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“Révéler le féminin” Mode et apparences au XVIIIe siècle, au musée Cognacq-Jay, du 25 mars au 20 septembre 2026

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“Révéler le féminin” Mode et apparences au XVIIIe siècle

au musée Cognacq-Jay, Paris

du 25 mars au 20 septembre 2026

Musée Cognacq-Jay


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©Sylvain Silleran, visite presse, le 25 mars 2025.

Texte Sylvain Silleran

Maurice Quentin de La Tour, Portrait de Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque, 1742. Paris, musée Cognacq-Jay CCØ Paris Musées.

Maurice Quentin de La Tour, Portrait de Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque, 1742. Paris, musée Cognacq-Jay CCØ Paris Musées.

Attribué à Jean-Marc Nattier, Portrait de Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV, dite Madame Adélaïde, vers 1750, Paris, musée Cognacq-Jay. CCØ Paris Musées.

Attribué à Jean-Marc Nattier, Portrait de Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV, dite Madame Adélaïde, vers 1750, Paris, musée Cognacq-Jay. CCØ Paris Musées.

Attribué à Louis-Lié Périn-Salbreux (1753 - 1817) Portrait présumé de Marie-Thérèse de Savoie, vers 1776, Paris, musée Cognacq-Jay CCØ Paris Musées.

Attribué à Louis-Lié Périn-Salbreux (1753 – 1817) Portrait présumé de Marie-Thérèse de Savoie, vers 1776, Paris, musée Cognacq-Jay CCØ Paris Musées.

Jean-Charles Nicaise Perrin, Portait de Madame Perrin, 1791. © musée des arts et de l’archéologie de Valenciennes – Photo Thomas Douvry.

Jean-Charles Nicaise Perrin, Portait de Madame Perrin, 1791. © musée des arts et de l’archéologie de Valenciennes – Photo Thomas Douvry.

Révéler le féminin – Mode et Apparence au XVIIIe siècle
Musée Coqnacq-Jay

Une veste de taffetas bleu pâle brodée de fleurs de soie et d’argent arbore une capuche qui lui donne un air étrangement anachronique, sorti d’un film de Sofia Coppola. Ce vêtement presque contemporain illustre l’accélération de la mode du XVIIIe siècle. Après les lentes évolutions des siècles précédents, la rivalité grandissante entre la noblesse et la bourgeoisie montante stimule une créativité bien vivante, un bouillonnement de nouveautés sans cesse renouvelées, un raffinement unique. Paris avec ses créateurs et ses artisans se place au centre du monde de la beauté et de l’élégance.

Un pastel de Quentin de La Tour représente Madame la présidente de Rieux en habit de bal. A la relative sobriété de la robe aux nœuds bleus cascadant, le masque de bal masqué qu’elle tient dans la main vient opposer l’effervescence festive d’une époque. Sur le manteau de la cheminée, une pendule et deux vases de ravissante porcelaine bleue turquoise à dessins de roses sont posés simplement, sans vitrine, se riant de la menace d’un visiteur maladroit. On entre dans cette exposition comme dans un salon, on admire Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV, par Jean-Marc Nattier, la splendeur de ses dentelles d’argent et la fraîcheur de son teint. La subtilité des entrelacs de fils d’argent sont un écrin aux joues roses, à la gorge blanche de la princesse.

On passera sur les incursion du XXIe siècle, un tirage de Valérie Belin sans intérêt, rien d’autre qu’un signalement de vertu métissée, à mille lieues de ses portraits outrageusement fleuris, ou quelques autres hommages du même acabit à ce siècle rayonnant dans lequel il est si délicieux de se plonger. Un portrait de femme d’Adélaïde Labille-Guiard nous montre que le vêtement est plus que porté, il est habité, les cheveux argentés dialoguent avec dentelles et soies. Celui de de la comtesse de Maussion nous montre une chevelure faussement en désordre, véritable drapé qui se détache en fils ondulés comme une dentelle. Elisabeth Louise Vigée Le Brun peint le portrait plein de délicatesse de Madame Lesould portant une magnifique pièce d’estomac, des dentelles en vagues vaporeuses d’écume flottant au-dessus de nœuds bleus plantureux. Puis le souci du détail de Lié Louis Périn-Salbreux submerge le portrait de Madame Sophie sous les extravagances d’une robe paysage de broderies et dentelles.

