đ âHilma af Klintâ Les peintures du Temple (1906-1915), au Grand Palais [Centre Pompidou â Constellation], du 6 mai au 30 aoĂ»t 2026
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âHilma af Klintâ
Les peintures du Temple (1906-1915)
au Grand Palais [Centre Pompidou â Constellation], Paris
du 6 mai au 30 août 2026
Grand Palais
Centre Pompidou – Constellation

PODCAST –Â Entretien avec
Pascal Rousseau,
Professeur Ă l’UniversitĂ© de Paris 1 PanthĂ©on-Sorbonne, et commissaire de l’exposition,
par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 4 mai 2026, durĂ©e 21’23,
© FranceFineArt.
Extrait du communiqué de presse :

Hilma af Klint, Les Dix plus grands, n° 10 (Vieillesse), 1907, tempera sur papier marouflé sur toile, 320 x 237 cm, HaK111. By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm.

Hilma af Klint, Les Dix plus grands, n° 7 (Ăge adulte), 1907, tempera sur papier marouflĂ© sur toile, 315 x 235 cm, HaK108. By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm.

Hilma af Klint, Les Dix plus grands, n° 3 (Jeunesse), 1907, tempera sur papier marouflé sur toile, 321 x 240 cm, HaK104. By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm.
Commissaire :
Pascal Rousseau, Professeur Ă lâUniversitĂ© de Paris 1 PanthĂ©on-Sorbonne
Au printemps 2026, le Grand Palais et le Centre Pompidou consacrent une exposition inĂ©dite Ă Hilma af Klint (1862-1944), une artiste dont lâĆuvre bouleverse la chronologie de lâart moderne. Bien avant les figures Ă©tablies de lâabstraction comme Kandinsky ou Malevitch, Hilma af Klint a rĂ©alisĂ©, dĂšs 1906, des peintures dâune audace exceptionnelle, alliant gĂ©omĂ©trie, aplats de couleurs vives et motifs organiques, qui annonçaient les grands courants du XXe siĂšcle.
Pour lâoccasion, le Grand Palais et le Centre Pompidou font Ă©vĂ©nement en exposant, pour la premiĂšre fois en France, le cycle des peintures du Temple (1906-1915), son grand oeuvre, dont la cĂ©lĂšbre sĂ©rie monumentale des Dix Plus Grands qui tĂ©moigne de la puissance visionnaire dâune artiste rĂ©solument en avance sur son temps.
FormĂ©e Ă lâAcadĂ©mie royale des Beaux-Arts de Stockholm, Hilma af Klint menait une double vie artistique : conventionnelle, avec des Ćuvres figuratives traditionnelles, et secrĂšte, avec une production rĂ©solument avant-gardiste. Nourrie par son engagement dans la SociĂ©tĂ© thĂ©osophique, Hilma af Klint puisait la libertĂ© de son inspiration dans des sĂ©ances de spiritisme au sein dâun groupe de femmes avec lesquelles elle partage une mĂȘme vision utopique. Spirales, cercles et faisceaux traduisent une recherche de lâharmonie cosmique et des forces invisibles qui rĂ©gissent le monde, confĂ©rant Ă ses oeuvres une dimension universelle et intemporelle.
Hilma af Klint choisit de ne pas dĂ©voiler son Ćuvre abstraite Ă ses contemporains, intĂ©grant dans son testament la volontĂ© de garder ses oeuvres scellĂ©es vingt ans aprĂšs sa mort. Ceci contribua Ă une reconnaissance tardive de son travail. Ce nâest quâen 1986, lors de lâexposition The Spiritual in Art, Abstract Painting 1890-1985 Ă Los Angeles, que ses peintures abstraites furent prĂ©sentĂ©es pour la premiĂšre fois au grand public, marquant le dĂ©but de sa renommĂ©e internationale.
A ce jour, aucune grande exposition monographique de lâartiste nâa Ă©tĂ© montrĂ©e en France, alors que son oeuvre fait lâobjet, depuis quelques annĂ©es, dâune trĂšs forte réévaluation, notamment dans le cadre dâune relecture du rĂŽle des femmes dans le champ de la modernitĂ© artistique. Hilma af Klint reste encore trĂšs peu aperçue dans les musĂ©es français, alors que le monde entier la considĂšre dĂ©sormais comme une artiste incontournable de la modernitĂ© artistique et des dĂ©buts historiques de lâabstraction.
Au-delĂ de lâhommage rĂ©trospectif, cette exposition met en valeur les multiples sources dâinspiration de son oeuvre (Ă©sotĂ©risme, folklore et art populaire, culture scientifique) et interroge la maniĂšre dont lâhistoire de lâart a longtemps ignorĂ© les artistes femmes et leur contribution aux mouvements fondateurs. Hilma af Klint apparaĂźt ici comme une figure incontournable, capable de transcender les frontiĂšres entre art, science et spiritualitĂ©, et de continuer Ă inspirer de nouvelles gĂ©nĂ©rations. Une expĂ©rience unique pour dĂ©couvrir une artiste qui, tout en Ă©tant ancrĂ©e dans son Ă©poque, semblait dialoguer avec lâavenir.
Publications #ExpoHilmaAfKlint catalogue de lâexposition, coĂ©dition GrandPalaisRmnĂditions / Ăditions du Centre Pompidou 2026.

