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🔊 “Madame de SĂ©vignĂ©â€ Lettres parisiennes, au musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris, du 15 avril au 23 aoĂ»t 2026

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“Madame de SĂ©vignĂ©â€ Lettres parisiennes

au musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris, Paris

du 15 avril au 23 août 2026

Musée Carnavalet


Entretien avec Anne-Laure Sol, conservatrice en chef du patrimoine, 
responsable du dĂ©partement des peintures et vitraux au musĂ©e Carnavalet - Histoire de Paris, et commissaire scientifique de l’exposition,  par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 14 avril 2026, durĂ©e 14’08, © FranceFineArt. (deuxiĂšme Ă  gauche, Anne-Laure Sol)

PODCAST –  Entretien avec
Anne-Laure Sol,
conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département des peintures et vitraux musée Carnavalet de Paris,
et commissaire scientifique de l’exposition,



par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 14 avril 2026, durĂ©e 14’08,
© FranceFineArt.
(deuxiĂšme Ă  gauche, Anne-Laure Sol)


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Madame de SŽvignŽ
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Madame de SŽvignŽ
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©Anne-Frédérique Fer, vernissage avec les commissaires, le 14 avril 2026.


Anonyme, La place Royale (actuelle place des Vosges), vers 1665. Huile sur toile. Paris, MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Anonyme, La place Royale (actuelle place des Vosges), vers 1665. Huile sur toile. Paris, MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Claude LefĂšbvre, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de SĂ©vignĂ©, vers 1665. Huile sur toile. Paris, MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Claude LefĂšbvre, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de SĂ©vignĂ©, vers 1665. Huile sur toile. Paris, MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Nicolas Jarry et Nicolas Robert, La guirlande de Julie. Pour Mademoiselle de Rambouillet, 1641. Manuscrit sur vélin. Paris, BibliothÚque nationale de France. © BibliothÚque nationale de France.

Nicolas Jarry et Nicolas Robert, La guirlande de Julie. Pour Mademoiselle de Rambouillet, 1641. Manuscrit sur vélin. Paris, BibliothÚque nationale de France. © BibliothÚque nationale de France.

Extrait du communiqué de presse :


Jean Nocret, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), vers 1645-1650. Huile sur toile. Vitré, chùteau des Rochers-Sévigné, collection Cédrik de Ternay. © Vitré, chùteau des Rochers-Sévigné / Cliché Photoplus/Maignan.

Jean Nocret, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), vers 1645-1650. Huile sur toile. Vitré, chùteau des Rochers-Sévigné, collection Cédrik de Ternay. © Vitré, chùteau des Rochers-Sévigné / Cliché Photoplus/Maignan.

Gerard Westermann d’aprĂšs Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, L’HĂŽtel Carnavalet vers 1740, 1926. Huile sur toile. Paris, musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Gerard Westermann d’aprĂšs Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, L’HĂŽtel Carnavalet vers 1740, 1926. Huile sur toile. Paris, musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Chine et Europe, Bureau dit « de Madame de SĂ©vignĂ© », vers 1730-1750. Paris, musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Chine et Europe, Bureau dit « de Madame de SĂ©vignĂ© », vers 1730-1750. Paris, musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Commissariat général :
ValĂ©rie Guillaume, conservatrice gĂ©nĂ©rale, directrice du musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris
Commissariat scientifique
Anne-Laure Sol, conservatrice en chef du patrimoine, responsable du dĂ©partement des peintures et vitraux au musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris

Commissaire associé :
David Simonneau, chargĂ© des dessins du cabinet des Arts graphiques au musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris
Avec la collaboration de :
Nathalie Freidel, conseillÚre scientifique, professeure au département de Langues et de Littératures, Université Wilfrid Laurier, Waterloo, Canada



« Dieu merci, nous avons l’hĂŽtel de Carnavalet. C’est une affaire admirable : nous y tiendrons tous, et nous aurons le bel air. Comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminĂ©es Ă  la mode, mais nous aurons du moins une belle cour, un beau jardin, un beau quartier [
] » Lettre Ă  Madame de Grignan, sa fille, le 7 octobre 1677

Le musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris prĂ©sente une exposition consacrĂ©e Ă  Marie de Rabutin-Chantal, marquise de SĂ©vignĂ© (1626-1696) Ă  l’occasion du 400e anniversaire de sa naissance. Conçue avec l’appui d’un comitĂ© scientifique composĂ© de spĂ©cialistes de l’oeuvre et de la pĂ©riode, l’exposition se fonde sur le renouvellement de l’approche critique consacrĂ©e Ă  l’épistoliĂšre et rĂ©unit plus de 200 oeuvres, peintures, objets, dessins, provenant des collections du musĂ©e, d’importantes collections publiques françaises et de collections particuliĂšres.

