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🔊 “Matisse” 1941-1954, au Grand Palais [Centre Pompidou – Constellation], du 24 mars au 26 juillet 2026

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“Matisse” 1941-1954

au Grand Palais [Centre Pompidou – Constellation], Paris

du 24 mars au 26 juillet 2026

Grand Palais
Centre Pompidou


Entretien avec Claudine Grammont, Cheffe du cabinet d’art graphique, MusĂ©e national d’art moderne – Centre Pompidou et commissaire de l’exposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 23 mars 2026, durĂ©e 17’02, © FranceFineArt.

PODCAST –  Entretien avec
Claudine Grammont,
Cheffe du cabinet d’art graphique, MusĂ©e national d’art moderne – Centre Pompidou, et commissaire de l’exposition,


par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 23 mars 2026, durĂ©e 17’03,
© FranceFineArt.


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Matisse1941-1954au Grand Palais [Centre Pompidou Ð Constellation], Parisdu 24 mars au 26 juillet 2026
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Matisse1941-1954au Grand Palais [Centre Pompidou Ð Constellation], Parisdu 24 mars au 26 juillet 2026
Matisse1941-1954au Grand Palais [Centre Pompidou Ð Constellation], Parisdu 24 mars au 26 juillet 2026
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©Anne-Frédérique Fer, vernissage presse, le 23 mars 2026.


Extrait du communiqué de presse :


Henri Matisse, La Gerbe, 1953. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 311 x 350 cm. Photo © The Hammer Museum, Los Angeles, USA © Fine Art Images/Bridgeman Images.

Henri Matisse, La Gerbe, 1953. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 311 x 350 cm. Photo © The Hammer Museum, Los Angeles, USA © Fine Art Images/Bridgeman Images.

Henri Matisse, Le Cauchemar de l’élĂ©phant blanc, fin octobre – dĂ©but novembre 1943. Planche originale de l’album Jazz, Paris, TĂ©riade, 1947. Papiers gouachĂ©s, dĂ©coupĂ©s et collĂ©s sur papier marouflĂ© sur toile 43,9 x 66,7 cm Paris, Centre Pompidou, MusĂ©e national d’art moderne Dation, 1985 Inv. AM 1985-315 (4). Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalaisRmn / image Centre Pompidou, MNAM-CC / Philippe Migeat, Christian Bahier.

Henri Matisse, Le Cauchemar de l’élĂ©phant blanc, fin octobre – dĂ©but novembre 1943. Planche originale de l’album Jazz, Paris, TĂ©riade, 1947. Papiers gouachĂ©s, dĂ©coupĂ©s et collĂ©s sur papier marouflĂ© sur toile 43,9 x 66,7 cm Paris, Centre Pompidou, MusĂ©e national d’art moderne Dation, 1985 Inv. AM 1985-315 (4). Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalaisRmn / image Centre Pompidou, MNAM-CC / Philippe Migeat, Christian Bahier.

Henri Matisse, La Tristesse du roi, 1952. Papiers gouachés découpés marouflés sur toile, 292 x 386 cm, Centre Pompidou, Paris. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn.

Henri Matisse, La Tristesse du roi, 1952. Papiers gouachés découpés marouflés sur toile, 292 x 386 cm, Centre Pompidou, Paris. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn.

Commissariat :
Claudine Grammont, Cheffe du cabinet d’art graphique, MusĂ©e national d’art moderne – Centre Pompidou
Exposition coproduite par le Centre Pompidou et le GrandPalaisRmn



D’une envergure inĂ©dite en France, l’exposition « Matisse, 1941 — 1954 » met en lumiĂšre les derniĂšres annĂ©es de crĂ©ation de l’artiste, grand moment de synthĂšse, de radicalitĂ© et d’invention formelle. Elle rĂ©unit plus de 300 oeuvres qui tĂ©moignent de l’élan de crĂ©ation inouĂŻe de Matisse durant cette pĂ©riode particuliĂšrement foisonnante. À prĂšs de 80 ans, il se rĂ©invente avec le mĂ©dium de la gouache dĂ©coupĂ©e Ă  travers lequel il renouvelle entiĂšrement son vocabulaire plastique et donne Ă  son art une portĂ©e monumentale. Cette exposition conduit le visiteur dans le dernier grand atelier de Matisse, regroupant peintures, sĂ©rie de dessins, livres illustrĂ©s, gouaches dĂ©coupĂ©es, textiles et mĂȘme vitraux qui sont autant de dĂ©clinaisons de cet ultime moment de grĂące.

