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🔊 “Transparences liquides” au Centre Photographique d’Île-de-France, du 25 janvier au 22 mai 2026

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“Transparences liquides”
Anne-Camille Allueva, Matan Mittwoch, Laure Tiberghien, Emmanuel Van der Auwera

au Centre Photographique d’Île-de-France, Pontault-Combault

du 25 janvier au 22 mai 2026

Centre Photographique d’ĂŽle-de-France


Entretien avec Nathalie Giraudeau, directrice du Centre Photographique d’Île-de-France, et Francesco Biasi, chargé de coordination artistique et de projet au Centre Photographique d’Île-de-France, commissaires de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Pontault-Combault, le 20 janvier 2026, durée 25’36, © FranceFineArt.

PODCAST –  Entretien avec
Nathalie Giraudeau,
directrice du Centre Photographique d’ĂŽle-de-France,
et Francesco Biasi,
chargĂ© de coordination artistique et de projet au Centre Photographique d’ĂŽle-de-France, commissaires de l’exposition,


par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Pontault-Combault, le 20 janvier 2026, durĂ©e 25’36,
© FranceFineArt.


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©Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, visite de l’exposition en finalisation d’accrochage avec Nathalie Giraudeau et Francesco Biasi, 20 janvier 2026.


Extrait du communiqué de presse :


Emmanuel Van der Auwera, Videosculpture XXVIII, 2023, écrans LCD, filtre polarisant, Raspberry Pi, métal, câbles, vidéo HD, 250 x 190 x 140 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Harlan Levey Projects (Bruxelles).

Emmanuel Van der Auwera, Videosculpture XXVIII, 2023, écrans LCD, filtre polarisant, Raspberry Pi, métal, câbles, vidéo HD, 250 x 190 x 140 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Harlan Levey Projects (Bruxelles).

Matan Mittwoch, Photosynthesis, 2013-2014, appareil photo Hasselblad, modifié, 29 x 20,5 x 13 cm, courtesy de l’artiste.

Matan Mittwoch, Photosynthesis, 2013-2014, appareil photo Hasselblad, modifié, 29 x 20,5 x 13 cm, courtesy de l’artiste.

Laure Tiberghien, Moon III, 2025, tirage chromogène unique, 127 x 100 cm, © Adagp, Paris, 2025, courtesy de l’artiste.

Laure Tiberghien, Moon III, 2025, tirage chromogène unique, 127 x 100 cm, © Adagp, Paris, 2025, courtesy de l’artiste.

Emmanuel Van der Auwera, Memento 59 (Capitol Black), 2025, tirage sur plaques offset ayant servi à l’impression de journaux, 132 x 288 x 3 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Harlan Levey Projects (Bruxelles)

Emmanuel Van der Auwera, Memento 59 (Capitol Black), 2025, tirage sur plaques offset ayant servi à l’impression de journaux, 132 x 288 x 3 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Harlan Levey Projects (Bruxelles)

Commissariat :
Francesco Biasi, chargé de coordination artistique et de projet au Centre Photographique d’Île-de-France
Nathalie Giraudeau, directrice du Centre Photographique d’Île-de-France



L’exposition collective Transparences liquides interroge les conditions actuelles de notre perception visuelle : la durée, l’espace, l’attention, ainsi que l’inépuisable diversité des filtres – culturels, sociaux ou technologiques – qui la modulent. Sensibles à l’agentivité des visiteur·euses, les démarches présentées ravivent la réflexion autour de ces enjeux, en déplaçant subtilement les modalités du voir. En explorant les régimes contemporains de production et de diffusion des images, elles mettent en lumière la manière dont celles-ci configurent notre regard autant que nos structures de pensée.

Transparences liquides réunit des images fixes et en mouvement qui se dévoilent graduellement, posant la question du temps nécessaire au regard. Riches en détails et en nuances, parfois épurées et néanmoins énigmatiques, les oeuvres présentées posent chacune, à leur manière, les conditions d’une expérience perceptive susceptible de nous rendre davantage conscient·es de l’acte même d’observer. Dans cette perspective, elles problématisent notre (in)attention face aux flux médiatiques contemporains 1.

