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“Monnaies & Merveilles“ 

à la Monnaie de Paris

du 12 mai au 25 septembre 2022

Monnaie de Paris


Interview de Bérénice Geoffroy-Schneiter, historienne de l’art  et commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 11 mai 2022, durée 16’58. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Bérénice Geoffroy-Schneiter, historienne de l’art  et commissaire de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 11 mai 2022, durée 16’58.
© FranceFineArt.

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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 11 mai 2022.

Monnaies talipun, Population Boiken occidentaux, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mélanésie, Milieu du XXe siècle. Coquille, vannerie en fibres végétales, pigments, hauteur de 30 à 56 cm. Collection Fabienne et Paul Giro. © Collection Fabienne et Paul Giro / Raphaële Kriegel.
Monnaies talipun, Population Boiken occidentaux, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mélanésie, Milieu du XXe siècle. Coquille, vannerie en fibres végétales, pigments, hauteur de 30 à 56 cm. Collection Fabienne et Paul Giro. © Collection Fabienne et Paul Giro / Raphaële Kriegel.

Extrait du communiqué de presse :



Pectoral marangga, Ouest de Sumba, Indonésie, Fin XIXe siècle – début XXe siècle. Or, haut. 16 cm. Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / Luis Lourenço.
Pectoral marangga, Ouest de Sumba, Indonésie, Fin XIXe siècle – début XXe siècle. Or, haut. 16 cm. Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / Luis Lourenço.
Monnaie talipun, Population Boiken occidentaux, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mélanésie Milieu du XXe siècle. Coquille, vannerie en fibres végétales, pigments, 33 x 19 x 22,5 cm. musée du quai Branly - Jacques Chirac. © musée du quai Branly - Jacques Chirac Dist. RMN-Grand Palais.
Monnaie talipun, Population Boiken occidentaux, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mélanésie Milieu du XXe siècle. Coquille, vannerie en fibres végétales, pigments, 33 x 19 x 22,5 cm. musée du quai Branly – Jacques Chirac. © musée du quai Branly – Jacques Chirac Dist. RMN-Grand Palais.
Monnaie de mariage tevau ou teau, Îles Santa Cruz, îles Salomon, Mélanésie, Fin du XIXe siècle. Plumes de myzomela cardinalis, écorce, fibres végétales, coquilles, matières organiques. Galerie Meyer - Oceanic Art & Eskimo Art. © Galerie Meyer - Oceanic Art & Eskimo Art / Raphaële Kriegel.
Monnaie de mariage tevau ou teau, Îles Santa Cruz, îles Salomon, Mélanésie, Fin du XIXe siècle. Plumes de myzomela cardinalis, écorce, fibres végétales, coquilles, matières organiques. Galerie Meyer – Oceanic Art & Eskimo Art. © Galerie Meyer – Oceanic Art & Eskimo Art / Raphaële Kriegel.

Commissaire de l’exposition : 

Bérénice Geoffroy-Schneiter, historienne de l’art spécialisée dans la symbolique du bijou et la parure non occidentale. 




Présentée dans les salons historiques de la monnaie de paris, l’exposition « Monnaies et Merveilles » est une invitation au voyage à travers l’infinie variété des formes, matières et usages de la monnaie.

D’or, d’argent, de plumes, de nacre, de perles, de fer… la monnaie étonne par sa diversité. Multiples sont les formes inventées par les hommes et les femmes pour matérialiser les transactions commerciales à l’intérieur comme à l’extérieur du groupe, exprimer le rang, le prestige et la richesse, assurer l’équilibre et la survie de la communauté. Exhibés ou tenus secrets, investis de symboliques sociales ou sacrées, ces instruments de sociabilité et d’échange épousent les aspects les plus divers : velours Kuba du Zaïre, bracelets-monnaie de Côte d’Ivoire, textiles de Timor (Asie du Sud-Est), rouleaux de plumes des îles Santa Cruz (Polynésie)…

L’exposition bénéficie de prêts de grandes institutions muséales (musée du quai Branly-Jacques Chirac, musée des Confluences, musée des Arts asiatiques-Guimet, musée des Arts Décoratifs, Mucem, musée Barbier-Mueller de Genève …) ainsi que de galeries et collectionneurs privés (Galerie Meyer, Pierre et Claire Ginioux, Paul et Fabienne Giro, …).

