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“Noémie Monier“ Mancie Manie

au Doc [26 rue du Docteur Potain, 19e], Paris

du 3 au 24 septembre 2022

Doc


Interview de Noémie Monier, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 2 septembre 2022, durée 28’14. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de NoĂ©mie Monier,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 2 septembre 2022, durée 28’14.
© FranceFineArt.

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NoÂŽmie Monier
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©Anne-FrĂ©derique Fer, visite de l’exposition avec NoĂ©mie Monier, le 2 septembre 2022.

Extrait du communiqué de presse :



Noémie Monier, Madone, 2022. Satin, latex, acier, lampe en sel de l’Himalaya, 250 x 180 x 270 cm. Collaboration avec Alicia Zaton. © Noémie Monier.
Noémie Monier, Madone, 2022. Satin, latex, acier, lampe en sel de l’Himalaya, 250 x 180 x 270 cm. Collaboration avec Alicia Zaton. © Noémie Monier.
Noémie Monier, L’envisagée, 2022. Grès, impression 3D céramique, 50 x 12 x 38 cm. © Noémie Monier.
Noémie Monier, L’envisagée, 2022. Grès, impression 3D céramique, 50 x 12 x 38 cm. © Noémie Monier.
Noémie Monier, Circadienne, 2022. Carton, fibre de canne à sucre, acier, colle, plastique, 400 x 400 x 220 cm. © Noémie Monier.
Noémie Monier, Circadienne, 2022. Carton, fibre de canne à sucre, acier, colle, plastique, 400 x 400 x 220 cm. © Noémie Monier.
Visuel de l’exposition Mancie Manie de Noémie Monier au Doc [26 rue du Docteur Potain, 19e], Paris du 3 au 24 septembre 2022. crédit © Tom Cazin.
Visuel de l’exposition Mancie Manie de Noémie Monier au Doc [26 rue du Docteur Potain, 19e], Paris du 3 au 24 septembre 2022. crédit © Tom Cazin.
Poster de l’exposition Mancie Manie de Noémie Monier au Doc [26 rue du Docteur Potain, 19e], Paris du 3 au 24 septembre 2022. crédit © Tom Cazin.
Poster de l’exposition Mancie Manie de Noémie Monier au Doc [26 rue du Docteur Potain, 19e], Paris du 3 au 24 septembre 2022. crédit © Tom Cazin.

Mancie Manie est une exposition composée d’objets sculpturaux et d’installations présentés au sein d’un dispositif scénographique, sonore et lumineux : c’est un parcours à la lisière de la psyché.



Invitant à explorer les rouages de la divination, l’exposition interroge notre quête de sens originelle quand le rationalisme, la psychologie, les religions ont élaboré de nombreux outils pour appréhender le réel. À une époque marquée par un mouvement de réappropriation du sacré, les formes industrielles d’un décorum bon marché côtoient des archétypes immuables. L’exposition s’appuie sur la rencontre entre des récits archaïques et un vocabulaire plastique contemporain. L’ensemble est basé sur un dialogue entre figures mythologiques, principes de la pensée jungienne, iconographie du Tarot et structure astrologique. Le titre* évoque cette tentative perpétuelle de circonscrire ce qui est au-delà du langage, du visible, du tangible, pour répondre au désir de conjurer notre condition.

* “Mancie” est le suffixe d’origine grecque signifiant «divination». On peut y accoler un élément désignant le support qui est interprété (cartomancie : divination par les cartes, chiromancie : divination par les lignes de la main, etc.). “Manie” est un terme psychologique caractérisant un état d’exaltation excessive. L’usage courant désigne un comportement obsessionnel, une idée fixe. C’est aussi la forme conjuguée du verbe manier, qui évoque les mains et la manipulation d’objets.

Collaborations avec :
Louise Boghossian et Manon Vila (pièce sonore)
Delphine Renault (installation)
Alicia Zaton (sculpture)






Texte « Mancie Manie » 

