🔊 “Renoir” au Musée d’Orsay, du 17 mars au 19 juillet 2026
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“Renoir”Â
au Musée d’Orsay, Paris
du 17 mars au 19 juillet 2026

PODCAST –Â Entretien avec
Paul Perrin,
conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections, musĂ©e d’Orsay, et co-commissaire pour les deux expositions consacrĂ©es Ă Auguste Renoir,
et (Ă partir de 8’33) avec
Anne Distel
consevatrice gĂ©nĂ©rale honoraire du patrimoine, musĂ©e d’Orsay, et co-commissare de l’exposition « Renoir dessinateur »,
par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă Paris, le 16 mars 2026, durĂ©e 23’48,
© FranceFineArt.
Extrait du communiqué de presse :
À l’occasion de ses 40 ans, le musée d’Orsay célèbre un artiste majeur de ses collections, peut-être le plus populaire des impressionnistes : Auguste Renoir. Alors que nous fêtons aussi les cent-cinquante ans du Bal du moulin de la Galette, incarnation du bonheur de vivre et de la fête, deux expositions complémentaires viennent réinterroger les grands chefs-d’œuvre impressionnistes du peintre, mais aussi révéler des pans plus méconnus de son travail. « Renoir et l’amour » [du 17 mars au 19 juillet 2026] rassemble pour la première fois les « scènes de la vie moderne » peintes par l’artiste au début de sa carrière, tandis que « Renoir dessinateur » [du 17 mars au 5 juillet 2026] dévoile, à travers une centaine d’œuvres rarement vues, toute l’étendue de son talent dans les techniques graphiques.

Auguste Renoir (1841-1919), La Promenade, 1870. Huile sur toile, 81,3 x 64,8 cm. Los Angeles, The J. Paul Getty Museum, 89.PA.41. Image courtesy of the J. Paul Getty Museum.

Auguste Renoir (1841-1919), Madeleine Adam, 1887. Pastel et graphite sur papier, avec cadre 60 x 48 cm. Collection de Diane B. Wilsey. Photo : Collection Diane B. Wilsey.

Auguste Renoir (1841-1919), Gabrielle et Jean, entre 1895 et 1896. Huile sur toile, 65 x 54 cm. Paris, musée de l’Orangerie. © photo : GrandPalaisRmn (musée de l’Orangerie).

Auguste Renoir (1841-1919), Les Canotiers, 1875. Huile sur toile, 55 x 65,9 cm. Chicago, The Art Institute of Chicago, Potter Palmer Collection, 1922.437. Image courtesy of the Art Institute of Chicago.

Auguste Renoir (1841-1919), Le Déjeuner, 1875. Huile sur toile, 49,2 x 60 cm. Philadelphie, The Barnes Foundation, BF45. Image © 2026 The Barnes Foundation.

