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🔊 “Annette en plus infiniment” à l’Institut Giacometti, Paris, du 11 juillet au 27 septembre 2023

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“Annette en plus infiniment”

à l’Institut Giacometti, Paris

du 11 juillet au 27 septembre 2023

Institut Giacometti


Interview de Thierry Pautot, AttachĂ© de conservation, Responsable des archives et de la recherche de la Fondation Giacometti, et commissaire de l'exposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 10 juillet 2023, durĂ©e 31’59, © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Thierry Pautot, AttachĂ© de conservation, Responsable des archives et de la recherche de la Fondation Giacometti, et commissaire de l’exposition,


par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 10 juillet 2023, durĂ©e 32’00,
© FranceFineArt.


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Annette en plus infiniment
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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 10 juillet 2023.
Alberto Giacometti, Petit buste d’Annette, c.1946. PlĂątre peint. Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Petit buste d’Annette, c.1946. PlĂątre peint. Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Annette, projet non retenu pour Alberto Giacometti de Jacques Dupin, c.1961. Crayon lithographique sur papier report 28,8 x 19,3 cm. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Annette, projet non retenu pour Alberto Giacometti de Jacques Dupin, c.1961. Crayon lithographique sur papier report 28,8 x 19,3 cm. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.

Extrait du communiqué de presse :

Alberto Giacometti, Buste d’Annette VII, 1962. PlĂątre 61,5 x 28,1 x 21,7 cm. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Buste d’Annette VII, 1962. PlĂątre 61,5 x 28,1 x 21,7 cm. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Annette debout, c.1954. Plùtre peint 48,4 x10,4 x 20,6 cm. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Annette debout, c.1954. PlĂątre peint 48,4 x10,4 x 20,6 cm. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Annette et Alberto dans l’atelier, 1951 Photographe : Alexander Liberman. © Archives Fondation Giacometti. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alexander Liberman, Annette et Alberto dans l’atelier, 1951 Photographe : Alexander Liberman. © Archives Fondation Giacometti. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Nu debout, 1961. Huile sur toile, 69 x 49,5 cm. Fondation Giacometti. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.
Alberto Giacometti, Nu debout, 1961. Huile sur toile, 69 x 49,5 cm. Fondation Giacometti. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023.

Commissaire : Thierry Pautot, Attaché de conservation, Responsable des archives et de la recherche de la Fondation Giacometti





La Fondation Giacometti célÚbre en 2023, un double anniversaire : le centenaire de la naissance de sa fondatrice, Annette Giacometti (1923
 1993) et les 20 ans de la crĂ©ation de la Fondation. IntitulĂ©e Annette en plus Infiniment, d’aprĂšs une note manuscrite d’Alberto Giacometti, cette expositionhommage est consacrĂ©e Ă  celle qui fut la complice et le modĂšle fĂ©minin de l’artiste de 1946 Ă  sa mort. HĂ©ritiĂšre de son mari, Annette Giacometti consacra les derniĂšres annĂ©es de sa vie Ă  la documentation, la conservation et la promotion du fonds dont elle hĂ©rita. ConservĂ©es par la Fondation Giacometti, ces oeuvres forment la plus grande collection de l’artiste Ă  l’échelle mondiale.


Cette exposition originale, qui montre pour la premiĂšre fois les diffĂ©rentes facettes de cette personnalitĂ© hors du commun, est basĂ©e sur un travail de recherches rĂ©alisĂ© dans les archives et la collection de la Fondation Giacometti. A travers une riche sĂ©lection de sculptures, peintures, dessins, estampes, photographies et archives, elle dĂ©montre le rĂŽle essentiel qu’Annette Giacometti tient dans l’oeuvre, dans la vie et dans la mĂ©moire de l’artiste. Elle rĂ©vĂšle aussi la mĂ©thode crĂ©ative trĂšs particuliĂšre de Giacometti qui, au long de leurs vingt ans de vie commune, revient indĂ©finiment sur les traits de son modĂšle au cours de sĂ©ances de poses quotidiennes d’une grande intensitĂ©.


Depuis les premiĂšres sculptures en plĂątre peint et les dessins rĂ©alisĂ©s avant leur mariage en 1949, l’exposition prĂ©sente l‘extrĂȘme variĂ©tĂ© des portraits sculptĂ©s, peints ou dessinĂ©s d’Annette. L’artiste la reprĂ©sente toujours dans les mĂȘmes poses, en buste, assise ou en pied, mais dans des styles trĂšs diffĂ©rents, depuis un rĂ©alisme parfois exacerbĂ© jusqu’à des formes au seuil de l’abstraction.



