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Du parallèle de la Légion étrangère et des beaux-arts et de ses limites… et des FRAC
Bruxelles, le 23 juin 2014

Puisqu’il faut avoir vécu à la Légion, avoir été légionnaire soi-même pour dire d’elle la vérité, la voici, je pense, dans les lignes qui suivent. Elles sont dues à un homme qui, simple engagé, a vécu la vie africaine du légionnaire, et obéi aux chefs de la Légion, et qui promu officier par d’heureux hasards sur les champs de bataille a commandé aux mêmes individus de qui, la veille, il était le camarade. Il n’est pas de meilleures conditions, pour connaître les rouages et le rendement d’une machine, que d’en avoir été successivement le mécanisme et le moteur.

On y entre tout à fait comme on veut et quand on veut à la condition d’être et de paraître solide et bien portant. Les commissions de révision et d’examen physique devant lesquelles, dans les recrutements d’abord, les engagés se présentent, sont extrêmement sévères. On refuse du monde, beaucoup de monde : car la Légion a un service très dur, mais encore elle n’a plus de places vacantes, ni dans ses portions centrales, ni dans ses détachements, ni aux « colonies » !

On peut dire que chacun a sa raison d’entrer à la Légion – et la garde pour soi ; Et pourtant le motif immédiat diffère avec chaque individu.

On dit que la Légion est une foule composée d’impunis. C’est une erreur. Il y a des impunis à la Légion comme partout : il n’y en a pas plus qu’ailleurs.

Dès l’arrivée, le légionnaire s’étudie à perdre tous ses caractères spécifiques et à disparaître dans la foule immense, vague, anonyme et amorphe. Il est venu là pour que l’univers l’oubli et pour que, s’il le peut, il s’oublie soi-même. Et il commence immédiatement sa fonction.

La vertu suprême de la Légion, celle qui contient toutes les autres, c’est le stoïcisme. C’est par le stoïcisme qu’elle justifie son surnom de « régiments de chair à canon ». On se représente, à tort, la Légion comme ardente à la lutte et désireuse d’une gloire intemporelle du sacrifice. Point : si elle était cela, et rien d’autre, la Légion serait inférieure à ce qu’elle est. Les passions violentes sont irraisonnées et fugitives. Ce que n’est pas l’esprit même de la Légion.

Alors, où est le parallèle entre la Légion et les beaux-arts ? Bien peu pourrait-on me dire ! Si ce n’est que l’on entre aux Beaux-arts aussi difficilement qu’à la Légion, que l’on y reste tout comme à la Légion par stoïcisme et que l’on en sort avec la même angoisse du retour à la réalité. Un jeune diplômé des beaux-arts sans réseaux, sans carnet d’adresse est voué tout comme un bon vieux légionnaire à la marginalité et à l’oubli. Sauf que l’un bénéficie de sa retraite et que l’autre, des mannes bienveillantes des conseils généraux lui laissant croire que ses études n’ont pas été inutiles. À tout prendre, préférez la Légion ! Vous n’aurez aucun compte à rendre !

J. Barthou de Pires, Bruxelles, juin 2014

À SUIVRE !

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