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“Picasso et la bande dessinée”

au Musée national Picasso, Paris

du 21 juillet 2020 au 3 janvier 2021

Musée national Picasso

PODCAST -  IInterview de Johan Popelard, conservateur en charge des peintures (1895-1921) et des arts graphiques au Musée national Picasso-Paris et co-commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 21 juillet 2020, durée 14’22, © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Johan Popelard, conservateur en charge des peintures (1895-1921) et des arts graphiques au MusĂ©e national Picasso-Paris et co-commissaire de l’exposition,

par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 21 juillet 2020, durée 14’22, © FranceFineArt.


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© Anne-Frédérique Fer, présentation presse, le 21 juillet 2020.

Maurice Henry, «Devine chez quel peintre je viens de poser» (Dessin au recto par Maurice Henry et au verso par Pablo Picasso), Sans date, Musée de Reims.
Maurice Henry, «Devine chez quel peintre je viens de poser» (Dessin au recto par Maurice Henry et au verso par Pablo Picasso), Sans date, Musée de Reims.
Pablo Picasso, Dora Maar assise, 2 février 1938. Carton, encre de Chine, mine de plomb, pastel, Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo © RMN-Grand Palais. © Succession Picasso 2020.
Pablo Picasso, Dora Maar assise, 2 février 1938. Carton, encre de Chine, mine de plomb, pastel, Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo © RMN-Grand Palais. © Succession Picasso 2020.
Pablo Picasso, La Xerrameca, 1899-1900. Encre sur papier. Museu Picasso Barcelona.
Pablo Picasso, La Xerrameca, 1899-1900. Encre sur papier. Museu Picasso Barcelona.
Pablo Picasso, Histoire claire et simple de Max Jacob, 13 janvier 1903. Dessin à la plume, encre brune, vélin (papier), Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo ©RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau. © Succession Picasso 2020.
Pablo Picasso, Histoire claire et simple de Max Jacob, 13 janvier 1903. Dessin à la plume, encre brune, vélin (papier), Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo ©RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau. © Succession Picasso 2020.
Pablo Picasso, Sueño y mentira de Franco (planche II), IIIe état 1937. Aquatinte, eau-forte, grattoir, Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Adrien Didierjean. © Succession Picasso 2020.
Pablo Picasso, Sueño y mentira de Franco (planche II), IIIe état 1937. Aquatinte, eau-forte, grattoir, Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Adrien Didierjean. © Succession Picasso 2020.

Extrait du communiqué de presse :



commissaires :
Vincent Bernière, Écrivain, journaliste et éditeur de bande dessinée
Johan Popelard, Conservateur du patrimoine, Musée national Picasso-Paris



Première exposition consacrée à l’étude des liens entre les oeuvres de l’artiste et cette forme d’expression graphique, « Picasso et la bande dessinée » explore l’histoire foisonnante de ces échanges et appropriations croisées.

Né en 1881 à Malaga, Pablo Picasso est un enfant du XIXe siècle. L’exécution de ses premières oeuvres, au tournant des années 1890, coïncide opportunément avec la naissance, aux États-Unis, de la bande dessinée moderne.

Au rez-de-chaussĂ©e, le parcours met en lumière le goĂ»t de Picasso pour la bande dessinĂ©e, en explorant notamment ses lectures et en restituant ainsi une part mĂ©connue de sa culture visuelle, largement imprĂ©gnĂ©e de sources populaires contemporaines. L’exposition montre Ă©galement comment, en retour, Picasso s’approprie, dans certaines oeuvres, les codes du neuvième art, en privilĂ©giant par exemple les sĂ©quences d’images Ă  des compositions isolĂ©es, en utilisant le principe du phylactère – moyen graphique, banderole ou bulle, qui permet de dĂ©ployer les paroles prononcĂ©es par les personnages reprĂ©sentĂ©s – ou encore en organisant la page en diffĂ©rentes cases. Elle revient, enfin, sur le phĂ©nomène Picasso dans la bande dessinĂ©e en mettant en Ă©vidence la prĂ©sence parallèle de l’homme et de ses oeuvres dans les planches tout au long du XXe siècle et jusqu’à nos jours. Devenu un vĂ©ritable personnage de bande dessinĂ©e, Picasso peuple les univers de Gotlib, ClĂ©ment Oubrerie, Reiser ou Art Spiegelman. Plus encore, ses oeuvres ont Ă©tĂ© reprises ou Ă©voquĂ©es par des auteurs aussi divers qu’HergĂ©, Edgar P. Jacobs, Milo Manara, ou Enki Bilal, souvent avec admiration, parfois avec humour ou irrĂ©vĂ©rence, crĂ©ant ainsi un vĂ©ritable musĂ©e Picasso imaginaire.

Au sous-sol de l’hôtel Salé, en complément des salles du rez-de-chaussée, un parcours autour de l’oeuvre et de la vie de Pablo Picasso invite le visiteur à faire l’expérience de formes plus monumentales et plus contemporaines de bandes dessinées. Constituée d’œuvres pour la plupart inédites et créées spécifiquement pour les espaces du musée, cette partie de l’exposition comprend des fresques murales et installations sur papier. Sont ici réunies des oeuvres de Sergio García Sánchez, d’Émilie Gleason, François Olislaeger, Clément Oubrerie, et Marina Savani (en coproduction avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême). En marge de ces commandes, est également présentée une oeuvre du plasticien Richard Fauguet. En noir et blanc ou en couleurs, humoristiques ou tragiques, documentées ou décalées, les travaux rassemblés ici témoignent de la variété des styles graphiques et modes de narration de la bande dessinée contemporaine et montrent la multiplicité des regards aujourd’hui portés sur Pablo Picasso.