La sĂ©lection de plus de 300 oeuvres, dont beaucoup sont inĂ©dites en France, offre l’occasion de dĂ©couvrir des ensembles trĂšs rarement vus. Afin de complĂ©ter la dĂ©jĂ  riche collection du Centre Pompidou, des prĂȘts exceptionnels proviennent de collections particuliĂšres et d’institutions nationales et internationales dont le Hammer Museum, le MoMA, la National Gallery of Art de Washington, la Fondation Barnes, la Fondation Beyeler.

L’exposition rĂ©unit les ensembles essentiels de cette pĂ©riode : la magistrale et ultime sĂ©rie des peintures des IntĂ©rieurs de Vence de 1946-1948, l’album Jazz et sa maquette, des sĂ©ries de dessins de ThĂšmes et Variations, les dessins au pinceau et Ă  l’encre, les principaux Ă©lĂ©ments du programme de la chapelle de Vence, les panneaux monumentaux La Gerbe, Les Acanthes, L’Escargot et MĂ©moire d’OcĂ©anie. Enfin, les grandes figures en gouache dĂ©coupĂ©e, comme La Tristesse du roi, Zulma, Danseuse crĂ©ole et la sĂ©rie des Nus bleus sont ici, exceptionnellement, rĂ©unies.

« Matisse 1941 – 1954 » s’inscrit dans la lignĂ©e des grandes monographies dĂ©diĂ©es Ă  l’artiste organisĂ©es par le Centre Pompidou [« Matisse 1904 – 1917 » en 1993, « Matisse. Paires et sĂ©ries » en 2012 et « Matisse. Comme un roman » en 2021] et fait plus particuliĂšrement Ă©cho Ă  celle de 1993, « Matisse 1904 – 1917 ». À la diffĂ©rence de « Henri Matisse: the Cut-Outs » (prĂ©sentĂ©e Ă  la Tate et au MoMA, 2014) exclusivement consacrĂ©e aux gouaches dĂ©coupĂ©es, elle rĂ©vĂšle la dimension pluridisciplinaire de sa pratique pendant cette pĂ©riode. Car jamais auparavant l’artiste n’avait Ă©tĂ© aussi prolifique dans la variĂ©tĂ© des techniques et des supports utilisĂ©s, comme en tĂ©moignent les peintures, gouaches dĂ©coupĂ©es, dessins, livres illustrĂ©s, textiles et vitraux exceptionnellement rĂ©unis dans ce parcours.

Cette derniĂšre pĂ©riode de crĂ©ation se caractĂ©rise par une symbiose toujours plus grande entre l’oeuvre et l’espace de l’atelier. TravaillĂ©es Ă  mĂȘme les murs de l’appartement du RĂ©gina, mobiles par essence, les oeuvres participent de la vĂ©gĂ©talisation dynamisante du cadre spatial. L’exposition s’attache Ă  restituer cet in situ en permanente mĂ©tamorphose, donnant au visiteur l’accĂšs Ă  ce « jardin » de Matisse Ă  travers un espace qui va en s’amplifiant salle aprĂšs salle. Y sera Ă©galement rappelĂ© le contexte de la guerre et de l’immĂ©diat aprĂšs-guerre alors que la figure d’Henri Matisse s’impose en France et outre-Atlantique comme un symbole de libertĂ©.


Catalogue de l’exposition – Matisse, 1941-1954 en co-Ă©dition Centre Pompidou – GrandPalaisRmnÉditions, sous la direction de Claudine Grammont

Henri Matisse, La Chute d'Icare, 1943. Papiers gouachés, découpés et épinglés, 36 x 26,5 cm. Collection privée. Courtesy Galerie de l'Institut.

Henri Matisse, La Chute d’Icare, 1943. Papiers gouachĂ©s, dĂ©coupĂ©s et Ă©pinglĂ©s, 36 x 26,5 cm. Collection privĂ©e. Courtesy Galerie de l’Institut.

Henri Matisse, Nu bleu II, 1952. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 103,8 x 86 cm Centre Pompidou, Paris. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Dist. GrandPalaisRmn.