Marie de Rabutin-Chantal naĂźt Ă  Paris, place Royale (actuelle place des Vosges) le 5 fĂ©vrier 1626. Issue d’une famille d’ancienne noblesse bourguignonne par son pĂšre, elle est Ă©levĂ©e Ă  Paris par ses grands-parents maternels, les Coulanges, qui lui assurent une excellente Ă©ducation, rare pour une jeune fille. En 1644, elle Ă©pouse Henri de SĂ©vignĂ©, gentilhomme breton, dont elle aura deux enfants : Françoise-Marguerite et Charles. La mort de son mari, tuĂ© en duel en 1651, la laisse veuve Ă  vingt-cinq ans.

Vivant entre le quartier du Marais Ă  Paris et ses terres des Rochers en Bretagne, Madame de SĂ©vignĂ© participe aux cercles lettrĂ©s les plus raffinĂ©s de la capitale, dont ceux de la marquise de Rambouillet et de Mademoiselle de ScudĂ©ry. Elle prend part Ă  l’élaboration de la culture galante qui s’épanouit alors en art de vivre et influence la littĂ©rature et les arts.

La majeure partie de la correspondance conservĂ©e de Madame de SĂ©vignĂ© est constituĂ©e des lettres envoyĂ©es Ă  sa fille, mariĂ©e en 1669 au comte de Grignan et partie vivre en Provence. La Correspondance Ă©ditĂ©e constitue aujourd’hui Ă  la fois une oeuvre qui figure parmi les classiques de la littĂ©rature française et un document essentiel pour la connaissance de l’histoire des idĂ©es, des moeurs et des Ă©vĂ©nements de cette pĂ©riode.

Au sein de l’hĂŽtel Carnavalet oĂč vĂ©cut la cĂ©lĂšbre Parisienne de 1677 Ă  sa mort en 1696, cette exposition revient sur la vie de Madame de SĂ©vignĂ© Ă  Paris, Ă  un moment oĂč la ville connaĂźt d’importantes transformations. Le parcours et l’oeuvre de l’écrivaine servent de support Ă  une dĂ©couverte de la capitale dans ses dimensions urbaine, sociale, politique, artistique. L’exposition s’ouvre sur la question de la prĂ©sence de l’épistoliĂšre dans l’imaginaire collectif et de sa postĂ©ritĂ© littĂ©raire pour ensuite mettre en lumiĂšre la place des femmes dans le Paris du 17e siĂšcle, dans le contexte de la diffusion d’une culture galante.

Membre d’une Ă©lite qui observe Ă  distance les grandeurs de la cour de Louis XIV, Madame de SĂ©vignĂ© est un tĂ©moin attentif du Paris politique et saisit la violence des tensions qui traversent alors l’histoire. Enfin, l’évocation du quotidien de la femme de lettres, au sein de l’hĂŽtel Carnavalet tel qu’il fut habitĂ© par sa famille, parachĂšve cette traversĂ©e du siĂšcle.

À partir de la fabrique de l’oeuvre et de la postĂ©ritĂ© de Madame de SĂ©vignĂ©, l’exposition nous entraĂźne dans le Paris du 17e siĂšcle Ă  travers la vie d’une femme et le regard singulier qu’elle porte sur le monde qui l’entoure, pour finir par l’évocation de son quotidien Ă  l’hĂŽtel Carnavalet.

Un ouvrage comprenant les essais des commissaires, des membres du comitĂ© scientifique ainsi que de nombreux conservateurs et universitaires est publiĂ© aux Éditions Paris MusĂ©es. Deux journĂ©es d’études sur le thĂšme de la prĂ©sence des femmes Ă  Paris au 17e siĂšcle se dĂ©rouleront au MusĂ©e Carnavalet les 3 et 4 juin 2026.