Un catalogue richement illustrĂ©, en Ă©dition bilingue français / anglais, coĂ©ditĂ© par la Fondation Giacometti, Paris, et FAGE Ă©ditions, Lyon, accompagne l’exposition.




Biographie – Annette Giacometti

Annette Giacometti est nĂ©e Annette Arm, en Suisse, le 28 octobre 1923. Fille d’instituteur, elle grandit dans la rĂ©gion de GenĂšve et fait des études de secrĂ©tariat. Elle travaille pour le service des rĂ©fugiĂ©s de la Croix-Rouge lorsqu’elle fait la connaissance d’Alberto Giacometti Ă  GenĂšve en 1943. Elle le rejoint à Paris en 1946. En 1949, Giacometti Ă©crit à sa mĂšre : « Je la connais depuis prĂšs de six ans dĂ©jĂ  (
) c’est la seule femme avec laquelle je peux vivre et qui me rend possible d’ĂȘtre complĂštement dans mon travail ». Le couple se marie le 19 juillet 1949.Libre, rĂ©solue et joyeuse, s’adaptant aux conditions de vie frugales du Montparnasse artistique et populaire, Annette ne cessera de poser pour son mari, pour qui elle devient insĂ©parable de l’oeuvre. De la rencontre de l’artiste et du modĂšle, le philosophe Jean Starobinski Ă©crivit : « Quand Ă  ses cĂŽtĂ©s apparut, Ă  GenĂšve, Annette, je me suis dit qu’elle Ă©tait attendue, une jeune femme qui se tient en face », qui regarde et parle et vit « de face », infiniment franche et infiniment rĂ©servĂ©e, dans une merveilleuse frontalitĂ©. On pourrait me reprocher de la dĂ©peindre ainsi Ă  partir de ce que j’ai vu plus tard : ses portraits par Alberto. Non.Telle Ă©tait sa prĂ©sence, antĂ©rieure au mouvement de l’art, qui ne prĂ©tendait que la fixer dans son apparition. » AprĂšs le dĂ©cĂšs de son mari en janvier 1966, et jusqu’à son propre dĂ©cĂšs le 19 septembre 1993, Annette Giacometti se consacra Ă  la promotion de son oeuvre ainsi qu’à la crĂ©ation de la Fondation Alberto et Annette Giacometti.


Parcours de l’exposition

Le parcours de l’exposition, tout Ă  la fois thĂ©matique et chronologique, prĂ©sente un ensemble d’oeuvres, sculptures, peintures et dessins ayant pour source d’inspiration Annette Giacometti. Cette exposition, pour la premiĂšre fois, rassemble notamment l’intĂ©gralitĂ© des bustes que le sculpteur rĂ©alise de son Ă©pouse au cours des annĂ©es 1960. Une riche sĂ©lection d’oeuvres et de documents d’archives (dont de nombreux inĂ©dits), prĂ©sentĂ©s dans le Cabinet d’art graphique, permettent d’évoquer l’intimitĂ© du couple, mais Ă©galement les amitiĂ©s d’Annette Giacometti, ainsi que le travail qu’elle rĂ©alisa sur l’oeuvre de son mari aprĂšs son dĂ©cĂšs. À partir de juillet 1946, date de son installation Ă  Paris, et jusqu’à la mort de Giacometti, Annette a Ă©tĂ© son principal modĂšle fĂ©minin. La quantitĂ© de sculptures, de tableaux, de dessins – que ce soit des portraits, des nus ou des Ă©tudes â€“ est comparable seulement avec ceux que l’artiste rĂ©alise de son frĂšre Diego.


