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“Adya & Otto van Rees” Au cœur des avant-gardes, au Musée de Montmartre – Jardins Renoir, du 20 mars au 13 septembre 2026

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“Adya & Otto van Rees” Au cœur des avant-gardes

au Musée de Montmartre – Jardins Renoir, Paris

du 20 mars au 13 septembre 2026

Musée de Montmartre


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©Anne-Frédérique Fer, vernissage presse, le 18 mars 2025.

Texte Sylvain Silleran

Adya van Rees-Dutilh, Dieu avertit, 1929, broderie en laine, 190 x 234 cm. Textiel Museum, Tilburg, Pays-Bas © DR © Adagp, Paris, 2026.

Adya van Rees-Dutilh, Dieu avertit, 1929, broderie en laine, 190 x 234 cm. Textiel Museum, Tilburg, Pays-Bas © DR © Adagp, Paris, 2026.

Otto van Rees, Adya de profil, fin 1905-1906, huile sur toile.Coll. part. © Adagp, Paris 2026.

Otto van Rees, Adya de profil, fin 1905-1906, huile sur toile.Coll. part. © Adagp, Paris 2026.

Otto van Rees, Adya brodant à Anzio, 1906, huile marouflée sur carton, 28 x 23,5 cm.Collection particulière, Ph. Han Westering / fondation Van Rees © ADAGP, Paris, 2026.

Otto van Rees, Adya brodant à Anzio, 1906, huile marouflée sur carton, 28 x 23,5 cm.Collection particulière, Ph. Han Westering / fondation Van Rees © ADAGP, Paris, 2026.

Adya van Rees-Dutilh, Otto de profil, 1905-1906, huile sur toile. Coll. part. © Adagp, Paris 2026.

Adya van Rees-Dutilh, Otto de profil, 1905-1906, huile sur toile. Coll. part. © Adagp, Paris 2026.

Adya & Otto Van Rees – au cœur des avant-gardes
Musée de Montmartre

La peinture d’Adya et d’Otto Van Rees c’est d’abord l’histoire d’un couple, d’une famille. Le destin de deux artistes toujours liés malgré les séparations et les drames, tant ceux de l’histoire que les terribles épreuves familiales qu’ils traversèrent. Tout commence par des portraits, deux portraits au crayon: un portrait d’Otto et un autoportrait d’Adya. On y voit deux jeunes gens aux traits à la fois tendres et déterminés, encore moelleux de leur jeunesse, mais au regard brûlant d’ambition, de profondeur. A travers le portrait, c’est tous les courants de la peinture qu’ils explorent, des profils comme des icônes, du classicisme qu’on apprend dans les académies jusqu’à la révolution de l’impressionnisme.

Adya et Otto puisent dans cet impressionnisme, chez Van Gogh, Signac, de quoi peindre des toiles scintillantes sous le soleil d’été italien, des robustes paysannes au labeur, des champs de blés vibrants et prometteurs. Mais ils rentrent bien vite dans la chaleur du foyer, bouleverser les représentations de l’intimité. Otto peint la maternité, Adya qui brode, qui lit, des scènes domestiques, Adya représente Otto peignant dans l’atelier. On entre dans la maison de la famille, jusque dans les coffres et les armoires avec un groupe de jouets de bois peints: un petit zoo, l’éléphant, le cheval, un papillon, des arbres et des maisons. Le quotidien dans sa banalité, l’ordinaire nourrissent une recherche picturale qui cherche à dépasser les limites.

Adya sujet éternel de son compagnon est plus qu’une muse, elle est un paysage, un terrain d’expériences, d’avant-gardes. De mère elle devient madone, le christianisme se mêle de la modernité avec sa conversion. Otto réalise une Mère à l’enfant qui se diffracte sous le prisme cubiste, tout en restant enraciné dans des arts populaires. Tout explose, se décompose pour se réassembler en figures abstraites, s’épurer jusqu’à n’être que quelques formes dans le rectangle d’une petite toile, des ocres rouges, des gris… Il y a chez les Van Rees les vertiges de l’avant-garde, cette baigneuse stylisée qui annonce Nicolas de Stael, et pourtant il restent attachés à une candeur, les pieds sur terre dans l’incarné, la matière humaine.

Le couple s’inspire de tout, absorbe tous les courants. Matisse et Gauguin leurs soufflent un Adam et Eve qu’ils font rencontrer la simplicité et à la tendresse, la joie du folklore. Otto avance encore, en témoigne l’élégance raffinée de son Nu sous un parasol. Adya lisant sur le divan tutoie Klee, un autre portrait évoque le chic effervescent de Van Dongen. Ils plongent dans l’expérience Dada, le renversement de l’ordre bourgeois établi, l’absurde pour exorciser les épreuves, la guerre et la perte d’un enfant. Une petite Madone brodée en fils de soie rassure comme une talisman, toute futuriste et géométrique de ses angles droits zigzaguants. Une chaise avec des poireaux et un panier de légumes tourne la misère en ironie, alors que les difficultés les font parfois peindre pour un panier de victuailles.

