“Leonora Carrington” au Musée du Luxembourg, du 18 février au 10 juillet 2026
“Leonora Carrington”
au Musée du Luxembourg, Paris
du 18 février au 10 juillet 2026
Texte Sylvain Silleran

Leonora Carrington, Le Bon Roi Dagobert (Elk Horn), 1948. Huile sur toile, 90 x 60 cm. Collectión D.T.O.. © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris. © Collectión D.T.O.
![Kati Horna, Retrato de Leonora Carrington [Portrait de Leonora Carrington],1947. Photographie argentique, 25 x 20 cm. Archivo Fotográfico Kati y José Horna. © Estate of Kati Horna, Mexico. © Archivo Fotografico Kati y José Horna.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3691_Leonora-Carrington_2.jpg)
Kati Horna, Retrato de Leonora Carrington [Portrait de Leonora Carrington],1947. Photographie argentique, 25 x 20 cm. Archivo Fotográfico Kati y José Horna. © Estate of Kati Horna, Mexico. © Archivo Fotografico Kati y José Horna.
![Leonora Carrington, Sisters of the Moon, Lucienne [Soeurs de la lune, Lucienne], 1932. Aquarelle, graphite et encre sur papier, 26,5 x 18 cm. Collection privée. © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris.](https://im-francefineart.com/agenda/icono-3651-3800/3691_Leonora-Carrington_3.jpg)
Leonora Carrington, Sisters of the Moon, Lucienne [Soeurs de la lune, Lucienne], 1932. Aquarelle, graphite et encre sur papier, 26,5 x 18 cm. Collection privée. © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris.
Leonora Carrington
Musée du Luxembourg
Voici une expo qui se feuillette comme un album. Les œuvres de Leonora Carrington alternent avec ses photos de famille, des amis, des photos souvenir. Leonora enfant joue à la dînette et puis grandit, elle plonge dans un monde fantastique adolescent. La littérature, la poésie sont la base de tout un imaginaire et sont indissociables du dessin. Une série d’aquarelles, les Sœurs de la Lune raconte des histoires de magiciennes, de princesses et de leurs animaux familiers, chiens et chevaux. Un bestiaire fantastique peuplé de léopards, paons, pixies voletant autour des héroïnes en robes fabuleuses. Leonora puise autant dans Shakespeare que dans les contes, le folklore européen ancré dans nos lacs et nos forêts. Elle se rêve voyageuse, sorcière, musicienne, passe d’intérieurs à des grottes glacées, explore un Orient à l’eau de rose. Ce monde d’aventures et de liberté à la naïveté encore enfantine, rafraichissante sur les murs d’un musée, rappelle celui plus terrible d’Henri Darger.
Le conte est important, il est le cadre, le décor où tout se passe. Ici c’est celui de la Belle au Bois Dormant: la pointe du rouet et la narcose à laquelle il condamne la princesse est l’image miroir de l’enfermement psychiatrique que traversa Leonora Carrington. Le réveil et la renaissance permettent l’envol pour le voyage et la transformation de soi. Leonora Carrington intègre la famille des surréalistes: Max Ernst bien entendu avec lequel elle vivra, Peggy Guggenheim, Duchamp, Mondrian, Breton, Léger… elle partagera un moment leur exil à New York. Caballos (chevaux) montre de robustes chevaux, carrés, musculeux, copulant dans un paysage à la Dali, un désert montagneux hérissé de volcans. Il répond à la toile de Max Ernst la peignant fuyant l’institution carcérale psychiatrique qui a pris les traits d’un cheval monstrueux.
Son univers romanesque de lits à baldaquin sur lesquels planent les figures des amants, de lapins d’Alice, fous du roi, cheval à bascule est celui de chansons de troubadours, de folklore oral. Puis vient s’y mélanger le surréalisme, un monde symbolique magnétique, fascinant et inquiétant comme l’oracle d’un jeu de tarot. Au milieu de l’espace une porte peinte en vert. La double porte d’une armoire de la maison de Saint-Martin-d’Ardèche où elle vécut avec Mac Ernst est posée là comme une porte ouvrant sur une autre dimension, ornée de femmes à tête de cheval, nues en bottines. Heureux tableau vernaculaire, innocent et spontané. Le décor domestique devient porte de la perception par l’art de la scénographie. A travers elle, on entre dans des paysages italiens, des tableaux peints sur bois qui semblent plutôt grattés, dessinés en griffures blanches. Des silhouettes fantômatiques flottent, évoquant la peinture de la Renaissance, le Décaméron de Boccace au milieu de rosiers et de maisons toscanes. Un ami médecin, des amants et soi-même, ancien ou futur, les deux en même temps, peuplent les toiles. Un geste anodin, porter une cuiller à sa bouche peut avoir des conséquences incontrôlables, libérer esprits et souvenirs dangereux.