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de SĂ©vignĂ©, Lettre Ă  Madame de Grignan, sa fille, Paris, Manuscrit autographe non datĂ© [2 fĂ©vrier 1671 ?]. Paris, musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de SĂ©vignĂ©, Lettre Ă  Madame de Grignan, sa fille, Paris, Manuscrit autographe non datĂ© [2 fĂ©vrier 1671 ?]. Paris, musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris. CCØ Paris MusĂ©es / MusĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris.

Madeleine de Scudéry, Clélie, histoire romaine. Dédiée à Mademoiselle de Longueville. Tome I, 1666. Livre imprimé, gravure de la Carte de Tendre par François Chauveau. Paris, BibliothÚque interuniversitaire de la Sorbonne. © BibliothÚque interuniversitaire de la Sorbonne.

Madeleine de Scudéry, Clélie, histoire romaine. Dédiée à Mademoiselle de Longueville. Tome I, 1666. Livre imprimé, gravure de la Carte de Tendre par François Chauveau. Paris, BibliothÚque interuniversitaire de la Sorbonne. © BibliothÚque interuniversitaire de la Sorbonne.


Parcours de l’exposition


« Dieu merci, nous avons l’hĂŽtel de Carnavalet. C’est une affaire admirable : nous y tiendrons tous. » C’est ainsi que Marie de Rabutin-Chantal, marquise de SĂ©vignĂ©, annonce Ă  sa fille, le 7 octobre 1677, son installation au cƓur du Marais. Le musĂ©e Carnavalet – Histoire de Paris cĂ©lĂšbre cette annĂ©e le 400e anniversaire de la naissance de sa plus illustre occupante. Madame de SĂ©vignĂ© n’est pas une inconnue. Son nom est passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ© grĂące Ă  la publication posthume de son immense correspondance. DĂšs le 18e siĂšcle, elle est associĂ©e au panthĂ©on des classiques et donnĂ©e en modĂšle du style Ă©pistolaire. Au siĂšcle suivant et encore aujourd’hui, elle figure aussi bien dans les manuels scolaires que dans le paysage culturel français. Cette exposition retrace son parcours singulier dans le Paris du 17e siĂšcle. Issue de la noblesse, Madame de SĂ©vignĂ© reçoit une Ă©ducation privilĂ©giĂ©e. Son veuvage prĂ©coce lui offre une libertĂ© qui lui permet de s’impliquer dans la vie culturelle et politique de la capitale. La chronique Ă©pistolaire qu’elle compose durant presque cinquante ans constitue une archive unique de la ville – ses quartiers, ses habitants, ses grands et petits Ă©vĂ©nements. Le Paris de Madame de SĂ©vignĂ© est celui des cercles fĂ©minins, des hĂŽtels particuliers oĂč l’on se rend en visite, des Ă©glises et des couvents, mais aussi celui des lieux oĂč faire sa cour, le Palais-Royal puis Versailles. C’est enfin celui des amis fidĂšles, du quotidien, des promenades et des divertissements, un lieu Ă  soi, un lieu de vie.

Postérités
Madame de SĂ©vignĂ© a atteint la cĂ©lĂ©britĂ© sans avoir souhaitĂ© ĂȘtre publiĂ©e de son vivant. Ses premiĂšres lettres paraissent l’annĂ©e de sa mort dans la Correspondance de son cousin Bussy-Rabutin. Au 18e siĂšcle, aprĂšs la parution de deux Ă©ditions non autorisĂ©es, Pauline de Grignan, marquise de Simiane, approuve la publication des lettres de sa grand-mĂšre conservĂ©es dans les archives familiales. Au 19e siĂšcle, l’intĂ©rĂȘt croissant des lecteurs incite les Ă©diteurs Ă  constituer un corpus le plus complet possible. Madame de SĂ©vignĂ© fait son entrĂ©e dans les premiĂšres anthologies littĂ©raires, figure parmi les « grands hommes » de la nation avant d’ĂȘtre consacrĂ©e par les pĂ©dagogues. L’inscription de l’épistoliĂšre dans le patrimoine culturel national favorise la production d’images, dont celle d’une mĂšre passionnĂ©ment dĂ©vouĂ©e Ă  sa fille. Quant Ă  son hĂ©ritage littĂ©raire, il est revendiquĂ© par de grands noms, parmi lesquels Françoise de Graffigny, Horace Walpole, Marcel Proust ou Virginia Woolf.