Entendue comme un geste incarné, ancré dans un espace-temps précis, la vision se trouve au coeur de l’ensemble des démarches présentées, qui abordent cependant des thèmes multiples. Ainsi, Laure Tiberghien explore l’apparition d’un motif selon un protocole qui accorde une importance centrale au mouvement du corps et aux gestes réalisés en laboratoire photographique, dans une négociation constante avec la chimie, la lumière et le temps. Anne Camille-Allueva propose des oeuvres qui mettent l’accent sur la perception comme action d’un corps en déplacement, à la recherche d’un point de vue : l’image advient alors moins comme un signe définitivement fixé que comme un phénomène situé et transitoire. Matan Mittwoch convoque pour sa part les dispositifs optiques de notre époque, et notamment l’écran, afin d’en révéler l’ambiguité fondamentale entre éclairage et aveuglement, clarté et opacité. Enfin, Emmanuel Van der Auwera interroge la circulation et la manipulation de l’information en déconstruisant les supports de diffusion des images, mettant en lumière leur caractère potentiellement trompeur.

Politiques, formelles ou conceptuelles, les démarches se rejoignent dans les questions que l’écran suscite, à la fois en tant qu’objet matériel et espace de pensée. Il est tour à tour envisagé comme un outil familier du quotidien – tablette, ordinateur ou téléviseur – ; comme une surface qui retient, diffracte ou laisse filtrer la lumière, à la manière d’un voile ou d’une plaque de verre ; ou encore comme un paradigme critique mettant en lumière la complexité – et la nature feuilletée – de notre rapport au réel, jamais totalement transparent ni figé, mais mouvant, fluide, en constante reformulation.

Si les liens entre questionnements phénoménologiques – autour d’une relation sensible au monde – et création artistique se sont particulièrement affirmés à partir des années 1960, notamment sur la scène étasunienne, ils perdurent aujourd’hui et se renouvellent 2. Témoignant de l’actualité de ces recherches, les démarches rassemblées prennent en compte les spécificités de la production photographique contemporaine et, plus largement, des modalités actuelles de production et diffusion des images techniques – photographie, vidéo, images générées par ordinateur … –, qui conditionnent notre regard autant que notre pensée.


1 L’inattention peut être envisagée comme un geste – volontaire ou inconscient – de protection, voire de résistance, ainsi que le suggèrent par exemple F. Berardi, J. Crary ou S. Frosh.
2 Les liens entre le développement de l’installation et la réflexion phénoménologique de M. Merleau-Ponty ont, par exemple, été documentés à propos de R. Morris, B. Nauman et, indirectement, A. Kaprow. Ces questionnements sont aujourd’hui prolongés par des artites de référence, comme notamment Olafur Eliasson ou Liz Deschenes.


Les Artistes



Anne-Camille Allueva est née en 1984, elle vit et travaille à Paris.
Elle est représentée par la galerie Bigaignon (Paris).
https://www.annecamilleallueva.com/

La plupart des images que nous voyons aujourd’hui sont rĂ©troĂ©clairĂ©es, calculĂ©es, actualisables. Pour accĂ©der Ă  cet environnement iconographique diffus, nous faisons appel Ă  un système d’interfaces qui s’est durablement installĂ© dans notre quotidien : les Ă©crans. Nous interagissons avec ces surfaces en permanence. Cette familiaritĂ© entraĂ®ne une normalisation qui nous pousse – comme le rappelle M. Carbone – Ă  oublier la mĂ©diation qu’elles imposent, ainsi que le rĂ´le dĂ©cisif que celles-ci, et les images qu’elles abritent, jouent dans la formation de notre regard. C’est prĂ©cisĂ©ment Ă  partir de ces enjeux qu’Anne-Camille Allueva dĂ©veloppe une dĂ©marche fondĂ©e sur un geste en apparence simple : isoler l’une des strates de l’écran – le filtre polarisant – afin d’en rĂ©vĂ©ler la fonction dans la construction du visible. En continuitĂ© avec sa pratique d’atelier, qui s’appuie sur la manipulation de matĂ©riaux, la recherche de points de vue, et l’exploration des effets de distorsion de la lumière, ses oeuvres invitent Ă  une expĂ©rience rĂ©solument incarnĂ©e au sein de l’espace d’exposition. Face Ă  ses sculptures associant filtres polarisants et sources lumineuses, le·la visiteur·euse est naturellement incité·e Ă  se dĂ©placer, dĂ©couvrant des volumes instables, en perpĂ©tuelle modulation, ainsi que de subtiles variations de surface et de luminositĂ©. Iel fait ainsi l’expĂ©rience d’une image mouvante, relationnelle, qui se reconfigure au grĂ© de ses dĂ©placements. SpĂ©cialement rĂ©alisĂ©es pour Transparences liquides, les Ĺ“uvres prĂ©sentĂ©es cherchent Ă  susciter une prise de conscience de sa propre posture – corporelle autant qu’intellectuelle – face aux Ă©crans et aux rĂ©gimes de reprĂ©sentation qu’ils instaurent. Anne-Camille Allueva propose ainsi une image-Ă©cran archĂ©typale, qui rend perceptible la mĂ©diation intrinsèquement liĂ©e Ă  notre expĂ©rience du monde, et dont cet opĂ©rateur du regard constitue aujourd’hui la figure la plus emblĂ©matique.