Henri Matisse, Nu bleu II, 1952. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 103,8 x 86 cm Centre Pompidou, Paris. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Dist. GrandPalaisRmn.

Henri Matisse, L’Asie, 1946. Huile sur toile, 116,2 x 81,3 cm Photo © Kimbell Art Museum, Fort Worth, Texas /Art Resource, NY/Scala, Florence.

Henri Matisse, L’Asie, 1946. Huile sur toile, 116,2 x 81,3 cm Photo © Kimbell Art Museum, Fort Worth, Texas /Art Resource, NY/Scala, Florence.


Parcours de l’exposition

Une seconde vie
En 1941, sortant d’une grave opĂ©ration chirurgicale qui a failli lui coĂ»ter la vie, Henri Matisse Ă©prouve le sentiment de rentrer dans « une seconde vie » qui sera pour lui l’occasion d’un regain crĂ©atif jusqu’à sa mort en 1954. Ces derniĂšres annĂ©es sont celles d’un Ă©panouissement sans emphase, d’une plĂ©nitude qui touche Ă  toutes les formes d’expression artistique que Matisse aborde Ă  travers un grand mouvement de synthĂšse. L’exposition prĂ©sente peintures, dessins, gouaches dĂ©coupĂ©es, livres illustrĂ©s, textiles et vitraux qui sont autant de dĂ©clinaisons de cet Ă©lan nouveau. À prĂšs de quatre-vingt ans, l’artiste se rĂ©invente Ă  travers le mĂ©dium de la gouache dĂ©coupĂ©e, qui s’affirme comme un langage plastique autonome et souverain dans sa capacitĂ© Ă  atteindre l’universel par sa simplicitĂ©. AdaptĂ©e Ă  la reproduction comme aux exigences de la commande monumentale, ce procĂ©dĂ© lui permet d’exprimer pleinement la dimension dĂ©corative et architecturale de son art.

Focus : Les états de la peinture
Lors de son exposition en 1945 Ă  la Galerie Maeght, Matisse rĂ©unit six de ses peintures rĂ©alisĂ©es pendant la guerre. Chacune d’elle est entourĂ©e de photographies qui documentent ses diffĂ©rentes Ă©tapes de crĂ©ation. Par cette mise en scĂšne audacieuse, l’artiste laisse entrevoir la durĂ©e de rĂ©alisation de l’oeuvre, afin de dĂ©mentir l’idĂ©e de facilitĂ© que pourrait suggĂ©rer la simplification radicale de ses tableaux rĂ©cents. La Blouse roumaine y apparaĂźt accompagnĂ©e de dix Ă©tats transitoires, dĂ©sormais Ă©vanouis, car effacĂ©s au cours de sa rĂ©alisation. Loin de l’idĂ©e de progrĂšs vers une oeuvre finie, c’est la pensĂ©e de l’artiste qui se fait jour par ce dispositif : « quand je travaille, Ă©crit Matisse, c’est vraiment une sorte de cinĂ©ma perpĂ©tuel ». Par cette prĂ©sentation, il expose son processus de crĂ©ation qui acquiert ainsi une importance Ă©quivalente aux oeuvres elles-mĂȘmes.

Section 1 : ThĂšmes et variations
MalgrĂ© le contexte de la guerre et les suites de son opĂ©ration qui le laisse partiellement infirme, Matisse se remet rapidement au travail. Il trouve dans l’exercice du dessin une ardeur inattendue qu’il qualifie de « floraison ». Ce regain d’inspiration jubilatoire est l’occasion de mettre en place une mĂ©thode de dessins sĂ©riels qu’il publie dans un album au titre Ă©vocateur : Dessins. ThĂšmes et variations. Il cherche la mĂȘme aisance expressive en peinture en dĂ©clinant des scĂšnes d’intĂ©rieurs et des tableaux d’objets. La dimension mentale de l’atelier prend dĂšs lors toute son importance. La prĂ©sence des modĂšles (Lydia Delectorskaya, Nezy Chawkat, Monique Bourgeois, Madame Van Hyfte
), parĂ©es d’un luxe d’accessoires, active ce que Louis Aragon, grand tĂ©moin du moment, dĂ©signe comme « la comĂ©die du modĂšle », pour dire cette expĂ©rience toujours renouvelĂ©e du peintre Ă  son tableau. Les objets familiers dont il s’entoure participent Ă©galement Ă  la construction d’une rĂ©alitĂ© sensible et multiple, supports de divagations qui fonctionnent par Ă©chos et remĂ©morations. Une mĂȘme effervescence nourrit la sĂšve juvĂ©nile et sensuelle qui irrigue les pages de ses livres illustrĂ©s, rares productions accessibles pendant la guerre, Ă  un moment oĂč l’artiste refuse d’exposer.