Une figure nationale
Au 19e siĂšcle, c’est autant Ă  Paris qu’en Provence et en Bretagne, ses provinces d’adoption, qu’apparaissent les premiĂšres effigies de Madame de SĂ©vignĂ©. Son nom est donnĂ© Ă  des rues et des Ă©tablissements scolaires. Elle inspire des personnages au théùtre et Ă  l’opĂ©ra. DĂšs l’ouverture du musĂ©e Carnavalet, en 1880, son Ă©vocation consacre officiellement cet important lieu de mĂ©moire sĂ©vignĂ©en. Le culte vouĂ© Ă  la femme de lettres favorise la crĂ©ation de reliques et la circulation de mobilier et d’objets qui lui auraient appartenu. Son portrait est diffusĂ© dans les arts dĂ©coratifs, et son nom dĂ©sormais associĂ© aux qualitĂ©s du luxe Ă  la française.

Sévigné dans la culture populaire
Reconnue pour son style et plĂ©biscitĂ©e sous la TroisiĂšme RĂ©publique, l’épistoliĂšre devient un exemple Ă©difiant, Ă  la croisĂ©e de la figure morale et du modĂšle littĂ©raire. Rare femme parmi les autrices du 17e siĂšcle, son Ɠuvre est Ă©tudiĂ©e Ă  l’école : une sĂ©lection de ses lettres est prĂ©sente dĂšs la fin du 19e siĂšcle, et encore aujourd’hui, dans les manuels scolaires. La popularitĂ© de Madame de SĂ©vignĂ© n’a pas Ă©chappĂ© aux publicitaires, qui exploitent son image. Le goĂ»t exprimĂ© par l’épistoliĂšre pour certains aliments incite des marques de chocolats, de beurre, de fromage bretons ou encore de vin de Bourgogne Ă  faire d’elle leur Ă©gĂ©rie. Nombreuses sont les publicitĂ©s qui visent plus spĂ©cifiquement les objets liĂ©s Ă  l’écriture (stylos, papier Ă  lettres) pour sĂ©duire les acheteurs. Enfin, ultime consĂ©cration auprĂšs du grand public, Madame de SĂ©vignĂ© devient un personnage de fiction portĂ© au cinĂ©ma dĂšs les annĂ©es 1950, jusqu’à aujourd’hui.

Une jeunesse dans le marais
Marie de Rabutin-Chantal est nĂ©e et a grandi dans l’hĂŽtel particulier de ses grands-parents maternels, les Coulanges, place Royale (actuelle place des Vosges). C’est Ă  cette famille, anoblie aprĂšs s’ĂȘtre enrichie dans les fournitures aux armĂ©es, que revient la tutelle de la petite-fille, orpheline Ă  six ans. CĂŽtĂ© paternel, elle bĂ©nĂ©ficie de la protection de sa grand-mĂšre, Jeanne de Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation. La jeune femme s’épanouit ensuite au contact de la bonne sociĂ©tĂ© d’un quartier autant prisĂ© de la noblesse que des gens de lettres. Ceux-ci s’y donnent rendez-vous chez Anne, dite Ninon, de Lenclos, chez le poĂšte Paul Scarron et son Ă©pouse, Françoise d’AubignĂ©, ou encore au théùtre du Marais, oĂč l’on joue les piĂšces de Pierre Corneille. « Femme d’un gĂ©nie extraordinaire et d’une solide vertu », selon son cousin Roger de Bussy-Rabutin, elle Ă©pouse Henri de SĂ©vignĂ© le 4 aoĂ»t 1644 Ă  l’église Saint-Gervais. Ce gentilhomme breton, coureur et batailleur, meurt en duel six ans plus tard, laissant une jeune veuve de 25 ans, mĂšre de deux enfants : Françoise-Marguerite et Charles.