Le retour à la figuration nous offre quelques natures mortes: un vase de dahlias pulpeux et veloutés, des tables encombrées d’objets. On s’y sent comme chez soi, dans un appartement habité, un petit désordre de rouleaux de papier, avec une tasse, un petit dessin de cerf posé contre une bouteille. Adya, de dos, peint une de ces natures mortes dans l’atelier mansardé. Il faut peindre, encore, et si il n’y a personne, si il ne reste que le silence, il y a au milieu de l’atelier un chien endormi, ses ronflements répondant à celui du poële.


Sylvain Silleran


Extrait du communiqué de presse :

Commissariat :
Irène Lesparre, historienne de l’art, Fondation van Rees
Alice S. Legé, Ph.D., responsable de la conservation, musée de Montmartre


Le musée de Montmartre a l’honneur de présenter, pour la première fois en France, une exposition rétrospective consacrée à Otto et Adya van Rees, figures majeures mais encore méconnues de l’avant-garde européenne du XXe siècle.

À travers un parcours chronologique, l’exposition met en lumière la richesse, la modernité et l’évolution de leurs oeuvres tout en analysant les influences croisées et le dialogue artistique fécond qui ont nourri leurs recherches. Elle est par ailleurs l’occasion de suivre l’itinéraire de vie d’Otto et d’Adya : celle d’un homme et d’une femme qui se sont aimés, celle de deux artistes qui se sont dévoués à l’art et dont le quotidien intime vient s’entrelacer, nourrir et habiter leur travail créatif, comme la naissance de leurs trois enfants ou la tragédie familiale qui les éprouve.

Originaires des Pays-Bas où ils se rencontrent, Otto van Rees (1884-1957) et Adya van Rees-Dutilh (1876-1959) s’installent à Montmartre, au Bateau-Lavoir, dès 1904. Ils y fréquentent Georges Braque, Kees van Dongen, Piet Mondrian et Pablo Picasso, au contact desquels s’élaborent les fondements de la modernité.

Leur trajectoire témoigne d’une recherche plastique ouverte et résolument internationale – comme en témoignent leur présence et contribution commune à la naissance du mouvement Dada à Zurich, celle d’Otto à la fondation du groupe Cercle et Carré, ainsi que leurs nombreux déplacements en Europe. Leur démarche révèle une grande liberté formelle, inscrite au coeur des avant-gardes européennes.

À travers une centaine d’oeuvres issues de collections publiques et privées françaises, suisses et néerlandaises – peintures, arts graphiques, broderies, sculptures, projets d’arts décoratifs et créations familiales plus intimes – l’exposition suit l’itinéraire de vie du couple et retrace l’évolution de leurs parcours artistiques respectifs, du divisionnisme au cubisme en passant par le cloisonnisme, jusqu’aux formes les plus abouties de l’abstraction.

Offrant une découverte majeure de leurs oeuvres, trop longtemps restés dans l’ombre, cette exposition a vocation à réhabiliter la contribution audacieuse et expérimentale d’Otto et Adya van Rees, et met en lumière la place qu’ils occupent chacun dans l’histoire de l’art moderne.