Les bustes
RĂ©alisĂ© vers 1946, quelques mois aprĂšs le retour de l’artiste Ă  Paris, le premier buste connu reprĂ©sentant Annette a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© de mĂ©moire par Giacometti. Par ses dimensions rĂ©duites, cette oeuvre en plĂątre tĂ©moigne Ă  la fois de la rĂ©duction de ses sculptures, processus dĂ©butĂ© dĂšs la fin des annĂ©es 1930, mais aussi de son travail sur le socle. Avec ce rapport d’échelle, le sculpteur cherche Ă  reprĂ©senter l’espace au-dessus et autour du modĂšle. C’est ainsi qu’Annette nous apparaĂźt aussi proche que lointaine, inaccessible et vulnĂ©rable Ă  la fois. Le buste prĂ©sente Ă©galement la particularitĂ© d’ĂȘtre en partie peint, pratique courante chez l’artiste qui reprendra au pinceau nombre de ses sculptures pour mieux en visualiser certains dĂ©tails expressifs.Depuis ce premier portrait, les reprĂ©sentations d’Annette Ă©voluent au fil du temps et se transforment suivant l’état d’esprit de l’artiste, selon sa vision du moment. Au dĂ©but des annĂ©es 1960, Giacometti dĂ©multiplie les tentatives de saisir le visage toujours changeant d’Annette dans une sĂ©rie d’oeuvres. Entre 1961 et 1965, il exĂ©cute, dans un ultime hommage Ă  celle qui depuis son installation Ă  Paris, n’a cessĂ© de poser pour lui, une sĂ©rie de huit bustes (de celui rĂ©alisĂ© en 1961, ne reste aujourd’hui que la tĂȘte), dans lesquels l’artiste tente d’en capter par tous les moyens la « ressemblance ». « Eh bien ! d’une certaine maniĂšre, c’est plutĂŽt anormal de passer son temps, au lieu de vivre, Ă  essayer de copier une tĂȘte, d’immobiliser la mĂȘme personne [
] sur une chaise tous les soirs, d’essayer de la copier sans rĂ©ussir, et de continuer. [
] Et l’aventure, la grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour, dans le mĂȘme visage, c’est plus grand que tous les voyages autour du monde » (Alberto Giacometti, Entretien avec AndrĂ© Parinaud, 1962, dans Les Ecrits, Paris, 2008, p. 249)


Le nu féminin
Rares sont les artistes modernes Ă  ne pas s’ĂȘtre intĂ©ressĂ©s au genre du nu et Alberto Giacometti n’y fait pas exception. Le corps fĂ©minin est en effet particuliĂšrement prĂ©sent dans son oeuvre. La reprĂ©sentation de la silhouette fĂ©minine, en sculpture, en peinture ou en dessin, y est variĂ©e et connait une Ă©volution tout au long des nombreuses phases artistiques de l’artiste. À partir de 1949, date Ă  laquelle Annette pose pour un Nu peint, le premier rĂ©alisĂ© par Giacometti d’aprĂšs nature et non de mĂ©moire, toutes les peintures et les sculptures de nus que l’artiste exĂ©cute seront basĂ©es sur le corps de sa femme, souvent Ă  partir d’un mĂ©lange d’observations directes et de mĂ©moire. Toutes les figures fĂ©minines debout, peintes ou modelĂ©es adopteront la mĂȘme attitude : immobile, hiĂ©ratique, les bras serrĂ©s le long du corps, comme dans cette peinture d’Annette, rĂ©alisĂ©e en 1962 Ă  Stampa et dĂ©dicacĂ©e Ă  son Ă©pouse.


Les peintures
Annette pose pour la premiĂšre fois pour un tableau au cours de l’annĂ©e 1948. DĂšs 1949, son activitĂ© de modĂšle devient son activitĂ© principale, et elle posera quasi-quotidiennement pour son mari jusqu’à la mort de ce dernier. Dans ce portrait rĂ©alisĂ© au cours de l’annĂ©e 1962, Giacometti a presque entiĂšrement Ă©liminĂ© la couleur. Dans sa recherche incessante et tourmentĂ©e de la vĂ©ritĂ© et de l’essence des choses, l’artiste finit mĂȘme par dĂ©pouiller sa peinture jusqu’à l’os, en Ă©liminant progressivement divers Ă©lĂ©ments et en construisant l’espace, les volumes et les figures uniquement Ă  l’aide de lignes, principalement noires ou grises, car le dessin est toujours restĂ© un accompagnement essentiel de sa recherche artistique, dans laquelle sa prioritĂ© Ă©tait la structure de la figure, qu’il retraçait avec ses lignes et couvrait d’aurĂ©oles denses et sombres. Mais la captation du regard devient un autre aspect trĂšs important, et Giacometti utilise ici le mĂȘme traitement d’ombres denses pour les orbites d’Annette, peut-ĂȘtre comme une maniĂšre de communiquer la difficultĂ© de saisir l’essence de son regard.