Matan Mittwoch est né en 1982, il vit et travaille à Paris.
https://dvirgallery.com/artists/52-matan-mittwoch/

Matan Mittwoch dĂ©veloppe une pratique qui croise geste et pensĂ©e, faisant surgir des analogies entre la vision comme phĂ©nomène optique et la vision comme processus cognitif. Pour cette exposition, il prĂ©sente des oeuvres qui examinent, non sans ironie, le paradoxe de l’émission lumineuse : source d’information autant que facteur d’aveuglement. Il y est question d’un regard frustrĂ©, attirĂ© par la lumière – celle d’un Ă©cran, peut-ĂŞtre – comme en quĂŞte de rĂ©ponses, mais qui se voit immanquablement refuser toute possibilitĂ© de comprĂ©hension. Parmi les pièces prĂ©sentĂ©es, TELE (2025), production inĂ©dite, se rĂ©vèle particulièrement emblĂ©matique. Devant ce tirage de très grand format, les visiteur·euse·s sont plongé·e·s dans l’abĂ®me de la lumière. L’image pourrait se lire comme une mĂ©taphore de la surcharge informationnelle et de ses effets sur notre capacitĂ© Ă  nous orienter dans les mĂ©andres du rĂ©el. Sur le plan cognitif, la tunnel vision – phĂ©nomène auquel l’oeuvre fait rĂ©fĂ©rence – dĂ©signe la tendance Ă  se focaliser sur une seule perspective, un seul rĂ©cit ou une seule source d’information, au dĂ©triment des points de vue alternatifs et des contextes plus larges. Ă€ travers cette oeuvre, Matan Mittwoch met en scène le paradoxe de l’éblouissement : celui d’une lumière qui Ă©claire tout en troublant la perception, rĂ©trĂ©cissant le champ de vision plutĂ´t que de l’élargir. MobilisĂ©e depuis longtemps comme figure de la connaissance libĂ©ratrice, et plus rĂ©cemment assimilĂ©e Ă  un vecteur d’informations – Ă  travers les Ă©crans de nos tĂ©lĂ©visions, ordinateurs ou tĂ©lĂ©phones – la lumière peut aussi nous aveugler, au sens propre comme au figurĂ©. La faible profondeur de champ choisie par l’artiste fait Ă©merger la rugositĂ© de la surface intĂ©rieure du tunnel, un tube en carton du type de ceux utilisĂ©s pour enrouler le papier photographique. Une crĂŞte s’y dessine, semblable Ă  une cicatrice, Ă©voquant symboliquement la blessure que la tunnel vision inflige Ă  notre perception du monde. TELE prend pour point de dĂ©part conceptuel Sun Tunnels de Nancy Holt (1973-76), constituĂ©e de quatre grands cylindres en bĂ©ton installĂ©s dans le dĂ©sert de l’Utah. AnimĂ©e par des prĂ©occupations phĂ©nomĂ©nologiques, Holt proposait une expĂ©rience situĂ©e, fondĂ©e sur l’alignement entre le corps, l’horizon et le soleil levant ou couchant, inscrivant cet agencement dans un ordre cosmique. Ici, cependant, un tel alignement devient impossible : l’horizon, point de repère par excellence, est oblitĂ©rĂ© au sein d’une image qui met en abyme l’acte mĂŞme de regarder.

Laure Tiberghien est née en 1992, elle vit et travaille à Paris.
https://lauretiberghien.com