Rois et saints vivent périlleusement dans un monde de jeu de cartes prêt à s’effondrer. Les dames sont drapées dans des robes fines comme des coquilles d’œuf qui rappellent Bosch, au loin des villages enneigés à la Bruegel étouffent dans le silence hivernal. Un mélange d’animaux, bélier, dragon, poisson, lézard à plumes forme une bête sortie de son monde médiéval, une enluminure. Une Arche de Noé a des allures de Nef des Fous. Un prince joue avec une mappemonde en forme d’œuf, au sol sont tracés signes et symboles, carrelages de cauchemars, une cartographie mystérieuse entre géométrie et ésotérisme. Les personnages s’allongent comme des anguilles, ou se troublent et deviennent translucides, hésitant entre rêverie et cauchemar. Sur les tables des repas que l’on ne peut manger, dans les lits, des amants ne trouvant pas l’intimité, une cuisine peuplée d’apothicaires menaçants, c’est un étonnant monde de poésie et de chansons qui nous est offert par Leonora Carrington. Un monde d’histoires que l’on chuchote aux enfants au coin du feu. Eh bien, chuchotons.
Sylvain Silleran
Extrait du communiqué de presse :
Commissaires :
Tere Arcq, Historienne de l’art, spécialiste du surréalisme au Mexique, ancienne conservatrice en chef du Museo de Arte Moderno, Mexico et autrice de nombreuses expositions et publications sur les femmes surréalistes
Carlos Martín, Historien de l’art, spécialiste de l’art moderne et du surréalisme, ancien conservateur en chef de la Fundación Mapfre (Madrid)
Exposition co-organisée par le GrandPalaisRmn et MondoMostre
La vie et l’oeuvre de Leonora Carrington (1917 – 2011) sont marquées par ses voyages intérieurs et extérieurs, qui l’ont entraînée loin de son Lancashire natal et de ses ancêtres celtiques, à Florence, à Paris, dans le Sud de la France, en Espagne, à New York et au Mexique, sa dernière demeure, où elle est depuis longtemps considérée comme l’une des plus importantes artistes féminines, au même titre que Frida Kahlo et Remedios Varo.
Cette exposition, riche de 126 oeuvres, est la première d’importance consacrée uniquement à l’oeuvre de Carrington en Italie et en France et vise à la présenter comme une artiste totale ainsi qu’à mettre en lumière son univers artistique et intellectuel par le biais d’une présentation inédite de ses créations visionnaires diverses.
Figure culte au Mexique depuis les années 60, Leonora Carrington fait ces dernières années l’objet d’un regain d’intérêt en Europe et aux États-Unis. À la suite de la rétrospective coorganisée en 2018 par Tere Arcq à l’occasion de son centenaire, Leonora Carrington. Cuentos Mágicos, l’oeuvre de Carrington a été présentée dans des expositions qui proposaient de nouvelles lectures du surréalisme. Le travail de Carrington a ainsi été mis à l’honneur dans des expositions collectives, mais dans très peu d’expositions monographique, et jamais dans une exposition solo d’envergure en France.
L’approche curatoriale de l’exposition consiste à présenter Carrington comme une « Femme de Vitruve », une artiste qui représenterait un modèle en matière d’innovation et d’harmonie, en réponse à L’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci, symbole de la perfection et de l’Homme comme centre de l’univers à la Renaissance –oeuvre qui a peut-être inspiré à Carrington sa Carte de l’animal humain (Map of the Human Animal). Dans cette extraordinaire cartographie, foisonnante de métamorphoses et de références ésotériques et mythologiques, l’artiste, qui se décrivait elle-même comme un « animal-humainfemelle », nous montre une harmonie fondée sur la fusion alchimique de l’humain et de l’animal, du masculin et du féminin.
L’exposition adopte cette perspective initiale pour explorer la relation que l’artiste a entretenue toute sa vie durant avec l’Italie et la France, et qui constitue un point de départ éclairant l’ensemble de sa carrière : de sa découverte de l’art classique italien à Florence pendant son adolescence à sa fascination pour la Renaissance, en passant par ses origines celtiques et post-victoriennes, ou encore sa participation au surréalisme pendant son séjour en France. Parallèlement à ces aspects essentiels de sa vie, le projet s’articule ainsi autour de thèmes qui racontent l’itinéraire de Carrington en tant qu’artiste et voyageuse perpétuelle qui a passé son existence immergée dans d’autres dimensions, à la quête de la connaissance d’elle-même. Féministe et écologiste d’avant-garde, femme, mère, migrante, touchée par la maladie mentale, victime de la psychiatrie du XXème siècle et chercheuse spirituelle en constante évolution, Leonora Carrington laisse un héritage aussi extraordinaire que radical.
Ce projet a pour but de présenter les thèmes et centres d’intérêt principaux de Carrington en combinant des approches chronologiques et thématiques. Il s’appuie sur les recherches actuelles menées par les commissaires sur son oeuvre et sa biographie.


