Quelque 200 pièces invitent le public à un voyage sensible au coeur des usages et des rituels monétaires à travers les cultures et les civilisations : des monnaies Mumuye du Nigeria en forme de bouquets de serpents, à un pectoral marangga en or de l’île de Sumba, en passant par un cortège de monnaies de mariage Talipun de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le parcours met également en lumière une série d’objets populaires européens. Le visiteur pourra notamment découvrir de spectaculaires automates de voyance prêtés par le Mucem, qui célèbrent la pièce de monnaie comme un rite de passage vers l’irrationnel et le rêve.



« Loin de prétendre à l’exhaustivité, j’ai conçu cette exposition comme un gigantesque cabinet de curiosités invitant le public à s’interroger sur les pratiques et les croyances attachées aux usages monétaires à travers le monde. Jouant sur la surprise et l’émerveillement, le parcours télescopera les usages et les formes, décloisonnera les échelles et les matériaux, allant du plus matériel à l’immatériel, du plus rationnel à l’irrationnel, du plus intime au plus ostentatoire. Pour reprendre la formule du grand ethnologue Georges Condominas, « l’exotique est quotidien » et se faufile parfois là où on l’attend le moins ».
Bérénice Geoffroy-Schneiter, Commissaire de l’exposition

Monnaies en forme de « bouquets de serpents » Population Mumuye, Nigeria, Afrique de l’Ouest, XXe siècle. Fer, hauteur entre 45 et 62 cm. Collection Pierre et Claire Ginioux. © Collection Pierre et Claire Ginioux / Raphaële Kriegel.
Monnaies en forme de « bouquets de serpents » Population Mumuye, Nigeria, Afrique de l’Ouest, XXe siècle. Fer, hauteur entre 45 et 62 cm. Collection Pierre et Claire Ginioux. © Collection Pierre et Claire Ginioux / Raphaële Kriegel.
Collier rigide, Population Kuba, République démocratique du Congo, Afrique centrale, Avant 1977. Fibres végétales, cauris et perles de verre, diam 29 cm. Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / studio Ferrazzini-Bouchet.
Collier rigide, Population Kuba, République démocratique du Congo, Afrique centrale, Avant 1977. Fibres végétales, cauris et perles de verre, diam 29 cm. Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / studio Ferrazzini-Bouchet.
Collier de mariage kali thiru (« parure de cou de bon augure ») Chettiar nattukottai, Tamil Nadu, Inde du sud XIXe siècle. Or, Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / studio Ferrazzini-Bouchet.
Collier de mariage kali thiru (« parure de cou de bon augure ») Chettiar nattukottai, Tamil Nadu, Inde du sud XIXe siècle. Or, Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / studio Ferrazzini-Bouchet.