Laure Tiberghien rĂ©alise des tirages uniques qui ne renvoient Ă  aucun rĂ©fĂ©rent identifiable. Sans avoir recours Ă  l’appareil photographique, elle exploite les propriĂ©tĂ©s du papier photosensible, ses interactions avec la lumière et la chimie photographique, tout en laissant une part au hasard susceptible d’inflĂ©chir le processus. Si ses tirages renoncent Ă  tout mimĂ©tisme, ils conservent nĂ©anmoins la trace du geste de l’artiste. Dans l’obscuritĂ© du laboratoire, elle intervient sur le papier Ă  l’aide de ce qu’elle appelle des « matrices », des objets qu’elle crĂ©e elle-mĂŞme et qu’elle utilise pour moduler, filtrer ou distordre la lumière. Cette recherche est ainsi indissociable du corps agissant, qui Ă©tudie et perfectionne des sĂ©quences de mouvements, des chorĂ©graphies aboutissant Ă  l’apparition de formes et de couleurs. Parmi ces oeuvres, conçues selon des protocoles diffĂ©rents, Moon I, Moon II et Moon III (2025) sont trois tirages de grand format qui, Ă  première vue, proposent des camaĂŻeux de verts. Pour ces pièces, l’artiste a multipliĂ© les gestes : d’une part, elle a façonnĂ© la lumière en travaillant avec ses Pierres de lune (2025) – des sphères en verre soufflĂ© qu’elle a elle-mĂŞme rĂ©alisĂ©es -; d’autre part, elle est intervenue sur le dĂ©veloppement du papier photographique pour obtenir des dĂ©marcations nettes entre diffĂ©rentes zones du tirage. En prenant son temps face Ă  l’oeuvre, le·la visiteur·euse fait l’expĂ©rience d’une adaptation perceptive lui permettant de saisir, au fil des secondes, des nuances de plus en plus fines. Les trois pièces, Ă  la fois formellement proches et nĂ©anmoins distinctes, rĂ©vèlent alors une profondeur suggĂ©rĂ©e par la couleur et les clairs-obscurs, des « strates » – comme les qualifie l’artiste –, qui Ă©voquent par ailleurs les couches du papier photographique. De mĂŞme, en s’approchant de la surface des tirages, il est possible de dĂ©couvrir des dĂ©tails jusque-lĂ  imperceptibles, qui en renouvellent encore la lecture. Laure Tiberghien invite ainsi Ă  une apprĂ©hension longue, attentive, d’images qui enveloppent et, en mĂŞme temps, offrent une multitude de micro-Ă©vĂ©nements perceptifs. Reposant sur l’épaisseur de l’expĂ©rience sensible, son travail propose un contrepoint mĂ©ditatif Ă  nos habitudes visuelles, marquĂ©es par la rapiditĂ© et l’accumulation iconographique. Mis en dialogue avec le vocabulaire figuratif d’une partie des oeuvres prĂ©sentĂ©es, il rappelle Ă©galement que l’image photographique – malgrĂ© son usage comme outil d’attestation – demeure une construction, et que sa prĂ©tendue transparence n’est qu’illusoire.

Emmanuel Van der Auwera est né en 1982, il vit et travaille à Bruxelles.
Il est représenté par la galerie Harlan Levey Projects (Bruxelles).
https://hl-projects.com/artists/29-emmanuel-van-der-auwera/

Ă€ travers ses tirages et ses dispositifs en volume, Emmanuel Van der Auwera interroge la fabrication et la circulation de l’information Ă  l’ère de la post-vĂ©ritĂ©, une pĂ©riode oĂą la polarisation antagonique des rĂ©cits s’accentue et oĂą l’opinion publique se laisse plus facilement gouverner par l’émotion et les croyances. Le dĂ©clin des grands mĂ©dias de rĂ©fĂ©rence – tels que les journaux – et la fragmentation du panorama mĂ©diatique constituent autant de terrains d’enquĂŞte que l’artiste explore en articulant, de manière sensible et analogique, support et image, matĂ©rialitĂ© et reprĂ©sentation. Dans Memento 59 (Capitol Black) et Videosculpture XXVIII, c’est la reprĂ©sentation de l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021, qui – en Ă©cho au basculement des rĂ©gimes de vĂ©ritĂ© qu’il symbolise – se trouve mise Ă  mal par les procĂ©dĂ©s employĂ©s. Des plaques offset, utilisĂ©es pour l’impression des journaux, accueillent ici l’image d’une foule brandissant un drapeau amĂ©ricain ; parallèlement, une sĂ©quence vidĂ©o des mĂŞmes Ă©vĂ©nements est diffusĂ©e Ă  travers une sculpture composĂ©e d’écrans dont l’artiste a arrachĂ© les filtres polarisants. Dans les deux cas, l’image ne se livre plus d’emblĂ©e : elle exige un temps d’observation prolongĂ©. En intervenant directement sur leurs supports de production et de diffusion, l’artiste met au jour la nature construite, manipulable et faussement transparente des images. Pour cette exposition, Emmanuel Van der Auwera prĂ©sente Ă©galement plusieurs oeuvres rĂ©centes (2025) qui prolongent ces questionnements, en intĂ©grant cette fois l’influence des algorithmes de gĂ©nĂ©ration d’images sur l’élaboration de contre-vĂ©ritĂ©s et sur la fragilisation du standard photorĂ©aliste comme gage de vĂ©ritĂ©.