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“Hors Pistes – 16e Ă©dition”
L’écologie des images, festival en ligne

au Centre Pompidou, Paris

du 1er au 14 février 2021

Centre Pompidou
Festival Hors Pistes

PODCAST - Interview de GĂ©raldine Gomez, chargĂ©e de programmation du Festival Hors Pistes, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 25 janvier 2021, durĂ©e 26’09. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de GĂ©raldine Gomez, chargĂ©e de programmation du Festival Hors Pistes,

par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 25 janvier 2021, durĂ©e 26’09, © FranceFineArt.


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© Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, visite de l’exposition avec GĂ©raldine Gomez, le 25 janvier 2021.

Geoffroy de Crécy, Empty Places, 2020. © Autour de minuit.
Geoffroy de Crécy, Empty Places, 2020. © Autour de minuit.
Daniel Spoerri, Fouilles archéologiques du Déjeuner sous l'herbe. © Denis Gliksman, Inrap.
Daniel Spoerri, Fouilles archĂ©ologiques du DĂ©jeuner sous l’herbe. © Denis Gliksman, Inrap.
Ellen Gallagher, Wiglette from DeLuxe, 2004. © Ellen Gallagher. Courtesy Gagosian.
Ellen Gallagher, Wiglette from DeLuxe, 2004. © Ellen Gallagher. Courtesy Gagosian.
Lia Giraud, PhotosynthĂšse, 2020.
Lia Giraud, PhotosynthĂšse, 2020.
Nikolaus Geyrhalter, Homo Sapiens. © Nikolaus Geyrhalter Filmproduktion GmbH.
Nikolaus Geyrhalter, Homo Sapiens. © Nikolaus Geyrhalter Filmproduktion GmbH.
Sabrina Ratté, Floralia, 2021.
Sabrina Ratté, Floralia, 2021.

Extrait du communiquĂ© de presse :


Commissariat : 

Géraldine Gomez, chargée de programmation.

assistĂ©e d’Alexandre Finkelsztajn



Du climat aux Ă©crans, les dĂ©sordres planĂ©taires changent notre culture visuelle. Durant quinze jours, le festival Hors Pistes convie cinĂ©astes, artistes et chercheurs pour alerter les regards et entrevoir d’autres avenirs. Plus de 50 rendez-vous exclusifs et gratuits Ă  suivre sur centrepompidou.fr.




Éditorial



L’explosion des plateformes ou celle de la vidĂ©oconfĂ©rence en tĂ©moignent : depuis un an, la pandĂ©mie de covid-19 a ralenti la circulation des corps et dĂ©multipliĂ© celle des images. Proposer, dans ce contexte, un festival intĂ©gralement en ligne et non in situ comme initialement prĂ©vu, vous donner rendez-vous chaque jour sur internet pour y partager rencontres, projections, performances, c’est installer cette 16e Ă©dition de Hors Pistes sur la crĂȘte de ce paradoxe : d’Ă©cran en Ă©cran, le partage infini des images contraste avec notre conscience des limites planĂ©taires et du soin qu’il nous faut prendre de ce monde fini dans lequel rĂ©apprendre Ă  habiter. Quelle Ă©cologie, alors, pour les images ?



L’arrivĂ©e d’un train, la sortie d’une usine : on remarque rarement combien, avec les frĂšres LumiĂšre, la naissance du cinĂ©ma emprunta ses emblĂšmes Ă  la rĂ©volution industrielle, cĂ©lĂ©brant ici la mobilitĂ© et la vitesse, s’attardant lĂ  sur la foule affairĂ©e des travailleurs du regard. L’extraction des moindres Ă©clats du rĂ©el et leur rĂ©plication sur pellicule vont alors bon train : bientĂŽt, les rails du travelling s’inspireront de ceux du chemin de fer et les studios afficheront fiĂšrement leur statut d’industrie ; il n’y aura guĂšre que Buster Keaton Ă  la proue d’une locomotive ou Charlie Chaplin entre deux roues dentĂ©es pour s’inquiĂ©ter de la frĂ©nĂ©sie de conquĂȘte technique et gĂ©ographique oĂč les images se trouveront prises, de l’appĂ©tit avec lequel elles annexeront des territoires entiers au pĂ©rimĂštre du visible, se dispensant d’interroger leur propre impact sur la nature ou sur les peuples ainsi offerts Ă  la voracitĂ© de l’oeil.