Loin de cet apparat, de ces ambitions, la famille, la domesticité offrent également un espace à l’expression du luxe et de la splendeur. Jean-Baptiste Deshays peint un portrait de famille, on commence alors à valoriser la tendresse et l’affection. On pose chez soi, en robe de chambre, en vêtements d’intérieur, cotonnades, une mousseline précieuse de coton du Bengale. Les enfants vivent leur innocence: les deux fillettes de William Artaud mangeant un gâteau. La simplicité d’une robe blanche serrée à la taille par un ruban rouge, une paire d’escarpins rouges y répondant composent une jolie scène aussi gracieuse qu’élégante. Dans ce domaine de l’intimité familiale, du quotidien, le luxe n’est plus ostentatoire, il réside dans la délicatesse des étoffes, la blancheur pure et virginale du coton blanc. Si dans un petit tableau une petite fille essaie le manteau de soie de sa mère, sous les reflets bleus, la bordure de fourrure, c’est bien la même petite robe blanche qui illumine la toile de sa pureté.

La sentimentalité glisse vers quelques polissonneries, des scènes pastorales où la fête se poursuit derrière les buissons. Une leçon de musique (et d’autres choses) de Boucher ouvre le bal de jeux de séduction. Une Assemblée dans un parc de Jean-Baptiste Pater où on se chuchote à l’oreille, une Partie de dames où les pions sont un prétexte à bien des intrigues et des voluptés. Une élégante et un jardinier accoudés à une balustrade écoutent un concert, se laissent aller à de douces rêveries et s’épient du coin de l’œil. Sur cette tapisserie de la manufacture de Beauvais, les rêveries ne sont pas toutes musicales…

Dans un portrait présumé de Marie-Emilie Baudouin, sa fille, il y a toute la sensualité de Boucher, la tendresse, la grâce des gestes, du doigt sur lequel est posé un heureux canari, l’incarnation moelleuse, amoureuse presque, de la jeunesse. Dans une vitrine un corps à baleines évoque le buste enserré, oiseau en cage. Une petite danseuse de Jean-Frédéric Schall semble, elle, avoir retrouvé la liberté, malgré sa taille impressionnante d’étroitesse.

Car le laçage appelle le délaçage, quelques petites porcelaines polychromes montrent des scénettes champêtres: la cueillette de cerises, une bergère et son panier. La polissonnerie n’est jamais bien loin de l’innocence, le bonheur est joyeux, il se saisit dans l’immédiat comme on cueille un fruit. Car qui sait comment ce siècle s’achèvera? Avant de retrouver notre temps, on passe avec émerveillement devant les scintillements de la robe bustier à fleurs vernies à l’aspect de porcelaine de Karl Lagerfeld. C’est la seule œuvre contemporaine qui tienne face à ces merveilles du XVIIIe, elle prolonge un peu jusqu’à nous de cette joie.

Sylvain Silleran

Adélaïde Labille-Guiard, Portrait présumé de Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre, comtesse de Maussion, 1787, Paris, musée Cognacq-Jay. CCØ Paris Musées

Adélaïde Labille-Guiard, Portrait présumé de Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre, comtesse de Maussion, 1787, Paris, musée Cognacq-Jay. CCØ Paris Musées

Nicolas-Bernard Lépicié, Emilie Vernet (1760-1794), en 1769. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris CCØ Paris Musées.

Nicolas-Bernard Lépicié, Emilie Vernet (1760-1794), en 1769. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris CCØ Paris Musées.


Extrait du communiqué de presse :

Commissariat général :
Pascale Gorguet Ballesteros, conservateur général du patrimoine, responsable des départements mode XVIIIe et Poupées au Palais Galliera
Adeline Collange-Perugi, conservatrice du patrimoine et responsable de la collection art ancien, Musée d’arts de Nantes
Saskia Ooms, responsable des collections du musée Cognacq-Jay

Présentée au musée Cognacq-Jay en collaboration avec le Palais Galliera, l’exposition « Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle » propose une immersion dans l’univers fascinant des féminités au siècle des Lumières. Portraits, scènes galantes et pièces textiles historiques dialoguent pour explorer la diversité des représentations de la féminité telles qu’elles se déploient dans les mises en scène du XVIIIe siècle. L’exposition souligne l’essor d’un style français dont l’élégance séduit alors les cours et l’aristocratie européennes, révélant une histoire du costume à la fois ancrée dans une réalité matérielle et nourrie par l’imaginaire.