Auguste Renoir (1841-1919), Jeune femme penchée sur un balcon, dit aussi La Loge, 1879. Pastel sur papier, 56 x 43 cm, Toulouse, Fondation Bemberg. Photo : 2023 Fondation Bemberg / Mathieu Lombard.
Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885)
du 17 mars au 19 juillet 2026
Commissariat :
PARIS : Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections, musée d’Orsay. Avec la participation de Lucie Lachenal-Tabellet, chargée d’études documentaires, musée d’Orsay
LONDRESÂ : Christopher Riopelle, Neil Westreich Curator of Post-1800 Paintings, National Gallery, London et Chiara Di Stefano, Associate Curator of Post-1800 Paintings at the National Gallery, London
BOSTONÂ : Katie Hanson, William and Ann Elfers Curator of Paintings, Art of Europe, Museum of Fine Arts, Boston. Avec la participation de Julia Welch, Arthur K. Solomon Assistant Curator of Paintings, Art of Europe, Museum of Fine Arts, Boston
Les tableaux colorés et joyeux d’Auguste Renoir, son iconographie des guinguettes et des bals publics, ont fait de lui un « peintre du bonheur ». Cette réputation a parfois conduit à le marginaliser parmi les grands peintres de la modernité, au motif que celle-ci ne saurait être que mélancolique ou ironique, désabusée ou désenchantée. « Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une peinture puisse être de la très grande peinture en restant joyeuse », disait Renoir. Son oeuvre propose pourtant une réflexion originale sur la modernité, placée sous le signe de l’amour, entendu à la fois comme force régissant les relations humaines et comme sentiment guidant le regard de l’artiste sur ses modèles, sur le monde et sur la peinture elle-même.
Cette exposition réunit pour la première fois ce corpus majeur des « scènes de la vie moderne » – tableaux à plusieurs figures représentant des sujets contemporains (distincts des portraits et des paysages) – réalisés par Renoir au cours des vingt premières années de sa carrière (1865-1885). Parmi ces oeuvres, Le Bal du moulin de la Galette (1876), chef-d’oeuvre des collections du musée d’Orsay, occupe une place centrale, en lien avec le cent cinquantième anniversaire de sa création.
Durant cette période, il participe à l’invention collective d’une « nouvelle peinture » aux côtés de Manet, Monet, Morisot, Degas ou Caillebotte. Il se distingue toutefois par son sens singulier de l’empathie et sa capacité d’émerveillement, ne choisissant que des sujets heureux et en mettant toujours en valeur ses modèles. Ce regard « amoureux » se manifeste par un goût prononcé pour les liens – dans ses motifs (conversations, repas, danse…) comme dans sa manière de peindre, attentive à tout ce qui peut contribuer à un sentiment d’unité (gestes des personnages, lumière enveloppante, équilibre des couleurs, touches fluides et esquissées qui fondent les objets les uns dans les autres).
L’exposition met aussi en évidence la prédilection de Renoir pour la représentation du jeune couple en entendant déconstruire une idée reçue qui voudrait que sa peinture soit « sentimentale ». Au contraire, elle évite l’expression trop directe des émotions, la narration romanesque, tout autant que les mises en scène érotiques. Admirateur des peintres français du XVIIIe siècle (Watteau, Boucher, Fragonard), Renoir fait renaître une atmosphère de « fêtes galantes » et promeut une forme de liberté de moeurs et d’égalité entre les sexes dans le Paris de la fin du Second Empire et des débuts de la IIIe République. Ce choix doit être compris à la lumière de la biographie de l’artiste, qui mène alors une « vie de bohème » et entretient des relations jugées « illégitimes », dans le contexte du XIXe siècle marqué par le mariage, les normes bourgeoises, la morale religieuse, la place importante de la prostitution et de fortes inégalités entre les sexes. Dans ce cadre, les grands formats de Renoir consacrés au couple heureux, à la « camaraderie » (selon le mot de son ami Rivière) et à la convivialité, apparaissent comme autant de manifestes contre la violence des rapports entre les sexes, les antagonismes de classe et la solitude croissante de la vie urbaine.