Un siĂšcle plus tard, cette Ă©vidence a vĂ©cu. À mesure que les enjeux Ă©cologiques s’installent au coeur des motifs du cinĂ©ma populaire, Ă  mesure aussi que les effets du changement climatique s’avĂšrent sous nos yeux dans des lueurs d’incendie, la tension s’accroĂźt entre le souci de protĂ©ger l’environnement des effets destructeurs de l’activitĂ© humaine, et les formes de production, de circulation et de consommation des images. Car le train des frĂšres LumiĂšre n’a pas cessĂ© de rouler, ni son rĂ©seau de s’étendre : il dessert dĂ©sormais, outre les salles de cinĂ©ma, les multiples terminaux qui donnent sur nos rĂ©tines et il ne nous est plus permis de fermer les yeux sur ce qu’il exige de terres rares dans nos tĂ©lĂ©phones, de cĂąbles sous nos ocĂ©ans, d’énergie pour refroidir nos serveurs. Peut-on imaginer et pratiquer une Ă©cologie des images?



Peut-on, aux images conquĂ©rantes, substituer des visions d’artistes en forme de prĂ©sages, attachĂ©es Ă  alerter sur les dangers et les possibles d’une transformation planĂ©taire dont les effets sont encore Ă  venir ? Ces questions traverseront la 16e Ă©dition de Hors Pistes, festival dĂ©diĂ© Ă  explorer toutes les formes de l’image en mouvement, et Ă  rencontrer celles et ceux qui en font la matiĂšre de leur crĂ©ation, de leur pensĂ©e et de leur Ă©criture. Conçue Ă  l’origine autour d’une exposition, de projections, de performances et de parole, cette 16e Ă©dition dorĂ©navant numĂ©rique souhaite rester fidĂšle Ă  son ambition initiale en articulant des productions originales (comme la visite virtuelle de l’exposition) et des interventions de grandes voix de la crĂ©ation contemporaine qui, chacune dans leur domaine conjuguent la quĂȘte de sobriĂ©tĂ© Ă©cologique et le souci du vivant : Kelly Reichardt au cinĂ©ma, Vinciane Despret en philosophie, JĂ©rĂŽme Bel dans le champ de la danse contemporaine, Hito Steyerl ou Nicolas Gourault dans celui des arts visuels, Philippe Descola en anthropologie des images et bien d’autres encore guideront nos regards et nos pas.




Mathieu Potte-Bonneville, Directeur du département culture et création du Centre Pompidou





Coup d’Ɠil sur l’Ă©cologie des images

L’ensemble du programme et les horaires sont Ă  retrouver sur le site : www.centrepompidou.fr/fr/horspistes2021

Comment les images donnent-elles Ă  voir l’urgence environnementale ? Comment le souci de l’impact Ă©cologique des images transforme-t-il la fabrique et la diffusion de notre culture visuelle ? Le Festival Hors Pistes proposera cette annĂ©e une programmation mĂȘlant projections, exposition et rencontres sous le signe de « l’écologie des images ».

Du 1er au 14 février, se feront ainsi écho :

L’exposition « MatiĂšres d’image », rassemblant les oeuvres contemporaines de plasticiens et vidĂ©astes (Nicolas Gourault, Peter Hutton, Alice Lenay, le collectif Fossilation, Michelangelo Frammartino, Lia Giraud, Jacques Perconte
), dans un jeu de confrontations entre photographie argentique et image numĂ©rique traquant les signes de l’avenir dans les mutations du paysage, Ă©clairĂ©s par les incendies gĂ©ants que les films amateurs documentent dans de nombreuses parties du monde.

Le festival réunira de grandes voixqui, dans de multiples domaines de la pensée et de la création, mettent la préoccupation environnementale au coeur de leur recherche et de leur pratique.

Ouvert par un dialogue entre la philosophe Vinciane Despret (invitĂ©e intellectuelle du Centre Pompidou en 2021) et l’artiste TomĂĄs Saraceno, le festival se clĂŽturera par une rencontre entre l’anthropologue PhilippeDescola et la documentariste Eliza Levy qui lui consacre le film Composer les mondes.