Au coeur de cette époque, la France s’impose comme le théâtre incontournable du raffinement et du prestige. Les artistes tels que Maurice Quentin de La Tour, Jean-Marc Nattier, Adélaïde Labille-Guiard, ou encore Élisabeth Vigée Le Brun excellent à traduire l’éclat des étoffes comme la profondeur des âmes, offrant à leurs modèles une aura de grâce et de pouvoir.

Le parcours de l’exposition, qui met en lumière ces oeuvres virtuoses, s’enrichit de portraits marqués par une dimension psychologique nouvelle, où l’intimité et le naturel prennent une place centrale, sous l’influence anglaise. En parallèle, les pastorales de François Boucher et les fêtes galantes d’Antoine Watteau façonnent une féminité idéalisée et poétique.

Enfin, des photographies contemporaines de Steven Meisel, Esther Ségal, ou encore Valérie Belin, ainsi qu’une création Chanel par Karl Lagerfeld, suggèrent en contrepoint une réflexion sur la persistance des codes et l’héritage du XVIIIe siècle dans la mode actuelle, entre exigence sociale et imaginaire de la beauté.

Catalogue de l’exposition aux éditions Paris musées
Quand le musée Cognacq-Jay s’associe au Palais Galliera, c’est tout un siècle qui s’anime : le XVIIIe , un moment où les féminités se façonnent, se parent et se découvrent. À travers un dialogue entre oeuvres picturales, pièces textiles d’époque et créations contemporaines, Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle met en lumière la manière dont les femmes ont alors été représentées, idéalisées et théâtralisées – entre attentes sociales, codes esthétiques et imaginaires de la beauté. Portraits d’aristocrates, scènes pastorales, fêtes galantes, ce livre retrace une époque où le nouveau style français s’impose dans toute l’Europe et redéfinit les canons du féminin, porté par le raffinement des marchandes de modes et l’art de peintres telles qu’Élisabeth Vigée Le Brun. Cette approche sensible et visuelle du siècle des Lumières révèle une réalité matérielle, celle du vêtement et du paraître, et la construction, non moins concrète, du rôle des femmes et de leur image.


Parcours de l’exposition

Salles 1 et 2 – Parures et ornements : le désir de l’excellence et du prestige
Le nouveau style français, adopté dans les cours et les villes d’Europe, se manifeste dans les portraits de femmes de l’aristocratie et de la bourgeoisie. Satins, broderies et parures composent une mise en scène de soi où le vêtement, marqueur de rang, érige la mode en langage de la splendeur, mais aussi en art de séduire et d’exister. Le dialogue entre peintures et costumes d’époque éclaire la construction d’une féminité entre idéal de beauté ; désir de réalisme et représentation sociale. L’art du paraître connaît alors un essor inédit : la mode s’affirme, attisée par la rivalité entre noblesse et bourgeoisie montante. Nattier incarne cet équilibre entre idéalisation et somptuosité, comme en témoignent ses portraits de princesses commandés par Louis XV. Les modèles, qu’ils soient issus de la Cour ou des élites urbaines, participent souvent à la création de leur image, affirmant ainsi leur rôle dans l’invention d’une nouvelle esthétique féminine.

Salle 3 – Le portrait, théâtre de l’identité et du statut social
Au siècle des Lumières, le portrait connaît un essor sans précédent. Aristocrates et bourgeois se font représenter pour affirmer leur rang et leur richesse. Les peintres magnifient leurs modèles par le faste des vêtements et accessoires : velours, taffetas, satins, fourrures, broderies d’or et d’argent. Chaque détail — tissus, ornements, bijoux — souligne raffinement et statut social. Certains artistes excellent dans cet art du paraître : Labille-Guiard, Vigée Le Brun et Vestier se distinguent par leur sens aigu de la matière et du détail. Formé à la miniature, Antoine Vestier s’attache à la finesse des étoffes et à la précision des motifs. Adélaïde Labille-Guiard, également miniaturiste et fille d’un marchand-mercier, puise dans cet univers son goût du luxe et du costume. Pour Élisabeth Vigée Le Brun, fille d’une coiffeuse et d’un peintre pastelliste, l’attention à la mode et à la grâce féminine s’enracine dans son environnement familial, sa formation auprès d’un peintre éventailliste avait éveillé son goût pour le détail et le raffinement décoratif. Sous les pinceaux de ces portraitistes, la mode devient un langage de prestige et de distinction, donnant vie à l’élégance et à l’éclat de la société du temps du XVIIIe siècle.