Un nouveau quartier
MalgrĂ© la disparition des rĂ©sidences royales, la noblesse reste ancrĂ©e dans le quartier situĂ© entre la forteresse de la Bastille et l’HĂŽtel de Ville, qui s’orne en 1612 d’un nouveau centre avec la place Royale. Les grandes fortunes affluent, et l’emprise immobiliĂšre s’étend avec la vente de terrains maraĂźchers. AgrĂ©mentĂ©s de jardins, les hĂŽtels particuliers deviennent les foyers de la vie intellectuelle et mondaine. Des congrĂ©gations religieuses fĂ©minines s’établissent, et la rĂ©cente Ă©glise Saint-Louis-des-JĂ©suites, rue Saint-Antoine, s’enorgueillit d’une façade digne de Rome. À partir des annĂ©es 1670, les anciens remparts font place Ă  des promenades.

L’école des femmes
Au 17e siĂšcle, l’éducation des filles est gĂ©nĂ©ralement nĂ©gligĂ©e, en dehors de certains couvents de religieuses, qui prennent leur mission pĂ©dagogique au sĂ©rieux. La jeune Marie de Rabutin-Chantal fait partie des privilĂ©giĂ©es qui bĂ©nĂ©ficient d’un enseignement Ă  la maison par des maĂźtres particuliers. Outre les apprentissages Ă©lĂ©mentaires (lecture, Ă©criture), elle reçoit des leçons de danse, de musique et de chant. Si elle n’apprend pas les langues anciennes, rĂ©servĂ©es aux collĂ©giens, elle connaĂźt l’italien. Cette formation se poursuit ensuite par l’usage de la conversation et la pratique assidue de la lecture, grĂące aux riches bibliothĂšques familiales. La danse, plaisir populaire, est Ă©galement l’art nĂ©cessaire Ă  ceux et celles qui souhaitent paraĂźtre Ă  la Cour. Enjeu de sociabilitĂ© et de reprĂ©sentation, elle fait partie de l’éducation des jeunes nobles, filles comme garçons. Les leçons du maĂźtre de danse doivent permettre notamment de contrĂŽler les attitudes, d’évoluer avec grĂące et aussi de connaĂźtre l’étiquette, qui leur sera indispensable. Les danses sont complexes et l’instrument de l’enseignant, la pochette, sorte de petit violon, lui sert Ă  marquer le pas.

Dans le cercle des femmes
La carriĂšre de Madame de SĂ©vignĂ© intervient Ă  un moment de l’histoire culturelle particuliĂšrement favorable aux femmes de lettres. C’est l’époque oĂč se forment Ă  Paris des cĂ©nacles intellectuels animĂ©s par des personnalitĂ©s influentes, nouveaux arbitres de la vie littĂ©raire et artistique. La jeune marquise frĂ©quente des cercles d’exception oĂč s’Ă©labore une nouvelle esthĂ©tique fondĂ©e sur la galanterie. Ces nouveaux usages lettrĂ©s, thĂ©orisĂ©s par l’écrivaine Madeleine de ScudĂ©ry, sont adoptĂ©s avec enthousiasme par celles que l’on nomme alors « les prĂ©cieuses », terme moqueur bientĂŽt utilisĂ© par la satire. Sous la rĂ©gence d’Anne d’Autriche, certains cercles fĂ©minins frĂ©quentĂ©s par Madame de SĂ©vignĂ© revĂȘtent une dimension politique. Celui de Mademoiselle de Montpensier, cousine de Louis XIV, prendra activement part aux rĂ©voltes de la Fronde. Le parcours de l’épistoliĂšre est ainsi marquĂ© par l’intrusion spectaculaire des « femmes fortes » sur la scĂšne du pouvoir.

La chambre bleue de l’hîtel de Rambouillet
Dans la premiĂšre moitiĂ© du 17e siĂšcle, l’hĂŽtel de Rambouillet, situĂ© entre les palais du Louvre et des Tuileries, est une institution. Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, a fait reconstruire et dĂ©corer le bĂątiment selon un goĂ»t nouveau. Sa chambre ornĂ©e de tentures bleues devient l’emblĂšme d’un nouvel art de vivre et de discourir. C’est lĂ  que la maĂźtresse de maison, surnommĂ©e ArthĂ©nice par ses intimes, reçoit, Ă©tendue sur son lit, les visiteurs qui s’installent auprĂšs d’elle, dans la « ruelle ». L’acadĂ©micien Chapelain, le poĂšte Voiture ou le dramaturge Corneille sont familiers de ce lieu oĂč l’on se donne des surnoms sur le modĂšle pastoral de L’AstrĂ©e, le roman d’HonorĂ© d’UrfĂ©.