La plasticienne Hito Steyerl, dont l’exposition majeure ouvrira le 3 fĂ©vrier en Galerie 2 du Centre Pompidou, conversera avec le philosophe Peter Szendy, pour une sĂ©ance exceptionnelle du cycle PlanĂ©tarium consacrĂ© aux cartographies contemporaines.

Rendez-vous de la rĂ©flexion sur toutes les formes de l’image en mouvement, Hors Pistes sera ponctuĂ© de nombreux rendez-vous :

Rendez-vous de parole : rencontres quotidiennes avec « La leçon des images » conviant cinĂ©astes, chercheurs, photographes
 de tous horizons Ă  proposer tour Ă  tour leur regard singulier sur les images qui les ont marquĂ©s ; feuilletons au long cours confiĂ©s, une semaine durant, au critique de cinĂ©ma HervĂ© Aubron puis Ă  l’historienne de l’art Anne Lafont.

Rendez-vous en images : projections « Animation et écologie » avec la revue Blink Blank.

Rendez-vous collectifs : avec les huit intervenants du « marathon » rĂ©unis par Marie Rebecchi, les jeunes rĂ©alisateurs de Master de l’École des Arts de la Sorbonne, les finalistes du festival de cinĂ©ma en Ă©cole d’art Si CinĂ©ma
 comme autant de maniĂšres de prendre la mesure d’une prĂ©occupation Ă©cologique aujourd’hui partagĂ©e.





L’exposition Matiùres d’image

Les images constatent, tĂ©moignent, investissent, dĂ©noncent, accusent irrĂ©mĂ©diablement. Elles captent, surveillent, tracent, enregistrent et deviennent de vĂ©ritables piĂšces Ă  conviction sur l’état de notre planĂšte. Un flux littĂ©ral, qui rĂ©vĂšle toujours plus la dĂ©gradation de notre environnement et de nos conditions de vie. C’est un nouveau continent qui est nĂ©, qui investit notre attention, dessine nos imaginaires, nos peurs, nos fictions et nos avenirs.

Ce ne sont pas de ces images dont il s’agit ici. S’entremĂȘlent des images argentiques, numĂ©riques, projetĂ©es sur les murs, un Ă©cran, sur de l’eau, une membrane, des images aux matiĂšres variĂ©es, qui ont comme lien celui de l’observation du monde.

Ainsi l’exposition propose une halte, une brĂšche, un souffle suspendu Ă  l’image : non celle que l’on voit, mais celle qui manque. Non celle qui n’aurait pas Ă©tĂ© filmĂ©e, mais celle qui augure d’une scĂšne encore Ă  venir, Ă  la maniĂšre des prĂȘtres de l’antiquitĂ©, qui du bout d’un bĂąton, tracent dans le ciel un rectangle et y observent un signe qui vient Ă  surgir.

Ces images laissent prĂ©sager. Que va-t-il se passer dans les paysages grondants de Peter Hutton, dans les montagnes en mutations de Jacques Perconte. Que nous rĂ©vĂšlent les algues marines appelĂ©es « oeil vĂ©ritable » de Lia Giraud ou la camĂ©ra embarquĂ©e sur le dos d’un animal de Nicolas Gourault, d’une promenade non humaine Ă  ras du sol, d’autres paysages ? d’autres reprĂ©sentations du monde. Que cherchent les mains des sculptrices filmĂ©es par Kelly Reichardt dans la terre, cette mĂȘme terre, Ă©corce de la planĂšte, retravaillĂ©e par les motifs pixĂ©lisĂ© et hypnotiques de Nicolas Sassoon et Rick Silva qui enferment une histoire du monde
 Dans ces quadrati rectangulaires, la scĂšne qui s’y augure, par dĂ©finition ne s’y trouve pas encore. [Pascal Quignard, Sur l’image qui manque Ă  nos jours.]

Les images sont souvent silencieuses, seule la voix de l’artiste chamane numĂ©rique, Seumboy Vrainom :€, rĂ©sonne. Autant d’histoires Ă  suivre, d’une Ă©cologie Ă  inventer.


GĂ©raldine Gomez, Programmatrice du festival Hors Pistes