Extrait de texte du catalogue FAGE Ă©ditions par Thierry Pautot

(…) « Annette pose pour la premiĂšre fois pour un tableau au cours de l’annĂ©e 1948. Avant cela, seuls quelques dessins ainsi que deux petits bustes sur socle en plĂątre exĂ©cutĂ©s de mĂ©moire sont parvenus jusqu’à nous. Un Ă©change de lettres en 1949 procure de nouvelles informations sur le quotidien du couple. Au lendemain du rĂ©veillon du Nouvel An qu’il a passĂ© avec le poĂšte Olivier Larronde et son ami Jean-Pierre Lacloche, Giacometti adresse Ă  Annette une lettre pleine de tendresse. Une phrase interpelle : « Pas femme aucune couchĂ© mĂȘme pas beaucoup regardĂ© trop fatiguĂ© pas le temps pour ». La libertĂ© sexuelle sera une constante de leur vie de couple, que le mariage ne changera en rien. Alberto Ă©voquera Ă  de nombreuses reprises son attrait pour les prostituĂ©es, et il dira plus tard Ă  son ami Giorgio Soavi : « Je n’ai jamais Ă©tĂ© fidĂšle, mĂȘme pas une seule fois en pensĂ©e ». Mais cette situation, connue d’Annette dĂšs le dĂ©but, ne semble pas affecter leur relation amoureuse ni la proximitĂ© et la tendresse dont tĂ©moignent leurs Ă©changes jusqu’à la mort de l’artiste.

Entre mi-fĂ©vrier et dĂ©but avril 1949, Alberto est Ă  Stampa. Ce sĂ©jour est l’occasion d’un Ă©change Ă©pistolaire qui nous renseigne sur le quotidien d’Annette, partagĂ© entre son travail pour Sadoul et ses activitĂ©s personnelles. Elle lit beaucoup et exprime rĂ©guliĂšrement ses impressions. Ses lectures vont de classiques comme Manon Lescaut de l’abbĂ© PrĂ©vost, Nana d’Émile Zola, L’Amant de lady Chatterley de D. H. Lawrence (conseillĂ© par Beauvoir) Ă  Un crime de Georges Bernanos ou encore La Langue secrĂšte des Dogons de Sanga de Michel Leiris. Elle sera toute sa vie une dĂ©voreuse de livres, Marcel Proust particuliĂšrement, mais aussi la littĂ©rature russe et la poĂ©sie. Elle se rend Ă©galement au Petit Palais, au Louvre
 « Beaucoup regardĂ© Rubens [
] Poussin [
] Watteau, Courbet
 » Le Portrait d’Ambroise Vollard par Paul CĂ©zanne lui fait « penser au portrait de Diego, Ă  cause de la pose et la couleur ». Elle va au thĂ©Ăątre, voit Andromaque puis PhĂšdre avec les Leiris, lesquels seront des amis fidĂšles jusqu’à la fin de leur vie. C’est avec Leiris qu’elle se rend le 21 fĂ©vrier Ă  une confĂ©rence de Georges Bataille intitulĂ©e « À quoi nous engage notre gouvernement mondial ». Elle apprĂ©cie Bataille et deviendra une amie de sa fille Laurence. Elle dĂ©jeune avec Beauvoir, qu’elle appelle affectueusement « le Castor ». Beauvoir et Sartre lui proposent de les accompagner pour un voyage de quelques jours Ă  Marseille, mais Annette ne peut laisser son travail avec Sadoul. Elle dĂ©jeune rĂ©guliĂšrement chez Diego et sa compagne Nelly. Enfin elle continue Ă  amĂ©liorer leur habitation par de menus travaux de dĂ©coration : « Dans l’atelier-chambre, j’ai mis le petit tableau des pommes que vous m’avez donnĂ© au mur. Il est trĂšs joli sur le gris du mur ». Ce tableau, peint l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, est dĂ©dicacĂ© par Giacometti : « Pour Annette mon A ». Pendant l’absence de l’artiste, le fondeur EugĂšne Rudier apporte Ă  l’atelier plusieurs fontes nouvellement rĂ©alisĂ©es, parmi lesquelles Femme Ă©gorgĂ©e qui « est formidable, toute dorĂ©e merveilleuse, et [qui] se traĂźne par terre ».