Focus : « La chambre claire »
Matisse reproduit dans l’album Dessins. ThĂšmes et variations un choix de cent cinquante-huit de ses dessins rĂ©cents. Il y explore ici deux modalitĂ©s du dessin. Le dessin thĂšme, au fusain, rĂ©sulte de couvrements successifs. Alors que dans la variation, le dessin Ă  l’encre ou au crayon se dĂ©ploie dans un unique Ă©lan, sans repentir : « le chemin que fait mon crayon sur la feuille de papier a, en quelque sorte, quelque chose d’analogue au geste d’un homme qui cherche son chemin dans l’obscuritĂ©. Je veux dire que ma route n’a rien de prĂ©vu : je suis conduit, je ne conduis pas ». DĂ©ployĂ©s au murs de l’atelier du RĂ©gina, l’ensemble produit un effet d’animation : « on pense au cinĂ©ma, Ă©crit-il Ă  son fils Pierre, [
] et pourtant ce n’est pas ça, c’est l’esprit du spectateur qui est entraĂźnĂ© ainsi ».

Section 2 : Jazz
Matisse souscrit Ă  la demande de l’éditeur TĂ©riade qui, depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ , veut faire avec lui « un livre sur la couleur ». Il travaille Ă  une suite de vingt planches rĂ©alisĂ©es Ă  partir de papiers gouachĂ©s dĂ©coupĂ©s, Ă©voquant le monde de l’enfance, celui du cirque et des contes populaires, auxquels s’adjoignent des souvenirs des lagons ocĂ©aniens. ParallĂšlement, il compose un ensemble de textes courts, pensĂ©es sur l’art et sur la vie, qu’il calligraphie ensuite Ă  l’encre. L’architecture du livre s’appuie sur l’alternance des pages de couleurs et des textes dont le rĂŽle, prĂ©cise-t-il, « est purement spectaculaire ». Le choix du titre Jazz suggĂšre tout Ă  la fois ce rythme, les accords parfois stridents des couleurs pures et l’improvisation qui guide l’ensemble de l’ouvrage. Matisse travaille de longs mois Ă  trouver la technique de reproduction appropriĂ©e. Il opte finalement pour des pochoirs qu’il fait exĂ©cuter avec les gouaches de la marque Linel qu’il a utilisĂ©es pour rĂ©aliser les originaux. La prĂ©sentation de la maquette en regard de l’album permet de prendre toute la mesure du haut niveau d’exigence de cette transposition, Matisse estimant que, dans certains cas, la planche de l’album Ă©tait plus rĂ©ussie que sa maquette originale ou inversement.

Section 3 : Intérieurs de Vence
RĂ©alisĂ©e entre 1946 et 1948, la sĂ©rie dĂ©signĂ©e sous le terme gĂ©nĂ©rique des IntĂ©rieurs de Vence peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme l’adieu de Matisse Ă  la peinture. Le fonctionnement en rĂ©sonnance de la sĂ©rie, d’un tableau Ă  l’autre, rejoint ici le thĂšme de l’atelier qui a toujours Ă©tĂ© pour Matisse le cadre d’un espace mental, plus que descriptif : celui de la mise en relation des ĂȘtres et des choses. Rarement la couleur aura Ă©tĂ© si loin dans l’affirmation de sa qualitĂ© expansive, dans sa capacitĂ© Ă  dĂ©ployer l’espace pictural au-delĂ  de la limite du cadre. Les IntĂ©rieurs de Vence sont indissociables des modes d’expression parallĂšles que Matisse dĂ©veloppe Ă  ce moment-lĂ , les gouaches dĂ©coupĂ©es et les dessins au pinceau. Le mĂȘme air y circule, la mĂȘme sensation d’allĂ©gement. Il est en effet parvenu ici Ă  une synthĂšse de ses moyens plastiques : « j’ai atteint une forme dĂ©cantĂ©e jusqu’à l’essentiel et j’ai conservĂ© de l’objet que je prĂ©sentais autrefois dans la complexitĂ© de son espace, le signe qui suffit et qui est nĂ©cessaire Ă  la faire exister dans sa forme propre et pour l’ensemble dans lequel je l’ai conçu ».