Parcours de l’exposition



Monnaies vagabondes

Les monnaies épousent en Afrique la silhouette d’un instrument de musique, d’un bracelet, d’une ancre marine, d’un bouclier, d’une lance ou d’un outil agricole, quand elles ne sont pas simples perles de verre ou gracieux coquillages. Elles se parent en Océanie de plumes de paradisier, de canines de chien, d’ivoire de cachalot, de fibres végétales, de nacre aux reflets iridescents. L’Asie et l’Europe raffolent, quant à elles, de ces pièces d’or et d’argent qui transcendent leur fonction économique pour illuminer les coiffes des jeunes épousées, tapisser les costumes militaires, envelopper d’une gangue protectrice les tuniques des enfants comme les effigies des ancêtres trônant sur les autels domestiques… Naturalia ou artefacts, de fabrication locale ou importés, ces instruments de thésaurisation, de paiement et de lien interviennent ainsi dans des rituels aussi variés que les compensations matrimoniales, l’acquittement des tributs ou des dettes, la célébration des traités et des alliances, le don d’offrandes pour honorer les hommes et les dieux. Abolissant bien souvent les frontières entre étalon de valeur, insigne de prestige et ornement, ce sont des objets polysémiques dont le prétendu « exotisme » ne saurait faire oublier la dimension économique et sacrée. Longtemps conservées dans l’obscurité des réserves muséales ou l’intimité des collections privées, ces monnaies des antipodes, qu’on a trop longtemps qualifiées de « primitives », éblouissent ainsi par la complexité de leurs usages comme par le raffinement de leur exécution. De l’archéologie à l’anthropologie, en passant par l’économie, la psychanalyse, l’histoire de l’art et la philosophie, toutes les disciplines s’accordent à reconnaître la profondeur de leur symbolisme, leur intense pouvoir de séduction. Cartographiant les échanges entre peuples des terres et peuples des mers, dessinant les équilibres entre masculin et féminin, ces ambassadeurs protéiformes sont, avant tout, des concentrés d’humanité. A la manière d’un cabinet de curiosités, cette exposition se veut une invitation au voyage et au rêve, une plongée onirique et sensible au coeur des mille et une métamorphoses de la monnaie à travers les croyances et les civilisations. Jouant sur la surprise et l’émerveillement, elle télescope les usages et les formes, décloisonne les échelles, chahute nos grilles de lecture et bouscule nos modes de représentation. A l’heure de la dématérialisation et de l’uniformisation croissante des pratiques monétaires, c’est aussi un hommage à ces créateurs anonymes, hommes et femmes, qui ont su rivaliser d’imagination et d’audace pour hisser au rang d’oeuvres d’art ces objets d’échange, de culture et de sociabilité.


La puissance hypnotique du métal

Loin d’être isolé du reste du monde, le continent africain fut dès l’Antiquité le berceau d’intenses réseaux de circulation (routes et fleuves) par lesquels transitèrent aussi bien les marchandises, les croyances et les hommes. Parmi les matériaux les plus convoités figuraient ainsi le sel voyageant sous forme de barres ou de plaques, les coquillages taillés ou à l’état naturel (cauris et nzimbu), les pagnes en fibres végétales, les perles de verre produites à Venise ou en Bohème transformées en petite monnaie ou en colliers, les cotonnades rayées ou teintes à l’indigo… Mais c’est sans conteste le métal, d’extraction locale ou importé par voies caravanières et par bateaux, qui demeura jusqu’à la période coloniale le matériau le plus noble et le plus recherché. Nées de la virtuosité technique des forgerons, personnages vénérés et redoutés tout à la fois, ces monnaies de fer et de

cuivre pouvaient atteindre des dimensions considérables. Épousant les formes les plus diverses (fils, barres, lames, outils agricoles, couteaux de jets, boucliers, ancres marines, cloches simples ou doubles, torques, manilles ou bracelets…), elles servaient de réserve monétaire et de mode de paiement pour l’achat de vivres, de chevaux, d’étoffes ou d’esclaves. Au-delà de leur fonction originelle, elles mettaient en scène les notions de prestige et de richesse. Exporté essentiellement sous forme de poudre, l’or subsaharien alimenta pendant plusieurs siècles le commerce avec les empires du Sahel et, au-delà du désert, avec l’Afrique du Nord et l’Egypte. Sous les doigts des orfèvres Akan du Ghana et de Côte d’Ivoire, les parures royales atteignirent des sommets de raffinement.


Perles, plumes et coquillages : un néo-cabinet de curiosités

Experts en navigation et en négoce bien avant l’arrivée des Européens, les peuples de l’Océan Pacifique n’ont eu de cesse d’inscrire les pratiques de circulation au coeur de leurs modes de pensée. Marcel Mauss, le père de l’anthropologie française, a ainsi analysé les notions de don et de contre-don, système de compensations et d’obligations perpétuelles dans lequel la monnaie transcende la simple valeur marchande pour se faire parure ostentatoire, instrument au service du sacré. Si elles semblent avoir en grande partie dédaigné le travail du métal, les populations océaniennes ont néanmoins fait preuve d’une créativité débordante pour matérialiser leurs objets d’échanges matériels et spirituels. Des monumentales pierres taillées en forme de meule de l’île de Yap (Micronésie), aux flamboyants rouleaux de plumes tevau mesurant jusqu’à dix mètres de long des îles Santa Cruz (Para-Polynésie), en passant par ces myriades de colliers, de bracelets et de pectoraux de Mélanésie dans lesquels se faufilent pattes de scarabée, écailles de tortue, coquillages, dents de cochon, plumes de paradisiers ou becs de calao…, bien des matériaux et des usages se dérobent encore à nos grilles de lecture occidentales. Mais au-delà de leur prétendu « exotisme » et de leur indéniable séduction formelle, ces artefacts précieux demeurent, aux yeux de leurs populations, des instruments de sociabilité nimbés d’une aura sacrée.