Annette, qui vit dĂ©jĂ  depuis maintenant plus de deux et demi avec Giacometti, s’est parfaitement adaptĂ©e Ă  la vie parisienne et plus encore Ă  la vie qu’elle partage avec l’artiste. À la fin d’une longue lettre Ă  sa mĂšre, Giacometti annonce : « Quelque chose de nouveau mais pas encore tout Ă  fait mĂ»r : depuis quelque temps, je pense Ă  me marier, un projet qui va se dĂ©velopper dans les mois Ă  venir : je vous en dirai plus bientĂŽt car il faudra demander des papiers etc. mais ce n’est pas encore pour aujourd’hui. J’ai un rendez-vous Ă  l’improviste et je dois m’arrĂȘter
 » L’artiste est un peu fĂ©brile : Annetta Giacometti a beaucoup d’ascendant sur ses enfants, et sa conception du couple est trĂšs traditionnelle. Elle n’a ainsi jamais reconnu le concubinage de Diego avec Nelly, qu’elle n’a jamais rencontrĂ©e et qui ne lui paraĂźt pas mĂȘme convenir pour un mariage. Dans une lettre suivante, l’artiste Ă©voque Ă  nouveau sa relation avec Annette : « Je veux te dire, chĂšre maman, de ne pas t’inquiĂ©ter pour mon projet ! Mais ça, je prĂ©fĂšre en parler plutĂŽt que l’écrire ! Diego, qui a beaucoup de sympathie pour Annette et s’entend trĂšs bien avec elle, pense que j’ai raison. Je la connais maintenant depuis 6 ans, nous nous entendons mieux que jamais, c’est la seule femme avec laquelle je peux vivre et qui me permet d’ĂȘtre complĂštement dans mon travail, ce qui arriverait de toute façon, mais le fait de nous marier simplifie les choses, il les rend plus faciles vis-Ă -vis de l’extĂ©rieur. Quand tu rencontreras Annette, tu verras que j’ai raison. [
] En attendant j’ai Ă  faire continuellement [
] Je suis complĂštement dans la peinture, qui a fait des progrĂšs depuis mon retour, comme toujours, et surtout depuis hier car j’ai fait poser Diego et Annette
 ». Le 13 juin, il lui enjoint d’envoyer les documents nĂ©cessaires afin qu’ils puissent se marier au plus tĂŽt. « Annette elle n’a qu’à demander l’état civil Ă  son pĂšre qui est maĂźtre (en plus du nom c’est une curieuse coĂŻncidence avec toi !). DĂ©jĂ  dĂ©cidĂ© des tĂ©moins, l’un Diego, l’autre notre gĂ©rante et nous nous demandons dans quel restaurant nous voulons dĂ©jeuner !!! Mais personne d’autre, du moins c’est ce que nous pensons pour le moment. [
] Tu verras que c’est une bonne dĂ©cision et une bonne idĂ©e ! Qui, aprĂšs tout, est venue toute seule ! » La mĂšre lui rĂ©pond immĂ©diatement, je me suis immĂ©diatement rendu chez Antonio pour me renseigner et il m’a immĂ©diatement fait l’acte de naissance que je t’envoie ci joint. Pour le reste, comme le dira le pĂšre de ton Annette, tu dois aller chez le consul suisse pour commencer et celui-ci enverra Ă  vos communes pour la publication. Je me rĂ©jouis vraiment de rencontrer cette Annette n° 2 (elle est presque mon double) qui a le courage de s’unir Ă  un compagnon aussi mĂ»r ! Mais si Dieu le veut, que ce soit une dĂ©cision heureuse pour vous deux et que vous puissiez toujours vous rĂ©jouir et bĂ©nir cette Ă©tape trĂšs importante de la vie. En tout cas, mes voeux fervents vous accompagnent ». Annette et Alberto s’unissent le 19 juillet 1949 Ă  la mairie du XIVe arrondissement, accompagnĂ©s seulement par leurs tĂ©moins, Diego et madame Alexis. Anecdote amusante, l’adjoint au maire qui procĂ©da au mariage pensa tout d’abord que Diego Ă©tait le futur mariĂ©, car il Ă©tait mieux habillĂ© pour l’occasion qu’Alberto. Le mariage est suivi par un dĂ©jeuner simple dans un restaurant du quartier. Aucune photographie de l’évĂ©nement n’est prise sur le moment, ce n’est que quelques semaines plus tard, pendant leur sĂ©jour en Suisse, qu’Andrea Garbald rĂ©alisera la photographie de mariage « officielle » du couple. […]