Coorganisée avec la National Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston, cette exposition offre un regard renouvelé sur des tableaux si célèbres qu’il est devenu difficile d’en percevoir aujourd’hui toute la nouveauté. Pour la première fois depuis 1985 – date de la dernière rétrospective Renoir organisée à Paris – une exposition rassemble un ensemble resserré mais significatif d’oeuvres (environ cinquante peintures) de la première partie de la carrière de l’artiste, parmi lesquelles ses plus grands chefs-d’oeuvre : de La Grenouillère (1869, Stockholm, Nationalmuseum) aux Parapluies (1881-1885, Londres, The National Gallery), en passant par La Promenade (1870, Los Angeles, The J. Paul Getty Museum), La Danse à Bouvigal (1883, Boston, Museum of Fine Arts) et Le Déjeuner des canotiers (1880-1881) très exceptionnellement prêté par la Phillips Collection de Washington.
Renoir dessinateur
du 17 mars au 5 juillet 2026
Commissariat :
PARIS : Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections, musée d’Orsay et Anne Distel, conservatrice générale honoraire du patrimoine, musée d’Orsay. Avec la participation de Cloé Viala, chargée d’études documentaires au musée d’Orsay
NEW YORK : Colin Bailey, Katharine J. Rayner Director, the Morgan Library & Museum. Avec la participation de Sarah Lees, chargée d’études documentaires the Morgan Library & Museum
Coorganisée avec la Morgan Library & Museum, cette exposition, la première dédiée aux oeuvres sur papier de Renoir, mettra en lumière l’importance des techniques graphiques dans l’évolution de son art. Elle dévoile aussi les liens intimes entre ses peintures et ses dessins, particulièrement à partir des années 1880, quand Renoir s’éloigne de l’impressionnisme mais continue de se réinventer.
Si les peintures de Renoir figurent toujours au nombre des icônes de l’impressionnisme, ses oeuvres sur papier (dessins, aquarelles, pastels…) n’ont pas fait l’objet, jusqu’à ce jour, de la même attention. Il est vrai que l’artiste, reconnu avant tout comme un très grand peintre et coloriste, a longtemps souffert d’une réputation de piètre dessinateur. ll est vrai aussi que le corpus de ses oeuvres graphiques est réduit (Renoir a sans doute détruit beaucoup de ses dessins) et hétérogène, comprenant aussi bien des croquis, des études pour des compositions peintes, des grands calques, des « notations » sur le motif à l’aquarelle, de véritables portraits au pastel, signés, exposés et vendus à des amateurs, des projets d’estampes ou d’illustrations, etc. Pourtant, le dessin joua un rôle déterminant dans le développement de l’art de Renoir, de ses premiers exercices d’étudiant dans les années 1850-1860 à ses dernières recherches les plus modernes des années 1910.
Ainsi, pour certaines oeuvres, comme Les Baigneuses. Essai de peinture décorative ou encore Maternité, il multiplie les études pour arriver à la forme parfaite, ce que commentera Berthe Morisot : « [Renoir] est un dessinateur de première force ; toutes ses études préparatoires pour un tableau seraient curieuses à montrer au public qui s’imagine généralement que les impressionnistes travaillent avec la plus grande désinvolture. » Berthe Morisot
L’exposition, qui présentera une centaine d’oeuvres venues du monde entier, dont des feuilles jamais vues auparavant et aussi plusieurs peintures, est pensée comme une plongée dans l’intimité du processus créatif de l’artiste, au plus près de ses recherches sur la lumière, la forme et la couleur.
Elle sera aussi l’occasion d’admirer l’aisance insoupçonnée et la grande liberté avec laquelle l’artiste a abordé des techniques très variées : dessins à la mine de plomb, au crayon Conté, au fusain, à la plume et à l’encre (noire ou rouge), pastels, aquarelles et gouaches, etc. Une place particulière sera donnée à la technique de la sanguine, qui, pour un certain nombre de raisons (souplesse et épaisseur du trait, couleur rouge en lien avec la représentation de la chair et du nu, références aux maîtres du XVIIIe siècle que Renoir admire, etc.), devient le matériau de prédilection de l’artiste à partir des années 1880.
Au début du xxe siècle, ses oeuvres suscitent l’admiration de nombreux artistes, parmi lesquels Bonnard (« Bonnard parle avec une modestie sans feinte […] du dessin de Renoir où il se croit incapable d’atteindre », écrit Thadée Natanson) ou Picasso, qui fut le propriétaire d’une des sanguines les plus spectaculaires de Renoir (Étude pour La Coiffure, 1900-1901), présentée en conclusion de l’exposition.
Gauguin, lui, eut cette formule : « Un peintre qui n’a jamais su dessiner mais qui dessine bien, c’est Renoir », faisant sans doute la distinction entre le dessin comme technique académique, que Renoir a peu pratiqué, et le dessin comme sens de la forme et de la structure des oeuvres, dont Renoir s’est révélé un maître.

