Salle 4 – Portraits sensibles : félicité familiale et bonheurs enfantins
Dès les années 1770, les romans et écrits philosophiques sont les théâtres de profonds changements, célébrant la félicité conjugale et accordant à l’enfant une psychologie et une personnalité propres, enfin dignes d’intérêt (Jean-Jacques Rousseau écrit le fameux Émile ou De l’éducation en 1762). Une veine originale de portraits accompagne ces transformations, peignant des jeunes filles et des femmes avec une beauté se revendiquant plus simple et naturelle, et des enfants joueurs et espiègles. Aux bouleversements sociaux et à ce goût du naturel répond une vogue grandissante pour les cotonnades et mousselines blanches issues de la sphère de l’intime et des linges de corps. Les dessous prennent le dessus, dans les portraits féminins et enfantins. Les peintures françaises, imprégnées de l’idéal rousseauiste, et anglaises, tout en élégance raffinée et décontractée, se répondent et s’influencent à l’aube du XIXe siècle.

Salle 5 – Féminités rêvées et jeux de l’amour : fêtes galantes et pastorales
Au XVIIIe siècle de nouveaux genres voient le jour : fêtes galantes de Watteau et Lancret, et pastorales de Boucher mettent en scène une féminité rêvée et fantasmée. Pour ce nouveau théâtre de l’imaginaire, ils jouent des costumes et du travestissement, créant une image poétique et idéalisée des femmes. Au début du XVIIIe siècle, le peintre Antoine Watteau invente un nouveau genre : la fête galante. Elle célèbre l’amour raffiné, la grâce et les plaisirs élégants d’une société qui aime se mettre en scène. Aristocrates et bourgeois se retrouvent à l’opéra, dans les bals ou lors de fêtes déguisées, jouant à être bergères, danseuses ou pèlerines. Watteau mêle mythologie et figures contemporaines pour créer une vision poétique du monde de la séduction et de la rêverie. Ses successeurs – Lancret, Ollivier ou Watteau de Lille – prolongent cet art du bonheur et de la féminité mise en scène. Inspiré par cet esprit, François Boucher ouvre la voie aux pastorales, où des bergers et bergères, vêtus de soie et de velours, évoluent dans une nature idéalisée. Ce goût pour la pastorale s’inscrit dans une longue tradition littéraire, héritière de la poésie bucolique de la Renaissance et de l’Antiquité. Il puise aussi dans la peinture nordique, attentive à la vie paysanne, et dans les arts du spectacle qui fascinent tant le XVIIIe siècle.

Salle 6 – Fêtes galantes, pastorales et portraits : une nouvelle culture mondaine
La société du XVIIIe siècle, friande d’opéras et théâtres adore mêler ses divertissements à une véritable « théâtralité sociale ». Elle se met ainsi en scène dans la mode, spectacles, salons et promenades. Au-delà des oeuvres de Watteau, Lancret ou encore Boucher, les fêtes galantes et les pastorales ont aussi une véritable pratique sociale. Les travestissements et déguisements occupent en effet une place d’honneur dans cette nouvelle culture mondaine du XVIIIe siècle. Tous comme les peintres, les nobles s’emparent des codes de la Commedia dell’arte et des pastorales dans leurs bals et parties de campagne. Et ces genres, tant déclinés dans les scènes de genre et arts décoratifs, imprègnent alors jusqu’aux portraits. La référence à une nature bucolique caractéristique des pastorales du XVIIIe siècle forme une source d’inspiration pour les créations contemporaines. Cet héritage se retrouve à la fois dans la réinterprétation des arts décoratifs rocailles par Cindy Sherman et dans la haute couture de la maison CHANEL.