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“Mauvaises herbes !” 

au Centre Photographique d’Île-de-France, Pontault-Combault

du 11 février au 7 mai 2023

CPIF


Interview de Luce Lebart, historienne de la photographie, et de Nathalie Giraudeau, directrice du Centre Photographique d’Île-de-France, commissaires de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Pontault-Combault, le 10 février 2023, durée 18’41. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Luce Lebart, historienne de la photographie, et de Nathalie Giraudeau, directrice du Centre Photographique d’Île-de-France, commissaires de l’exposition,


par Anne-Frédérique Fer, à Pontault-Combault, le 10 février 2023, durée 18’41.
© FranceFineArt.


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Mauvaises herbes !
Mauvaises herbes !
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©Anne-Fréderique Fer, présentation presse, le 10 février 2023.
Véronique Ellena, Cosmos des ronds-points, série Fleurs du bitume, 2021, courtesy de l’artiste.
Véronique Ellena, Cosmos des ronds-points, série Fleurs du bitume, 2021, courtesy de l’artiste.
Crystal Bennes, Vulpia ligustica, série Torvaldsen’s weeds, 2022, courtesy de l’artiste.
Crystal Bennes, Vulpia ligustica, série Torvaldsen’s weeds, 2022, courtesy de l’artiste.
Geoffroy Mathieu, L’Or des ruines, 2021, FNAC n° 2021-0704 (1), Centre national des arts plastiques, courtesy de l’artiste.
Geoffroy Mathieu, L’Or des ruines, 2021, FNAC n° 2021-0704 (1), Centre national des arts plastiques, courtesy de l’artiste.

Extrait du communiqué de presse :



Edith Roux, Sans titre, série Euroland, 2000, courtesy de l’artiste.
Edith Roux, Sans titre, série Euroland, 2000, courtesy de l’artiste.
Lia Giraud, Vue de l’installation Photosynthèse, 2021, courtesy de l’artiste.
Lia Giraud, Vue de l’installation Photosynthèse, 2021, courtesy de l’artiste.
Kristof Vrancken, Mutating Ecologies, 2021, Organic Anthotype Print, courtesy de l’artiste.
Kristof Vrancken, Mutating Ecologies, 2021, Organic Anthotype Print, courtesy de l’artiste.

Commissariat : 

Luce Lebart, historienne de la photographie 

Nathalie Giraudeau, directrice du Centre Photographique d’Île-de-France





Avec les oeuvres de Pepe Atocha, Crystal Bennes, Simon Boudvin, Véronique Ellena, María Elvira Escallón, Lia Giraud, Geoffroy Mathieu, Nelly Monnier et Éric Tabuchi, Jürgen Nefzger, Edith Roux, Bruno Serralongue, SMITH et Kristof Vrancken.



« Le traitement que la société réserve aux plantes est une image-miroir d’elle-même » aimait dire l’artiste botaniste Lois Weinberger *.

Son oeuvre est une invitation à considérer autrement celles que l’on appelle les vagabondes ou les invasives, et que l’on qualifie de « folles » ou de « mauvaises » c’est-à-dire sans valeur ou présentant un défaut.

Dénigrées et minorées, ces plantes sont souvent condamnées : à l’arrachage ou à la disparition chimique.

L’exposition Mauvaises herbes ! rassemble des travaux récents qui, impliquant la photographie, s’aventurent dans l’univers autant vivant que symbolique des plantes adventices. Celles-ci poussent et repoussent un peu partout et à leur gré, dans les interstices et les friches, zones qui, souvent délaissées par l’homme, deviennent des espaces de liberté et de créativité.