Hilma af Klint, Les Dix plus grands, n° 2 (Enfance), 1907, tempera sur papier contrecollé sur toile, 315 x 234 cm, HaK103. By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm.

Hilma af Klint, vers 1895, photographie By courtesy of the Hilma af Klint Foundation /photo Moderna Museet, Stockholm, SuĂšde.

Hilma af Klint, Colombe, n° 2, 1915, huile sur toile,155,5 x 115,5 cm, HaK174. By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm.
Parcours de l’exposition
Introduction
PionniĂšre de lâabstraction, la peintre suĂ©doise Hilma af Klint (1862-1944) crĂ©e au dĂ©but du 20e siĂšcle une oeuvre fascinante et unique, qui reste encore Ă dĂ©couvrir en France aprĂšs le succĂšs de sa rĂ©trospective au Guggenheim Museum de New York en 2018. Cette exposition inĂ©dite Ă Paris lui rend hommage par la prĂ©sentation des Peintures du Temple, rĂ©alisĂ©es entre 1906 et 1915. Cet ensemble majeur pour lâhistoire de lâart moderne, composĂ© dâune succession de dix sĂ©ries, associe figures, symboles et formes gĂ©omĂ©triques. Lâartiste y repense la frontiĂšre entre visible et invisible, abstraction et figuration, Ă partir de motifs stylisĂ©s oĂč sâentremĂȘlent sciences modernes, vocabulaire dĂ©coratif et spiritualitĂ©. Entrepris au sein dâun collectif de cinq femmes (De Fem), autour de sĂ©ances spirites qui font naĂźtre de surprenants « dessins automatiques », ce cycle permet Ă lâartiste de sâaffranchir dâun style naturaliste conventionnel quâelle pratique par ailleurs. Plus dâune centaine de toiles et dessins dialoguent ici avec diverses sources dâinspiration (folklore nordique, sciences naturelles, Ă©sotĂ©risme) qui ont nourri les imaginaires visuels de lâartiste. Visionnaire jusque dans lâinvention plastique dâun « troisiĂšme genre », Hilma af Klint nous livre une oeuvre dâune incroyable fraĂźcheur, en lien direct avec la culture contemporaine. Cette oeuvre est lâexpression de son cheminement spirituel et fut rĂ©vĂ©lĂ©e sur sa demande bien aprĂšs sa mort.
Pastels
En 1907, toujours sous lâinspiration des « guides spirituels », Hilma af Klint adopte le crayon de couleur. Les dessins automatiques, rĂ©alisĂ©s jusquâalors au graphite noir sur cahier, prennent des formes plus structurĂ©es sur des feuilles autonomes. Ils reprĂ©sentent des pĂ©tales, puis des spirales polychromes, des prismes chromatiques. Sans Ă©quivalent Ă cette Ă©poque, ces oeuvres obligent Ă repenser la chronologie des dĂ©buts historiques de la peinture abstraite.
Spiritisme
Hilma af Klint frĂ©quente trĂšs tĂŽt les cercles spirites, un milieu dans lequel elle rencontre Ă la fois des imaginaires et des techniques : dialoguer avec les dĂ©funts ou les « ĂȘtres supĂ©rieurs » et retranscrire leurs messages au moyen dâinstruments. Dans ses souvenirs, elle Ă©voque une expĂ©rience situĂ©e Ă lâautomne 1891, « alors que la peintre Mlle Valborg HĂ€llström travaillait avec un psychographe dans lâatelier ». Cet outil est formĂ© dâune plaque de bois installĂ©e sur roulette, percĂ©e dâun orifice dans lequel est placĂ© un crayon. GuidĂ© par la force dâinspiration des « ĂȘtres spirituels », le psychographe libĂšre des dessins automatiques dans lesquels pourront ensuite se lire des messages plus ou moins cryptĂ©s. On y reconnaĂźt un vocabulaire spĂ©cifique : des tracĂ©s libres avec leurs dĂ©roulĂ©s en arabesques, ponctuĂ©s parfois de lettres stylisĂ©es ou de mots. Ces dessins dits « mĂ©diumniques » seront consignĂ©s dans des carnets qui retracent lâactivitĂ© des communications spirites menĂ©es, entre 1896 et 1910 par le groupe des Cinq (De Fem), rĂ©unissant Hilma af Klint, Sigrid Hedman, Anna Cassel, Cornelia Cederberg et Mathilda Nilsson.