Madeleine de Scudéry : « cette merveilleuse muse »
À partir des annĂ©es 1650, Madame de SĂ©vignĂ© frĂ©quente le cercle de Madeleine de ScudĂ©ry, rue de Beauce dans le Marais, devenu le plus influent de Paris. Les discussions entre les habituĂ©s des « samedis » sont relayĂ©es par les romans publiĂ©s par l’Ă©crivaine et son frĂšre Georges, dont le succĂšs est phĂ©nomĂ©nal. Cette jeune gĂ©nĂ©ration se passionne pour l’univers du Grand Cyrus et de ClĂ©lie, oĂč s’inventent de nouveaux modes de relation entre les sexes, plus respectueux. Rapidement, cette nouvelle vague subit les attaques d’adversaires virulents. Madame de SĂ©vignĂ© et son amie Madame de Lafayette font partie des personnalitĂ©s ciblĂ©es.

Des femmes fortes
DĂ©diĂ© Ă  Anne d’Autriche, l’ouvrage de Pierre Le Moyne La Gallerie des femmes fortes (1647) illustre un thĂšme largement prĂ©sent dans les arts de la premiĂšre partie du 17e siĂšcle. À travers les exploits Ă©difiants de ZĂ©nobie, LucrĂšce ou Marie Stuart, les vertus hĂ©roĂŻques de figures fĂ©minines empruntĂ©es Ă  l’histoire ancienne et moderne sont cĂ©lĂ©brĂ©es. Ces exemples fameux rencontrent alors un Ă©cho dans l’actualitĂ© du temps. Les destins remarquables de la reine Christine de SuĂšde, des frondeuses ou de la mĂšre du roi revĂȘtent une forme d’exemplaritĂ© pour celles qui, comme Madame de SĂ©vignĂ©, jouissent de l’autonomie exceptionnelle que leur confĂšre le veuvage.

Frondeurs et frondeuses
La Fronde (1648-1653) voit les parlementaires puis une partie de la noblesse se rĂ©volter contre le pouvoir royal incarnĂ© par le cardinal Mazarin, principal ministre d’État du jeune Louis XIV. La crise politique divise l’entourage familial de Madame de SĂ©vignĂ© : son cousin Ă©loignĂ© par alliance, le futur cardinal de Retz, rejoint les frondeurs, tandis que Bussy-Rabutin reste fidĂšle au souverain. Au sein de l’aristocratie rebelle, les coalitions et les liens d’amitiĂ© perdurent aprĂšs l’échec de la sĂ©dition. La marquise frĂ©quente le cercle de la Grande Mademoiselle, duchesse de Montpensier, qui expie sa participation aux combats, en exil dans son chĂąteau de Saint-Fargeau en Bourgogne.

Chroniques politiques
Les lettres de Madame de SĂ©vignĂ© fournissent une version alternative Ă  l’historiographie officielle du rĂšgne de Louis XIV. La vie politique est scrutĂ©e avec attention par l’épistoliĂšre, dans le but de rĂ©vĂ©ler, selon ses termes, « les dessous de cartes » : le scandale d’un procĂšs politique, les travers ridicules des courtisans, l’économie de la faveur
 Toutefois, la marquise n’a pas de charge officielle Ă  la Cour. Lorsqu’elle se rend au Palais-Royal, Ă  Saint-Germain ou Ă  Versailles, c’est souvent pour assister aux festivitĂ©s, ou, par obligation, pour solliciter un ministre ou simplement « faire ce qui s’appelle sa cour ». Elle y est tĂ©moin de la fiĂšvre du jeu, admire les jardins, assiste aux ballets et aux comĂ©dies avant de conclure : « et de tout cela, autant en emporte le vent ; on est ravi de revenir chez soi. » Aux obligations liĂ©es Ă  son statut s’ajoute l’inlassable quĂȘte d’informations. La marquise suit de prĂšs l’actualitĂ© politique et compose une chronique qui constitue une source essentielle, aussi bien pour l’histoire politique du rĂšgne que pour celle de la sociĂ©tĂ© de la Cour et de la Ville.