Féeries textiles : au fil des dons et contre-dons

Si l’on en croit le célèbre voyageur arabe Ibn Battûta (1304-1368), l’Afrique se montra très tôt friande en matière de tissus d’origine étrangère. Dès le XIIIe siècle, le royaume du Mali se convertit à l’islam et attira à sa cour de riches marchands venus de ce lointain Maghreb dont on admirait et convoitait les produits. Centre économique, intellectuel et spirituel tout à la fois, Tombouctou suthabilement tirer parti de ce besoin effréné en brocarts et en soieries. En retour, les riches cités portuaires de Gao et de Djenné exportèrent leurs belles cotonnades bleu indigo aux Berbères du Sahara. Parures raffinées, les tissus se muèrent parallèlement en précieuses monnaies. Objets de thésaurisation ou d’échanges, tissées ou brodées, les étoffes véhiculèrent à travers l’ensemble de l’Afrique tout un répertoire de formes et d’usages propres à séduire d’autres peuples, comme ces Portugais du XVIe siècle qui en dotèrent à foison leurs cabinets de curiosités. Véritables idéogrammes visuels, les coiffes et robes de fête des peuples d’Europe, d’Asie et du Proche-Orient signalaient, quant à elles, l’appartenance tribale, le rang et la fortune. Constellées de pièces de monnaie aux vertus prophylactiques, tapissées de cauris dont la forme évoque irrésistiblement le sexe féminin, ces parures de séduction scandaient les différentes étapes de la vie. Présentées désormais comme des « tableaux-textiles » dans les musées, elles n’en constituent pas moins la mémoire de rites évanouis.


Entre pouvoir et séduction : quand la monnaie se fait parure

L’art de se parer est universel. Des plus humbles aux plus grands, des tribus nomades aux peuples sédentaires, les hommes et les femmes arborent sur leur poitrine, à leurs poignets ou aux lobes de leurs oreilles ces instruments de séduction que l’on nomme bijoux, amulettes ou talismans. Cristallisations de superstitions et de croyances, insignes de prestige et de gloire, ces parures ne sont en rien anecdotiques ou frivoles. Qu’ils soient en or ou argent, en plume, en nacre, en cheveux ou en os, pectoraux, bracelets, fibules, diadèmes ou colliers transcendent ainsi le seul souci esthétique pour affirmer l’appartenance au clan. Aisément monnayables dans des régions du monde où les banques se font rares, les bijoux offrent en outre un mode de thésaurisation idéal, en même temps qu’un moyen d’étaler aux yeux de tous la richesse familiale. Dans bien des cultures, ils constituent souvent le seul bien de la femme, dont ils assureront la sécurité matérielle en cas de divorce ou de décès de son époux. Offerts en guise de compensation matrimoniale ou de dot, transmis de génération en génération pour constituer le cœur du trésor familial, parures et bijoux célèbrent ainsi l’équilibre entre masculin et féminin, scellent l’union cosmique entre les hommes et les dieux. Ce sont aussi d’extraordinaires conservatoires de formes et de motifs dont les porteurs ont bien souvent oublié l’origine et la symbolique. Constellés de pièces de monnaies aux vertus prophylactiques, nimbés d’un halo de mystère, ces précieux joyaux font désormais la joie des collectionneurs.