Focus : La chambre de la Villa Le RĂȘve
Au dĂ©but de l’annĂ©e 1948, Matisse couvre de ses dĂ©coupages les murs de sa chambre de Vence, qui s’en trouvent littĂ©ralement tapissĂ©s. Simplement Ă©pinglĂ©es, les gouaches y sont assemblĂ©es de maniĂšre mobile et Ă©volutive, au grĂ© de son inspiration. Sans suite, ni contenu narratif, ces compositions de tailles diverses reprennent, pour la plupart, le vocabulaire aquatique et vĂ©gĂ©tal des panneaux OcĂ©anie et PolynĂ©sie auxquels s’adjoignent d’autres figures. La spontanĂ©itĂ© et l’impermanence au fondement de ce processus de crĂ©ation sont essentielles pour comprendre la nature contingente de la gouache dĂ©coupĂ©e. Les gouaches sont finalement dĂ©tachĂ©es avant d’ĂȘtre expĂ©diĂ©es Ă  Paris, oĂč Matisse les fait fixer avant de les exposer. Elles sont ici rĂ©unies de nouveau, sans toutefois rĂ©pondre Ă  la mise en scĂšne initiale.

Section 4 : Jardin de Matisse
Entre 1948 et 1951, Matisse se consacre Ă  la rĂ©alisation d’une chapelle pour les dominicaines du Rosaire de Vence. Il la conçoit comme une oeuvre totale, de son architecture gĂ©nĂ©rale, Ă  son programme iconographique en passant par le mobilier liturgique et les vĂȘtements sacerdotaux. Le papier gouachĂ© dĂ©coupĂ© acquiert dĂšs lors le statut spĂ©cifique d’oeuvre monumentale. Maquettes de vitraux et grands dessins au pinceau sont travaillĂ©s Ă  taille rĂ©elle, Ă  mĂȘme les murs de l’atelier du RĂ©gina. D’autres commandes suivent, profanes cette fois, ou des rĂ©alisations spontanĂ©es. À mesure que l’un ou l’autre projet avance, Matisse taille au ciseau dans la couleur, tenant ainsi Ă  sa disposition toute une grammaire de formes polysĂ©miques assemblĂ©es et rĂ©agencĂ©es au grĂ© de son inspiration, transformant l’atelier en un environnement foisonnant. Ce monde en mĂ©tamorphose permanente crĂ©e un cadre aĂ©rien au sein duquel le vieil artiste Ă©prouve un sentiment d’allĂšgement. La mĂ©taphore vĂ©gĂ©tale s’est imposĂ©e comme celle de l’énergie crĂ©ative et de la qualitĂ© expansive de l’espace matissien. En tĂ©moignent la structure en spirale de L’Escargot, ou celle irradiante et explosive de La Gerbe et des Acanthes.

Section 5 : Visages
DĂšs ses dĂ©buts, Matisse a affirmĂ© l’importance primordiale que revĂȘt pour lui l’étude de la figure. La derniĂšre publication Ă  laquelle il travaille est un recueil de portraits dont il rĂ©dige aussi la prĂ©face. Il y Ă©crit : « La transcription presque inconsciente de la signification du modĂšle est l’acte initial de toute oeuvre d’art. » Si le portrait est en effet au coeur de son esthĂ©tique, il ne rĂ©sulte pas d’une reprĂ©sentation mimĂ©tique, laissant cela Ă  la photographie, mais d’un processus d’identification avec le modĂšle. Matisse dĂ©crit Ă  plusieurs reprises cette expĂ©rience du dessin au cours de laquelle il se dĂ©tache progressivement de la ressemblance physique, pour absorber le flux de l’intĂ©rioritĂ© psychique de son modĂšle dans le libre jaillissement du trait. Équivalent graphique de la gouache dĂ©coupĂ©e, l’usage de l’encre et du pinceau ramĂšne le dessin Ă  la sphĂšre de l’écriture et du signe. Au lieu de singulariser, le dessin dissipe les particularitĂ©s, se dĂ©tourne de l’apparence pour atteindre l’universel et transforme ainsi le visage en masque. Matisse renoue ici avec son aspiration orientale qui a de tout temps guidĂ© son oeuvre dans sa vocation dĂ©corative. La frontalitĂ© de ces effigies, le souffle qui Ă©mane de la blancheur des vides confĂšrent aux masques-visages une prĂ©sence monumentale.