* Bergit Arends, Jessica Ullrich, Lois Weinberger : « Lois Weinberger : Green Man » (entretien), ANTENNAE – The Journal of Nature in Visual Culture, N° 18, 2011, Londres, p. 37

Crystal Bennes, Ammi majus, série Torvaldsen’s weeds, 2022, courtesy de l’artiste.
Crystal Bennes, Ammi majus, série Torvaldsen’s weeds, 2022, courtesy de l’artiste.
Simon Boudvin, Ailanthus altissima : 179 / 15-05-17 / 51 rue du Lieutenant Thomas, Bagnolet,ncourtesy de l’artiste.
Simon Boudvin, Ailanthus altissima : 179 / 15-05-17 / 51 rue du Lieutenant Thomas, Bagnolet, courtesy de l’artiste.
Geoffroy Mathieu, L’Or des ruines, 2021, FNAC n° 2021-0704 (1), Centre national des arts plastiques, courtesy de l’artiste.
Geoffroy Mathieu, L’Or des ruines, 2021, FNAC n° 2021-0704 (1), Centre national des arts plastiques, courtesy de l’artiste.

Les artistes

Geoffroy Mathieu
Dans les franges de la grande ville, entre périphérique et autoroutes, Geoffroy Mathieu a suivi des glaneuses et des glaneurs dans leurs déambulations à la recherche de plantes sauvages comestibles, aromatiques ou médicinales. Ces nouveaux cueilleurs et cueilleuses renouent avec des gestes et des savoirs ancestraux. Les images révèlent l’ébauche de ce que pourrait être une nouvelle façon de partager des ressources négligées. Elles nous permettent ainsi d’imaginer de nouvelles façons de vivre ensemble. Les communautés concernées par le glanage sont souvent fragilisées et en situation de précarité. Leur résistance est à l’image de celle des herbes sauvages.

VĂ©ronique Ellena
Fleurs et plantes des ronds-points, du pĂ©riphĂ©rique et des autoroutes… la photographe VĂ©ronique Ellena en croise rĂ©gulièrement lors de ses promenades dans la grande ville et ses franges. Ses images s’attachent Ă  montrer les traces de leurs courtes existences : trace de pluie sur les pĂ©tales, prĂ©mices du flĂ©trissement, explosion des pistils. Elles portent une attention sensible Ă  leurs « personnalitĂ©s ». La photographe va chercher les fleurs qui se cachent, ces fleurs qu’elle qualifie de timides ou encore et Ă  l’inverse, celles qui se mettent avant et prennent toute la place… Les images de VĂ©ronique Ellena sont un hommage Ă  la nature et Ă  ses petites merveilles qui nous entourent et dont la prĂ©sence est souvent banalisĂ©e et invisibilisĂ©e.

JĂĽrgen Nefzger
À Bure, dans la région du Grand Est français, le photographe allemand Jürgen Nefzger a photographié entre 2017 et 2018 la vie quotidienne d’activistes français et allemands ayant élu domicile en forêt pour s’opposer à l’installation d’un site de stockage permanent de déchets nucléaires. Depuis la destruction du camp en février 2018 et l’échec des actions de désobéissance civile, les images restent : le site respire avec les hommes et les femmes qui vivent en lien avec les plantes sauvages. Ils partagent avec elles un même attrait pour la liberté, une liberté tant métaphorique que visuelle. Le fait d’avoir grandi au sein d’une génération marquée par un engagement politique fort lui a fait prendre conscience, très tôt, de problèmes que nous semblons encore vouloir ignorer. Il enseigne la photographie à l’École des Beaux- Arts d’Aix-en-Provence. À travers ses travaux, il questionne nos modes de consommation, nos rapports au vivant et s’interroge sur les modalités de (sur)vie dans un monde abimé.

Bruno Serralongue
À Notre Dame des Landes, en 2014, le français Bruno Serralongue accompagne les naturalistes bénévoles qui recensent et inventorient les milliers d’espèces rencontrées sur place et dont l’action militante a contribué à l’abandon du projet d’aéroport. À Calais, l’artiste enregistre des traces de passage ou d’occupation transitoire dans des sites où la végétation n’est pas contrôlée.