La pratique plastique de NoĂ©mie Monier est rĂ©gie par une intuition mĂ©thodique. Dans une acception multiforme, l’imagerie, le nombre et le matĂ©riau obĂ©issent Ă  une logique obscure et intime. Chaque oeuvre qui en dĂ©coule dĂ©livre la facette palpable d’un monde souterrain, activĂ© par un processus de symbolisation. Cette vellĂ©itĂ© de saisir les choses mystĂ©rieuses et cachĂ©es, de leur donner corps, rapproche ce travail artistique de la magie. « La magie a souvent Ă©tĂ© pensĂ©e comme l’art de faire devenir vrais les rĂŞves : l’art de rĂ©aliser les visions. Mais avant de rendre rĂ©elle une vision, nous devons la voir. Nous devons avoir de nouvelles images Ă  l’esprit, nous aventurer dans une paysage transformĂ©, raconter de nouvelles histoires » Ă©crit la sorcière Ă©cofĂ©ministe Starhawk dans RĂŞver l’obscur – Femmes, magie et politique (1982). Magique est ce qui est dĂ©jĂ  lĂ  tout en demeurant invisible Ă  l’oeil qui ne sait pas voir. Chose trouvĂ©e est donc chose re-trouvĂ©e. De manière symptomatique, le titre de l’exposition, Mancie Manie, est le rĂ©sultat d’une cryptomnĂ©sie, processus psychique crĂ©ateur qui fait rĂ©apparaĂ®tre de façon prĂ©cise un souvenir comme un Ă©lĂ©ment nouveau. De mĂŞme que le titre est un titre re-crĂ©Ă©, les pièces de l’exposition ne seraient que des rĂ©miniscences, des archĂ©types, selon la pensĂ©e d’une gĂ©nĂ©alogie passĂ©e, future et peut-ĂŞtre mĂŞme collective, contenue dans l’esprit individuel. Ne serait-ce pas le vĂ©ritable sens de la « re-prĂ©sentation » ? La fiction prĂ©cède le rĂ©el et permet de le comprendre, non l’inverse. On voit parce qu’on a d’abord rĂŞvĂ©.

« Mancie » (divination) et « manie » (obsession) ne sont pas seulement liés dans ce titre par un rapprochement de sonorités (paronomase). Les deux termes trouvent une origine commune dans le verbe maìnomai, « être fou ». Un état hors-norme révèle une vérité enfouie dans le premier cas et marque un trouble maladif dans le second. En somme, la man(c)ie est une manière de voir ce qui n’est pas visible au niveau de la psyché, du corps, ou de la petite histoire. Pour l’un et l’autre de ces états, l’inconscient constitue un territoire partagé, où la dichotomie de la croyance et du réel, de l’ésotérisme et de la science, s’annihile. Bien qu’ils n’en partagent pas l’étymologie, la « mancie » et la « manie » appellent inévitablement la main, instiguant le corps comme véhicule des vérités. La pensée touche, le corps pense. Ce corps aqueduc, terminé par la main, « organe du possible » (Paul Valéry, Discours aux chirurgiens), transporte une pensée non embarrassée d’exactitude qui finit par s’agencer dans un alphabet inconnu. Plutôt que d’articuler, comme le fait la psychanalyse traditionnelle, l’irrationnel en langage rationnel, la psychomagie propose de dire le surnaturel dans un vocabulaire qui lui est propre. Alexandro Jodorowsky la définit comme une psychanalyse païenne où chaque personne opère sa propre guérison en reconstituant artistiquement une histoire enfouie dans sa mémoire ou celle de ses prédécesseur•se•s. La création artistique est dès lors entendue comme un dispensaire de symboles permettant de renouer avec son identité profonde.

Elora Weill-Engerer

Biographie



NoĂ©mie Monier est plasticienne et cartomancienne. Elle est diplomĂ©e d’un master en Histoire de l’art contemporain obtenu Ă  Paris 1 – PanthĂ©on Sorbonne. Elle vit et travaille Ă  Paris.

Son travail est sous-tendu par les recherches qu’elle mène sur les notions d’espace mental et d’état de conscience depuis une dizaine d’années. Dans son mémoire elle aborde cette thématique du point de vue du spectateur à travers l’étude des travaux de Tatiana Trouvé et Stéphane Thidet en défendant l’idée que leurs oeuvres sont des leviers sensoriels permettant d’adopter leur vision intérieure du réel. La dimension plastique de ces recherches se développe entre 2011 et 2014 au sein de PLANETE MIRAGE (duo avec Antoine Sansonetti). Dans leurs expositions, ces sujets sont passés au crible de scénarios imprégnés de science-fiction et de pratique du rêve lucide. Depuis 2015, par le prisme de sa collaboration avec Magda Kachouche, dont le travail s’inscrit dans le secteur du spectacle vivant, l’espace du plateau, le corps et l’objet se fondent en un système augmenté. L’utilisation de l’hypnose pendant leurs séances de travail est un des moyens employés pour créer des vases communiquants entre espace mental et espace réel. Le désir de créer des ponts entre nos mondes intérieurs et l’espace tangible de l’exposition se poursuit avec sa première exposition personnelle : Mancie Manie. Sa pratique se resserre autour d’objets sculpturaux pensés dans une perspective d’activation. L’ensemble s’articule dans un dispositifs scénographique, sonore et lumineux, qui compose un environnement global.