Section 6 : Le tailleur de couleurs
Les derniĂšres annĂ©es de la vie de Matisse sont particuliĂšrement prolifiques. Le grand succĂšs de la rĂ©trospective organisĂ©e par Alfred Barr au MoMA en 1951 Ă  New York met l’artiste sur le devant de la scĂšne et les commandes affluent. ParallĂšlement, il poursuit une oeuvre libre, au grĂ© de son inspiration, faisant Ă©voluer ce qui est dĂ©sormais devenu son mĂ©dium de prĂ©dilection, la gouache dĂ©coupĂ©e, vers toujours plus d’autonomie. La gouache dĂ©coupĂ©e se fait tableau. Sortant de la seule Ă©vocation d’un monde vĂ©gĂ©tal stylisĂ©, elle entre dĂ©sormais dans le champ de la figuration. La figure monumentale de Zulma se dresse sur une hauteur de plus deux mĂštres alors que celle de la Danseuse crĂ©ole rĂ©actualise le thĂšme de la danse au grĂ© du rythme afro-caribĂ©en. Vaste scĂšne biblique Ă©voquant solitude et mĂ©lancolie du soir de la vie, La Tristesse du roi est une tentative pour adapter ce mĂ©dium Ă  la peinture d’histoire. En 1952, Matisse entreprend la sĂ©rie des Nus bleus qui comprend une quinzaine de dĂ©clinaisons diffĂ©rentes de figures dĂ©coupĂ©es dans la gouache bleue, soit statiques, soit dynamiques. Modernes caryatides, les Nus bleus s’inscrivent dans la lignĂ©e des grandes figures arcadiennes qui ont jalonnĂ© son oeuvre. Jusqu’au bout Matisse se rĂ©invente.

Focus : Le Platane
S’il est un thĂšme rĂ©current dans l’oeuvre de Matisse, l’arbre et le dynamisme de son expansion verticale – Ă©cho Ă  sa vitalitĂ© retrouvĂ©e – deviennent un sujet privilĂ©giĂ© dans les annĂ©es 1940. Sa reprĂ©sentation lui donne l’occasion de thĂ©oriser la distinction entre le dessin d’imitation et le dessin fondĂ© sur l’identification avec le modĂšle qu’il dĂ©couvre dans la tradition chinoise : « quand vous dessinez un arbre, ayez la sensation de monter avec lui quand vous commencez par le bas ». En 1951, Matisse trace au pinceau une sĂ©rie de grands platanes en vue d’une transposition sur cĂ©ramique destinĂ©e Ă  dĂ©corer la salle Ă  manger de la villa de TĂ©riade Ă  Saint-Jean-Cap-Ferrat. Monumental et stylisĂ©, l’épanouissement du vĂ©gĂ©tal acquiert une ampleur presque architecturale dĂ©jĂ  prĂ©sente dans le vitrail de L’Arbre de vie qui s’élĂšve dans la chapelle de Vence.

Focus : L’Acrobate
L’acrobate est l’emblĂšme de la conception matissienne du dessin. Il y fait souvent rĂ©fĂ©rence pour dĂ©signer ce qui dans son travail est risquĂ©, aventureux et irrĂ©versible. Or l’acrobate, lorsqu’il exĂ©cute son numĂ©ro, doit l’avoir longuement prĂ©parĂ© avant de pouvoir se lancer sans rĂ©flĂ©chir, sans contrainte, dans l’action. « C’est pour libĂ©rer la grĂące, le naturel que j’étudie tellement avant de faire un dessin Ă  la plume. Je ne m’impose jamais violence ; au contraire ; je suis le danseur ou l’équilibriste qui commence sa journĂ©e par plusieurs heures d’exercices d’assouplissement.» Le dessin Ă  l’encre de la sĂ©rie des Acrobates n’est pas inscrit dans une image formĂ©e d’avance, il n’est plus disegno ou projet de l’esprit, il s’engendre plutĂŽt de lui-mĂȘme, s’avance dans l’inconnu, se dĂ©couvre dans sa rĂ©alisation mĂȘme.