Crystal Bennes
Artiste américaine basée en Ecosse, Crystal Bennes est partie au Danemark sur les traces de plantes sauvages. Ces plantes auraient été introduites involontairement depuis l’Italie au XIXe siècle lors d’un transport d’oeuvres du sculpteur néo-classique Bertel Thorvaldsen. Bennes intègre des images d’archives dans son travail, en particulier des vues d’herbiers qu’elle mêle à ses propres prises de vues, remémorant ainsi l’histoire des migrations végétales accidentelles et intentionnelles tout en soulignant le déclin de la biodiversité.

Simon Boudvin
Pendant plus de dix ans, l’artiste français Simon Boudvin a suivi le développement, dans l’Est de Paris, d’une espèce végétale considérée comme invasive : l’ailante. Dans la philosophie tao de Zhuangzi, l’ailante est considéré comme « Inutile, libre, grand, généreux », des qualités qui lui sont aujourd’hui reprochées. Les photographies, les recherches et les sculptures de Boudvin, interrogent « notre capacité à accueillir l’apparition d’une forme de vie spontanée et à relâcher notre maîtrise exclusive sur l’espace de nos villes ».

Edith Roux
Chaque image de la sĂ©rie de paysages pĂ©riurbains Euroland, 2000, comporte un arrière-plan chargĂ© de constructions et de signes industriels et commerciaux. Les premiers plans dĂ©bordent, quant Ă  eux, de celles qu’on appelle habituellement des mauvaises herbes ou des vagabondes. Ces friches – que le paysagiste philosophe Gilles ClĂ©ment appelle des tiers paysages – sont des espaces de libertĂ© qui ont Ă©chappĂ© au contrĂ´le des amĂ©nageurs : ce sont de fascinantes rĂ©serves de biodiversitĂ©. Minitopia (littĂ©ralement Petit lieu) rassemble des photographies d’herbes sauvages qui s’épanouissent dans les fissures du bitume et des murs de bĂ©ton. HabituĂ©es des failles des villes, ces plantes sont tout Ă  la fois sauvages et urbaines. Grâce au photomontage, ces images de spĂ©cimens rudĂ©raux sont mises en scène par la photographe qui y ajoute de minuscules personnages. Ces figurines miniatures renversent la vision commune. Elles monumentalisent les mauvaises herbes. L’homme paraĂ®t minuscule et insignifiant face Ă  ces vĂ©gĂ©taux nĂ©gligĂ©s. Il est invitĂ© Ă  les regarder d’en bas, c’est Ă  dire avec humilitĂ© et attention plutĂ´t que de haut.

Eric Tabuchi et Nelly Monnier
À partir de leurs cheminements photographiques dans les frontières d’un « atlas de régions » qui n’existent plus, le danojaponais Eric Tabuchi et la française Nelly Monnier fabriquent des images de paysages naturels et de bâtis vernaculaires. Leur série « Camouflage » rassemble des photographies déclinant le même motif et la même réalité, celle d’un végétal particulier, le lierre, qui s’empare d’éléments en ruine ou abandonnés. L’absence d’intervention humaine crée un terreau de prolifération à cette plante ambivalente qui, qualifiée parfois de parasite et surnommée « bourreau des arbres » fût accusée, dès l’Antiquité, de « ruiner les cimetières et d’étouffer les arbres » alors même que ses propriétés dépolluantes et médicinales sont reconnues et que le terme de « mutualiste » lui est tout autant associé.

Maria Elvira Escallon
Pour réaliser la série Paisaje Doméstico, Maria Elvira Escallon a aspergé des petites portions de terre avec du glyphosate. Breveté par Monsanto en 1974, et produit en exclusivité par la firme jusqu’à son entrée dans le domaine public en 2000, le glyphosate est l’herbicide le plus vendu au monde. Il est employé pour l’entretien des espaces urbains et industriels et permet, en agriculture « une destruction efficace » des adventices et des repousses à faible coût : le désherbage se fait sans retourner la terre. Son utilisation a été multipliée par 100 dans le monde en 40 ans. Présentées sous la forme d’un calendrier mensuel et prises en plongée, les photographies d’Escallon montrent l’action quotidienne de l’herbicide. La végétation et le sol se transforment rapidement : « toute forme de vie végétale disparaît pour ne plus laisser qu’une terre caillouteuse. Comme une mise à mort. »