L’affaire Fouquet
Madame de SĂ©vignĂ© fait partie de la brillante compagnie rĂ©unie par le surintendant des finances, Nicolas Fouquet, dans son chĂąteau de Saint-MandĂ©. Lorsqu’il est arrĂȘtĂ© et emprisonnĂ© pour haute trahison, en 1661, elle craint d’ĂȘtre compromise par la dĂ©couverte de ses lettres parmi les papiers du ministre. Pendant toute la durĂ©e du procĂšs orchestrĂ© par Jean-Baptiste Colbert, elle compose une chronique judiciaire pour son ami Simon Arnauld de Pomponne. Les chefs d’accusation, le dĂ©roulement des interrogatoires, le discours de la dĂ©fense sont rapportĂ©s au jour le jour. Le « cher ami » Fouquet Ă©chappe de peu Ă  la peine capitale, mais meurt en dĂ©tention dans la forteresse de Pignerol.

« La plus jolie fille de France »
Le 8 janvier 1663, Françoise-Marguerite de SĂ©vignĂ© fait, Ă  17 ans, une entrĂ©e remarquĂ©e Ă  la Cour en dansant dans le Ballet des Arts aux cĂŽtĂ©s du roi et de sa belle-soeur Henriette d’Angleterre. Danseur virtuose, Louis XIV a fait du ballet un incontournable de la saison du carnaval. Le livret de Benserade s’y mĂȘle Ă  la musique de Lully. L’estime dont bĂ©nĂ©ficie la jeune SĂ©vignĂ© se rĂ©pĂšte les deux annĂ©es suivantes lors du Ballet des Amours dĂ©guisĂ©s et de celui de la Naissance de VĂ©nus. Selon des rumeurs, la jeune femme aurait ensuite repoussĂ© les avances du souverain, entraĂźnant la perte de la faveur royale.

« C’est un pays qui n’est point pour moi »
La tĂąche de cheffe de famille de Madame de SĂ©vignĂ©, qui consiste Ă  marier sa fille et financer la carriĂšre militaire de son fils, n’est pas facilitĂ©e par la disgrĂące de son cousin Bussy-Rabutin, banni de la Cour. En 1668, mĂšre et fille sont invitĂ©es au Grand Divertissement Royal, la deuxiĂšme grande fĂȘte donnĂ©e par Louis XIV dans les jardins de Versailles. Par la suite, chacune des visites Ă  Saint-Germain, Versailles ou Clagny, est un Ă©vĂ©nement que les lettres se chargent de partager. Splendeurs et misĂšres de la vie de Cour dĂ©filent sous l’oeil aiguisĂ© de l’épistoliĂšre : magnificence des appartements, mode des tabliers et des coiffures Ă  la Fontange ou la ronde des maĂźtresses royales.

La nouvelle du jour
GrĂące Ă  l’instauration d’un service postal rĂ©gulier mis en place par le ministre Louvois en 1672, Madame de SĂ©vignĂ© Ă©crit Ă  sa fille, devenue comtesse de Grignan. Recueillant les Ă©vĂ©nements, grands et petits, auprĂšs de sources multiples, elle fournit parfois plusieurs versions d’un Ă©pisode marquant, comme la mort du marĂ©chal de Turenne. Certains de ces morceaux de bravoure, telle l’annonce du mariage de la Grande Mademoiselle, feront le bonheur des anthologies : « Je m’en vais vous mander la chose la plus Ă©tonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse
 » Quant Ă  l’affaire des poisons, un scandale criminel qui secoue la capitale, elle donne lieu Ă  un captivant feuilleton Ă  Ă©pisodes.