Dialoguer avec l’invisible : croyances populaires et superstitions

Dans l’imaginaire collectif occidental, la monnaie se résume bien souvent à cette rondelle métallique que l’on nomme « pièce ». Délesté de sa simple fonction économique, ce moyen de paiement désormais aussi universel que quotidien n’en est pas moins investi de puissantes charges symboliques. Glisser une pièce de monnaie sous l’oreille d’un enfant qui vient de perdre une dent de lait scelle ainsi son entrée dans l’âge de raison. Jeter une pièce de monnaie dans une fontaine ou un puits en formulant un voeu renvoie au geste des pèlerins antiques consacrant une offrande à une divinité protectrice ou à une source aux vertus curatives. Faire sauter une crêpe en tenant un Louis d’or dans la main gauche lors de la Fête de La Chandeleur relève de croyances païennes très anciennes célébrant la fi n de l’hibernation, promesse de richesse et de bonnes récoltes. Ainsi, la frontière est souvent ténue entre croyances ancestrales et superstitions populaires. Les minorités Zhuang de Chine du Sud insèrent ainsi des pièces de monnaie au creux de leurs porte-bébé afin d’éloigner les esprits maléfiques et d’assurer au nouveau-né une vie longue et heureuse. Les Balinais tapissent les effigies de leurs ancêtres d’une kyrielle de pièces de monnaie, réelles ou factices, pour apporter richesse et santé au foyer familial. Enfin, les automates de voyance européens du siècle dernier redonnent à la pièce de monnaie sa fonction originelle. Intercesseur entre les mondes visible et invisible, elle se fait offrande pour ouvrir les portes de l’irrationnel et du rêve.




Le catalogue bilingue (français et anglais) publié aux éditions Silvana, croisant les regards d’anthropologues, d’économistes et d’historiens de l’art, rassemble les contributions de la commissaire, Bérénice Geoffroy-Schneiter (Monnaies vagabondes et Bijoux-monnaies/Monnaies-bijoux: les noces du sacré et du paraître) ainsi que des essais inédits de Jacques Attali (Une Histoire de la monnaie), Francis Dupuy (Monnaies autres, monnaies des autres), Nicolas Garnier (Les monnaies du Sepik), Constance de Monbrison (Chaque ombre à son âme reconnaît la lumière ou l’union des polarités à travers la circulation des biens en Insulinde), Marie Perrier (Les monnaies de métal dans la collection africaine de Denise et Michel Meynet), et Marie-Charlotte Calafat (Choses banales et trésors oubliés).

Monnaies en forme de « bouquets de serpents » Population Mumuye, Nigeria, Afrique de l’Ouest, XXe siècle. Fer, hauteur entre 45 et 62 cm. Collection Pierre et Claire Ginioux. © Collection Pierre et Claire Ginioux / Raphaële Kriegel.
Collier, Population berbère ida ou semlal, Anti-Atlas occidental, Maroc. Début du XXe siècle. Ambre, argent, émail filigrané et pièces de monnaie, long. 60 cm. Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / studio Ferrazzini-Bouchet.
Coiffe chatwé, Bethléem, Territoires palestiniens, Vers 1925. Toile de laine rouge et de coton blanc, argent, perles cylindriques, 17,3 x 20,4 x 12,5 cm. musée du quai Branly – Jacques Chirac. © Dist. RMN-Grand Palais / Patrick Gries.
Coiffe chatwé, Bethléem, Territoires palestiniens, Vers 1925. Toile de laine rouge et de coton blanc, argent, perles cylindriques, 17,3 x 20,4 x 12,5 cm. musée du quai Branly – Jacques Chirac. © Dist. RMN-Grand Palais / Patrick Gries.
Collier, Population berbère ida ou semlal, Anti-Atlas occidental, Maroc. Début du XXe siècle. Ambre, argent, émail filigrané et pièces de monnaie, long. 60 cm. Collection particulière, courtesy Musée Barbier Mueller. © courtesy Musée Barbier Mueller / studio Ferrazzini-Bouchet.
Accumulation d’anneaux de coquillages, Saundaun, Monts Torricelli, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mélanésie, Avant 1952. Coquillages, 54 x 11,5 x 11,5 cm. Collection musée des Confl uences. © Musée des Confl uences / Patrick Ageneau.