Kristof Vrancken
Photographie, activisme et écologie se rejoignent dans la démarche de l’artiste flamand Kristof Vrancken. Ses images de la série « Le regard durable » montrent des forêts dévastées par la maladie du pin qui, augmentée par le réchauffement climatique, mène à leur disparition progressive. Afin d’éviter tout produit chimique nocif pour l’environnement, Vrancken fabrique ses photographies à partir de plantes mais pas n’importe lesquelles : il se sert en particulier des baies sauvages qui, importées des Etats-Unis ont été replantées dans les zones forestières malades photographiées par l’artiste. Le végétal n’est pas seulement présent sur l’image, mais aussi littéralement dans celle-ci. Cependant, et malgré leur vertus curatives et régénérantes, ces baies se sont vite avérées invasives et destructives pour la biodiversité locale.

SMITH
Dans la mĂ©decine traditionnelle amazonienne, les plantes maĂ®tresses – aujourd’hui menacĂ©es par la dĂ©forestation – sont celles qui ont un pouvoir de transmission au travers de visions modifiant la perception de la rĂ©alitĂ©, dans une perspective de guĂ©rison et de sagesse. C’est dans un Ă©tat non-ordinaire de conscience que SMITH a rĂ©alisĂ© dans la jungle ces portraits hallucinĂ©s de plantes amazoniques : la sĂ©rie « Dami », dont font partie « Les maĂ®tresses », fait rĂ©fĂ©rence aux figures mĂ©tamorphiques Ă©tourdissantes, liminaires, qui se manifestent lors de l’ingestion d’Ayahuasca, introduisant ainsi la rencontre avec l’esprit de cette liane.

Pepe Atocha
Les plantes communiquent entre elles et avec leur environnement. Elles utilisent la lumière et les processus chimiques pour se nourrir, se développer, communiquer et interagir avec les animaux et leur environnement. Pour rendre visible cette vie invisible, Pepe Atocha recourt à la photographie analogique qui, comme les végétaux, repose sur l’intervention de la lumière et celles de processus chimiques. Dans ses photographies de la flore sauvage de l’Amazonie péruvienne, chaque plante fusionne avec son environnement par l’intermédiaire de doubles expositions, sur lesquelles l’artiste dessine de manière intuitive des points et/ou des lignes qui symbolisent le mouvement des insectes et les fluctuations de la chimie qu’ils émettent.

Lia Giraud
Lia Giraud fabrique des « images vivantes » à partir d’une microalgue unicellulaire commune présente partout dans le monde et naturellement dépolluante. Son installation Photosynthèse recense des centaines d’objets repêchés dans le port de Marseille entre 2016 et 2020 par l’association MerTerre. Pour la réaliser, elle a mis au point, en collaboration avec des biologistes, le procédé d’Algægraphie (ou Algægraphique) qui repose sur la sensibilité à la lumière des microalgues. Celles-ci jouent le rôle des grains d’argent dans la photographie traditionnelle. Ces microalgues sont ici présentes et actives dans les photobioréacteurs d’une structure tubulaire, dans lesquels elles se développent et évoluent tout au long de l’exposition. Ainsi, l’installation est doublement révélatrice : du niveau de pollution dans la Méditerranée et des images-objets qui contribuent à cette pollution. La bande son de cette installation évoque le dilemme poétique et existentiel de la disparition rêvée de nos « déchets ».

Jürgen Nefzger, Bure ou la vie dans les bois, 2018, courtesy de l’artiste et de la galerie Françoise Paviot, Paris.
Jürgen Nefzger, Bure ou la vie dans les bois, 2018, courtesy de l’artiste et de la galerie Françoise Paviot, Paris.
Pepe Atocha, Chacruna, 2017, courtesy de l’artiste.
Pepe Atocha, Chacruna, 2017, courtesy de l’artiste.