« Paris comme il est »
En retrait des fastes de Versailles, Madame de SĂ©vignĂ© mĂšne une existence citadine rythmĂ©e par une sociabilitĂ© mondaine et par les Ă©vĂ©nements de la vie publique. Ses lettres livrent moins des tableaux que des itinĂ©raires parisiens, au grĂ© des visites et des promenades. On suit l’épistoliĂšre dans son « tour de ville », qui consiste Ă  aller glaner les derniĂšres nouvelles chez ses voisins dans ce quartier du Marais qu’elle affectionne. Elle s’indigne d’ailleurs quand les Coulanges dĂ©cident de quitter la rue du Parc-Royal pour s’installer « dans ce chien de Temple » : « comment peut-on quitter un tel quartier ? » Une lettre de la marquise est aussi une invitation Ă  entrer dans l’espace intime, Ă  partager l’emploi du temps, les habitudes et le rythme de la maisonnĂ©e. La maĂźtresse de Carnavalet reçoit peu, mais imagine une forme de vivre ensemble avec ses proches. Les prĂ©occupations liĂ©es Ă  la mĂ©decine et Ă  la spiritualitĂ© reviennent sans cesse dans ses Ă©changes. La quĂȘte des remĂšdes aux maux du corps va de pair avec celle du salut : « La vie d’un homme est peu de choses ; cela est bientĂŽt fait. » En mai 1694, l’épistoliĂšre rejoint sa fille au chĂąteau de Grignan, en Provence. C’est lĂ  qu’elle dĂ©cĂšde, le 17 avril 1696.

« La Carnavalette »
Fin octobre 1677, Madame de SĂ©vignĂ© est locataire du vaste hĂŽtel de Carnavalet, qu’elle surnomme affectueusement « La Carnavalette ». La dĂ©pense est partagĂ©e par tous les occupants, dont son oncle, l’abbĂ© de Coulanges, son fils Charles ou les Grignan lors de leurs sĂ©jours Ă  Paris. Soucieuse de mĂ©nager un Ă©quilibre entre la vie en communautĂ© et son besoin d’indĂ©pendance, la maĂźtresse de maison adopte la devise rabelaisienne : « Fais ce que voudras. » Le rituel du cafĂ©, les repas, les jeux de sociĂ©tĂ© alternent avec des moments de solitude rĂ©servĂ©s Ă  la lecture, Ă  l’écriture et au recueillement : « Il faut avoir des heures Ă  soi. » L’inventaire aprĂšs-dĂ©cĂšs, qui a Ă©tĂ© conservĂ©, permet de proposer ici une Ă©vocation de son environnement quotidien.

Madame de Sévigné médecin malgré elle
Madame de SĂ©vignĂ© n’est pas loin d’ĂȘtre aussi « impie en mĂ©decine » que Dom Juan, selon le bon mot de son valet Sganarelle dans la comĂ©die de MoliĂšre. Elle consulte beaucoup, se soumet Ă  des traitements violents, comme la saignĂ©e, mais se soigne la plupart du temps Ă  sa guise. Sa prĂ©fĂ©rence va souvent aux empiriques et aux guĂ©risseurs et, cĂ©dant au goĂ»t du jour, elle vante les bienfaits du « baume tranquille » et de « l’eau de la reine de Hongrie ». InquiĂšte pour la santĂ© fragile de sa fille, l’épistoliĂšre lui transmet les ordonnances de Fagon ou de Duchesne, mĂ©decins rĂ©putĂ©s de la capitale, s’intĂ©ressant de prĂšs Ă  « ce qui touche cette science qui nous est si nĂ©cessaire ».

Le Paris qui prie
Processions de rue, sermons qui attirent les foules, oraisons funĂšbres somptueuses : la religion se donne en spectacle dans le Paris de Madame de SĂ©vignĂ©. Les lettres font de la prĂ©dication d’apparat le lieu d’une expĂ©rience autant spirituelle qu’esthĂ©tique, ainsi qu’un rendez-vous de la vie mondaine. Chez celle qui se qualifie de « petite dĂ©vote qui ne vaut guĂšre », la prĂ©occupation du salut se traduit par de frĂ©quentes rĂ©flexions et rĂ©solutions. Proche des jansĂ©nistes de Port-Royal, grande lectrice de Blaise Pascal et de Pierre Nicole, elle est trĂšs influencĂ©e par la pensĂ©e de saint Augustin. Adepte d’une religion introspective, l’épistoliĂšre est une « solitaire » Ă  sa façon.