Deux trajectoires singulières au coeur de l’avant-garde
Née à Rotterdam en 1876, Adya van Rees-Dutilh grandit dans l’aisance d’une famille de la grande bourgeoisie attachée aux valeurs de propriété et de respectabilité. Elle fréquente à Bruxelles l’académie du peintre Ernest Blanc-Garin, l’une des rares institutions alors réservées aux femmes, où elle reçoit une formation artistique venant enrichir et valoriser l’éducation dispensée à une jeune fille de bonne société. Portée par sa sensibilité et approfondissant ses connaissances en autodidacte, elle élabore une oeuvre profondément originale, conjuguant peinture, dessin et arts appliqués.
Pionnière des arts textiles au sein de l’avant-garde, Adya renouvelle le langage de la broderie en y intégrant les principes de l’abstraction et du rythme, et expérimente par ailleurs le collage, qui vient également inspirer ses « travaux d’aiguille ». Elle contribue ainsi à faire entrer les arts textiles dans le champ de l’art moderne, en leur conférant un statut expérimental et conceptuel inédit.
À Paris, son oeuvre connait un écho notable en mars 1914, lorsque Guillaume Apollinaire salue la qualité de ses broderies au Salon des artistes indépendants, aux côtés d’oeuvres de Marc Chagall et Alexandre Archipenko. Parmi ces pièces audacieuses, la broderie Le Transsibérien provoque un tel émoi que cette oeuvre est attaquée au couteau par un visiteur — épisode révélateur de la force subversive de son travail.
Né en 1884 à Fribourg, Otto van Rees est issu d’une lignée de professeurs d’Université. Il grandit à Amsterdam dans un environnement où le savoir, l’engagement intellectuel et la sensibilité sociale occupent une place centrale. Très tôt encouragé à développer ses talents artistiques, il bénéficie des conseils de son père et de son cercle d’amis artistes, dont Jan Toorop. Sa peinture évolue progressivement du réalisme et du divisionnisme vers le cloisonnisme puis le cubisme, avant d’explorer l’abstraction à travers des compositions dynamiques et vibrantes de couleur.
Le couple participe activement au mouvement Dada, né à Zurich pendant la Première Guerre mondiale, qui bouleverse les conventions artistiques et les codes de la société bourgeoise. Ils y développent une pratique du collage et de l’expérimentation formelle, fidèle à l’esprit provocateur du mouvement.
En parallèle des expérimentations formelles qui jalonnent leurs oeuvres et leurs carrières, Otto et Adya développent tous deux une production figurative – paysages, natures mortes et portraits – qui prend notamment corps dans le cadre du « retour à l’ordre » des années suivant la Première Guerre mondiale, et se confirme à nouveau pendant la période de grande pauvreté qu’ils traversent entre 1939 et 1945.

Mobilité, réseaux et échanges internationaux
Leur existence se déroule au rythme des déplacements et des rencontres multiples. Leur maison de Fleury-en-Bière devient un lieu d’échanges intellectuels et artistiques, ouvert aux créateurs de toutes disciplines : van Dongen, Freundlich, Cendrars ou Chagall y séjournent régulièrement.
Le milieu artistique et international dans lequel le couple évolue contribue au rayonnement de leur oeuvre. Cette capacité à se réinventer, à refuser les catégories et à brouiller les frontières stylistiques suscite souvent l’incompréhension de la critique mais inspire profondément leurs contemporains.

Le parcours de l’exposition
Structuré de manière chronologique, le parcours de l’exposition permet d’appréhender conjointement l’évolution artistique du couple et les événements de leur vie personnelle, qui viennent nourrir leurs créations.
La première section revient sur les années de jeunesse des artistes : celles de leur rencontre — amoureuse, spirituelle et artistique — et celles de leur installation au Bateau-Lavoir en 1904, de leurs séjours à Fleury-en-Bière et de leur voyage en Italie en 1905-1906.
Le parcours se poursuit en mettant en lumière les pistes multiples explorées par les artistes au sein de l’avant-garde : un cloisonnisme qu’Adya qualifie de « peinture plate », des recherches figuratives ancrées dans le cubisme, des premiers élans vers l’abstraction (1909-1913). Une salle explore la sphère de l’intime : la famille comme source d’inspiration, la maternité comme représentation du miracle de la vie, les expérimentations d’Adya dans la création de jouets.
Une section centrale souligne la pluralité de l’oeuvre du couple et leur engagement dans divers cercles artistiques, parmi lesquels l’École de Paris (1905-1929), Dada (1915) et Cercle et Carré (1929-1930). Une attention particulière est accordée aux broderiesd’Adya et aux collages d’Otto, dont la réception critique, souvent complexe et ambivalente, révèle les résistances suscitées par l’hybridation des médiums.
Les années 1920 débutent par un drame. En 1919, un grave accident de train blesse le couple et leurs trois enfants. L’aînée, Aditya, succombe à ses blessures. Ces épreuves personnelles s’accompagnent de nouvelles recherches formelles, en accord avec le « retour à l’ordre » théorisé par Jean Cocteau. Un expressionnisme à la force narrative singulière dépeint le cadre de vie du couple et explore les genres du paysage, du portrait et de la nature morte.
Si la méconnaissance de l’oeuvre d’Adya s’explique en grande partie par la domination masculine du marché de l’art, qui a largement influencé les avis critiques à l’époque,la biographie du couple restitue le portrait d’une femme libre, émancipée et indépendante. Le parcours se conclut ainsi par une célébration de la force créatrice d’Adya : aux côtésde projets préparatoires d’oeuvres textiles, inspirées par Otto Freundlich ou commandéspar Paul Poiret, l’immense broderie d’Adya, Dieu avertit, est mise en dialogue avec les peintures d’Otto, qui s’inspire de cette oeuvre monumentale pour l’une de ses natures mortes et qui la représente « à l’oeuvre » tout au long de leur vie commune. S’achevant avec ce regard croisé sur leurs créations, l’exposition rend hommage au couple d’artistes que forment Otto et Adya van Rees, et dont les parcours de vie et de création, intiment entrelacés, jaillissent enfin à la lumière.