn Jakob Bodmer lui a fait découvrir. Ayant appris le grec et le latin lors de ses études de théologie, il contribue d’ailleurs à une traduction d’Homère éditée par William Cowper. L’influence littéraire se retrouve dans sa manière de penser et de créer. C’est essentiellement dans ses dessins que Füssli parvient à restituer toute leur puissance aux récits mythologiques, comme l’extraordinaire Achille saisit l’ombre de Patrocle, un thème qu’il déclinera en plusieurs versions. La puissante carrure de ses personnages reflète sa connaissance de la sculpture antique et des oeuvres de Michel-Ange, qu’il avait étudiées attentivement pendant son séjour romain entre 1770 et 1778. Les fresques de la chapelle Sixtine, notamment, le fascinent, et c’est à Rome qu’il approfondit sa connaissance de l’anatomie. En puisant son inspiration à la fois dans les mythes antiques et dans l’art de Michel-Ange, il poursuit un idéal susceptible d’élever son oeuvre et le goût de ses admirateurs, tout en échappant à la culture contemporaine dont il souhaite se détacher. Il développe ainsi un style excessif et expressif, qui l’éloigne des courants dominants du néoclassicisme européen. En dépit de ses références à la statuaire antique – notamment le visage et le nez romains – la représentation du corps humain chez Füssli se fait extravagante, les corps gesticulent et se contorsionnent.

L’imagerie biblique et les légendes nordiques
Les connaissances religieuses acquises lors de sa formation de pasteur imprègneront Füssli toute sa vie. Devenu peintre, Füssli trouve dans la Bible des thèmes qu’il tire vers l’imaginaire et un fantastique traversé d’apparitions surnaturelles de la Divinité. Füssli manifeste également un réel engouement pour le poème épique du Paradis perdu du poète anglais John Milton (1608-1674). Il projette de réaliser une Milton Gallery, sur le modèle de la Shakespeare Gallery créée par Boydell quelques années plus tôt. Cette entreprise d’importance regroupe 47 peintures dont la plupart illustre Le paradis perdu. Malgré un échec commercial, la Milton Gallery est reconnue par ses pairs, et elle est aujourd’hui considérée comme l’une des étapes majeures du mouvement romantique anglais. Füssli, toujours curieux et désireux de trouver des sources d’inspirations variées, explore aussi une littérature plus contemporaine, comme l’Oberon de Christoph Martin Weiland qui lui fournit des thèmes d’aventure et de romance exotiques habités d’une forte composante dramatique. Ses interprétations d’une extrême inventivité lui permettent de nouveau de mêler surnaturel, sensualité et romantisme.

La femme au coeur de l’oeuvre
La femme occupe une place très importante dans la vie et l’oeuvre de Füssli. Tantôt amante, modèle ou conquête, elle est pour lui un sujet de prédilection. Dans ses dessins, ses héroïnes sont imposantes, souvent dominatrices et fantasmatiques. Füssli aime représenter l’omnipotence de la femme face à l’homme soumis. Füssli éprouve également une grande fascination pour les chevelures et les coiffures élaborées, qu’il représente à de multiples reprises et sous toutes leurs formes. La coiffure devient un signe de puissance, tandis que des tenues extravagantes complètent la mise en scène dans ses dessins. L’artiste entretient d’ailleurs des relations passionnées avec ses modèles, comme Sophia Rawlings (1770-1832), qu’il épousera en 1788. La femme de lettres et philosophe féministe Mary Wollstonecraft (1759-1797), dont il a peint le portrait, s’entiche de lui et lui propose de partir à Paris suivre les événements de la Révolution Française. Toutefois, son épouse s’opposera à cette aventureuse expédition. Füssli a créé plus de huit cents dessins et croquis ; la sélection rassemblée ici comme dans un boudoir reflète les fantasmes du peintre qui représente la femme dans des rôles différents, de la femme dominatrice dans une composition érotique, à la femme mère, domestique et protectrice de son enfant.

Cauchemar et sorcelleries
Tout en continuant de s’inspirer de sources littéraires variées, Füssli crée des personnages hybrides, des créatures monstrueuses, grotesques et terrifiantes. Cette démarche atypique pour l’époque repose à la fois sur son penchant pour le fantastique et le surnaturel, mais aussi sur son désir de provoquer ses contemporains. Quand il rentre de Rome en 1780, Füssli cherche en effet à se faire remarquer et à devenir un personnage éminent de la scène artistique londonienne. Il y parvient avec brio quand il présente en 1781 son célèbre Cauchemar, qui assoit immédiatement sa renommée et dont il réalisera plusieurs versions. Pour la première fois, le sujet est une création pure et non tirée de la littérature. On a interprété Le Cauchemar de nombreuses façons sans pour autant trouver sa signification, ce qui, encore aujourd’hui, participe de sa force troublante. La composante érotique du tableau, par l’irruption d’un incube sur le ventre de la jeune femme vêtue d’une robe blanche – soulignant sa pureté et son innocence –, par la tête de cheval pénétrant dans l’entrebâillement du rideau – et qui selon un jeu de mot en anglais « night mare » (« jument nocturne ») fait allusion au titre du tableau, et par la posture alanguie de la jeune femme suggérant un état post-coïtal, dérange et fascine le public de l’époque. L’ambiguïté du tableau repose également sur l’identification de celui qui rêve : la jeune femme, le peintre ou le spectateur ? Cette oeuvre, qui a fasciné Freud, a inspiré nombre d’artistes, de son contemporain Nicolai Abraham Abildgaard (1743 – 1809) qui en peint sa propre version, à Ken Russell qui en donnera un écho visuel dans son film Gothic (1986). Dans le sillage du succès du Cauchemar, Füssli développe des sujets provoquants et terrifiants. Il introduit le thème de la sorcellerie et du féérique dans une veine très fantastique. Rites sacrificiels, créatures démoniaques et mystérieuses : l’imaginaire de Füssli se situe entre folie et génie, entre horreur, délice, terreur et sublime.

Rêves, visions et apparitions
Les domaines de la superstition, du rêve et du surnaturel exercent un profond attrait sur Füssli. À une époque où les Hommes cherchent à expliquer toute expérience et tout phénomène, le monde du sommeil et des rêves fascine par son insondable complexité. L’exploration de l’inconscient par Füssli a suscité l’engouement des surréalistes au début du XXe siècle pour son oeuvre. Le rêve chez Füssli provoque l’apparition d’êtres surnaturels et féériques, comme dans Le rêve de la reine Catherine, où il est synonyme de bonheur et de béatitude. Les fairies, bientôt à la mode, plaisent au public de Füssli qui a été l’un des premiers à les évoquer. On retrouve ici l’inspiration des récits shakespeariens avec notamment la présence des fées dans Le songe d’une nuit d’été. Dans Le songe du berger, l’oeuvre la plus importante de la Milton Gallery, Füssli dépeint une ronde de personnages surnaturels. Ses créatures fantastiques et ses apparitions sont soit représentées de manière explicite, notamment à travers le prisme du sommeil, soit suggérées, laissant au public sa propre interprétation. L’univers pictural de Füssli, à travers ses créatures hybrides, ses monstres, ses fées et ses apparitions, impose une nouvelle esthétique, atypique et étrange pour l’époque, qui oscille entre fantasmagorie,