Pablo Picasso, Sueño y mentira de Franco (planche I), IIIe état 1937. Aquatinte, eau-forte, grattoir, Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Adrien Didierjean. © Succession Picasso 2020.
Pablo Picasso, Sueño y mentira de Franco (planche I), IIIe état 1937. Aquatinte, eau-forte, grattoir, Paris (origine). Musée national Picasso-Paris. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Adrien Didierjean. © Succession Picasso 2020.

Parcours de l’exposition :


1. Dessins de jeunesse

Autour de 1900, certains dessins de Picasso témoignent du contact de l’artiste avec l’univers de la bande dessinée. En 1894, alors qu’il va avoir treize ans, Picasso produit lui-même de petits journaux illustrés, où se mêlent textes et images. Dans les dessins réalisés à Barcelone, comme dans ceux qu’il produit à son arrivée à Paris, il n’est pas rare de rencontrer des bulles ou une construction d’images en séquences pour introduire un fil narratif. L’artiste saisit la voix d’une mendiante ou invente un monde peuplé d’animaux doués de parole. En 1903, dans une planche gravée organisée en sept cases commentées, Picasso imagine l’apothéose bouffonne de son ami le poète Max Jacob. En 1904, il relate, en plusieurs images légendées, son voyage en train de Barcelone à Paris, accompagné de son ami Junyer-Vidal. Ces expérimentations, en apparence potaches, participent à l’entreprise de subversion des formes académiques à laquelle l’artiste se livre au tournant du siècle.


2. Comics américains

Écrivaine et collectionneuse de la première heure, Gertrude Stein, dans son Autobiographie d’Alice Toklas publiée en 1933, livre un témoignage rare du véritable engouement de Picasso pour les comics américains. On y apprend notamment qu’à Paris, l’artiste dévore The Katzenjammer Kids, dont les héros sont deux enfants turbulents vivant sur l’île imaginaire de Bongo. Cette passion, Picasso la cultive : en août 1906, il se fait envoyer à Gósol, petit village catalan où il séjourne tout l’été, les aventures de Little Jimmy. Les premières bandes dessinées américaines paraissent alors chaque semaine dans les journaux, transportant leurs lecteurs dans le monde féérique de Little Nemo ou dans l’univers gaguesque de Krazy Kat. En France, Les Pieds Nickelés font leur apparition en 1908 dans la revue L’Épatant, dont on trouve plusieurs exemplaires dans la bibliothèque personnelle de l’artiste. Le journal, motif récurrent dans l’oeuvre de Picasso, est aussi au début du XXe siècle le vecteur d’une culture populaire et enfantine qui nourrit l’imaginaire du jeune peintre.


3. Songe et mensonge de Franco

Songe et mensonge de Franco, série de gravures réalisée par Pablo Picasso au cours de l’année 1937, met en scène la figure monstrueuse du dictateur qui vient de s’emparer du pouvoir dans l’Espagne natale de l’artiste. La structure en deux planches et dix-huit cases juxtapose la bouffonnerie menaçante de Franco et l’iconographie des désastres de la guerre, dans la lignée des gravures dénonciatrices de Goya. La bande dessinée sert ici un combat politique, à l’image des vignettes antifranquistes qui paraissent à la même époque dans L’Humanité ou, dans les années 1970, des caricatures de Reiser en couverture de Charlie Hebdo. Les oeuvres de Picasso de la fin des années 1930 nourrissent l’imaginaire de nombreux auteurs de bande dessinée, reprises et détournées par Art Spiegelman dans Ace Hole Midget Detective (1974) ou Edgar P. Jacobs, qui, dans Le Piège diabolique (1960-1961), insère des fragments du Guernica de Picasso (1937) dans un paysage post-apocalyptique.


4. Le mystère du dessin

En 1955, dans Le Mystère Picasso, l’oeil de la caméra d’Henri-Georges Clouzot saisit Picasso au travail. Le spectateur assiste, fasciné, à la naissance et au devenir des formes. Dans une série de photographies pour Paris Match en 1966, Hergé se met en scène dessinant Tintin sur une vitre, dans un dispositif comparable à celui du film de Clouzot. L’émission de télévision Tac au tac, au tournant des années 1960 et 1970, filme deux équipes de dessinateurs qui rivalisent sur un thème imposé. Une parodie délirante de Gotlib imagine d’ailleurs la participation de Picasso à cette émission. Dans ces différentes images du dessinateur au travail, les gestes se répondent. Au-delà ou en deçà des hiérarchies établies, elles font apparaître un territoire commun où Picasso dialogue avec Hergé, Reiser ou Guido Crepax.


5. Pablo Picasso, personnage de bande dessinée

De La Vie imagée de Pablo Picasso en 1951 dont le scénario est signé Benjamin Péret et André Breton aux albums de Nick Bertozzi (2007), Julie Birmant et Clément Oubrerie (2012-2014) ou encore Daniel Torres (2018), en passant par les dessins de Maurice Henry des années 1940 et 1950 et les oeuvres de Philippe Geluck, Pablo Picasso est devenu en quelques décennies un personnage récurrent de la bande dessinée mondiale. À ce point familier, qu’une simple marinière suffit à l’évoquer. Documentées ou fantastiques, théoriques ou absurdes, humoristiques ou émouvantes, et parfois tout cela à la fois, ces bandes dessinées témoignent de la puissance du mythe Picasso dans l’imaginaire contemporain et des multiples visages d’une figure qui ne cesse d’être réinventée.