ĂsotĂ©risme
Comme beaucoup dâintellectuels et dâartistes de la fin du 19e siĂšcle, Hilma af Klint frĂ©quente les cercles Ă©sotĂ©riques qui sâopposent au triomphe du rationalisme moderne. Elle adhĂšre en 1904 Ă la sociĂ©tĂ© de thĂ©osophie. Créée en 1875 Ă New York par lâĂ©crivaine occultiste ukrainienne Helena Blavatsky et Henry Olcott, officier et journaliste amĂ©ricain, cette sociĂ©tĂ© cherche Ă contrecarrer lâatmosphĂšre matĂ©rialiste du capitalisme industriel perçu comme un facteur du dĂ©senchantement du monde. Ses fondateurs souhaitent animer un renouveau spirituel, en proposant une religion universelle susceptible de faire la synthĂšse entre sagesse bouddhiste et Ă©sotĂ©risme chrĂ©tien. Lâinfluence de la thĂ©osophie sur la peinture dâaf Klint explique le fourmillement des symboles dans le cycle des Peintures du Temple, puisĂ©s, pour partie, dans les traitĂ©s cosmogoniques anciens du philosophe allemand Jacob Böhme ou de Robert Fludd, alchimiste anglais, aux 16e et 17e siĂšcles.
Folklore
Dans la seconde moitiĂ© du 19e siĂšcle, la SuĂšde se passionne pour les traditions rurales quâelle associe Ă une construction identitaire de la nation. Câest dans ce contexte quâest créé, en 1872, le MusĂ©e nordique Ă Stockholm ainsi que le musĂ©e Skansen qui ouvre au public en 1881 autour de nombreuses reconstitutions de maisons traditionnelles avec leur dĂ©cor. Plusieurs membres de la famille af Klint participent Ă ce mouvement. Sa soeur Ida est assistante au MusĂ©e nordique de 1886 Ă 1887 ainsi que sa cousine, Hedvig, de 1892 Ă 1899. Ă plusieurs reprises, af Klint est sollicitĂ©e pour copier, Ă lâaquarelle, des Ćuvres anciennes des collections du MusĂ©e nordique. Une aquarelle, rĂ©alisĂ©e Ă Skansen, tĂ©moigne de son intĂ©rĂȘt pour la culture matĂ©rielle de ces objets en bois peint ou en textile brodĂ©. Elle trouve dans ces collections dâobjets vernaculaires des motifs et des sujets, parfois les deux combinĂ©s. Comme par exemple le kurbits, un terme suĂ©dois qui dĂ©signe un motif traditionnel des dĂ©cors domestiques, formĂ© de volutes florales stylisĂ©es. Des sujets aussi avec le thĂšme populaire de « lâescalier des Ăąges » qui dĂ©crit les Ă©tapes de la vie par dĂ©cennie, de la naissance Ă la mort. Ce thĂšme est repris, de maniĂšre autrement plus abstraite, dans la sĂ©quence des Dix plus grands.
Couleur
MĂȘlant science et spiritualitĂ©, Hilma af Klint aborde les lois de la couleur sous deux angles diffĂ©rents mais complĂ©mentaires. Le premier est celui de lâoptique et de la physique de la lumiĂšre. Il est largement inspirĂ© par les nombreux traitĂ©s de couleurs qui animent, tout au long du 19e siĂšcle, la formation des artistes (notamment ceux de Goethe, Chevreul, Rood). Le second, empruntĂ© aux courants thĂ©osophiques, sâattarde sur les rĂ©sonances psychologiques des couleurs. Dans Les PensĂ©es-formes (1905), Annie Besant et Charles Leadbeater, figures de proue de la sociĂ©tĂ© thĂ©osophique anglaise, livrent les Ă©quivalents chromatiques des Ă©motions : le rouge est la couleur du dĂ©sir, le jaune, celle de la concentration intellectuelle, et le bleu, celle de la contemplation spirituelle. Dans Le Monde de demain (1911), un traitĂ© de thĂ©osophie connu de af Klint, Besant Ă©voque le rĂŽle prĂ©curseur des artistes qui « nous font entrevoir une nouvelle splendeur de la couleur, de nouvelles fiançailles entre lâĂ©motion et la couleur ».
































